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que U) l);iliiiuîcmcut avait (liiniiunî ; j'c'lais parvenu au-dessus de la lé^'iou des vents. La terre élail ellacée : je flottais au milieu d'uiKï espèces de nuajj;e «''gai <le toutes parts, de sorte que j'aurais pu me croire sur mon navire, par une forte brume, en pleine mer. Ça me fit songer à la lionne Mère, et je me dis, sans y penser :
« Té! pourvu que ce soûlard de maître calf'at n'ait |)as laissé les hommes de garde aller courir des bordées en ville ! Que le navire est peut-être sans personne à bord à l'heure qu'il est! »
Mon cher ami, je n'eus pas plus tôt dit ça que, revenant à moi, je me sentis passer je ne sais quoi dans le corps, comme quand j'attaque un bâtiment anglais et que nous sautons à l'abordage.
« Trooùn de l'air! est-ce que je vais me laisser mourir au bout de ce grelin comme une morue au bout d'une ligne? Allons, Marins ! est-ce qu'il n'y a pas moyen de te tirer encore de celle-là? »
D'abord je me dis : « Essaye de te retourner. Ensuite, puisque la ceinture a pu permettre que ton corps coulât jusqu'aux reins, qui te dit que tu ne la feras pas descendre plus bas? Et alors, si tu peux empoigner la corde, tu seras assis.
« Mais après?
« Après nous verrons. »
En effet, me courbant tant^ue je pus, je réussis à saisir de mes deux mains le bord de l,a ceinture, et avec ce point d'appui je tirai si bien que je me retournai de manière à voir le ballon audessus de moi. Alors j'allonge les jambes le plus en arrière et je ratatine mon corps le plus en avant que je peux, je bascule, j'empoigne la corde d'une main, et de l'autre je fais glisser ma ceinture, sur laquelle je m'assieds, une bonne corde entre les bras.
Mais j'avais un bon ballon au-dessus de la tête, mon cher ami, et c'était de trop.
Et pourtant, lorsque je comparais ma situation à ce qu'elle était tout à l'heure, je ne pouvais m'empècher d'entendre une petite voix qui semblait venir de loin, loin, et qui me disait :
« Courage, Marius! tu te tireras de celle-là, peut-être.... »
14i> VOYAGES DU CAPITAINE MARIUS COUGOURDAN.
Ce (c peut-être » - là était ce qui ne m'allait pas. Malgré tout cependant je me disais :
(( Te voilà assis au lieu d'être pendu. Tu n'as rien de cassé. Tu as toute ta tête. Tu as une corde entre les mains : un bon matelot peut faire bien des choses avec une corde.... Tu ne manques pas de vivres : c'est quelque chose, ça. A ta place je commencerais par me remettre un moment, et puis je boirais un coup et je casserais une croûte pour prendre du cœur au ventre et me donner de la force. »
C'est ce que je fis, mon cher ami, et, un quart d'heure après, ayant repris tout mon sang-froid et m'étant lesté d'un bon morceau de rosbif et de trois ou quatre gorgées de grog, je regardai le ballon et je me dis :
« Que vas-tu faire ?»
D'abord, me dis-je, quand tu resterais jusqu'à la fin de tes jours à te balancer au bout de cette corde, tu ne serais pas plus avancé en dix ans qu'en dix minutes. Si tu pouvais être là-haut au lieu d'être ici, tu n'aurais pas ce balancement effroyable, qui d'ailleurs, à un moment ou à un autre, ne peut manquer d'user la corde ou de déchirer la ceinture : il faut donc grimper là-haut.
J'ai le poignet assez bon, mon cher ami. Mais j'avais les bras et les épaules abîmés d'avoir tenu l'Américain. J'essayai pourtant de m'enlever le long de la corde, mais au bout de quatre mouvements je fus obligé de me laisser couler, bien heureux de ne pas lâcher tout.
« Il faut te reposer un peu, je me dis. Et puis qu'est-ce qui t'empêche de remanger et de reboire? »
Je me repose, je rebois, je remange : alors je me hisse de nouveau, je fais cinq, six mouvements. Au septième la force me manque subitement, je perds courage, je lâche tout, et je tombe à là renverse en disant :
« A Dieu va-t' ! »
Si par malheur mes jambes avaient été tendues, je coulais dans ia ceinture, c'était fini : heureusement je les serrais en crochet,
LK SIIM'MCi: 1)1 HAfJ.ON \ V\
«f une secousse ;ui\ jnrrels uni lil sciilir- que jf n'étais f)iis ciKorc perdu.
Là, |»iii' (exemple, mon dwv ami, je ne me laissai |)as moisir longtemps : h peine l'élourdissement passé, je serre ferme la jambe, je m'accroche ii mes genoux d'une main, j'attrape la ceinture de l'autre, et me voilà de nouveau remis en position.
