‹ Voyages et aventures de Lapérouse [microforme]Chapitre 15 sur 46 · S/ VOYAGES ET AVENTURES · texte numérisé non relu

S/ VOYAGES ET AVENTURES

du Labrador et de la baie d'Hudson. Les naturels, qui re sont pas aussi bons marins que les skimaux , et dont les canots ne sont faits que de joncs, les prennent à terre avec des lacs , ou les assomment à coups de bâtons lorsqu'ils les trouvent éloignées du rivage, À cet effet, ils se tiennent cachés derrière les rochers, car au moindre bruit cet animal s'eflraic et plonge tout de

suite dans l’eau.

La Nouvelle-Californie , malgré sa fertilité, n'est encore que fort peu peuplée, La cause doit en être attribuée à sa trop grande distance de l'Europe cl au système gouvernemental qui n'admet qu'exceptionnellement la propriété et

une certaine hHberté pour les indigènes convertis.

Dès le jour de leur arrivée, les Francais s'étient occupés du soin de faire leur eau et leur bois. Les botanistes, de leur côté, ne perdirent pas un moment pour augmenter leur collection de plantes ; mais la saison n'était pas favorable : la chaleur de l'été les avait entièrement desséchées, et les graines en étaient répandues sur la terre. On put cependant reconnaitre la grande absinthe, labsinthe maritime, l’'aurone mâle ,

l'armoise , le thé du Mexique , la verge d’or du

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DE LAPÉROUSE, — 17S6. 85 Canada, l'aster, la mille-fcuille, la morelle à fruit noir, la pcrce-pierre et la meni'e aquatique, Les jardins du gouverneur et des Francis- Cains missionnaires claient remplis d’une iniinié de plantes polagères qui furent cuecillics par les équipages,

Laptrouse voulut récompenser les services que Jui avaient rendus les soldats espagnols par le don d'une pièce de drap bleu; il ENVOYA aux missions des couvertures . des étoffes, des rassades, el généralement tout les petits effets qui pouvaient leur être nécessaires. Le 29 scptembre, il prit congé du commandant, des missionnaires et des naturels, qui avaient accueilli si favorablement ses équipages ; et le soir même , tout Ctant embarqué, les bâtiments furent prêts à mettre à la voile, Ils eMportaient autant de provisions

qu'ils en avaient à leur sortie de la Concepcion.

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CHADITRE V.

Traversée de Monterey à Macao. —- Pelâche dans la baie de ce nom, — Arrivée à Manille. — Détails sur celle ile.

En partant de Monterey , Laptrouse forma le projet de diriger sa route au S, O,, dans le but de visiter les îles Mariannes. La traversée fut d’abord très-heureuse ; mais, le 18 octobre, les vents passèrent à l’ouest , et y restèrent aussi opiniâlrément que dans les hautes latitudes. On lutta pendant huit ou dix jours contre cet obstacie; les pluies et les orages furent presque conlinuels ; lhumidité étoit extrême dans les entreponts; toutes les hardes des matelots étaient

. r x EE 4 x, ., 3 moullées, et le Coitiandant redoutart que je

scorbut ne fül la suite de ce contre-temps. Le 4 novembre, par 24° 4° de latitude nord , et 165 9° de longitude occidentale, on cut Connaissance d'une île peu considérable, Ce n’était, en quelque sorie, qu'un rocher de cinq cents toises de longueur, et tout au plus de soixante d’élévation, On n'y voyait pas un seul arbre ; mais il \ avait beaucoup d'herbe sur le sommet. Lapcrouse En approcha à un tiers de lieue; les bords étaient à pic comme un mur, et la mer brisait avec force, Ainsi il ne fut pas possible de songer à y débarquer. Cette terre recut le nom d'il

Necker.

Pendant cette journée , il y eut constamment des vigies au haut des mâts. Le temps était par grains et pluvieux; il y avait cependant, de moment en moment, de très-belles éclaircies, et l'horizon s’étendait alors à dix ou douze lieues, Au coucher du soleil surtout il fut le plus beau du monde, ? à lune, qui était presque pleine, répandail une si srande lumière, que Lapérouse Crul pouvoir faire route, Toutefois il ordonna de serrer loutes les bonnettes, et de borncr le sillage des frégates à trois où quatre milles par heure, Les vents étaient à l'est: on gouvernait

