C ÉTAIT DN AVORTON
dépassaient d'un pan de chaque côté. II avait sur son petit ventre une écharpe qui couvrait jusqu'au haut de la poitrine, et de gros pistolets dedans; sa cravate lui retroussait le nez, tant elle était haute. Par-dessus tout ça, un chapeau monté plus grand que lui, avec un panache de plumes d'autruche bleues, blanches et rouges, longues comme le bras, des bottes à revers, et un sabre! que moi j'aurais eu de la peine à le porter.
Ses estafiers n'avaient pas meilleure mine. Trois avaient des casaques rouges, un sabre et une giberne en bandoulière, un bonnet rouge sur la tête et une pique à la main ; le quatrième était en bras de chemise, les manches retroussées, et coiffé d'un gros bonnet à poil avec une queue de renard pendante par derrière. Jamais vous n'avez vu de pareilles figures de potence. Aussi je ne pus m'empêcher de faire un haut-le-corps en levant les bras, et je leur dis :
« Miséricorde! pauvres gens, d'où diable sortez-vous?
— Citoyen navigateur, dit le commandant en croisant les bras sur sa poitrine, nous venons ici, moi et les héroïques défenseurs de la patrie, que tu peux contempler et qui m'ont offert le secours de leurs bras invincibles, pour faire pâlir les lâches séides de la tyrannie.... »
En disant cela, comme il voulait se reculer pour me faire plus de peur sans doute, il se prit les jambes dans son sabre et tomba à la renverse sur un câble qui se trouvait là. Il se releva tout confus, se frottant le derrière et remettant son chapeau, dont deux ou trois plumes cassées lui tombaient sur le nez, et il reprit :
a Citoyen navigateur.... »
Mais je lui coupai la parole en ces termes :
« Mon cher ami, ah çà! vous, dites-moi donc un peu, est-ce que, par hasard, nous aurions gardé les cochons ensemble, que vous me tutoyez? Hein ? Depuis quand est-ce qu'on se permet de tutoyer un capitaine de navire à son bord?
« Vous n'avez donc jamais mis le pied sur un navire, vous, que vous ne savez pas que le capitaine est, après Dieu, maître de son navire ?
. « Et que personne à bord n'a le droit de le tutoyer?
a Et puis, autre chose : pourquoi m'appelez-vous citoyen? Je m'appelle Marins Cougourdan : si vous ne le saviez pas, mon nom, il fallait d'abord le demander. Té, pardi!
(( Que diable me baragouinez-vous là de pâlir, de séides lâches
rj; l'KKMIKlJ IM'J.KHINAfJK DU CAI'IT A I.NK. 189
(lolcnsciirs, cl do scM-ours, de lyraiiiiic de bras iiiviiHMhlo ! hiahlo in'em|)orto si je comprends (iii mol de loiil (;a! Ou'est-cc que c'est (|m' ce palois-ljï? l*arle/,-inoi proven(;al on rr;iiM;aissi vous voulez (|in' j(î vous comprenne. »»
Va\ entendant ce dis("ours, l'avorton se mit à trépif^ner de raj^e, (ju'on aurait dit qu'il allait me dévorer, moi et mon navire.
« (Citoyens! cria-t-il, braves défenseurs de la patrie, précipitezvous sur ce vil suppôt de rinlAme Albion! Chargez-le de fers, et s'il ose résister à votre auguste héroïsme, que votre plomb vengeur, que votre glaive patriotique, purgent la liépublique une et indivisible du monstre qui la souille! »
Les autres, qui depuis le commencement de cette scène regardaient d'un air inquiet les figures de mes matelots, ne se pressaient pas : ils sentaient la poudre, sans doute.
« Eh bien! nobles héros, leur dit le petit bonhomme, n'avezvous pas entendu? Au nom de la loi, arrêtez ce misérable! »
Mon cher ami, à ce mot : « Arrêtez ce misérable! » l'idée me parut si folle, ces gens avaient l'air si risible, que, tout à coup, me frappant le front, je me dis :
« C'est aujourd'hui justement mardi gras! Ce sont des masques, pour sûr ! »
J'empoignai le petit par le derrière de son collet, et, le soulevant de manière qu'on ne lui voyait plus de la tête que le chapeau, je lui dis :
« Ah ! tu viens faire carnaval à mon bord pour te moquer de moi ! Si c'est ça, tu ne le porteras pas en paradis, mon bon !
