‹ Voyages et aventures de Lapérouse [microforme]Chapitre 5 sur 46 · CS · texte numérisé non relu

CS

ent ar-

(les

DE LAPÉROUSE. —= 1766. 1 rent pour présenter la main aux étrangers et faciliter leur descente.

L'île, dans cette partie, est élevée d'environ vingt pieds ; les montagnes sont à sept ou huit cents Loises dans l'intérieur , et du pied de ces montagnes le terrain s’abaisse en pente douce vers la mer. Get espace est couvert d’une herbe que Lapérouse croit propre à nourrir les bestiaux ; cette herbe recouvre de grosses pierres qui ne sont que postes sur Ja terre. Elles parurent au commandant les mêmes que celles de l'Ile-de- France, appelées dans ce dernier pays giraumons, parce que le plus grand nombre est de la grosseur de ce fruit, Ces pierres, que les Français trouvaient si incommodes en marchant, sont un bienfait de la nature : elles conservent à la terre sa fraicheur et son humidité, et suppléent en partie à l'ombre salutaire des arbres, que ces isulaires ont eu l’imprudence de couper dans des temps sans doute très-reculés, ce qui à exposé leur sol à être calciné par l’ardeur du soleil, et les à réduits à n'avoir ni ravins, ni ruisseaux, ni

sources,

Le premier soin de Lapérouse, après avoir débarqué, fut de former une enceinte avec les sol-

dats armés. rangés en cercle, On enjoignit aux , S

habitants de laisser cet espace vide, et on y dressa une tente. On descendit ensuite à terre les présents destinés aux naturels , ainsi que les différents bestiaux ; mais comme le commandant avait expre..ément défendu de ürer, et que ses ordres portaisnt de ne pas même éloigner à coups de crosse de fusil ceux qui seraient trop incommodes, bientôt les soldats furent eux-mêmes en butte à la rapacité de ces iusulaires, dont le nombre s'était accru: ils étaient au moins huit cents, et parmi eux se trouvaient plus de cent cinquante femmes, dont plusieurs avaient unc physionomie assez agréable. Pendant que quelques-uns d'eux occupaient les étrangers, les autres enlevaient les chapeaux et les mouchoirs. Tous paraissaient complices des vols qui se faisaient; car à peine étaient-ils commis, que, comme une nuée d'oiseaux, ils s’enfuyaient au même instant ; mais voyant que les Francais ne faisaient aucun usage de Jeurs fusils , ils revenaient quelques minutes après, et épiaient le moment de faire un nouveau larcin ; ce manége dura toute la matinée, Comme les bâtiments devaient partir dans Ja nuit, et qu’un si court espace de temps ne permettait pas aux officiers de s'occuper de l'éducation de ces sauvages, lesFran- Cais prirent Je pari de s'amuser des ruses qu'ils

on y terre ie les adant IC ses ner à trop -médont 10ins 1s de aient

que , les oirs.

| faiue, tau s ne 2vemo-

DE LAPÉROUSE, — 1786. 23 employaient pour les voler ; et afin d’ôter tout prétexte à aucune voie de fait qui aurait pu avoir les suites les plus funestes, Lapérouse annonça qu'il ferait rendre aux soldats et aux matelots les chapeaux qui seraient dérobés. Ces naturels étaient sans armes: trois ou quatre seulement avaient une espèce de massue de bois très-peu “edoutable ; quelques-uns paraissaient avoir de l'autorité sur les autres. Lapérouse ies prit pour des chefs ; mais il ne tarda pas à s’apercevoir qu'ils étaient précisément les plus insignes vo-

leurs.

