‹ Voyages et aventures de Lapérouse [microforme]Chapitre 29 sur 46 · PR À · texte numérisé non relu

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hommes , tous plus chasseurs que marins ; ccu qui partent d'Okhotsk au mois de juin débou quent ordinairement entre Ja pointe de Lopatk et la première des Kouriles, dirigent leur rout à l'est, et parcourent différentes îles pendan trois ou quatre ans, jusqu'à ce qu’ils aient où acheté aux naturels du pays, ou tué eux-même. une assez grande quantité de loutres pour couvrir les frais de l'armement et donner aux armateurs un profit, au moins de cent pour cent, pour leurs avances.

» Lorsque ces bâtiments reviennent, ils relächent quelquefois à la baie d'Avatcha, mais ils font constamment leurs retours à Okhotsk , où résident leurs armateurs ct les négociants qui vont directement commercer avec les Chinois sur la frontière des deux empires. Comme les glaces permettent dans tous les icmps d'entrer dans la baic d’Avatcha, les navigateurs russes y relâchent lorsque Ja saison est trop avancée pour qu'ils puissent arriver à Okhotsk avant la fin de septembre. Un réglement très-sage a défendu de naviguer dans la mer d'Okhotsk après cetie époque, à laquelle commencent les ouragans et les coups de vent qui ont occasionné sur cette mer de très-fréouents naufrages,

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DE LAPÉROUSE, —. 1787 165 » Les glaces ne s'étendent jamais dans Ja baïc d'Avatcha qu’à trois ou quatre cents toises du rivage. Il arrive souvent, pendant l'hiver, que les vents de terre font dériver celles qui embarrassent l'embouchure des rivières de Patatounka et d'Avatcha, et la navigation en devient alors praticable. Comme l'hiver est généralement moins rigoureux au Kamtchatka qu'à Pétersbourg et dans plusieurs provinces de l'empire de Russie, les Russes en parlent comme les Français de celui de la Provence ; Mais les neiges dont nous étions cnvironnés le 20 septembre, la gelée blanche dont la terre était Couverte tous les ma. üns, tout nous faisait pressentir que le froid doit y être d’une rigueur insupportable pour les peuples méridionaux de l'Europe.

» Nous étions cépendant, à cerlains égards, moins frileux que les habitants, russes où kam tchadales, de l'ostrog (district) de Saint-Pierre ct Saint-Paul. Ils étaient vêtus des fourrures les plus épaisses, et la température de l’intérieur de leurs isbas, dans lesquels ils ont toujours des poiles allumés, était de 28 on 30 degrés audessus de glace. Nous ne Pouvions respirer dans uù air aussi chaud Ct le gouverneur avait le soin d'ouvrir ses fenêtres lorsque nous étions dans

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son appartement, Ges peuples sont accoutumés aux extrêmes ; on sait que leur usage, en Eurepe comme en Âsie, est de prendre des bains de vapeur dans des étuves, d'où :ls sortent couverts de sueur , et d'aller immédiatement se

r ouler sur la neige.

» L'ostrog de Saint-Pierre avait deux de ces bains publics, dans lesquels je suis entré avant qu'ils fussent allumés. Ils consistent en une chambre très-basse, au milieu de laquelle est un four bâti en pierre sèche, qu'on échauffe comme les fours à cuire le pain. Sa voûte est entourée de bancs disposés en amphithéâtre pour ceux qui veulent se baigner , de sorte que la chaleur est plus ou moins forte, suivant qu’on est placé sur un gradin supérieur ou inférieur. On jette de l'eau sur le sommet de la voûte, lorsqu'elle est rougie par le feu qui est dessous ; cette cau s'élève aussitôt en vapeurs , et excite

la transpiration la plus abondante.

