‹ Voyages et aventures du capitaine Marius Cougourdan, commandant le trois-mâts la Bonne-Mère, du port de MarseilleChapitre 5 sur 47 · L AVANT DU CANOT SE SOULEVA · texte numérisé non relu

L AVANT DU CANOT SE SOULEVA

Notre-Dame de la Garde ! Oh! quant à cela, je n'ai rien à me reprocher. Les matelots, c'est autre chose. Ils n'ont jamais voulu en convenir, mais il me paraît sûr qu'ils l'ont fait exprès. S'il n'y en avait eu qu'un, quoique je n'aie pas eu de preuves depuis, je lui aurais brûlé la cervelle sur le moment : mais ils étaient quatre, on ne tue pas quatre hommes.... Que faire? je me dis, il n'y a plus de remède, ils nous tirent d'une mauvaise passe, puis.... Les autres étaient quinze ; nous sommes quarante ; . . . ma foi, c'est leur affaire, ils s'arrangeront avec le bon Dieu! Tu n'y es pour rien, tu en profites malgré toi. Que voulez-vous!

Vous dire que je ne me sentais pas mal à l'estomac, non : j'avais le cœur affadi, les jambes faibles; j'aurais donné ma vie pour deux sous.

« C'est ta faute, Marins, je me disais. Si, par orgueil, lu n'avais pas été attaquer cette pauvre petite barge, diable t'emporte si elle aurait jamais pu l'atteindre avec tes bonnettes dehors : et lous ces braves gens n'auraient pas péri. »

Le jour baissait. Je donnai mes ordres pour la nuit el je descendis dans ma chambre. Je voulus me coucher, mais le sommeil ne venait pas. Au bout d'une demi-heure il faisail nuit noire : car il faut que vous sachiez que sous l'équateurle crépuscule ne dure presque pas.

Je me relevai, et m'accoudantà ma fenêtre je regardai la mer.

La lune s'était levée ; elle était pâle comme une figure de mort, et sa lumière blanche éclairait si drôlement les lames, qu'à chaque instant il me semblait voir des hommes sortir de l'eau jusqu'à la ceinture, lever les bras et rouler dans le noir delà vague. J'avais beau me frotter les yeux, j'en voyais de droite et de gauche, et il me fallait toute ma raison pour me retenir de me jeter à l'eau et d'aller à leur secours. Je tremblais comme la feuille, mes dents claquaient, mes cheveux et ma barbe se tenaient droits, et une sueur froide me coulait sur toute la figure et sur tout le corps.

Je ne sais pas combien de temps cela dura. Tout à coup, sortant de la mer, dans le sillage du navire et au-dessous du gouvernail, j'entends, oui, j'entends s'élever une voix! Elle chantait, tout doucement, vous savez? comme quelqu'un qui n'a pas de force :

De profundis clamavi ad te, Domine ;

Domine, exaudi vocem meam

Si iniquitates observaveris, Domine, Domine, quis sustinebit?

Je tombai sans force sur mon lit : je crus que je devenais fou. Mais ça ne dura pas longtemps, allez ! Je bondis sur le pont, j'attrape un rouleau de corde, je crie :

M-: MATKI.OT KCOSSAIS. 45

« IjH yole à lu incr îi\<m', six lioiiiinus ! Si cllr n'y fst pas dans (l(Mi\ iiiimi((is, garo ! »

Kl j(^ sauto dans ma clianibro, je me mets à clieval sur la l'oiKHre, et je lile ma corde en criant :

« Attrape, matelot! »

A l'instant je sens un poids qui tire. Je tiens bon, et le temps de vous l(î dire, mon cher ami, un homme grimpe le long de la corde, empoigne ma jambe, puis mon bras, puis le bord de la fenêtre, et va se planter debout au milieu de la chaml)re!

il était habillé comme les matelots de la marine anglaise; tout ruisselant d'eau, tout déchiré, la poitrine et les bras couverts de grandes blessures d'où le sang commençait à couler à mesure que sa peau séchait. Il était grand, grand ! sa tète touchait au plafond; tout jeune : vingt-huit à trente ans; la peau blanche comme du linge. Ses longs favoris et ses cheveux noirs étaient collés sur sa figure ; il les secoua d'une main, et alors il fit une longue respiration qui souleva sa poitrine, et toutes ses blessures s'entr'ouvrirent comme des lèvres pleines de sang. Il poussa un gémissement, voulut s'appuyer sur la table, mais la main lui manqua et il tomba évanoui.

En ce moment, comme la lune donnait par la fenêtre, je vis passer l'ombre de la yole qu'on faisait descendre à la mer du haut des palans de l'arrière où elle était suspendue.

Dans des instants comme ceux-là, mon cher ami, vous ne savez pas combien on pense vite ! Je me dis : si ton équipage le voit, son affaire est claire : à un moment, à un autre, pendant que tu dormiras ou que tu auras le dos tourné, il tombera par hasard à la mer, ça c'est sûr. Faut que tu le caches....

Je mis la tête à la fenêtre : la yole était au bas du gouvernail, les six hommes tenant leurs avirons en l'air.

« Capitaine, me dit le patron en levant la tête, la yole est parée. »

Je tirai ma montre, je la regardai d'un grand sang-froid, et je dis au patron : ^

«C'est bien. Je suis content. Vous n'avez mis que deux minutes.

Amenez rembarcation. Un verre de rhum pour tout l'équipage de la yole. »

Je cours à la fenêtre, je la ferme, je ferme la porte, je prends une bouteille de rhum, j'en verse dans mes mains, j'en fais sentir au matelot, je lui en fourre quelques gouttes sur les lèvres; puis, voyant que ça n'allait pas, je prends un bout de la corde et je lui en applique, sur la plante des pieds et dans le creux de la main, une douzaine de coups à réveiller un mort.