«Nous n'avions, dit Lapérouse, que huit ou dix heures à rester sur l'île, et nous ne voulions pas perdre de temps ; je confiai donc la garde de la tente et de tous nos effets à M. d'Escures, mon premier lieutenant ; je le chargeai, en outre , du commandement de tous les soldats et mate lots qui étaient à terre, Nous nous divisâmes ensuite en deux troupes : la première, aux ordres de M. De Langle, devait pénétrer le plus possible dans l’intérieur de l’île, semer des graines dans tous les lieux qui paraîtraicat susceptibles de les propager , examiner le sol, les plantes , la culture , la population , les monuments , et généralcnent tout ce qui peut intéresser chez ce peu-

2h VOYAGES ET AVENTURES

ple extraordinaire. Ceux quisesentirent la force de faire beaucoup de chemin accompagnèrent M. De Langle. la seconde troupe, dont je faisais parhe, se coatenta de visiter les monuments, les plates-formes, les maisons et les plantations à unc licue autour de notre établissement. Le dessin de ces monuments ; donné par Hodges, dessinateur de l'expédition de Cook, rend très-imparfaitement ce que nous avons vu. Forster croit qu'ils sont l'ouvrage d'un peuple beaucoup plus considérable que celui qui existe aujourd’hui; Mais son opinion ne me paraît pas fondée. Le plus grand des bustes grossiers qui sont sur ces plates-formes, ct que nous avons mesurés , N'a que quatorze pieds six pouces de hauteur » Scpt pieds six pouces de largeur aux épaules, trois pieds d'épaisseur au ventre , six pieds de largeur ct cinq picds d'épaisseur à la base : ces bustes, dis-je, semblent être l'ouvrage de la population actuelle, que je crois pouvoir , sans aucune exagéralion , porter à eux mille âmes, Le nombre des femmes m’a paru fort approchant de celui des hommes ; j'ai vu autant d'enfants que dans au- Cun autre pays ; et comme, sur environ douze cents habitants que notre arrivée avait attirés vers la baie ‘il n'y avait au plus que trois cents

femmes, Jai dû supposer que les insulaires

rec de M. De s pars, les ons à e des- , des- *s-Imcroit > plus l'hui; c plus plaà que pieds pieds cinq Is-je , | aCagé ce des 1 des s auouze

tirés ‘ents

aires

DE LAPÉROUSE, — 1786. 45 de l'autre coté de l'île élaient venus voir nos VAISSCAUX , et que les femmes, ou plus délicates. ou plus occupées de leur ménage et de leurs enfants, étaient restées dans leurs HAISONs, en sorte que hous n'avons vu que celles qui habitent le voi sinage de ja baie, La relation de M. De Lange confirme cette opinion ; il à rencontré de l'autre côte de l'ile beaucoup de femmes ct d'enfants,

» Nous sommes tous entrés dans ces cavernes où Forster cet quelques officiers du Capitaine Cook crurent d’abord que les femmes pouvaient être cachées, Ge sont ces Maisons souterraines. On ne peut cependant révoquer en doute que les habitants n’eussent cache leurs femmes lersque le capitaine Cook mouilla dans ces îles en 1779. Mais il m'est impossible d'en deviner la raison. C'est peut-être à Ja manière généreuse dont il se conduisit envers ce peuple que nous sommes redevables de la confiance qu'il nous à montrée. ct qui nous a mis à portée de mieux juger de sa population,

» Tous les monuments qui existent aujourd hui, ct dont M. Duché, petre dessinateur, a donné un dessin fort exact » paraissent très-ancier-. Les mors sont placés dans des moraïs on tombeaux,

autant qu'on en eut juger par la grande quanlité d'osscments qu'on y trouve, La forme actuelle de leur gonvernement à tellement nivelé les conditions, qu'il n'existe plus de chef assez considérable pour qu'un grand nombre d'homms s'occupent du soin de conserver sa mémoire

en lui érigeant une statue,

» La plus remarquable des pyramides que nous avons vues est blanchie d'une eau de chaux. Ces espèces de mausolées, qui sont l'ouvrage d’une heure pour un seul homme, sont empilés sur le bord de la mer; et un Indien, en se couchant à terre, nous à indiqué que ces pierres couvraient un tombeau, Levant ensuite les mains au ciel, il a voulu nous faire entendre , à coup sûr, qu'ils croyaient à une autre vie, J’étais fort en garde contre cette opinion, et j'avoue que je les croyais fort éloignés de cette idée; mais, ayant vu répéter ce signe à plusieurs , et M. De Langle, qui à voyagé dans l'intérieur de l'ile, m'ayant rapporté le même fait, je n'ai plus conservé de doutes à cet égard, Nous n'avons cependant reconnu la trace d'aucun culte; car je ne crois pas que personne puisse prendre leurs statues pour des idoles, quoique ces Indiens aient montré pour elles beaucoup de vénération. Ces bustes, de‘taille