— Citoyens! hurla le pauvre diable, si vous n'arrêtez pas à l'instant cet ennemi de la République, vous serez tous guillotinés! »
A ces mots, je vois les quatre estafiers pâlir, et ils croisent leurs armes contre moi, mais mollement.
« Ah! c'est pour de vrai ! Matelots ! ces quatre-là aux fers, et la cale mouillée pour celui-ci ! »
En un instant, avant qu'ils aient eu le temps de se retourner,
tout ce monde était amarré solidement. On mit les fers aux quatre misérables, et le chef, ficelé le long d'une barre de cabestan, fut déposé au pied du grand mut. On lui attacha une corde qui pendait d'une poulie de la grande vergue, on le hissa à six pieds en l'air, et alors je lui dis :
« Tu as tellement l'air d'un singe habillé, gredin, que je n'aurais jamais cru que tu parlais sérieusement. Pour être fou et insolent comme tu l'as été, il faut que tu sois envoyé par des gens aussi fous et aussi insolents que toi-même. Je ne sais pas ce qui se passe à Marseille, ce doit être quelque diablerie : j'ai besoin de le savoir et tu vas me le dire.
— Citoyen patron ! hurla-t-il, s'adressant à ceux de son canot, retournez à Marseille, et dites qu'on assassine un membre du Comité de salut public !
— Et vous, criai-je aux matelots postés près des pierriers, faites feu sur leur embarcation si elle essaye de démarrer. Quant à toi, parle, ou je te fais donner la cale mouillée.
— Jamais! sicaire barbare, jamais! plutôt la mort!
— En attendant, dis-je aux matelots qui tenaient la corde, donnez-lui la cale.
— Oôôôô... hiss ! Oôôôô... hiss! »
Vous savez ce que c'est, la cale mouillée? On vous hisse jusqu'à la grande vergue ; on largue, vous tombez à la mer comme un plomb de sonde, vous passez sous la quille, alors on vous remonte et on recommence.
Quand mon homme fut remonté un peu plus haut que le bordage, je fis stopper.
Il n'avait plus figure humaine. Son collet, ses bottes, ses poches, étaient remplis d'eau de mer et coulaient comme des fontaines. Je le fis descendre sur le pont. Au bout de quelques minutes, après l'avoir laissé éternuer, tousser et vomir, tant qu'il voulut, je lui retroussai les cheveux d'un revers de main, etlui tirant l'oreille en manière de badinage, je lui dis :
« En veux-tu encore?
a IL N iVAlT PLUS FIGURE Ht M AI NE. »
m; im(i:mii:i{ [•f'ilkiiinacjk du caimtaink. ««a
— CirAco! (lil-il cruno voix IrcmMuril*'. .le vais tout vous dire, niai<^ qu'on nie délie et (|u'on uw donne d(;s habits secs, sinon je meurs ! •>
On le détacha, on lui mit une chemise et un pantalon de laine, on lui lit hoire un verre d'eau-de-vi(!, et alors, d'un ton si plaintif (ju'on aurait cru (ju'il n'élait pour rien dans tout (;a, il me raconta les épouvantables évén(;ments qui venaient de se passer.
A mesure qu'il avançait dans son récit, la rage faisait en moi place h l'horreur. Quand il en fut à l'arrestation et à la mise en jugement de Louis XVI, je ne pus pas m'empècher de pousser un cri !
« Matelots! leur dis-je, venez entendre ce que dit cet homme! »
Les matelots, le nez allongé et les poings crispés, frottant presque leurs joues sur sa face, l'interrompaient à chaque mot par des jurons et des malédictions. Notre cercle se resserrait autour de lui à chaque nouveau crime qu'il racontait. A mesure qu'il avançait, on voyait bien qu'il était de plus en plus embarrassé parce que ça devenait de plus en plus abominable. Enfin il s'arrêta : il avait tellement peur, peut-être honte, que les paroles ne pouvaient plus lui sortir. Je le pris par le bras :
« Le roi, le roi? » lui dis-je.
