‹ Voyages et aventures de Lebret à la HayeChapitre 12 sur 28 · BELGIQUE ET GENDARMES · texte numérisé non relu

BELGIQUE ET GENDARMES

Liège (Belgique), 21 août 1924.

J e ne suis encore qu’à Liège, et ne prévoyais pas que j’aurais si tôt la matière d’une nouvelle lettre. Le bon P. Trunk et . . . un imbécile de gerdarme (pardon du rapprochement) se sont chargés de m’en procurer. Merci à l’un et . . . mes compliments peu cordiaux à l’autre pour cette délicate attention.

Ce ne fut pas sans peine que je pus m’arracher à la si bienveillante hospitalité de nos Pères de Fauquemont. Mettant le comble à leurs amabilités, le R. P. Supérieur, revenu depuis lundi matin, insista pour me faire visiter l’antique ville de Maëstricht, qui date du temps des Romains, et a un passé chrétien très glorieux. Ne pouvant s’absenter lui-même, il me confia aux soins empres-

sés de mon compagnon aux catacombes, l’excellent P. Trunk, qui m’accompagna jusqu’à cette ville, sise à une quinzaine de milles du lieu de sa résidence.

Maëstricht (1) est une ville d’environ 60,000 habitants, de langue hollandaise plutôt corrompue, mais dont beaucoup sont familiers avec le français, grâce à la proximité de la Belgique, dont on entrevoit la frontière d’un de ses faubourgs. On y trouve encore de vastes fortifications, un mur d’enceinte coupé de bastions crénelés, et l’on y traverse, sur un pont dû à un Dominicain, la Meuse qui n’y est pas tout à fait aussi large que la Saskatchewan à Batoche.

Mais Maëstricht nous intéresse par ses monuments, presque tous de caractère religieux, plutôt que par ses rues animées et souvent très étroites, ses boulevards bien aérés et ses parcs soigneusement entretenus, ou même son canal, de bonne largeur, propre et plein de vie. Notre première visite est pour une église encore inachevée, due au talent ( ?) architectural d’un des Pères du Sacré-Cœur qui la desservent. Qu’en dirai-je bien? Il ne faudrait pas critiquer à outrance, mais on n’en doit pas moins la vérité au lecteur. Or, pour ne pas le tromper, je dois dire que c’est simplement une horreur. C’est original : une vaste rotonde sans nef ni transept ; mais toutes les règles de l’esthétique — pourquoi ne pas ajouter et du bon sens ? — y paraissent violées. Passons.

Nous entrons ensuite dans une chapelle-sanctuaire ouverte à tout venant. Elle est dédiée à Marie, étoile

(1) Le nom de cette ville correspond à peu près à : terre de la Meuse.

de la mer, et c’est une annexe d’une grande église du onzième siècle qui est aujourd’hui fermée. C’est antique et portant à la dévotion, mais ce n'est qu’une chapelle. Un certain nombre de fidèles y sont pourtant en prières, et un grand nombre de cierges allumés témoignent de leur piété. Un mot à Marie et nous remontons dans l’automobile qu’un ami de nos Pères de Fauquemont, marchand qui se proclame “Oblat honoraire”, a mis à notre disposition.

Son fils nous mène alors à une église tout récemment construite, juste au bout de la ville et dédiée à saint Lambert. C’est d’un style roman bien proportionné, avec de superbes colonnes en granit poli, une substantielle table de communion en marbre, un maître-autel de même matière et orné de colonnettes en onyx, le tout bien aéré, bien ajouré. On dit que ceux qui bénéficient de ce nouveau temple sont surtout des ouvriers. On ne peut que les féliciter de leur bonne fortune.

Mais pourquoi n’y pas garder le Saint-Sacrement à sa place, au grand autel, puisque ce n’est pas une cathédrale ? Au lieu de cela, on le tient dans une espèce de coffre-fort en cuivre doré, à gauche du maître autel et complètement distinct de celui-ci. J’ai déjà vu quelque chose d’analogue dans l’église des Jésuites de la Haye ; mais je ne puis me persuader que pareille disposition soit dans le véritable esprit de l’Église. Notre Seigneur est l’Hôte de nos temples ; c’est de Lui qu’on doit apercevoir le logis dès son entrée dans le lieu saint, et l’on ne devrait pas avoir à le chercher des yeux en dehors d’un autel.