quan-ne acnivelé ‘assez ‘hom- ‘moire

e nous x. Ces d’une sur le hant à raient ciel, il qu'ils zarde rOVais Lrépé- , Qui à pporté utes à nnu Ja le peres Idor elles ‘taille

DE LAPÉROUSE, — 1786. 27 colossale , et qui attestent le peu de progrès que ces insulaires ont fait dans la sculpture, sont faconnés avec une production volcanique , connue des naturalistes sous le nom de lapillo : c’est une pierre si tendre et si légère, que quelques officiers du capitaine Cook ont cru qu'elle pou vait être factice, el composée d’une espèce de mortier qui s'était durci à l'air, Il ne reste plus qu'à expliquer comment on est parvenu à élever, sans point d'appui, un poids aussi considérable ; mais ilest certain que c'est une picrre volcanique fort légère , et qu'avec des leviers de cinq ou six toises, eLen glissant des pierres dessous, on peut parvenir à élever un poids beaucoup plus considérable : cent hommes suffisent pour cette opéralion, Devant cette explication , le merveilleux disparaît, et l’on rend à la nalure sa pierre de lapillo, qui n’est point factice, comme on l'avait cru d’abord. »

La dixième partie de l'ile à peine est cultivée ; néanmoins Lapérouse pense que trois jours de travail suffisent à chaque naturel pour se procurer la subsistance d’une année, Les maisons sont communes à tout un village ou district. Une de ces maisons, mesurée par le ca, ïtaine francais, avait trois cent dix pieds de lon sueur, dix pieds

de largeur, et dix pieds de hauteur au milieu ; sa forme était celle d'une pirogue renversée ; on n\ pouvait entrer que par deux portes de deux pieds d'élévalion et en se glissant sur les mains. Celle maison pouvaitcontenir plus de deux cents personnes ; elle formait à elle seule un village, avec deux ou trois autres peltes habitations peu éloignées, Quelques maisons sont souterraines ; mis les autres sont construites avec des jones très-artistement arrangés ct garantissent parfaitement de la pluie. L'édifice est appu vé sur un socle en pierre de taille, de dix-huit pouces d’cpaisseur, dans lequel on à creusé, À distances égales, des trous où entrent des perches qui forment la charpente, en se repliant en voûte ; des natles de jonc garnissent l'espace qui existe

entre ces perches.

À une heure après midi, Lapérouse revint à latente , dans le dessein de retourner à son bord, afin quele capitaine Clonard, son second, pût àson tour descendre à terre, Il y trouva presque tout le monde sans chapeau et sans mouchoir, L'indulgence des équipages avait enhardi les voleurs, qui n'épargnèrent pas même le commandant.

Un sauvage, qui l'avait aidé à descendre d’une

plate-forme , lui enleva son chapeau, après lui

lieu ; 3; on deux ains, ‘cents age, peu nes ; ones rfaiun d’énCes fordes

iste

nt à prd, | SON tout ;'inurs, ant.

une

Jui

DE LAPÉROUSE, — 1786. 29 avoir rendu ce service, eLs'enfuit à toutes jambes, suivi, comme à l'ordinaire, de tous les autres, Lapérouse ne le fit pas poursuivre ; il ne voulait pas avoir le droit exclusif d’être waranti du soleil,

lorsque Lous ses Compagnons avaient la tête nue,

Bientôt deux officiers de L'Astrolabe vinrent averlir que les naturels avaient commis un vol nouveau, à la suite duauel il s'était élevé une rixe entre eux et les matelots. Des plongeurs avaient coupé le cablot de la frégate, et avaient enlevé son grapin; on ne s’apercut du vol que lorsque les coupables furent parvenus dans l'intéricur de l'île, Comme le grapin était un objet irès-ulile, deux officiers et plusieurs soldats les poursuivirent; mais ils furent accablts d’une grêle de pierres , et se virent contraints de tirer un coup de fusil à poudre qui ne produisit aucun effet; force leur fut d'en tirer un à plomb, dont quelques grains alicignirent un des sauvages ; colle décharge les intimida, ct les officiers purent regagner tranquillement Ja tente; mais Ie grapin n'en fut pas moins perdu. Peu de temps après, les sauvages rCparurent autour de létablissement des Francais, et les rapports d'amitié se rétablirent comme à la première entrevue,