Il détournait la tête, il refusait de parler. Je lui serrai le poignet à le lui briser.
Alors, du tranchant de la main que je lui avais laissée libre, il se frappa le derrière du cou et resta la bouche béante et les yeux grands ouverts comme s'il avait eu la mort dans la cervelle.
Je n'eus que le temps de me mettre en travers : l'équipage avait poussé un rugissement et allait se jeter sur lui.
« Ah çà ! matelots, leur dis-je, tâchez de ne pas oublier de vous tenir comme il faut devant votre capitaine. Quand je vous dirai de flanquer ce scélérat par-dessus bord, vous le flanquerez. Pas avant. Toi, continue. Et dis tout. »
Rassuré sans doute parce qu'il voyait que j'étais le maître à mon bord et que sa vie ne dépendait que de moi, il acheva, tou-
jours sur le ton d'un homme qu'on va pendre et qui se confesse. Je le forçai de tout dire : les massacres des prisonniers, les noyades, les exécutions à mort! Mais où j'eus tout juste la force de m'enipêcher de l'étrangler, c'est quand il m'apprit qu'il n'y avait plus de prêtres, plus de couvents, plus d'églises, plus de religion ; que les églises de Marseille servaient de clubs et Notre- Dame de la Garde, de magasin à fourrage!
Je lui demandai des nouvelles de ma chaloupe. Il me dit qu'en la voyant arriver avec le pavillon blanc, on avait ameuté le peuple, rassemblé la garde nationale, roulé des canons sur le port, en criant qu'elle venait, au nom d'une escadre ennemie, sommer la ville de se rendre, que notre navire était un vaisseau de guerre, qu'un prince du sang royal était à bord. Mon second, en voyant ce qu'on lui préparait, n'avait pas abordé, mais avait été s'embosser au pied du quai du vieux port, entre deux felouques génoises, et là, couvert de droite et de gauche par ces navires neutres, ne pouvant être tourné par l'arrière, il attendait, prêt à se faire couler plutôt que de se rendre.
Vous pouvez penser dans quelle angoisse tout cela me mit. En tout cas je comptais bien me servir de mes prisonniers comme d'otages pour ravoir ma chaloupe : mais que faire ?
« Si tu forces, je me dis, ce gueux à envoyer son canot la chercher, qui sait si la canaille qui est maîtresse à Marseille la laissera partir? D'un autre côté, aller la réclamer toi-même, s'il n'y avait que toi, tu le ferais bien, mais as-tu le droit d'entraîner tout ton équipage à une mort presque certaine? Que deviendra ton navire? Qu'arrivera-t-il de cette cargaison dont tu dois compte à la maison Arnavon père, fils et G''? Tu réponds de tout cela devant Dieu, hein! »
Pourtant je me disais : « Tu ne peux pas abandonner ton second et tes huit hommes d'équipage! G'est toi qui les y as envoyés; ils y sont allés pour t'obéir et pour raisonner dans l'intérêt de toi et de ton navire. Que faire? »
Tout bien considéré, je me dis que le danger était assez grave
\.K i>I(i:mii-:ii i»kij:ui.\ \(iK m; caimiaim- im
polir (•(m>>iillrr l'tMiiiipa^»', cl, ayiiiit fail junici- le |iri>^()riiiifr à raviiiil. ji' iMMinis iiios mat«»lols et je lour demandai leur a\is.
