TRAVERSÉE DE RETOUR
Montréal, Canada, 9 novembre 1924.
Je pensais terminer par la lettre qui précède cet humble volume d’impressions et de réminiscences. Le lecteur dira si les imprévus de la présente valent la peine d’être ajoutés aux récits et descriptions que je lui ai déjà servis.
Le mardi, 28 octobre, dernier, je quittais définitivement frère et sœurs de Laubrières qui, pendant la valeur d’au moins huit semaines, avaient été pour moi d’une générosité et d’une obligeance sans pareilles. Deux jours plus tard, en conformité avec ce qui avait été arrangé, je prenais, au bureau de la ligne Cunard à Paris, mon billet pour Montréal, Canada, où le paquebot Ausonia devait me mener. Puis, transformant la nuit
en jour, je me rendais à Cherbourg, où je devais m’embarquer. Le train m’y amena à cinq heures cinq du matin, le jeudi 30 octobre. Mais comme on m’avait assuré que mon bateau ne devait partir qu’à neuf heures du matin, je crus bon d’attendre le lever du jour à la gare.
Je me dirigeai alors vers l’embarcadère, qui n’était qu’à cinq minutes de marche, me dit l’un, dix minutes, m’assura un autre ; en réalité presque trois quarts d’heure pour un homme chargé et affaibli par l’âge comme moi.
— - Vous voyez ce steamer qui fume ? C’est lui qui doit conduire les passagers à VAusonia ; c’est là qu’il vous faut aller, me dirent les uns et les autres.
Arrivé là, l’homme qui paraissait avoir soin du prétendu transbordeur me fit remarquer que celui de VAusonia était parti avec tous ses passagers, et que j’arrivais juste vingt minutes trop tard !...
— Quand reviendra- t-il ? demandai-je alors.
— Dès qu’il aura remis ses passagers au paquebot ; mais il ne fait qu’un voyage.
Le lecteur comprend-il? Le port de Cherbourg étant trop peu profond pour les vaisseaux transatlantiques, ceux-ci sont obligés de rester en pleine mer, où on leur mène leurs passagers. Ces passagers étant partis, j’avais simplement manqué mon bateau !...
Or il n’était que sept heures dix du matin.
Ce contretemps était, avouons-le, de nature à causer un choc au plus phlegmatique. Devant ma détresse, l’homme du steamer “ qui fumait ” mit pied à terre, et, en bon Breton qu’il semblait être, chercha à me venir en aide.
— Si seulement les gens de la maison Cognac étaient levés, vous pourriez essayer de leur louer un bateau qui vous mènerait à votre paquebot, dit-il. Mais tout paraît encore fermé chez eux.
Et il indiquait de sa main velue une grosse maison commerciale de l’autre côté de la rade.
— Quant à moi, reprit-il, j 'essaierais bien de vous y mener avec la chaloupe que voici ; mais vous voyez le vent qui s’est levé. Nous n’y parviendrions jamais vivants.
— Que faire alors ?
— Voici. Au bureau de pilotage que vous voyez làbas, on pourrait peut-être vous trouver un launch à essence (1).
Et, se retournant vers son propre bateau :
— Viens donc ici, mousse, ajouta-t-il ; mène ce monsieur chez le pilote, et porte-lui sa valise.
Arrivé là, je confie ma peine à de vieux loups de mer, qui pestent avec moi contre les autorités de la ligne Cunard. Mais que pouvons-nous faire? disent-ils. Ne voyez;-vous pas YAusonia qui se met en route et son transbordeur qui revient au quai ? Vous n’avez plus qu’à vous plaindre à son agent général, M. Rose, que doit porter cette dernière embarcation.
On pense bien que je n’avais pas besoin de cette dernière suggestion. M. Rose avait à peine remis pied à terre qu’il dut affronter mes récriminations.
— J’ai payé hier à Paris mon passage sur YAusonia, lui dis-je, et elle vient de partir avant l’heure.
(1) Ou à gazoline.
— Pardon, elle est partie une demi-heure en retard, m’assure ce monsieur d’un ton qui ne paraît rien moins qu’ému.