Mais notre temps entre deux trains est limité. Il

faut profiter de ce qui nous en reste pour visiter le principal monument religieux de Maëstricht, qu’on nous assure être, dans une partie de sa crypte, la plus ancienne église de toute l’Europe (1) : je veux dire l’église de Saint- Servais, premier évêque de Maëstricht, qui mourut en 384.

Pour suivre un certain ordre chronologique, nous descendrons dans la plus ancienne partie de sa crypte. On l’attribue à son premier successeur, ce qui la ferait remonter au IVe siècle, et lui donnerait ainsi un âge respectable. On ne saurait nier qu’elle paraît très ancienne, avec les chapiteaux de ses colonnes à l’ornementation de nature absolument rudimentaire.

Sur le sol reposent des cercueils, ou sarcophages primitifs, comme des auges creusées dans la pierre, dont quelques-uns sont fermés et contiennent des corps humains, tandis que d’autres sont ouverts, et donnent asile à des ossements dont on ignore l’origine. Tout ce qu’on sait de ces réceptacles funéraires, c’est qu’ils datent du temps des anciens Francs. A côté, dans une salle spéciale, nous trouvons le tombeau du dernier roi carlovingien. C’est on ne peut plus simple : un cercueil, apparemment en pierre, fixé au sol contre un mur, avec une plaque, ou un couvercle, de marbre noir sans aucune inscription.

Cette crypte se trouve au-dessous du chœur actuel, c’est-à-dire près de la toute première porte d’entrée ; car la disposition de l’église entière a été intervertie, le chœur original se trouvant là où se dresse aujourd’hui

(1) C'est une opinion, celle du guide, que je cite sans la faire mienne.

la frappante statue de Charlemagne, qui en fit lui-même élever la partie où nous le voyons présider — à l’opposé du sanctuaire moderne. Impossible de concevoir un air plus majestueux, de port plus noble ou de mine plus royale que ceux qui ont été prêtés par le sculpteur au grand empereur. C’est une œuvre d’art évidemment assez moderne.

L’église de Saint-Servais ne présente pas à l’intérieur l’apparence d’antiquité qu’ont celles de Caen et de Lisieux, et cela pour la bonne raison que cet intérieur a subi, dans l’édifice de Maëstricht, une restauration, ou rénovation, consistant en peintures et décorations murales, qui la rajeunissent et ne peuvent que lui faire considérablement gagner aux yeux de ceux qui n’apprécient que le joli et ne comprennent pas la véritable beauté.

A côté, je ne sais pour quelle raison, un cloître, ou déambulatoire, lui est attenant, lequel sépare l’église proprement dite du “ trésor ” le plus riche que j’aie jamais vu. On y admire, quand on est connaisseur, un tableau représentant une scène de la vie de saint Dominique qu’on estime à 200,000 florins, soit 3575,000., avec d’autres dont je ne donnerai point la liste, vu que ce genre d’œuvres d’art ne m’intéresse qu’à demi et intéresserait peut-être encore moins mes lecteurs.

Parmi les nombreuses reliques qu’on y expose à la vénération des fidèles ou à la curiosité des visiteurs non catholiques, mentionnons des cheveux de la Sainte Vierge, qu’on prétend avoir été donnés aux croisés par Godefroi de Bouillon. Il est difficile de contrôler l’authenticité de pareilles choses, qu’on est a priori porté

à croire apocryphes. Mais le guide explique qu’on peut très bien posséder une semblable relique, puisque c’était la coutume parmi les Juifs de couper une mèche de cheveux aux femmes qui se mariaient ou qu’on enterrait. Dans l’espèce, la présence de ses cheveux, loin d’aller à l’encontre de la tradition universelle concernant l’assomption de la Sainte Vierge au ciel, serait plutôt de nature à la confirmer, en prouvant implicitement qu’elle mourut réellement et qu’elle fut mise au tombeau, alors que les disciples de son Divin Fils ne durent pas manquer de se conformer à la pratique juive.

