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(^Mirllc (Irùlc: (le cliosc, iikui clin- Miiii! (Iroiiic/.-voiis (jik*, dans lYîliil où je les voyais, ju ne pouvais me décider à les jeter à la iiici"? Tout décomposé (jue ce l'iU, c'étaient encore des figures humaines. ^]nlin il ralliit i)i('n y Ncnir....
Ah! cjetle première nuit, elle lut dure à passer! Le jour était tombé, il y avait de l'orage dans l'air, le ciel était bas et sombre à l'horizon; la lune paraissait et disparaissait dans de gros nuages noirs. La mer était en feu. Les requins, qui suivaient toujours, passaient dans le sillage du navire, et de temps en temps, quand ils montaient à la surface, on voyait de leur dos tout en feu jaillir des gerbes illuminées par le phosphore. Je me cramponnais à la roue, car je sentais que si je la lâchais, j'étais perdu : la mort m'attirait, il me semblait entendre mes matelots murmurer :
« Capitaine! capitaine! »
Ça venait de loin, de loin, du fond de la lame.
Mon pistolet était sur mon banc de quart, tout chargé; je le sentais là, mais je n'osais pas le regarder : si je l'avais vu, je n'aurais pas résisté.
Enfin le jour commença de poindre, et la lumière du soleil me rendit un peu de sang-froid. Je songeai à mon pauvre navire.
« Si tu meurs, je me dis, la Bonne Mère ira donc, flottant comme un corps-mort, jusqu'à ce que le vent la pousse sur quelque roche ou bien qu'elle soit ramassée par une méchante felouque de Grecs ou de Maltais, et emmenée comme épave pour être dépecée en morceaux ou vendue à quelque marin d'eau douce! Jamais! Ou je mourrai à la peine, mon pauvre navire, ou je te ramènerai dans le port de Marseille! C'est vrai que nous sommes bien bas, mais nous allons voir ! »
Je fis une bonne prière, et celle-là au Père Éternel, directement ; je lui dis à peu près ceci :
« Mon Père, si je m'adresse rarement à vous, ne croyez pas que j'oublie le respect que je vous dois : mais j'ai tellement peur de vous et je vous ai, misérable pécheur que je suis, si sou^ent
et si gravement offensé, que j'ai plus de hardiesse à voiis iaire parler par ma vénérable patronne, que vous aimez et qui ne connaît que moi, car elle m'a vu tout petit. Et si elle m'a tiré, par sa sainte protection, de tant de mauvais pas, c'est qu'elle sait bien que le fond de l'âme de son serviteur aurait pu être blanc comme neige, et que si j'avais été élevé autrement, si je n'avais pas vu tant de mauvais exemples, et si la nécessité ne m'y avait poussé quelquefois, je n'aurais jamais fait le mal : croyez-le bien, au moins, que je ne l'aurais pas fait! je n'en aurais pas eu besoin, pécaïré ! Vous voyez dans quel état nous sommes, moi et mon navire,... est-ce que vous ne trouvez pas que j'ai assez souffert? Si ça dure encore un peu, j'y reste. Sauvez-moi donc ou tuez-moi tout de suite. Maintenant, mon Père, je remets mon sort entre vos mains; je vais faire de mon côté tout ce qui serahumainementpossible,et vous savez que quand je me débats, je me débats bien ! J'espère donc en votre miséricorde : si vous ne me tirez pas de celle-ci, c'est qu'en âme et conscience vous m'aurez jugé tellement coupable qu'il n'y a pas moyen de me pardonner.... En tout cas, recevez favorablement mon âme : je suis de Marseille ; vous, mon Dieu, vous en êtes aussi, puisque vous êtes de partout.... »
Vous avez entendu comme moi de beaux parleurs dire que les prières ne servent à rien, hé? Ah! si j'en avais tenu un à ce moment-là, que je lui aurais donc tordu le cou avec plaisir et satisfaction! Je ne sais pas au juste ce que le bon Dieu pensa de ma prière, mais ce qui est bien sûr, c'est qu'elle me rendit tout mon courage et même un peu d'espérance. Je me mis donc à réfléchir et je fis mon plan de sauvetage.
Je commençai par bien manger et bien boire : ça me remit et j'y vis plus clair. Je lâchai le gouvernail, je larguai autant que possible les écoutes de mes deux seules voiles, et je descendis dans ma chambre me laver, me peigner et changer de linge. Puis je fis mon point.
Je vis que j'étais à trente lieues marines du port de Marseille.