à l'ouest, Vers une heure et demie du matin, on

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aperçut des brisants, à deux encâblures de l’a vant des frégates. La mer était si belle qu'ils ne faisaient presque pas de bruit et ne déferlaient que de loin en loin. Les deux Capitaines revinrent à l'instant l’un et l’autre sur babord, le Cap au sud-sud-est. Ils venaient d'échapper au danger le plus imminent où des navigateurs aient jamais pu se trouver, La moindre négligence dans l'exécution des manœuvres qu'on avait à faire pour s'éloigner de ces écueils » Cût nécesstirement entraîné la perte des deux Vaisseaux ; mais tout se passa sans désordre et sans confusion.

ne suffisait pas à Lapcrouse d’avoir échappé au danger ; il voulut encore que les navigateurs Qui parcourraient cette mer après lui n'y fussent Pas exposés. En conséquence, au jour, il se rapprocha de l'écuei!, et aperçut un îlot ou rocher fendu, de Cinquante toises au plus de diamètre ,et de vingt ou vingt-cinq d’élévation, Entre l'ilot et les brisants du sud , il vit trois bancs de sable qui n'étaient pas élevés de quatre pieds au-dessus du niveau de la mer, Îls étaient séparés entre eux par une eau verdâtre, qui ne paraissait Pas avoir une brasse de profondeur ; des rochers à fleur d’eau sur lesquels la mer brisait

avec force, enltouraient cet écueil, comme un

cercle de diamants entoure un médaillon , et le gurantissaient ainsi des fureurs de la mer. Ces brisants, qui faillirent être le terme du voyage de nos navigateurs, recurent le nom de Basse des

Rs he l'régales françaises.

Lapérouse se dirigea ensuite à FO. $S. O., se flattant d'y trouver enfin une terre de quelque importance, Î ne pouvait se persuader que l'ile Necker et la Basse des Frégates françaises ne précédassent pas un archipel habité où du moins babitable ; mais ses conjectures ne se réalisèrent pas; bientôt les oiseaux, indices de la terre, dispis-urent tout-à-fait, ct l'on perdit tout espoir de

rien rencontrer.

On continua à naviguer sans incidents remarquables jusqu'au 14 décembre, qu'on eut connaissance des îles Mariannes. Bientôt l'Assomplion, une des nombreuses terres de cet archipel, frappa les regards, L'imagination la plus sombre se peindrait difficilement un lieu aussi horrible. L'aspect de la terre la plus ordinaire, après une aussi longue traversée, eût paru ravissant aux Français ; mais un cône parfait, dont le pourtour, jusqu'à quarante toises au-dessus du niveau de

la mer, était d'un noir effroyable, ne pouvait

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DE LAPÉROUSE, — 1786. 91 qu'afliger leur vue en trompant leurs espérances; car, depuis plusieurs semaines, ils ne s’enlretengient que des tortues et des cocos qu'ils se

flattaient de trouver sur une des îles Mariannes.

Les frégates laisstrent cependant tomber l’ancre à peu de distance de cette île, Deux canots, commandés par MM. De Langle et Boutin , se rendirent à terre, Ces deux ofliciers curent beau- Coup de peine à débarquer. La mer brisait partout , et il leur fallut attendre un intervalle pour se jeter à l'eau jusqu'au cou, À leur retour, ils rapportèrent aue l’île était plus horrible encore qu'elle ne le paraissait du bord, Elle n’offrait que des ravins formés par la lave et des précipices bordés de rares cocotiers rabougris, Sortie d’un cratère, cette lave s’est emparee de tout le pourtour du cône, jusqu'à une lisière d'environ quarante toises vers Ja mer; le sommet paraît en quelque sorte comme vilrifié, mais d’un verre noir el ‘ouleur de suie. Quoiqu’on n’apercût pas de fumée, Fodeur de soufre qui se répandait au loin éiait la Preuve certaine que le volcan n’était pas éleinl: tout annoncait qu'aucune créature humaine, aucun quadrupède n'avait jamais été assez mallieureux pour être forc& de faire sa demeure sur celle terre désolée.

Les frégates ayant remis sous voiles, on continua de faire route à FO. 474 N, O. Les brises furent iortes dans le canal qui sépare les Mariannes des Philippines, la mer Lrès-crosse, el les courants porlèrent constammentau sud, Le 28 décembre, on eut connaissance des îles Bachi. On passa à une lieue des deux rochers qui sont le plus au nord, Lapérouse ne voulut pas relàcher sur ce groupe, qui avait été visité plusieurs fois , et où rien ne pouvait l'intéresser, Après en avoir déterminé la position , il continua sa route vers Ja Chine ; et, le 1% janvier 1787, il trouva fond par soixante brasses. Le lendemain, les vaisseaux furent entourés d’un grand nombre de bateaux pêcheurs, qui tenaient la mer par un très-mauvais temps: ils ne parurent faire aucune attention aux étrangers. Le genre de leur pêche ne permet pas qu'ils se détournent pour accoster les vaisseaux : ils draguent sur le fond avec des filets extrêmement longs, et qu'on ne

pourrait pas lever en deux heures,

Le? janvier, oneut connaissance de la Pierre- Blanche. On mouilla le soir au N. de l'ile Ling- Ting, el le lendemain dans la rade de Macao.

