LUS VOYAGES ET AVENTURES
d'autres mouillés en pleine côte, et l'on en voyait une très-grande quantité dans la rivière. L'anrral, couvert de diftérents pavillons, était le plus au large; il mouilla sur l'accord des bancs, à une licuc dans l'est des lrégates francases. Dès que la nuit fut venue, il mit à tous ses mäls des feux qui servirent de point de ralliement à plusieurs bâtiments qui étaient encore au vent, Ces bâtiments , obligis de passer auprès de la Boussole et de l'Astrolabe pour joindre leur commaadant, avaient grand soin de ne les approcher qu’à la plus grande portée du canon, ignorant, ‘ans doute, si celles étaient amies ou
ennemies,
Lapérouse avait relevé les îles méridionales des Pescadores (Pécheurs) , à l’ouest un quart nord-ouest ; il était probable que l’armée chi- A0ise, partie de la province de Fokien, s'était rassemblée dans l'île Ponghou , la plus considérable de ces îles. Il ne put toutefois satisfaire sa curiosité, le temps étant devenu très-mauvais. Des diMcultés insurmontables le détermincrent à revente au sud de Formose, pour pro-ionger cette île à l'est. Il Iui était démontré bu'avant le changement de mousson, il ne réussirail jamais à diriger sa route par le canal, Forcé
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de vendre ce parti, il voulut au moins reconnaître les îles Pescadores, autant que le mativais lemps pouvait Je lui permettre, 11 prolongea à deux lieues de distance ls plus méridionales, Qu'il plaça par 23° 12° de latitude.
Ces îles sont un amas de rochers qui aflectent foules sortes de formes ; une, Cire autre:, ressenble parfaitement à la tour de Cordouan , située à l'entrée de Ja rivière de Bordeaux, et l'on jurerait que ce rocher est tailié par la main des hommes ; ces îlots paraissaicnt de la stérilité la plus complète. Le lendemain » 16 1 “gates essuyèrent une violente bourrasque ; elle fut précédée d’:me de ces pluies abondantes , que l'on ne voi! qu'entre les tropiques. Le ciel fut en feu toute Ja nuit: les éclairs partaient de tous les points de l'horizon, et cependant on n’entendit qu'un coup de tonnerre.
On resta en calme plat toute la journée du lendemain , el à mi-canal entre les iles Bachi et celle de Botol Taboco-Xima. Les vents ayant permis d'approcher cette ile à deux tiers de licue, on apercut distinctement trois villages
sur Ja côte méridionale. Lapérouse aurait voulu Pouvoir visiter ces villages, dont les habitants
ont été peints si bons et si hospitaliers par Dampier ; mais la seule baie qui paraissait promettre un mouillage convenable était ouverte aux vents du sud-est, qui menacaient de soufller très-incessamment, Force fut donc, après avoir doublé cette île , de se diriger au nord-est, Le 5 mai, on eul connaissance, à une heure du matin.
d'une île qui restait au sud-ouest. On passa le reste de la nuit à petite voilure , bord sur bord, et au jour on fit route pour ranger cette île à une demi-lieue dans l’ouest. On eut bientôt la certitude qu'elle était habitée. On vit des feux cn plusieurs endroits, et des troupeaux de bœufs qui paissaient sur le rivage. Plusieurs pirogues se détachtrent de la côte pour venir observer les frégates ; la vue d'étrangers paraissait inspirer une crainte extrême à ceux qui les montaient, Cependant les cris, les gestes , les signes de paix des équipages francais déterminèrent deux de ces pirogues à les aborder. Lapérouse fit donacer à chacune une pièce de nankin et quelques médailles, On voyait que ces insulaires n'étaient pas parlis de la côte avec l'intention de faire aucun commerce, car ils n'avaient rien à offrir en échange des présents qu'on leur faisait, et ils
amarrerent à une corde un seau d’eau douce.
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DE LAPÉROUSE, — 1787. 111 envers les Francais. IIS les invitaient à approcher la terre, et leur faisaient ccanaître qu'ils n'y Manqueraient de rien. Ces insulaires ne sont ui Chinois ni Japonais, mais, placés entre ces deux empires , ils paraissent tenir des deux peuples ; ils étaient vêtus d'une chemise et d’un calecon de toile de coton ; leurs cheveux, retroussés sur le sommet de la tôle, étaient roulés autour d'une aiguille d'or; chacun avait un poignard aussi à manche d’or. Leurs pirogues n'élient construites qu'avec des arbres creusés , €t ils les manœuvraient assez mal, Lapérouse aurail beaucoup désiré d'aborder cette île , Mais il n'avait pas Un moment à perdre, et il lui importait d’être sorti des mers du Japon avant le mois de juin, époque des orages et des ouragans qui rendent ces mers les plus dangereuses du slobe, Il conserva à cette terre le nom d’/{e Kou-
mé , qu'elle porte sur la carte du P, Gaubil.
L'expédition continua sa route au nord, toules voiles dehors, et au coucher du soleil on avait perdu de vue l'ile Koumi. Au jour , on cul Connaissance d’une île dans le nord-nord-ouest , ei de plusieurs rochers ou îlots plus à l'est, On an£ea cette île à un tiers de licue sans trouver
fond , ct on n'y apcrçut aucune trace d'habita-
lion, Lorsqu'on fut par son travers, on découvil une seconde ile de méme grandeur, aussi boisée el à peu pres de méme forme, quoique peu moms escarpée que [a prenuere, Gélsient esiles ou Ponsuet Liuovu-StudumémeP. Gau
but, qui se trouvent à Fest de la pointe se)
{ lentrionale de Formose, On était entin sorti de l'archipel des iles de Likeu, et on allait entrer dans une mer plus vaste, entre le Japon et la
Chine.
Lapérouse éprouva sur les côtes de la Chine des coutrariétés quine lui permirent pas de faire plus de sept à huit lieues par jour, Les brumes furent aussi épaisses el aussi constantes que sur lescoôtes du Labrador, Les vaisseaux etaient souvent dans un caline plat, obligés de mouiller el de Eure des SISTAUUX pour se Conserver à l'an cre, parce qu'ils ne S'aperceyaient point , quoi qjuils fussent à portée de li voix, Les courants claent st violents, qu'il était iipessible de tenir un plomb sur le fond pour s'assurer si l'on ne chassait pas. La marée changeait à chaque in- Slant, et faisait exactement le tour du Compas dans douze heures, sans qu'ils eût un seul moment de mer étale, Le 19 mai cependant, ap ès
un Calme qui durait depuis quinze jours avec