— Mais, ajoute le guide pour les protestants dans le groupe qui l’écoute, l’authenticité de cette relique n’est pas un dogme de foi.

Heureusement.

Il y a encore dans ce “ trésor ” la crosse qu’on dit avoir appartenu à saint Servais, mais que j’ai de la peine à croire authentique, parce que, à cette époque si éloignée de nous, cet apanage moderne de l’épiscopat n’était point encore en usage dans l’Église. On montre aussi ce qu’on appelle son calice, auquel je ne puis pas davantage accorder l’âge qu’on lui attribue, et une espèce d’icône, ou de crucifix, d’ivoire, qui seule paraît très ancienne. Personnellement, ce qui m’intéresse le plus, ce sont deux documents manuscrits, dont l’un est une lettre de saint François de Sales, qui dit avoir écrit à M. de Chantal — on célèbre demain la fête de l’épouse de ce dernier — tandis qu’un autre est un canevas de sermon, avec force signes et abréviations, par saint Alphonse de Liguori.

Pour allier le contemporain à l’antique, signalons, dans cette même collection, un superbe calice volé par les bolchévistes russes à un jeune prêtre auquel on l’avait donné en cadeau. Il a été racheté par la fabrique de Saint-Servais, avec l’intention de le rendre à son propriétaire légitime sitôt que cela sera possible (1).

J’oubliais aussi une petite portion de l’épine dont Jésus-Christ fut couronné, une plus grosse quantité de bois de la vraie Croix qu’on n’en trouve nulle part ailleurs, excepté à Jérusalem, et nombre de reliques de saints qu’il serait trop long d’énumérer.

Le dernier successeur de saint Servais sur le siège épiscopal de Maëstricht, aujourd’hui sans évêque, fut apparemment saint Lambert, qui, martyrisé dans les toutes premières années du huitième siècle (on hésite entre les années 700 et 706), fut néanmoins inhumé à Maëstricht. Mais son successeur, saint Hubert, fit transférer ses restes à Liège, qui devint dès lors le siège épiscopal unique de la région ; en sorte que l’Église de la cité belge peut être regardée comme la fille de celle de la ville hollandaise.

Nous irons donc à Liège, où conduit d’ailleurs une espèce d’interminable souterrain, labyrinthe, ou série de

(1) A ce propos, le guide naturellement bien stylé aux minuties de pareilles questions, nous apprit un détail que la plupart d’entre nous ignoraient, ou avaient oublié. Comme il tendait ce beau calice vers la foule, pour lui en faire admirer les détails, chacun de ceux auxquels il l’offrait se récusait instinctivement, et n’osait le toucher par respect pour un vase sacré.

— Prenez-le dans vos mains, insista-t-il alors ; du moment qu’il a été désécré par un vol sacrilège, il n’est plus consacré.

grottes, dont nous voyons l’entrée juste aux portes de Maëstricht.

A ce propos, mentionnons le fait que ce long souterrain est extrêmement dangereux pour d’autres que des guides qui en ont fait une étude approfondie, et l’on rapporte que deux Franciscains y perdirent la vie dans des circonstances aussi tragiques qu’imprévues. Ils s’y aventurèrent sans guide, mais en déroulant après eux un fil, ou une ficelle, dont l’extrémité était fixée à l’entrée, et qui devait faciliter leur retour. Malheureusement, des gamins ayant trouvé ce fil d’Aryane dont ils ne soupçonnaient pas l’objet, s’en emparèrent ou le détruisirent, avec le résultat final que les deux religieux ne purent revenir sur leurs pas. Plus tard, on les trouva morts.

Mais pas n’est besoin aujourd’hui de ce souterrain pour aller à Liège. La voie ferrée est plus sûre, bien que le but du voyageur soit parfois aussi difficilement atteint. En voici la preuve.

Ayant déjà oublié mes lunettes à la Haye, je ne fus que médiocrement surpris de ne pas trouver mon passeport lorsque je préparai mon départ de Fauquemont.

— Je dois l’avoir laissé là aussi, me dis-je sans m’en étonner ou m’en troubler outre mesure.