On avait pris des pilotes chinois en dedans de

l'île de Lamma. Le temps, qui élail très-cou-

contibrises s Mase, el Le 28 Bachi.

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vert, n'avait Pas permis aux Francais de distinguer la ville ; il s'éclaircit à midi, etonla releva à l'O. un degré sud à environ trois lieues.

Lapérouse envoya à lerre un canot , Commandé par le lieutenant Boutin » Pour prévenir le gouverneur de sen arrivée, et de l'intention où. il élait de faire quelque séjour dans la rade, afin d'y rafraichir et d'y reposer ses équipages.

D. Bernardo Alexis de Lemos , gouverneur de Macao, reçut cet officier de la manière la plus obligeante, 11 offrit à l'expédition tous les sc Cours qui dépendraient de lui, et envoya sur-lechampun pilote more pour conduire les Francais au mouillage du Typa. Les frégates appareillèrent le lendemain à 1a pointe du jour et laissèrent lomber l'ancre devant la ville de Macao, à côté d'une flûte française, Le Maréchal de Castries, destinée à naviguer sur les côtes de l'est, et à Y protéger notre commerce, Ainsi, après dixhuit mois d’une navigalion pénible, nos voya- £eurs eurent le plaisir de rencontrer, non-seulement des CoMpalrioles, mais encore des camarades et des amis.

Le premicr soin de Lapcrouse, après avoir affourché les frégates , fut de descendre à terre avec le capitaine De Langle , pour demander

au gouverneur la permission d'avoir un établissement à terre, afin d'y dresser un observatoire et de procurer quelque repos à l'ingénieur Dageletetau chirurgien major Rollinque la traversée avait beaucoup fatigués, D. Bernado Lemos les reçut comme des compalrioles et salisfit à toutes leurs demandes avec une politesse indicible ; sa maison leur fut offerte ; et, comm il ne parlait pas français, son épouse, jeune Portugaise de Lisbonne , lui servit d'interprète ; elle ajoutait aux réponses de son mari une grâce qui lui élait toute particulière , el que des étrangers ne peuvent se flatter de rencontrer que très-rare-

ment dans les principales villes de l'Europe.

Après tant de voyageurs qui ont écrit sur Ïa Chine, nous ne nous arrêterons pas à consigner ici les réflexions de Lapérouse sur ce pays, réflexions qui, du reste, ont, depuis cinquante ans, perdu, pour la plupart, icur justesse etleur à-propos. Nous nous bornerons à dire que Macao, cédée à perpétuité aux Portugais vers l'an 1580, n'est plus ceue ville florissante que le commerce enrichissait lorsque ses possesseurs fréquentaient presque seuls le Japon , le Tonkin et d’autres contrées de l'Asie orientale : aujour-

d'hui sa population est d'environ 15,000 âmes.

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DE LAPÉROUSE, — 1787, 95 Canton est regardé par les Chinois comme le reluge de tous les mauvais suiets des pays voisins, et Macao comme la senline de Canton. Il est vrai de dire que sa population est composée de Chinois pour la plupart échappés des prisons, de Malais , et de prétendus Portugais , race mélingée de sang européen et de sang nègre, ayant loas les vices des nations dont elle descend , sans en avoir les vertus, Située à l'embouchure du Tygre, la ville peut recevoir dans sa rade à l'entrée du Typa, des vaisseaux de 64 canons , cl dans son port, des vaisseaux ca sept à huit cents tonneaux à moilié chargés, L'entrée de ce port est défendue par une forteresse x deux Latteries , qu'il faut ranger en entrant, À une portée de pistolet, Trois petits forts garantissent la partie méridionale de la ville de toute entreprise de la part des Chinois. Il y à de plus une montagne qui domine la plage et sur laquelle un détachement pourrait soutenir un très-Jong siége, Les Portugais ont bâti une église sur les ruines d’un fort qui couronnait cette montagne et formait un poste inexpugnable. Le côté de icrre est défendu par deux forteresses qui commandent tout le pays. Les limites portugaises s'étendent à peine à une lieuc de distance de la ville ; elles sont bordées d’une Muraille gardée

a6 VOYAGES ET AVENTURES

par un mandarin el quelques soldats, Ce mandarin est le vrai gouverneur de Macao, celui auquel obéissent les Chinois. Il n’a pas le droit de coucher dans l'enceinte des limites ; mais il peut visiter la place et même les fortifications , et inspecterles douanes, Dans ces circonstances, les Portugais lui doivent un salut de cinq coups. de canon; mais aucun Européen ne peut faire un pas sur le territoire chinois au-delà de la

muraille.

