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DE LAPÉROUSE, —— 1787, 175 fois depuis leur départ de Brest, A mesurequ'elles avançaient dans l'hémisphère sud, les oiseaux de mer devenaient plus nombreux, Les équipages les prenaient pour les ayant-coureurs de quelque terre, après laquelle ils soupiraient avec une extrême impatience; mais quoique l'horizon fût très-étendu, aucune île ne s’offrait à leur vue. Lorsqu'on eut dépassé le 6° degré, les vents de l'ouest et une forte houle rerdirent la navigation extrémement fatigante. Le 2 décembre, on passa sur la place assignée aux îles Danger du commodore Byron. Lapérouse crut devoir profiter des vents d'ouest pour atteindre les îles Hamoa (les des navigateurs de Bougainville ), où il pouvait espérer de trouver les rafraîchissements dont il avait le plus pressant besoin.
Le 6 décembre, on cut connaissance de l'île la plus orientale de cet archipel : on fit route. pour l'approcher, et le lendemain on reconnut sa pointe méridionale, On n’aperçut de pirogues que lorsqu'on fut dans le canal : un groupe considérable de sauvages, assis en rond sous des cocotiers, paraissaient jouir sans émotion du spectacle que la vne des frégates leur procurait, el ne les suivirent pas. Cette terre, d'environ cent toises d’élévation , est très-escarpés et cou-
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476 VOYAGES ET AVEXTURES
“erte de gros arbres. Les Francais firent avec les insulaires quelques échanges de peu de va-
leur, et reconnurent bientôt qu'ils étaient,
comme ceux des mers du sud, dela plus insigne
mauvaise foi dans leurs transactions.
On continua à naviguer pour doubler une À n pointe derrière laquelle on espérait rencontrer
un abri; mais il fut impossible d'y trouver un
mouillage. On se dirigea alors en dehors du
canal, dans le dessein de prolonger les deux îles
à de l’ouest, qui sont ensemble à peu près aussi
considérables que la plus orientale : un canal de moins de cent toises séparait ces deux îles, et
l'on apercevait, à leur extrémité occidentale,
un îlot qu’ on aurait pu prendre pour un gros
rocher , s'il n'eût été couvert d' arbres.
Le lendemain, on cut connaissance d’une île plus considérable, celle de Maouna. Quoiqu'à trois licues de terre, trois ou quatre pirogues
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vinrent à bord des frégates apporter des cochons et des fruits, ce qui donna à Lapérouse la meilleure opinion de la richesse de cette ile, qui est ' en effet très-grande , très-peuplée et très-fertile.
À Tant d’av antages le rendirent moins difficile sur le choix d’un ancrage , el il ordonna de mouiller
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DE LAPÉROUSE. — 1787, 177 devant Maoëna, en pleine côte, par trente brasses de fond.
Le soir même, le capitaine De Langle, embarqué avec plusieurs officiers sur trois canots armés , alla reconnaître un village populeux, où il reçut l'accucil le plus amical, Comme l'heure était avancée , les naturels poussèrent la prévenance jusqu à allumer un grand feu pour éclairer le débarquement de leurs hôtes. Tout se passa fort bien dans cette première entrevue, et les carots regagnèrent les navires.
Le lendemain, au jour levant, les naturels vinrent trafiquer à bord, échangeant des provisions contre des objets en fer, et surtout contre des verroteries qui leur plaisaient beaucoup ; les chaloupes allèrent à terre pour y faire de l’eau, et les deux capitaines les suivirent dans leurs canots. Les rapports avec les habitants furent ce jour-là moins pacifiques. Des marins chargés de faire la haie de l’aiguade aux deux chaloupes laissèrent pénétrer des femmes dans leurs rangs, et un sauvage qui s'était glissé sur l'arrière de la chalope frappa un des matclots avec un maillet dont il s’était emparé. Au lieu de punir sévèrement l’agresseur, Eapérouse
175 VOYAGES ET AVENTURES se contenta de le faire jeter à l’eau, Il aurait fallu sévir avec plus de rigueur pour imposer à un peuple robuste et vigoureux, qui s "exagérait les avantages de sa force corporelle et méprisait les formes grêles des étrangers. I] aurait fallu prouver la puissance des Français et l'effet des armes à {eu autrement qu’en faisant tuer au vol un ou deux pigeons.