J’avais, en effet, tant de papiers capables d’établir mon identité que je ne craignais aucun incident de frontière. Il en alla autrement. Arrivé à Visé, première ville de Belgique en venant de Maëstricht, un homme à l’air important, revêtu d’un uniforme militaire, vint

me demander mon passeport. Lui ayant assuré que je l’avais perdu, il me regarda d’un air défiant (1).

— Comment osez-vous voyager sans papiers ? me demanda-t-il.

— Des papiers, mais j’en ai en masse, lui dis-je. Tenez, vous allez vous convaincre facilement que je ne suis pas ce que vous semblez me croire.

Je lui déclinai alors ma qualité de prêtre français domicilié au Canada, dont une université m’avait délégué à un congrès scientifique qui venait de se tenir à la Haye, d’où je revenais.

— Voici, ajoutai-je, la lettre du président de cette institution qui m’envoie là. Ceci est mon billet d’admission à ce congrès, et ce que je porte sur la poitrine est l’insigne dont on a décoré tous ses membres.

— Je ne comprends pas un mot de ces papiers, me dit l’officier.

— Comment, vous ne savez pas l’anglais ?

— Non.

— Eh ! bien, voici mon bréviaire ; pouvez-vous reconnaître du latin?

— Je n’ai que faire de votre latin. Qui me dit que tout cela vous appartient réellement ? Ce qu’il me faut, c’est un document auquel est attachée votre photographie. Où sont vos lettres allemandes ?

— Mes lettres allemandes ? Mais je ne vous ai jamais dit que j’en avais. Je ne comprends même pas cette

(1) Ne pas oublier que je ne portais pas alors la soutane, mais étais habillé en clergyman anglais.

langue. Je vous répète que je suis un prêtre français, tout aussi bien que vous vous êtes un douanier.

— Je ne suis pas un douanier, mais un gendarme, et vous allez vous en apercevoir. Je ne puis vous laisser passer. Où voulez-vous retourner?

— Qu’il retourne à la Haye, qu’il retourne à la Haye, ricana alors un copain portant le même uniforme, qui croyait évidemment que je contais des sornettes.

Voyant que les choses tournaient mal pour moi, qui étais déjà devenu le point de mire d’une foule d’yeux, je crus amollir mon Cerbère en lui manifestant de la confiance.

— Voyez, Monsieur, lui dis-je, j’écris au cours de mon voyage des lettres à un journal français du Canada. Je suis donc bien français. Voici le brouillon de deux d’entre elles ; voulez-vous en prendre connaissance ?

Il se mit alors à scruter mon grifïonage, apparemment avec le plus grand soin. Je pensais que la lumière commençait enfin à se faire dans son esprit, lorsque, tournant la page, il aperçut au verso un plan dessiné au crayon que je n’avais pas remarqué moi-même. C’en était trop pour son caractère soupçonneux.

— Qu’est-ce que cela ? me demanda-t-il alors en me fixant sévèrement.

— Je n’en sais rien ; j’ai pris ce papier tel quel chez mon frère en France.

Me rendant alors mes papiers, il me demanda, et nota sur son calepin, mes nom et prénoms, lieux d’origine et de domicile, etc. Puis :

— Je ne puis vous laisser passer, fit Pandore. Descendez.

Sur un signe de sa part, un camarade vint lui servir de pendant, et, ainsi encadré de deux gendarmes, je me rendis solennellement au guichet, où je fus obligé de prendre un billet pour la place d’où je venais, billet qu’on ne me fit même pas la gracieuseté de me payer (1).

— Voici un train qui se rend à Maëstricht, me dit le gendarme incrédule. Montez dedans.

On peut s’imaginer si je pestais. Et dire que, indépendamment de celle de la Belgique, j’avais deux autres frontières à passer, celle du Luxembourg et celle de la France ! Que deviendrais- je alors si l’on s’y montrait aussi exigeant pour moi ? Et maintenant que faire ? Où aller? Comment revenir en Belgique? Je n’avais plus un sou d’argent hollandais ; je ne pouvais donc penser ni aller à l’hôtel, ni m’acheter un billet de retour au cas où ma difficulté s’arrangerait d’une manière ou d’une autre.