à ‘ ? 5 Marg sescssln ss n'hnet$ Ce qui achèvera de peindre ces insulaires, c’est

qu'au moment où le capitaine De Langle faisait présent d’un bouc ct d’une chèvre à une espèce de chef, celui-ci les recevait d’une main et lui volait son mouchoir de l’autre, Il est certain que ces peuples n'ont pas sur le vol les mêmes idées que nous ; ils n’y attachent vraisemblablement aucune honte ; cependant ils n'ignorent pas qu'ils commettent en S'y livrant une action injuste, puisqu'ils prenaient la fuite dès qu'ils avaient dérobé quelque objet, pour éviter sans

doute d’en être punis,

Lapérouse retrouva à l'ile de Pâques tous les arts des îles de la Société (Taïti), mais avec beau- Coup moins de moyens de les exercer, faute de matières premières. Les p'-ogues y ont ia même forme ; mais elles ne sont composées que de bouts de planches fort étroites, de quatre ou cinq picds de longueur, pouvant porter quatre hommes au plus. Du reste, les naturels s’en servent fort peu; ils nagent si parfaitement , qu'avec la plus grose mer ils vont à deux lieues au large, et cherchent par plaisir, en revenant à terre, l'endroit où Ja lame brise avec le plus de force,

La côte est peu poissonneuse , et les insulaires

faisait ‘spèce et lui in que idées ement il pas on inqu'ils

r sans

us les beauite de nême ie de re Où uatre s’en ent , ieues 'eveec le

s aires

DE LATÉROUSE, — 1786, 31 tirent tous leurs aliments du règne végétal : ils vivent de patates, d’ignames, de bananes, de cannes à sucre et d’un petit fruit qui croît sur les rochers, au bord de l4 mer. lequel est senblable aux grappes de raisin qu'on trouve aux environs du tropique, dans la mer Atlantique. [ls cultiven: ies champs avec beaucoup d’intelligence. Il: arrachent les herbes, les amoncellent , les brûlent , et de leurs cendres fertilisent la terre. Les bananiers sont alignés au cordeau. [ls cultivent aussi le solanum ou la morelle. Leur raanivre de faire cuire les aliments est la même que celle des îles de Ja Société : elle consiste à creuser un trou dans la terre, et à couvrir leurs patates ou leurs ignames de pierres brulantes ou de charbons mêlés de terre, en sorte que tout ce qu'ils mangent est cuil comme au

{our.

Le soin qu'ils prirent de mesurer les 5äi CLS français prouva à Lasÿtrouse qu’ils ne voyaicnt pas nos arts en êtres stupides; ils examièrent attentivement les câbles, les ancres, la Lboussole , la roue du gouvernail, et revinrent lclendemain pour en prendre denouveau la mesure ; ce qui fit supposer au capitaine qu'ils avaient eu

quelque discussion à terre à ce sujet, el qu'illeur

D? VOYAGES ET AVENTULELS

Glatt resté quelques doutes, Get examen montrait péremploirement qu'ils étaient capables de ré- Mexion, ce qu'avait déjà établi ieur “onduite à la vue des arines à fou à puisque le seul geste d'un fusil en joue les avait fait fuir. Aussi celte découverte pr'oduisit-elle une ficheuse ininression sur l'esprit de leu:s hôtes : ceux-ci les quiilèrent, emportant d'eux qu'une faible estime €L déplorant la manière dont ils avaient accueilli