Comme 11 était impossible de faire réparer les avaries de ses bâtiments à Macao, Lapérouse résolut de gagner Manille qui devait lui offrir des ressources de tous genres, En conséquence, après un mois de séjour, il quitta l'embouchure du Tygre, emmenant avec lui trois sardes de la marine de la flûte le Maréchal de Castries, el sur chaque frégate six matelots Chinois pour remplacer ceux qu'il avait eu Je malheur de perdre au Port des Français. Le 15 février , il eut connaissance de l'ile de Lucon; mais les courants l'ayant contrarié à l'entrée de la baie, il prit le parti de relâcher dans le rort > Marivelle, afin d'y attendre ou de meilleurs vents ou un courant plus favorable, Gomme il man-

quait de bois, et qu'il savait quil était très-cher

&w © 4 Ÿ # / LA DE LAPÉROUSE, — 4787, 97 > Man- à Manille, ilse décida à passer vingt-quatre heu-

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res dans ce village

du jour, tous les char nais il pentiers des deux lrégates lurent CNVOYÉs à lerre Lions , | avec Îles chaloupes, Le commandant lui-méme ances, 06 d'environ qua-

débarqua, Marivelle est com} | rante maisons construites en b

coups. ambou, couvertes t faire en leuilles, et élevées de quatre ou Cinq pieds [ [|

de la au-dessus de la terre, Ces maisons ont pour parquel de pelits bambous qui ne joignent point , clqui font assez ressembler ces cabanes à des éparer S cages d'oiseaux ; on y moCnie par une échelle, crOUSG à a" ri Cl tous les matériaux d une {elle maison, le faionrir tage COMpris , pèsent au plus deux cents livres, ience, : ; x ‘ La population du village consiste en deux cents ichure : : ; naturels environ des deux sexes el de tout âge les de aÿ k RE Fa se que dirige un cure, el toujours prets, à limoin- SUrLes s s 6 ; : 4 dre aleste, à s cnfoncer dans les bois pour échaps pour per aux Maures des îles Philippines, qui font ur de : 1 sur leurs côtes de fréquentes descentes, À la iCP , 1 : ° e Pre poque du passage de Lapérouse , le guide Spiri-ba lucl de ces malheureux était un Jeune wulètre baie, : : mn » Fr T h : : 4 A 4 (4 : L] LES » n:

re indigène, dont la simplicité « vang lique rappelait ee les temps de la primitive église ; il habitait une vents AE espèce de masure ; quelques pots de terre et un inan- | Le | era bat COMposalcnt son ameublement.

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us VOYAGES ET AVENTURES

Le 25, à la pointe du jour, on mit à la voile et on fit route par la passe du sud ; enfin, le ?S on mouilla dans le port de Cavite, et on laissa tomber l'ancre à deux encäblures de la ville. Aussitôt un officier vint à bord, de la part du commandant de la place, pour prier les étransers de ne pas communiquer avec la ierre, jusqu'à l’arrivée des ordres du gouverneur général], auquel il se proposait de dépêcher un courrier dès qu'il serait informé des moûifs de la relâche des frégates. Lapérouse répondit qu'il désirait des vivres et la permission de reposer ses écaipages , pour continuer sa campagne le plus promptement possible; mais, avant le départ de l'officier espagnol, le commandant de la baie arriva de Manille, d'où lon avait apercu les vaisseaux. Le lieutenant Boutin s’embarqua dans le canot de cet officier ; il alla rendre visite au gouverneur général, qui lui fit un gracieux accueil , et accorda aux Francais tout ce dont ils pouvaient «voir besoin. Il poussa même l'obligeance jusqu'à écrire au cominandant de Cavite, pour le pricr de laisser les voyageurs communiquer avec Ja place , et de leur procurer tous les secours et les agréments qui dépendraient de lui, Dès lors ils devinrent en quelque sorte citoyens de Cavite,

Les vaisseaux étaient si près de terre. que les

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