‹ Voyages et aventures de Lapérouse [microforme]Chapitre 18 sur 46 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Départ de Cavite. — Ile de Formose. — Entrée dans la mer du Japon. — Attérissement sur la côte de Tartarie,

Le 28 mars, tous les travaux se trouvèrent terminés à Cavite ; les canots étaient construits , les voiles réparées , le gréement visité , les frégates calfatées en entier , et les salaisons mises en baril. Le 9 avril, après avoir fait ses remercîiments el ses visites, le Capitaine francais mil sous voiles avec une bonne brise du nord-est, qui lui donnait l'espérance de doubler , pendant le jour , toulcs les îles des différentes passes de Ja baie de Manille, Dès qu'il eut doublé le cp Bojador, les vents se fixèrent au N. E. avec

une telle opiniätreté, que la marche des fra Les, qui se dirigeaient vers le nord , en fut considérablement ralentie, Le 24 avril, on eut connaissance de l’île de Formose; les jours suivants les gros temps forcèrent les vaisseaux de s’écarier de la côte, et pendant deux jours ils naviguèrent sur un banc immense, où ils trouvaient fond à chaque instant. Leur bordée les ramena sur la côte de Formose, vers l'entrée de l'ancien {ort de Zélande, où est la ville de Taywan, capitale de l'ile, Lapéreuse était informé de la révoile de la colonie, et savait qu'on avait CNVOYÉ coutre elle une armée de vingt mille homrees, commandée par le santoq de Canton. La mousson du nord-est , qui étail encore dans toute sa force, permettant au commandant francais de sacrifier quelques jours au plaisir d'apprendre des nouvelles ultérieures de cet événement , il mouilla à l’ouest de la baie de Taywan, Indécis s'il devait envoyer à terre un canot, qu'il ne pouvait soutenir avec ses frégates, et qui aurait vraisemblablement paru suspect dans l’état de guerre où se trouvait cette colonie, il se décida à tâcher d'attirer à bord des Chinois qui naviguaient à sa portée ; il leur montra des piastres , qui lui avaient paru être un puissant

appât pour cette nation; mais toute comm 1ni-

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DE LAPÉROUSE, —— 1787, 107 Culion avec les étrangers est probablement intcrdite à ces habitants, Il était évident qu'ils n'étaient pas effrayés par les Francais, puisqu'ils passaient à portée de leurs armes ; mais ils refusaient d'aborder. Un seul eat cette audace : on lui acheta son poisson au prix qu'il voulut, I fut impossible de deviner les réponses que ce pêcheur fit aux questions qu’on lui adressa , et qu'il ne comprit certainement point. Non-seulement la langue de ces peuples n’a aucun rap port avec celle des Européens, mais cette espèce de langa, pantomime, que l’on croit universel, n'en est pas mieux entendu. Cet essai infruclueux cénvainquit Lapérouse de l'inutilité d’envoyer un canot à terre, et de l'impossibilité de satisfaire sa curiosité.

Le lendemain, la brise de terre et du large:

ayant permis aux frégates de remonter dix lieues vers le nord, on apercut l’armée chinoise à l'embouchure d’un: grande rivière qui est par 23° 25° de latitude nord, et dont les bancs s’étendent à quatre ou cinq lieues au large; on mouilla par le travers de cette rivière sur un lond de vase de trente-sept brasses, Il fut impossible de compter les bâtiments chinois qui se trouvaient en vue : plusieurs étaient à la voile,

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