VO3AGES ET AVENTURES
pitaine De Langle ; ils étaient accompagnés de plusieurs officiers. Ils employèrent deux heures et demie à faire ce trajet dans leurs canots. Rien de plus roraantique, rien de plus riant que l’aspect dont on jouit dans cette traversée. Leur première visite fut pour le gouverneur, qui les retint à diner, et leur donna son capitaine des gerdes pour les conduire chez l'archevêque et
l'intendant.
La ville de Manille ou Lucon, ÿ compris ses faabourgs , est très-considérable ; on évalue sa population à 38,000 âmes *, parmi lesquelles on comple à peine mille ou douze cents Espagnols. Les autres habitants sont métis, indigènes ou Chinois, cultivant tous les arts et s’exerceni à tous les genres d'industrie, Les environs de la ville sont ravissants, Une belle rivière, le Passig ou Ja Manille, y serpenie , et se divise en différents canaux, dont les deux principaux conduisent à celte fameuse lagune ou lac de Bay, situé à sept lieues dans l'intérieur et entouré de plus de cent villages de naturels, dont le territoire est le plus fertile qu'on puisse imaginer.
* Ce nombre, ainsi que celui üe la population des Philippines, est aujourd'hui plus que doubié.
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DE LAPÉROUSE, — 1787. 101 Manille, bâtie sur pilotis à cause de Ja fréquence des tremblements de lerre , est une des villes l'univers le plus agréablement siluées, Elle 24 re une plaine fertile sur la côle occi dentale de l'ile, au fond de la baie qui porte son nom. Ses rues ‘sont larges, droites, bordées de trottoirs et pavées en granit , que l’on ire de Ja Chine. Les édifices les plus importants sont les églises etles couy ents, ainsi que le palais du gouverneur, Les principales hranches de commerce auxquelles se livrent les habitants sont celle des cigarres et celle des chaînes d’or,
Plus de trois millions d'habitants peuplent l'archipel des Philippines. Ces peuples ne sont inférieurs en rien aux Européens: ils cultivent la icrre avec intelligence ; ils sont bons : hospitalicrs, affables, et ne justifient en aucune manière le mépris avec lequel en parlent les Espagnols. Les distinctions les plus révoltantes entre les naturels et les Européens sont établies et Maintenues avec la plus grande sévérité. L’excès des vexations a souvent porté Ics indigènes à la révolle, sans cependant aréantir l’heureuse influence du climat. Les paysans ont encore un an dehonheur qu'on ne rencontre que dans bien peu
de villages d'Europe ; lcurs maisons sont d’une
mL v
102 VOYAGES ET AVENTURES propreté admirable, et ombragées par des arbre: fruitiers qui croissent sans culture.
Ce peuple à une passion si immedérée pour le tabac, qu’il n’est pas d'instant dans la journée où les hommes, et même les femmes, n'aient un cigarre à la bouche. Les enfants, à peine sortis du berceau , contractent cette habitude. Le tabac de l’île de Lucon est le meilleur de l'Asie. Le coton, l'indigo , :a canne à sucre, le calé, naissent pour ainsi dire sous les pas de l'habitant, qui les dédaigne , et les épiceries n°v
sont pas inférieures à celles des Moluques *. l l
Lapérouse ne resta que quelques heures à Manille; à huit heures du soir il était de retour à bord des frégates. Les grandes chaieurs de ces latitudes commencaient à exercer une funeste influence sur la santé de ses équipages, et des
symptômes de dyssenterice s'étaient même déjà
* L'ile de Luçon est divisée en deux parties, l’une indépendante et l'autre soumise aux Espagnols. La première est habitée par différentes peuplades, dont quelques-unes sont sauvages ; celle des Aëlas est la plus nombreuse. Ces peuplades, qui vivent dans les montagnes et dans les forèts les plus toulfues depuis que les Malais se sont fixés dans l'ile , appartiennent à la race nègre; elles occupent une partie de la côte orientale el presque tout l'intérieur.
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