le bien qu'ils avaient voulu leur laure,

Après avoir laissé des animaux utiles el semé des graines d'Europe sur cette terre de voleurs, Lapcrouse quitta la baie de Cook le 10 avril 1786, et ne la perdit de vue que le lendemain. Les vents, jusqu'au 17, furent constammen du S. E. à l'E. S. E. : Le Lemps était extrêmement chir;ilne changea et ne se couvrit que lorsque les vents passèrent à l'E, N. O. , Où ils se fixèrent depuis le 17 jusqu'au 20, On commenca alors à prendre des bonites, qui suivirent constamment les frégates jusqu'aux îles Sandwich (Hawat), et fouin'rent presque chaque jour, pendant un mois Cl demi , une ration complète aux équipages. Celle excellente nourriture maintint leur santé dans le meilleur état. On Daviguait dans

des mers inconnues; la route que suivaient les bà

ntrait eo ré le à geste cette resquiitime

ueilli

TDTITÉ ‘UrS, avril ain.

‘ du ient que rent lors an Haant quieur ans

\ bà.

DÉ LAPÉROLSE, — 1786, .

linents était à peu près parallèle à celle du capitaine Cook en 1777, lorsqu'il fii voile des îles de la Société pour la côte du nord-ouest de FAmérique, Lapérouse se fallait. dans un trajet de près de deux mille lieues, de Fespoir de faire quelque découverte; il y avait sans cesse des matelots au haut des mâts, et un prix était pro mis à celui qui le premicr apercevrail la terre, Alin de découvrir un plus grand espace, les fréwales marchaient de front pendant le jour, laissant entre elles un intervalle de trois ou quatre

leucs.

Le 7 mai, par huit degrés de latitude nord, on aperçul beaucoup d'oiseaux de l'espèce des pétrels, avec des frégates etdes pu 'le-en-queue; on vil aussi beaucoup de tortues passer le long du bord, Onen prit derx quiétaient fort bonnes, De l'apparition de ces animaux, Lapérouse conclut qu'il avait passé auprès de quelque île vraisemblablement imhabitée, car un rocher au milieu des mers leur sert plutôt de repaire qu'un pays culivé, Le 15, on était var 19 17° de laütude nord, et 130 degrés de longitude occidentale, c'est-à-dire par là même latitude que le groupe d'îles placé sur les cartes espagnoles,

1! ï: | L 2iavai! 2e rOtiIe SEGRNTQIE, RACE UUSLC

CS ainsi que par celle des île

pensa qu'en prolongeant sa route Jusqu'à ces dernières îles , il rendrait un service important à la géographie s’il parvenait à bien fixer le gisement des terres que les Anglais n'avaient pas té x même d'explorer, particulièrement l'ile Mawi, ct hfaire disparaître des cartes des noms OisCux , désignant des îles qui n’existaient pas, et Clernisant des erreurs très-préjudiciables à la navigation, Le 2$S mai au malin, il cut connaissance des montagnes neigeuses d'Hawaii, et bientôt après de celles de Mawi. un peu moins élevées que celles de l'autre ile, I forca de voiles pour approcher de terre ; mais il en était encore à sept ou huit lieues à l'entrée de la nuil ; il la passa sur bord, attendant le jour pour donner dans le canal formé par ces deux îles, et pour chercher un mouillage sous le vent de Mawi. A ueuf heures du matin, on releva ln pointe de cette île, à l'ouest, Son aspect était ravissant ; on en prolongea la côte à une lieue: elle court dans le canal au S. O. un quart O. On voyait l'eau sc précipiter en cascades de Ja cime des montanes, et descendre à la mer après avoir arrosé les habitations des naturels : ces habitations étaient si multiplices qu'on pouvait prendre un espace

de trois ou quatre licues pour un seul village.