« Nous |tniirri()iis encore, leur dis-jc en linissanl, nous en sorlii" en viraul de hord, et peut-être passerions-nous si on n'a |)as (l<'jjï sij;nalé à(|uelque l)Atiuientde guerre en radede Pomèf^ue de nous i)arrer le chemin : voyez maintenant si vous voulez sauver votre peau en laissant la chaloupe s'en tirer comme elle pourra, ou si vous avez assez de co'ur pour entrer à tout risque dans le port de Marseille et y aller reprendre notre chaloupe et les matelots qui sont dedans. »
Ils me répondirent par un cri :
« A iMarseille, capitaine ! »
Au moment de prendre une aussi grave détermination, je me dis que la première chose à faire était de me bien camper sur la position, de savoir au juste qui était maître dans iMarseille, et avant tout quelle autorité pouvait avoir mon polisson : le voyant si lâche après l'avoir vu si insolent, je ne pouvais pas croire qu'il fût un chef sérieux pour d'autres que pour la canaille qu'il avait amenée aveclui.
Je n'avais à ce moment-là, mon cher ami, que vingt-deux ans et quelques jours; je ne me faisais pas la moindre idée de ce qu'on appelle une révolution. Il me manquait encore quelques heures de vie pour apprendre à quel degré de folie le peuple peut se porter quand il n'y a plus là un maître pour le conduire, et comment, à mesure qu'il se sent devenir plus canaille, il ne veut plus à sa tête que celui qu'il trouve encore plus canaille que luimême. Vous comprenez bien ça? Si celui-là ne l'est pas plus, il n'y a pas de raison qu'il commande plutôt que le premier venu, dites? S'il l'est moins, ils ne veulent pas de lui et il ne veut pas d'eux. Ça c'est clair comme eau de roche.
Je fis venir mon drôle, qui tremblait comme la feuille, et pour lui faire encore plus de peur, je restai un moment sans rien dire, regardant tantôt lui, tantôt la grande vergue, comme si je lui prenais mesure d'une corde pour le pendre. Le misérable ne
pouvait pas s'empêcher de suivre mes yeux, et on voyait qu'il trouvait ça si haut !
« Mon intention serait, lui dis-je en le regardant entre les deux yeux, d'entrer dans le port de Marseille avec mon navire. J'y ai affaire. J'entends y être reçu comme doit l'être un capitaine marseillais qui ramène à bon port son navire et sa cargaison.
« Vous avez assez de bon sens pour comprendre que, surtout après la façon dont j'ai été obligé de vous traiter, je ne serai pas si bête que d'aller me mettre à la discrétion de celte populace sans avoir pris mes sûretés avec vous?
« Voyons, quelle autorité avez-vous sur ces gens-là, et que m'offrez-vous pour sauver votre vie? Car, aussi vrai que la sainte Vierge est dans le ciel, au premier geste qu'on fait pour toucher à un cheveu de mon équipage ou à un grelin de mon navire, vous êtes un homme mort!
— Brave capitaine, me répondit-il vivement, en aboyant presque, tant sa petite gueule tremblait, je vous jure sur ma foi de sans-cuiotte que vous serez reçu comme un frère par le généreux peuple de Marseille, et que rien ne sera épargné pour vous rendre agréable le séjour de notre grande cité phocéenne!
— Assez de phrases, et parlez français, ou patois si vous aimez mieux.
— Eh bien, brave capitaine, je vous donnerai, à vous et à votre équipage, une carte de civisme.
— Je ne connais pas ça. Autre chose.
— Un sauf-conduit.
— Qui me dit qu'on le respectera?
— Un blanc-seing au nom de la Convention pour y écrire ce qu'il vous plaira.
— Qu'est-ce que c'est que la Convention?
— C'est l'auguste Assemblée des représentants du peuple, et qui réunit tous les pouvoirs qu'usurpait naguère l'infâme royauté. Et moi je suis un de ses membres, envoyé à Marseille pour y représenter son autorité. Je commande les forces de terre et de
ij: i'|{i;mii:ii imii.iikinaoI'; di' cAniAiNi:. vai
mi'r; je ronmiMiKlt' lotis les ji^ciils du pouvoir OM-culil'; je conimandc la «loiianc, If |)()rl, le tribunal nWolutioniiiiin;; j«î lais inai-flitM- la f^uillolinc à ma volonli', cl j<; n'ai (|u'à désigner UQo UHc |M)ui- (|u't'Ilt' lonihc à l'inslanl !