Cependant Lanérouse , accompagné de quelques hommes armés, était allé visiter le village , abrité sous des bosquets d'arbres à fruits. Les cases y étaient disposées autour d’une fort belle pelouse circulaire de 150 toises de diamètre. Debout devant la porte de leurs maisons, tous ces sauvases, hommes , femmes, enfants, vieillards, suppliaient Lapérouse de les honorer de sa visite, [entra dans plusieurs cases, Elles avaient toutes un plancher de cailloux choisis , élevé de deux pieds au-dessus du sol , Ct tapissé de nattes bien travaillées, Leur forme en général état elliptique, et un rang detroncs d'arbres soutenait un toit de fouilles de cocot'ers. A l’intéricur régnaient, dans la plupart, l'élégance et » la propreté, Pour tempérer l’ardeur du soleil, on avait disposé, dans quelques-unes, des nattes
fines artistement recouvertes les unes par les
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DE LAPÉROUSE. —— 1787. 179 autres, en écailles de poisson, et qui s’abaissaient ou se relevaient comme n-s jalousies. Ce pays charmant réunissait encore le double avantage d’une terre fertile sans culture et d’un climat qui n'exigeait aucun vêtement. Des arbres à pain, des cocos, des bananes, des goyavyes , des oranges offrent à ces peuples fortunés une nourriture abondante. Ils possèdent en même temps des pigeons privés, de charmantes touricrelles et de jolies perruches. Quelle imagination ne se füi représenté cette terre privilégiée comme le séjour du bonheur ! Mais les Francais ne furent pas longtemps sans s’apercevoir qu’elle n’était pas celui de l'innocence : de larges blessures cicatristes , ou encore saignantes, trahissaient chez les sauvages des habitudes belliqueuses et turbulentes, et leurs traits annon-
caient une grande férocité.
À bord des frégates , et pendant l'absence des chefs, cette turbulence s'était encore micux révelée. :falgré la vigilance des sentinelles, des sauvages s'étaient glissés sur le pont , ils avaient volé çà et là quelques objets, et à la violence il avait fallu opposer la force, Mais ces hommes aux formes herculéenne: se moquaient de la
taille peu avantageuse des Français ct riaient de
lcurs menaces. il eût fallu constater notre supériorité par des actes de vigueur ; on ne le fit pas. Lapérouse avait une expérience à faire ;
cle coûta cher aux frégates.
La fatalité d’ailleurs semblait pousser le capitaine De Langle vers le désastreux événement qui lui coûta Ja vie, Dans la journée du 10, il avait reconnu un joli village dans une anse voisine ; il voulut y retourner le lendemain , malgré les répugnances de Lapérouse. Le 11, vers midi, les deux chaloupes des frégatesetles deux grands canots, montés par soixante et une personnes , l'élite des équipages, sousles ordres deDeLangle, quittèrent donc le mouillage pour se rendre à l'aiguade que cet officier avait apercue Ja veille, Les embarcations étaient armées de leurs pierviers el les marins avaient des fusils et des sabres. Arrisé à l'endroit où il avait déharqué la veille , De Langle , au lieu d'une baie vaste et commede qu'il croyait trouver, ne vit qu'une anse remplie de coraux dans laquelle on ne pénétrait que par un Canal étroit et tortueux. Le capitaine , qui avait reconnu cette baie à la mer haute, n'avait pas supposé que dans ces îles la marée montit de Cinq ou six picds. I voulut d’abord rebrousser