— Comment ! On m’a déclaré qu’elle ne partirait qu’à neuf heures du matin. J’étais ici à sept heures dix, et elle n’y était plus.
— Impossible ; vous avez dû mal comprendre. On ne pouvait faire pareille erreur à Paris.
— Je vous garantis que j’ai très bien compris. On a été trop clair, trop explicite. Je puis, du reste, vous le prouver.
— Quand êtes-vous arrivé en ville ?
— Ce matin à cinq heures cinq.
— Pourquoi n’êtes-vous pas venu de suite trouver votre bateau comme les autres ?
— Parce qu’il faisait nuit, et que j’ai cru me trouver assez tôt à sept heures pour un départ qui ne devait s’effectuer qu’à neuf.
— Je sympathise avec vous, Monsieur, mais je n’y puis rien.
— Pardon, vous y pouvez beaucoup, et je m’adresse à vous en ce moment pour vous déclarer que la faute en étant à l’un de vos représentants, vous et votre compagnie êtes légalement responsables des conséquences.
— Inutile de s’emballer, déclara le grand fonctionnaire, un peu surpris de la chaleur de ma déclaration. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de vous procurer un passage sur le Mauretania (1).
— Qui partira quand ?
(1) Autre paquebot de la même compagnie.
— Samedi prochain.
— Et se rendra ?
— A New- York.
— Impossible. Arrivé là, il me faudrait payer quinze dollars pour gagner Montréal. Et d’ici à samedi, qui paiera mes dépenses?
Le principal commis de M. Rose s’était joint à lui, et ensemble nous formions sur le quai un groupe qui attirait d’autant plus les regards que chacun des flâneurs du port commençait à connaître ma position.
— Je ne pense pas que la compagnie Cunard consente à endosser toutes ces dépenses, fit le nouveau venu.
Mais si d’un côté on paraissait déterminé à sauvegarder les intérêts de la compagnie en défaut, je ne l’étais pas moins à tenir mes droits en avant.
— Voici, leur dis-je donc. Votre Mauretania ne peut me convenir. Il faut que j’arrive à Montréal le même jour que YAusonia. Comme ce dernier paquebot doit mouiller à Southampton, et ne partir de Liverpool que le 1er novembre, je propose, malgré mon âge et les ennuis que cela doit entraîner pour moi, que j’aille le rejoindre par terre à cette dernière place. Etes-vous prêts à en défrayer les dépenses?
Les deux associés firent alors certains calculs qui montraient que mon plan était faisable. Mais la question d’argent les retenait.
— Si nous étions seulement sûrs que vous avez bien compris notre agent de Paris, firent-ils.
— Rien de plus facile que de vous en assurer, leur dis-je. Télégraphiez-lui, et je crois que, tout Anglais
qu’il est, il sera assez homme pour avouer qu’il m’a induit en erreur.
— C’est bien, répondirent-ils. Tout de suite après notre dé jeûner, nous allons lui téléphoner, et nous saurons alors que faire.
Ces messieurs s’en allèrent alors à leur restaurant, et moi qui n’y étais point invité, établis mes quartiers généraux à leurs bureaux. L’heure de téléphoner venue, une petite dame bretonne, qui allait rejoindre son mari à Edmonton, survint elle-même sans plus d’invitation préalable. Papiers en mains, elle fit alors une plainte analogue à la mienne ; on eut par téléphone confirmation de mes propres dires, et, m’appelant à lui, le premier commis de M. Rose m’apprit que nous partirions ce soir-là même par un bateau de la compagnie du Canadien-Pacifique, qui allait faire voile directement pour Montréal.
Et voilà pourquoi, après un souper (pardon, un dîner nocturne) pris au Casino aux frais de la nouvelle compagnie, nous nous dirigions, à huit heures et demie du soir, vers un paquebot à l’ancre à au moins une lieue du port, le Minnedosa, qu’on me dit supérieur à celui que j’avais manqué, ou qui avait fait une fugue si précipitée.