Je me rappelai alors “ l’Oblat honoraire ”, dont le fils m’avait piloté au travers de Maëstricht.

— Il m’aidera dans ma détresse, me dis-je, et je retournai frapper à sa porte.

Puis, comme l’inexorable Pandore m’avait suggéré d’aller trouver le consul belge, je me rendis à sa demeure malgré l’heure plutôt avancée. Mais il était évidemment sorti, et personne ne vint même m’ouvrir. C’était

(1) Une circonstance qui militait contre la bonne foi du gendarme consistait dans le fait qu’il dut bien s’apercevoir que je n’avais que de 1 ’argent français pour payer ce billet.

aller de mal en pis. Comme mon charitable hôte et moi nous épuisions en vains efforts pour trouver une solution à mon problème, ce monsieur finit par me dire :

— Etes-vous bien sûr d’avoir cherché dans toutes vos affaires ?

— Absolument sûr, répondis-je. Du reste, vous voyez que ma sacoche est de modestes dimensions ; comment manquer d’y voir le livret si désiré s’il y était? Il doit se trouver à la Haye.

— Eh ! bien, mon Père, je n’ai pas de conseils à vous donner ; mais en votre place je chercherais encore, insista le monsieur hollandais.

Simplement pour faire preuve de bonne volonté, mais sachant bien que je ne trouverais rien, je me mis machinalement à fouiller mon sac, montrant à mon interlocuteur comment ni les poches de ma douillette d’été, ni les nombreuses enveloppes qui renfermaient lettres et documents ne contenaient de passeport. Comme j’examinais ces dernières l’une après l’autre, un cri s’échappa soudain de ma poitrine.

— Le voilà !...

J’avais l’habitude de tenir ce précieux livret dans une enveloppe rouge, et n’avais jusque-là ouvert que les enveloppes de cette couleur. Or il se trouvait maintenant dans une blanche ; d’où mes insuccès précédents.

Remerciant avec effusion mon hôte de son bon conseil, je lui demandai de s’informer s’il n’y aurait pas encore un train pour Liège ce jour-là. Il était sept heures et demie du soir ; mais, par bonheur pour moi, il y en avait un qui devait partir à huit heures quarante. Donc,

après une légère réfection, M. Grossimlinghaus-Gossen — ce brave homme mérite d’être mentionné nommément, malgré l’effort que cela peut causer à une plume française — me mena lui-même à la gare en auto, et me paya généreusement un bon billet de seconde (plus que les premières en Amérique), et vogue la nacelle ! me voilà de nouveau en route pour la frontière belge.

Là, mon Cerbère d’il y a trois heures rouvre la portière de mon compartiment, et paraît interdit de se retrouver face à face avec moi. Après qu’il eut examiné mon passeport :

— Croirez-vous maintenant un prêtre quand il vous assure qu’il est victime d’un accident ? lui demandai-je en le regardant dans les yeux.

— Que voulez-vous ? balbutia-t-il un peu honteux, j’avoue que je suis par nature assez incrédule.

— Vous voyez maintenant qu’il est des cas où un peu de foi et de discernement ne sont pas de trop.

— J’ai fait mon devoir, dit-il évidemment agacé par ma mention de discernement.

— Pas du tout. Un peu de jugement et les papiers que je vous ai montrés auraient dû vous convaincre.

— Je ne comprenais rien à vos papiers.

— Est-ce ma faute à moi si vous ne savez pas l’anglais ?

— Je ne puis pourtant pas connaître toutes les langues.

— Ce n’est pas connaître toutes les langues que de savoir l’anglais.

Là-dessus, Pandore se rappela brusquement qu’il représentait l’autorité. Se redressant donc vivement et

se retranchant dans sa dignité, il me dit d’un ton qui voulait être péremptoire :

— Je n’ai d’observation à recevoir de personne.

— Eh ! bien, moi j’en ai à vous faire, insistai-je en accentuant chaque syllabe ; car par votre ignorance et votre manque de savoir-faire, vous m’avez mis dans l’embarras sans raison . . .

Après ce dialogue, dont je garantis la parfaite authenticité, Pandore s’esquiva au lieu de m’arrêter. Faisonsen autant, et renvoyons “ la suite au prochain numéro

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