Les Kamitchadales ont adopté cet usage , ainsi que beaucoup d’autres habitudes de leurs vainqueurs; leur population n’excède pas aujourd'hui quatre mille âmes dans toute la presqu'ile, qui s'étend cependant depuis le 54° degré

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jusqu’au 63°, sur une largeur de plusieurs degrés en longitude ; ainsi, l’on voit qu'il ÿ à plusieurs lieues carrées par individu. Îls ne cultivent au- CunC production de la terre, et la préférence qu'ils ont donnée aux chiens sur les rennes pour le service des traîneaux les empêche d'élever ni cochons, ni moutons, ni jeunes rennes, ni peulains, ni VCaux, parce que ces animaux seraient dévorés avant qu'ils eussent acquis des forces suflisantes pour se défendre, Le Poisson est la base de la nourriture de leurs chiens d'attelage : qui fon! jnsqu'à vingt-quatre licues par jour ; on ne leur donne à Manger que lorsqu'ils ont achevé leur course, Cette manière de voyager n’est pas particulière aux Kamichadales ; les peuples de Tchoka et les Tartares de la baie de Castries n'ont pas d’autres altelages,

» Nous avions un extrême désir de savoir si les Russes ont quelque connaissance de ces différenis pays, el nous apprimes de M. Kaslov que les bâtiments d'Okhotsk avaient apercu plusieurs fois La pointe septentrionale de l’île qui est à l'embouchure du fleuve Amour , mais qu'ils n’y avaient jamais descendu , parce qu’elle est audelà des limites des établissements de l'empire de Russie sur cette côte. »

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Le curé de Psratounka donna aux officiers de l'expédition des détails sur les Kouriles , dont il avail aussi la conduitespirituelle, ctoùilfaisaitune tournée tous les ans. Les Russes ont trouvé plus commode de substituer des numéros aux anciens noms de ces îles ; ainsi, ils disent : la première, la deuxième , ctc., jusqu’à la vingt-unième, où s'arrêtent leurs prétentions. De ces vingt-uneiles, quatre seulement sont habitées, la première , la deuxième, la treizième et la quatorzième ; les autres sont absolument désertes, et les insulaires n’y abordent en pirogues que pour Ia chasse des loutres et des renards. Plusieurs de ces dernières ne sont que des îlots ou de gros rochers, ct l’on ne trouve de bois sur aucune. Les habitants réunis des quatre îles habitées forment su plus une population de quatorze cents personnes, [ls sont très-velus, portent de longues barbes, ctn vivent que de phoques, de poisson ct de chasse. Du reste, ils sont bons, hospitaliers, dociles, et ont tous embrassé la religion chrétienne.

Le gouvericur-général Kaslov se montra si obligeant envers ses hôtes, que Lapérouse n’eut LA! . o 0 = qu'à demander pour l'obtenir la permission d'envoyer son journal en France par le jeune

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Lesseps, quis’était embarqué avec lui comme inlerprèle pour la langue russe, Î crut en même temps rendre service à sa patrie en procurant à un jeune homme actif'et entreprenant l'occ de connaître par lui-même les diverses provinces du vaste empire russe, M. Kasloy, d'ailleurs, décläira qu'il l'acceptait pour son aide-de-camp jusqu’à Okhotsk » d'où il Jui facilitcrait les moyens de se rendre à Pétersbourg. Au moment de la séparalion, les officier

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s des frégates, comme par un secret pressenliment du sorl cruel qui les attendait, ne purent se défendre d’un sentiment d’attendrissement; ce ne fut que les larmes aux yeux qu'ils quittèrent un ami que ses qualités précicuses leur avaient rendu cher, et qui allait entreprendre sur une terre étrangère un voyage aussi long que pénible *.

* Lesseps partit de Petropaylosk le 7 octobre 1787. Sa route, jusqu'à Pétersbourg , fut semée d'incidents et de périls sans nombre, dont on trouve Ja relation dans son journal si plein d'intérêt, Le jeune interprète ne se laissa point abattre, et actomplit sa mission avec un soin Scrupuleux : il rapporta en France les résultats des (ravaux de l'expédition. C'était le seul Français qui fût destiné à revoir sa patrie. Le lecteur 5 qui voudrait connaitre plus à fond le Kamtchatka ,» ECut consulter le journal historique du voyage de Lesseps, publié à Paris en 1790. Les détails qu'on y rencontre sont certainement les plus vrais et les plus curieux qu'on ait publiés sur ce pays.

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