L’accostant de nuit, il nous fit certainement bonne impression. C’était, pour parler un langage peu conventionnel, un navire à quatre étages, sans compter la cale, de bonne grandeur, cinq cent quarante-six pieds sur soixante-sept, avec une hauteur de quarante-six pieds. A l’instar des autres paquebots transatlantiques non français, il avait touché, non seulement à Cherbourg,
où nous le prenions, mais à Anvers, Belgique, et à Southampton, Angleterre, d’où il venait de prendre des passagers. Un seul port, surtout à cette saison, ne suffit pas à alimenter ces gros bateaux, qui ont, du reste, à essuyer la concurrence d’autres lignes.
Las des émouvantes impressions de la journée, je ne perdis pas de temps à visiter le Minnedosa en détail. Après une bonne prière dans la belle grande cabine qu’on m’avait assignée à moi tout seul, je m’introduisis dans l’une des quatre couchettes à ma disposition, et en route pour le pays des fées et des rêves dorés !
Hélas ! je ne devais trouver ni les unes ni les autres. Car notre bateau n’eut pas plus tôt levé l’ancre qu’il se mit à danser comme un bélier sur les flots courroucés ; le vent, un vent horrible et provocateur, hurlait dans les cordages et le long des ponts ; des paquets de mer ”, ou grosses vagues, lancés comme de furieuses catapultes sur les flancs de notre navire, semblaient avoir pris à tâche de les enfoncer. En même temps, roulis et tangage se mettaient de la partie, et ce n’étaient de tous côtés que mouvements acrobatiques rien moins que rassurants.
J’avais longtemps entendu parler des terreurs de la Manche, mais elles m’étaient personnellement inconnues. Je me trouvais dès lors face à face avec elles. Ma couchette descendait par moments à des profondeurs alarmantes, pour remonter d’autant immédiatement après. En vain le Minnedosa, pressuré par l’élément destructeur, semblait-il demander grâce, geignant et se plaignant, puis craquant comme si tout allait s’y disloquer ; on
aurait dit que mille furies infernales, déchaînées contre nous, avaient juré notre perte. Ajoutez à cela l’imprécis d’un état de somnolence qui créait pour nous le plus terrible des cauchemars, et vous verrez si le repos, sans parler du sommeil, était possible en pareilles conditions (1).
Aussi, le lendemain matin, impossible de se lever sans être pressé de rendre le dernier repas pris sur la terre française. Je me faisais un point d’honneur de ne point connaître le mal de mer depuis 1880 ; puis- je aujourd’hui être aussi fier ?
Toute cette journée, la tempête continue impitoyable. C’est un vent de quatre-vingt-cinq kilomètres à l’heure, déclare l’anémomètre du navire, le plus mauvais temps de toute l’année, admettent ses officiers. Tout le monde est plus ou moins malade, et c’est une désolation générale : à droite et à gauche, des cris de personnes dont l’estomac se rebelle, ou d’enfants apeurés par un spectacle si insolite, qui sont à peine interrompus lorsque, le soir, nous touchons à Queenstown, dans le sud de l’Irlande, pays des matraques, ou gros bâtons noueux qu’on vient nous offrir en vente, et où nous prenons de nouveaux passagers.
Puis nous repartons affronter encore la tourmente.
C’est dire que le lendemain, 1er novembre et fête de la Toussaint, il est inutile de penser à la sainte messe, que certains voyageurs auraient pourtant aimé avoir. Et
(1) On sut à Montréal que le bateau que j’avais d’abord pris, YAusonia, fut alors complètement désemparé, et eut toutes les peines du monde à sortir de la tempête sans pertes de vie.
dire que nous sommes trois prêtres à bord, et que moi, le plus vieux, suis encore le moins mal, puisque les deux autres n’ont pas encore paru à table ! Ce fut, ce jour-là et le lendemain dimanche, une rude privation pour plusieurs des catholiques, qui étaient assez nombreux sur le bateau.