ces lant gipas "île

ms

DE LAPÉROUSE. — 1786. 39 Toutes les cases ttaient sur le bord de la mer, et les montagnes en étaient si rapprochées, que le terrain habitable paraissait avoir moins d’une demi-lieue de profondeur. Qu'on juge des sensations que durent éprouver les pauvres marins, réduits, dans ces climats brûülants, à une bouteille d’eau par jour, à la vue des arbres qui couronnaient les montagnes, de la verdure des bananiers qui entouraient les habitations ; mais la mer brisait sur la côte avec la plus grande force, ct, nouveaux Tantales, ils ne pouvaient que dévorer des yeux des trésors qu'il leur était

impossible d'atteindre,

La brise avait forcé, etl’on faisait deux lieues à l'heure. Lapérouse voulait terminer avant la nuit le développement de cette partie de l'île. jusqu'à celle de Morokinns , auprès de laquelle il se flattait de trouver un mouillage à l'abri des vents alisés, Ce plan, dicté par les circonstances iupéricuses dans lesquelles il se trouvait, ne lui permit pas de diminuer de voiles pour attendreenviron cent cinquante pirogues qui se détachèrent de la côte; elles étaient chargées de fruits et de cochons, que les sauvages proposaient aux étran-

gers d'échanger contre des morceaux de fer.

56 VOYAGES ET AVENTURES F resque foules ces pirogues alteie gnirent l'une ou l'autre fre ‘sale ; :INUS Lapc rouse continuait s sa

roule avec tantde vitesse, que le sillage desnavires les re mp} issail d'eau et Îcs faisail chavirer, Les

insulaires Ctaient obligés de larguer la corde qu'on Jour avait filée ; ils se jetaient à la nage , souievaient leurs pirogues avec les épaules , en vidaient l'eau, et Y remonlaient vaiement , cherchant, à force de pagaics, à regagner auprès «es lrégales Le poste qu'ils avaient été obligés d'abandonne re! qui avait Ce aussitôt occupé par d'autres, auxquels le méme accident était arrivé, Plus de quarante pirogues furent ainsi sUCCCssIYemen! renversées : el quoique le com. merce que Îles Francais faisaient avec les natureis convinl par faitement aux uns CE aux autres, il fut Hipossible aux premicrs de se procurer

plus de quinze cochons el quelques fruits.

Les pirogues Gtaient à balancier; chacune portal de trois à cinq hommes: les Moyennes pouvaient avoir vingt-quatre pieds de longueur, un pied seulement de large ‘ur, CE à pou près au tant de p'oiendeur, Leur poids n'exctdait pas eiquante livres, C'est ce pendant avec ces frêles embarcations qi ue les habitants de cesiles lont des

trajets de Rs licues , Lraversant des canaux

Lei

DE LAPÉROUSE. — 1786. 37 qui ont jusqu à vingt lieues de largeur ; mais ils sont si bons nageurs, qu'on ne peut leur comparer, sous ce rapport, que les phoques et les

loups marins.

À mesure que les vaisseaux avancaient, les montagnes semblaient s'éloigner dans l'intérieur de l'île, qui se montrait sous la forme d'un amphithéâtre assez vaste, mais d'un vert jaune; on n'apercevait plus de cascades, les arbres étaient peu rapprochés dans Ja plaine; les villages ne se composaient que de dix ou douze cabanes , lrèséloignées les unes des autres. Quel contraste avec le pays qu'on laissait derrière soi! Les Francais ne trouvèrent un abri que lorsqu'ils eurent sous les veux un rivage affreux, où Ja

lave avait autrefois coulé.

Les bâtiments gagnèrent un mouillage à un üiers de lieue de terre. Hs étaient abrités des vents du large par un gros MOorne coiflé de nuames qui, de temps à autre, occasionnaient de lortes ralales, Cette rade était d'autant plus Mauvaise qu'on y était exposé à des courants qui empéchaient de tenir debout au vent, Les naturels de cette partie de l'ile s ecmpressèrent

de venir à bord dans louve nirownes . annortant

Pour Commercer avec les étrangers, des bananes, des racines de laro, avec des étofles et quelques autres curiosités faisant partie de leur costume, Lapérouse ne voulut leur permettre de monter à bord que lorsque les frégates furent mouillées et les voiles serrées ; il leur déclara qu'il était tabou, mot qui, dans leur idiôme , exprime une chose à laquelle leur religion dé- {end de toucher, Cette déclaration eut tout le succès qu'il en attendait. Le Capitaine De Langle, qui n'eut pas Ja même précaution , vit un moment le pont de sa frégate embarrassé d’une multitude de ces Sauvages ; mais ils étaient si dociles , qu’il fut très-facile de les faire rentrer dans