— Allons! allons! lui dis-je, voili\ (jui \a l)i«Mi, et j(; vois que si je vous mettais à terre vous u'auiic/. lieii de plus pressé que (U* <t dési};ner » ma tète, ("omme vous dites. Ça, y a moyen de se parer de ce côté-là : mais ce ([ui est meilleur à savoir, c'est que vous èles le plus puissant de cette bande de scélérats et que tous tremblent devant vous presque autant que vous tremblez devant moi. En l'état, alors, nous pouvons nous arranger; et puisque vous tenez tant à votre peau, — je ne sais trop pourquoi, car, risquant ce qu'elle risque, je n'en donnerais pas deux liards, — enfin,... il ne tient qu'à vous d'être pendu tout de suite ou de tirer votre carcasse d'entre mes griffes, peut-être....
(( Voilà comme je règle ça : tout le pouvoir que vous avez, vous vous en servirez dans mon intérêt et d'après mes ordres. Bien entendu, vous ne mettrez pas le pied hors de mon bord jusqu'à ce que je vous le permette. Vous ne communiquerez avec personne que sous ma surveillance.
« Vous êtes libre d'agir comme vous l'entendrez, mais il est bon de vous dire que, si par hasard vous ou les vôtres aviez donné des ordres aux forts de me tirer dessus, ou à quelque stationnaire de Pomègue ou d'ailleurs de me couper la retraite, j'ai à bord douze barils de poudre, et que je me ferai sauter plutôt que de me rendre, ha! »
Le pauvre diable, en entendant ça, se jeta à genoux, me jurant qu'il était prêt à faire tout ce que je lui ordonnerais, pourvu qu'il eût la vie sauve; que quant à ses hommes, ils ne valaient pas la corde pour les pendre et que je pouvais en faire ce que je voudrais.
« Je ne vous promets rien, lui dis-je en le regardant entre les deux yeux, votre sort est entre vos mains : comme vous ferez, je ferai.
« Et d'abord dites-moi si, au milieu de ce désordre, il y a encore une police sanitaire à Marseille.
— Oui, monsieur le capitaine, me répond-il.
— Eh bien, vous allez d'abord me donner la libre pratique.
— Je le ferai avec plaisir, monsieur le capitaine.
— Vous me ferez rendre ma chaloupe, mon second et mes matelots.
— Si cela dépend de moi, monsieur le capitaine. Mais s'ils sont déjà arrêtés, comme c'est sûr, et traduits devant le tribunal révolutionnaire, il n'y aura pas de puissance humaine qui les tire de là.
— Il y a la mienne. J'entre à Marseille pour les sauver, et quand il faudrait pour cela mettre le feu aux quatre coins du port et de la ville, je le ferai. Je ne sortirai pas vivant, ni mon équipage, ni vos hommes, ni vous, qu'on ne m'ait rendu ma chaloupe, mon second et mes matelots. Mettez- vous bien ça dans la tête. Je l'ai dit. Et je n'ai qu'une parole. »
Il se roulait presque devant moi, joignant les mains et pleurant comme un veau.
« Mais que voulez-vous que je fasse, mon cher monsieur le capitaine? C'est au-dessus de mon pouvoir! Ils sont là des milliers armés jusqu'aux dents, toujours soûls; et ce ne sont plus des hommes, mais des tigres ! Que voulez-vous faire entendre à des tigres ?
— Je suis bien fâché, je lui dis, mais il me faut ma chaloupe. Arrangez-vous, mais il me la faut. Fallait pas vous mettre avec cette canaille. Et vous venez encore vous jeter dans mes pattes! C'est-il moi qui vous ai dit de venir à mon bord? »
Puis, tout en disant ça, mon cher ami, je voyais trop combien ce misérable avait raison, et j'étais inquiet de ma chaloupe! Oh! bien inquiet! Sans doute je tenais ce gredin et sa troupe et il ne dépendait que de moi d'en faire ce qu'il me plairait : mais leurs camarades de Marseille se soucieraient-ils d'eux assez pour entrer en arrangement avec moi?