Faute de mieux, nous faisons peu à peu quelques connaissances, dont l’unique objet de conversation est le mauvaise humeur de la mer, avec des échanges de pronostics sur la durée de l’ouragan dont tout le monde souffre. L’un des deux prêtres qu’on n’a pas encore même entrevu à table, est un Belge, Père de Picpus qui se rend aux îles Sandwich y visiter officiellement les missions de sa congrégation en ce pays lointain. L’autre est un Canadien de Montréal, Dominicain domicilié à la Trinidad, qui revient d’un voyage d’agrément en France.
Et les autres passagers? Des Flamands, au moins un Hollandais catholique, quelques Suisses très polis mais apparemment protestants, un certain nombre de Canadiens-français, parmi lesquels le fils du sculpteur Hébert qui suit lui-même la vocation de son défunt père, à côté d’Anglais et de Français de l’une ou l’autre hémisphère et de religion incertaine.
A propos de religion, je ne tarde pas à trouver des exemples frappants des résultats funestes de cette dangereuse association ou fréquentation, contre laquelle l’Église ne cesse de mettre en garde les fidèles condamnés à vivçe dans les contrées de foi mixte. Voyez, par exemple, ce jeune homme de vingt-six ans, qui retourne à Montréal où il a déjà passé maint hiver. C’est la bon-
té même, une âme simple sinon naïve, sans manquer de bon sens, que ses parents crurent bon de mettre dans un collège protestant, sous prétexte qu’on n’enseignait pas assez d’anglais dans les institutions similaires aux mains des catholiques. Résultat : tout en portant sur lui une médaille qu’il est fier de déclarer bénite, ce jeune homme est aujourd’hui protestant, sans avoir jamais senti les angoisses d’un changement de religion subit.
Un second cas est celui d’un des membres de l’orchestre. Il me confie que, natif de Londres en Angleterre, il a été baptisé et élevé en catholique, mais que, ayant eu le malheur de fréquenter une protestante, il a fini par se marier avec elle devant un ministre, ou pasteur, protestant, c’est-à-dire qu’il n’est pas validement marié. En conséquence, il ne peut remplir ses devoirs religieux, ce qui paraît heureusement l’affecter beaucoup. Ah ! si seulement la mère de ses enfants consentait à se soumettre à une toute petite formalité, qui régulariserait la position des deux conjoints !
Éternelle question des châteaux en Espagne pré-nuptiaux, qui ne manquent jamais de s’évanouir en fumée, et n’en conservent pas moins, jusqu’au désillusionnement par l’expérience, tous les pouvoirs de mirage, tous les attraits irrésistibles de la plus perfide sirène, quand donc sera-t-elle réglée par l’acquiescement de l’inexpérience aux conseils de ceux qui ont souffert et qui se souviennent ! Que de faux pas la passion n’a-t-elle pas fait faire, que de vains regrets n’a-t-elle pas occasionnés !
Un autre cas de mariage mixte est celui d’une petite dame qui a pour objectif les montagnes Rocheuses. Elle
serait bien surprise d’apprendre qu’elle a le moins du ■ monde dégénéré. Et pourtant, toute Anglaise protestante qu’elle est aujourd’hui, elle est la fille d’une Française, et catholique, des environs de Paris, qui prit autrefois un Anglais pour mari ! Donc, dans ce cas, double apostasie insoupçonnée.
J’ai mentionné l’orchestre de notre bateau. Il est facile de trouver, même à son propos, une des différences qui distinguent l’Anglais du Français. Celui-ci ne peut guère s’asseoir à table sans converser avec ses voisins, même à l’heure du repas, tandis que celui-là, homme pratique avant tout, se croit à table pour boire et manger plutôt que pour parler. D’où vient que, sur ses bateaux et dans ses restaurants, l’orchestre se fait entendre pendant les repas, au lieu de solliciter indirectement les applaudissements à quatre heures de l’après-midi comme sur les navires français, où l’on ne trouble point les conversations des gastronomes.
