‹ Voyages et aventures du capitaine Marius Cougourdan, commandant le trois-mâts la Bonne-Mère, du port de MarseilleChapitre 35 sur 47 · I.K MOlînUKT. 25H · texte numérisé non relu

I.K MOlînUKT. 25H

noiiv(Mm pislolel. cliarj^c';, l'ecoinmcniNi rollo f^racloiise ciieillcllj', fnisiml voltM" à ('liiuiuc coiip (|U(;i(|U(' parli»; du \ili:i^^(' ou de la cluii'ponlo, tandis i\[w du dcdiors autant de cris d'Iiurn-ur rôpondaiont à chaque exjdosiou, pfîrsoiine dans la foule ik; doutant (|u'il ne s'accomplit en ce inonieni, dans la maison Pierruf^ues, (|uel(iue crime sans nom.

La princesse, pâle comme une morte, les mains crispées sur son fauteuil, assistait, sans dire une parole, à la fête effrayante (ju'on célébrait en son honneur.

Quand la douzième fleur fut tombée, elle se leva, mit la main sur son cœur, dit d'une voix brève :

« .\ssez! »

Et alors, marcliant lentement, elle s'approcha du capitaine, tendit ses bras vers lui, lui prit la tète et le baisa au front.

A un geste de Cougourdan, on rendit la liberté à M. Pierrugues, qui, soutenu par son domestique, rentra dans ses appartements pour s'y rafraîchir des émotions de cette journée. Cela fait, Cougourdan congédia ses matelots qui occupaient la serre, rassembla les douze fleurs qu'il avait fait tomber du vanil lier, et les offrit à la princesse.

Celle-ci les mit à son corsage, et, prenant le bras de Cougourdan, sortit de la maison. Elle sauta en selle, lui envoya de la main un baiser en lui criant : « A ce soir! » et s'éloigna vivement.

Pendant une heure ou deux encore il y eut foule sur le Chapitre, et puis peu à peu l'ordre et le calme se rétablirent, pendant que les témoins de ce mémorable événement se répandaient de tous côtés pour en propager les détails et les commentaires.

On peut juger de ce que je ressentis à ce récit plein d'horreur. Je ne pensai même pas à le révoquer en doute, sachant ce que je savais et connaissant mon homme. Mais cette fois l'affaire était des plus graves : il y avait eu violation de domicile, bris de clôture, séquestration de personnes, etc., etc., sans parler des dommages-intérêts, qui devaient s'élever à des sommes folles.

La princesse, assistant à ces abominations avec l'aisance et le naturel d'une courtisane fêtée par un tyran, me paraissait ressembler fort à une aventurière. On assurait d'ailleurs que le parquet s'était ému de la chose, et que le procureur du roi et le juge d'instruction s'étaient transportés sur les lieux de l'attentat pour y procéder à une information criminelle contre Cougoûrdan et son équipage.

J'en étais là lorsque je vis entrer le capitaine ,

(( Malheureux! criai-je en levant les mains au ciel, qu'avezvous fait? »

Il s'arrêta un instant, les bras croisés, me toisant de la tète aux pieds d'un air de triomphe.

« Voilà une belle affaire ! continuai-je avec la plus vive ani mation; ce soir peut-être vous serez en prison, vous et votre équipage !»

Cougoûrdan hocha la tête, haussa les épaules en souriant et parla ainsi :

« Voulez-vous que je vous dise, mon cher ami? vous n'entendez rien aux affaires, vous autres de terre ; vous vous arrêtez à des bêtises de rien du tout, et faute de savoir faire une bonne folie quand c'est à propos, votre vie se passe à tout ménager autour de vous et à ne rien attraper qui vaille la peine. Si j'avais demandé l'avis du tiers et du quart, à droite et à gauche, je n'aurais jamais fait ni la traite ni la course, je n'aurais pas pris de navires aux Anglais et à tant d'autres, et je ne serais pas le capitaine Marins Cougoûrdan, dont le nom est célèbre et redouté sur toutes les mers du globe ! Cette fois-ci encore, si je vous avais écouté, j'aurais dû, de crainte de contrarier ce bon M. Pierrugues et de fâcher le procureur du roi, laisser les fleurs de vanille où elles étaient et inviter la princesse à s'en brosser le ventre! J'aurais été un joli coco, après, et m'aurait-on assez tympanisé dans Marseille en se moquant de moi! À mon âge, mon cher ami, un amoureux, faut qu'il fasse rire ou qu'il fasse peur : et quand on rit de moi, ça me rend triste. Tout extrava-

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