leurs pirogues,

Le lendemain , à huit heures du malin , quaire canots débarquèrent les Francais sur cette ierre ; les deux premiers portaient vingt soldats armés ; Lapérouse et De Langle, suivis de tous les officiers et Passagers qui n'étaient pas retenus à bord par leur service , étaient dans les deux autres. Cet appareil, que faisait excuser la catastrophe encore toute récente de l'infortuné Cook, n'effraya point les naturels, qui, dès la pointe du jour , étaient dans leurs pirogues , au nombre

de plus de cent vingt, hommes, femmes e! en-

banaes et leur re de rent clara ne , déit Îc gle , mo-

une do-

lans

{ants, el commencèrent aussitôt leur commerce. Deux d'entre eux, qui paraissaient avoir quelque aulorité sur les autres, s’avanctrent : ils adressèrent très- gravement à Lapérouse une assez longuc harangue, dont pas un mot ne fut compris, el lui offrirent en présent un cochon, qu'il accepta. [leur de ina en retour des médailles, des haches et quelques morceaux de fer, objets d'un prix inexprimable pour eux. Ces libéralités achevèrent de gagner aux Francais l'a-

nitié des insulaires.

Lapérouse rencontra dans sa promenade quaire petits villages de dix à douze maisons; elles étaient construites et couvertes en paille, et avaient la forme des chaumitres de certaines campagnes de France. Les toits étaient à deux pentes; la porte, placée dans le pignon, n'avait que trois pieds d'élévation, et l'on ne pouvait y entrer sans se courber, Les meubles consistaic at en nattes, qui, comme nos apis, formaient un parquet très-propre , sur lequel les insulaires couchaient, Is n'avaient d’autres ustensiles de Cuisine que des calebasses peintes de diverses couleurs, Leurs étoffes étaient faites avec le mû-

rier à papier; mais quoiqu'elles fussent peintes

+ AA RS PS RS 2 : à , : É cn srur:

arCC üiiC grande varicic, LüpCrousc Cit trouva

ñ0 VOYAGES ET AVENTURES la fabrication inférieure à celle des Ctoffes des

autres insulaires de la mer du Sud.

A son retour à bord , le commandant apprit que son second , le capitaine Clonard, avait recu un chef, et avait acheté de Jui un manteau et un beau Casque rouge ; il avait en outre fait l'ac- Qquisilion de plus de cent cochons, de bananes dé patates, de taro , de nattes, d’une pirogue à balancier et de difltrents petits meubles en plumes el en coquilles, Mais Les deux lrégates chassaient sur leurs ancres; la brise était très-forte de l'E, S. E, Il fallut donner le signal d'appareiller. On n'acheva de lever l'ancre qu'à cinq heures du soir; jusqu'à huit heures on eut de folles brises, avec lesquelles on ne put faire une demilicue. Enfin, le vent se fixa au N. N. O. Lapérouse dirigea sa roule à l’ouest, passant à une égale distance de la pointe du nord-ouest de l’île de Tahourowa , et de 1n pointe sud-ouest de l'ile Ranay. Au jour, il mit le Cap sur la pointe du sud-ouest de l'ile Morokaï, qu'i! rangea à trois quarts de lieue, et débouqua par le canal qui sépare l'ile d'Oahou de celle de Morokaï. Le LE juin, à six heures du soir, toutes les îles

élaient dépassées, Moins de quarante-huit heures

s des

prit 'ecu u el l’ac- ES , 1e à pluhasrte cu- Iles

ni-

DE LAPÉROUSE, — 1786, A avaient sufli à Lapérouse pour reconnaitre cet archipel et pour atteindre le but qu'il s'était proposé, d'éclaircir un point de géographie fors important, en enlevant des cartes espagnoles cinq

ou six îles qui n'existaient pas.

Page 1