Le 5 novembre, nous sommes toute la journée secoués par une nouvelle tempête, qui fait revenir le mal de mer après deux jours d’un calme relatif. Mais, dans la nuit suivante, tout change de nouveau. A cela rien d’étonnant ; nous venons de traverser le courant froid qui vient du pôle nord, et sommes maintenant dans le golfe du Saint-Laurent, après avoir passé tout doucement, et de nuit, le détroit de Belle-Isle, qui nous a admis dans les eaux canadiennes.
Ce détroit, fort peu large mais profond, est fameux parmi certains savants, qu’il est permis de croire plus sérieux que visionnaires. Barrez-le, disent-ils, et l’eau
froide avec ses glaces qui baigne l’Est du Canada s’en écartera, rendant par cette diversion le climat de ce pays plus chaud. C’est une affaire, paraît-il, de quelque quatorze millions de dollars. Si l’on était réellement sûr du résultat, celui-ci vaudrait certainement plus que cette somme au pays.
En attendant, les côtes que nous longeons de loin sont désormais toutes saupoudrées de neige, et, chose bien canadienne, il neige tout autour de nous. Ce n’est bientôt sur le bateau que grésil et verglas, ce qui tempère considérablement la joie du retour et en contient l’expression.
Il faut pourtant admettre que, bien qu’il n’y ait plus la moindre feuille aux arbres, il fait beau à Montréal lorsque nous y débarquons, le 8 novembre, à dix heures du soir. On nous assure même que, au temps où nous avions à subir en France des pluies à peu près incessantes, on jouissait d’une saison sèche et assez chaude au Canada ; ce qui est d’autant plus facile à croire que l’automne est la plus belle partie de l’année dans l’Ouest de ce pays : nuits claires et sereines et jours presque constamment ensoleillés, généralement avec un calme qui rappelle celui dont est souvent accompagnée la tombée de la nuit.
Les Oblats du Canada ont à Montréal leur plus importante maison, celle de Saint-Pierre, sur la rue de la Visitation (1). C’est le siège de leur administration provin-
(1) Les Oblats, dont l’activité a aujourd’hui pour théâtre le Canada tout entier, de Mont- Joli, sur le Saint-Laurent, à Vancouver, sur le Pacifique, et des États-Unis aux glaces du Pôle nord, sont les premiers religieux qui se soient établis dans cet immense pays (1841) sous le régime anglais.
ciale pour l’Est canadien, d’où dépendent pas moins de quinze autres centres religieux. Là, dix-huit Pères se livrent soit au travail de la direction générale du personnel et des œuvres de ces centres, soit au soin de la paroisse qui se rattache à cette maison, soit encore au ministère des missions à l’extérieur.
En y rentrant, je fus heureux de pouvoir donner des nouvelles de son pays au supérieur local, le digne P. Perdereau, qui est originaire des environs de Pontmain. Son poste est loin d’être une sinécure. C’est plutôt une vraie charge, puisque, en plus de sa qualité de supérieur et de directeur des missions, il a le titre, et exerce les fonctions, de curé de la paroisse, qui compte plus de sept mille chrétiens, presque tous pratiquants. Elle est très florissante, et possède une belle église en pierre.
Ne pas oublier qu’une paroisse canadienne donne infiniment plus d’ouvrage à son pasteur et à ses assistants que son équivalent de France. La première, en effet, à moins qu’elle ne soit ce que j’appellerais une quantité négligeable, est invariablement dotée de toutes sortes de congrégations, ou de confréries : Enfants de Marie, Dames de Sainte-Anne, ligue du Sacré-Cœur, Dames patronesses ou de l’Autel, Œuvre de Jeunesse, etc., dont la direction et les réunions, avec sermons spéciaux et de fréquentes communions générales, occasionnent un travail très sérieux au prêtre qui en est chargé.
Dans l’intimité de la communauté, c’est vraiment plaisir de voir avec quel intérêt nos Pères canadiens s’enquièrent de l’état actuel de la France, qui, on le sent
bien, est toujours pour eux la mère patrie. Leurs questions et les réponses que je dois leur donner, de concert avec le religieux picpusien devenu, lui aussi, leur hôte, me font récapituler en esprit les différentes péripéties de mon voyage, et toucher du doigt le fait qu’il est dès lors pratiquement terminé.