« Kh bien non! mille millions de tonnerres! non! je me dis, il ne sera pas dit que le capitaine Marins Cougourdan aura péri faute de pouvoir grimper trente pieds de corde! »
En réfléchissant à mon affaire, je disais : Plus lu feras d'essais inutiles, plus tu useras les forces. Si tu ne trouves pas le moyen de le reposer en route, tu es flambé. » Or j'avais beau compter et recompter, je trouvais toujours que, pour me soutenir d'une main, pour prendre la corde au-dessous de moi de l'autre main, et puis pour défaire la corde et la raccourcir au point d'attache de la ceinture, ça faisait trois mains.
J'eus alors un moment de véritable désespoir.
« Bonne Mère! bonne Mère! vous qui voyez mon embarras, laisserez-vous périr votre serviteur Marins faute d'une main? Un p.etit miracle vous coûterait si peu de chose! Je sais bien que c'est une règle qu'on ne doit pas faire de miracles sans nécessité : . mais à la latitude où nous sommes, personne n'en saura rien, et moi je trouve bien nécessaire que vous me sauviez, pécaïré! »
Vous me croirez si vous voulez, mon cher ami, mais aussitôt j'entendis clairement une voix comme une flûte, qui me disait :
« Un miracle, soit. Fais-le toi-même, je te le permets.
— Ah ! par exemple, je me dis, en voilà une forte ! Je vais faire un miracle, moi misérable pécheur, simple capitaine au long cours! »
J'en eus l'estomac plein de mal de cœur, et j'en avalai deux ou trois gorgées de salive de suite, tant j'eus peur.
« Trooùn de l'air! je me dis en regardant avec une grande inquiétude autour de moi, est-ce que je serais déjà en paradis, par
hasard? C'est ça, le paradis? Pas possible, on m'aurait demandé mes papiers en entrant.... »
Je me pinçai, et il me sembla que je ne sentais pas le pinçon aussi fort que j'aurais dû : cependant je l'avais senti, et je vis même que ça me faisait un bleu.
« Bah! faisons toujours le miracle, nous verrons après. Mais comment?»
Je tendis les deux bras comme des bâtons, les doigts écarquillés; j'ouvris de grands yeux; je fis un effort des reins; je serrai les mâchoires ; je crispai mes orteils dans mes bottes : ça ne fit rien du tout. J'eus beau me tirer, me pelotonner, prendre toutes' les positions, faire tous les gestes, vous pensez si ça me fit pousser un bras, dites?
Furieux, je saisis la corde à deux mains, je me tapai la tête contre, en disant :
« Mais vas-tu devenir un cornichon, maintenant, Marins ! Si tu n'es plus qu'un imbécile, alors, y a plus de ressource. Mille tonnerres ! ! ! »
Et dans un accès de rage je mordis la corde avec les trentedeux dents que voilà.
Ici le capitaine ouvrit une bouche effroyable, armée d'une certaine rangée de quenottes à broyer des cailloux, et entre les arcades de ce vaste palais je vis palpiter la langue rouge et vigoureuse qui avait raconté tant d'histoires et qui en avait encore tant à raconter. Puis, me prenant la main au moment où je ne m'y attendais pas, il me mordit un doigt à me faire crier.
« Oh la! la! lui dis-je, lâchez-moi!
Comprenez-vous, hé ? Le miracle était parti comme un coup de pistolet, avec le juron : la troisième main était trouvée, c'était ma mâchoire. ^
Et à l'instant je me mis à l'œuvre. J'allais doucement : une, deux, un coup de dent, je lâche les deux mains, et je reste suspendu par les dents, mais la ceinture autour de mes cuisses.
LE SUIM'IJCK m; MAIJ.ON,
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Ancc mes (It'iix iiiiiiiis lil)i'(;s, je déliiis ic tKi'iid d'allaclio,
j(; raccoiii'cis lîi conlo ^^ aillant (juo je peux, je relais le ihj'iuI.
La corde a trois pieds de moins.
Je reprends ma position assis sur la ceinture; je me repose.
lî me restait encore, à. mon estime, vingt-sept pieds à grimper. Je réfléchis alors que, si à chaque fois je refaisais le nœud, il me faudrait autant de fois dénouer la corde pour le défaire, la dépasser ensuite de l'anneau, puis l'y repasser et refaire le nœud.
Je vis que le plus simple était de passer une fois pour toutes la corde dans l'anneau et de l'arrêter par une boucle.
Neuf fois je me hissai; neuf fois, à l'aide de mes dents, je recommençai la manœuvre que je viens de vous dire, et enfin je me trouvai suspendu à deux pieds au-dessous des cordes du filet, assez près pour les saisir. J'en empoigne une, je grimpe, et me voilà touchant le ballon.
Dans cette position, je me sentis