En effet, il sent ça, ça le réveille, il se soulève de côté sur une main, me regarde un moment de ses grands yeux bleus, puis se met à genoux, me remercie de la main sans souffler mot, fait un signe de croix et se tient debout, adossé à la porte de ma chambre.

Il était éclairé par la lune jusqu'à la hauteur de la poitrine. Toute cette partie de son corps, trempée d'eau de mer, brillait d'une lumière argentée qui m'éblouissait, et au-dessus, dans le noir, on voyait reluire ses regards, qui semblaient deux étincelles.

Je fis le signe de la croix en disant d'une voix forte :

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Amen ! je t'adjure de me dire si tu es une créature de Dieu ou si tu n'es qu'un fantôme! Parle, ou je te jette une bouteille d'eaubénite à la figure! »

Il fit deux pas en avant et me tendit la main, que je saisis. Elle était froide comme le marbre, mais ce n'était pas étonnant, puisqu'il sortait de l'eau.

« Qui ètes-vous? » lui dis-je. Et lui montrant la mer, je fis le mouvement d'un canot qui chavire, en l'interrogeant du regard. Il me répondit :

« Yes.

— Vous ne parlez pas français?

— No.

— Le comprenez-vous?

— Yes.

— Vous étiez de l'équipage de la barge?

— Yes.

— Vous êtes Anglais?

« IN HOMME Cr.lMPE LE LONG DE LA COBDE.

KM M ATKIjrr KCUSSAIS. iî)

— No. Sc.otrli.

— Mais cominonl vous ùtcs-vous sauvé?

— lu'îdj^o pouliî.

Vous Noulc/ (lii'f qiK' vous axe/ >iiisi uno cape h fjoiilc».

— Mais «'ouiuicnl :i\r/-\oiis |ui allciiidrc le iiaxifn?

— C.ouniul.

— ^ a-l-il louf^lcmps que vous êtes atlaclié au gouvernail?

— Lonjiç.

— rourquoi n'avez-vous pas crié plus lot?

— Moi crier.

— C'est sans doute le bruit du sillage qui m'aura empêché de vous entendre. Vous devez avoir faim !

— No.

— Je vais vous donner des vêtements de rechange. »

Il parut mesurer ma taille d'un air de dédain, haussa les épaules et me répondit :

« No.

— Écoutez, lui dis-je, il faut que vous sachiez avec qui vous êtes. Votre vie est en danger. Je fais la course, je n'ai pas de lettres de marque : si l'on m'avait empoigné après ce qui a été fait de votre barge, moi et mon équipage on nous aurait pendus Cependant, coûte que coûte, je n'avais pas l'intention de faire périr vos camarades : ça n'est arrivé que parce que l'un d'eux s'est levé du canot et m'a crié en bon français qu'il me reconnaissait moi et mon navire, et que je serais pendu quelque jour avec tous mes hommes. Malheureusement il y avait là quatre de mes matelots qui tenaient l'amarre du canot, et avant que j'aie pu les en empêcher, ils ont tiré sur l'amarre et ils ont fait chavirer l'embarcation. Sur mon honneur de matelot, je n'y suis pour rien, et vous avez vu que j'ai fait tout ce que je pouvais : si je n'avais pas jeté mes cages à poules et tout, vous ne seriez pas ici, et quand je vous ai entendu là-dessous, si j'avais voulu vous laisser aller rejoindre les autres, je n'avais qu'à

faire la sourde oreille au lieu de vous jeter la corde comme j'ai fait. »

11 me regarda d'un air de doute, se prit un moment le front dans la main, puis il fit un geste noble et gracieux qui voulait dire : je vous crois, et il marqua que je pouvais continuer. .Je lui dis :

« Nous en avons encore pour trois jours avant d'arriver à Pernambouc. Lorsque nous arriverons, je vous débarquerai. Comme il faut que votre présence à mon bord soit justifiée aux yeux des autorités de là-bas, je vais vous inscrire sur mon rôle d'équipage comme déserteur de la marine anglaise.... »

Il serra son bras sur son cœur, le poing fermé, et il fit de la tête : Non !

« Ah! vous ne voulez pas passer pour un déserteur : eh bien, je vous mettrai comme étant de mon équipage. »

Il fit un geste d'horreur, ses yeux lancèrent des éclairs, et il me dit, en me faisant voir les deux rangées de ses dents blanches :

<c No!

— Comme recueilli en mer, alors? »

Il uéfléchit un instant, puis dit :

" Yes.

— D'ici là, vous vous cacherez.... »

Il me posa vivement la main sur le bras en me disant ; (( No, never!

— Mais, malheureux, si vous ne vous cachez pas, comment voulez-vous que je réponde de vous? Il y a là-haut quarante braves matelots, des scélérats fieffés, des gens de sac et de corde, capables de tout. Quand je me mettrais en quatre pour vous défendre, à quoi ça vous avancerait? Comprenez donc que votre vie, c'est leur mort,.... la mienne aussi, ajoutai-je en baissant la voix : et vous devriez bien y prendre garde ! »

Ici le capitaine s'arrêta un moment et se mit la main sur les yeux :

« Mon cher ami, me dit-il avec effort, il faut que je vous dise

i.i: M.\Ti:i,()T r:(;n>>\i>. si

Iniil, (|ii()i(|iii> ce soil hicii |H'nil>l(' m ;i\()iit'r — Kii voyant devant

moi et' jt'iiiic lioiiiiiic, plriii de \ir iii;ilj;r('' ses lilcssiires, nw

rc^iii'dci* d'un air de iiit''|)fis, xoyr/.-Nous, à in(î l'aire i-eiilrrr sous

liMM'c, et MIC iiKMiaccr des yeux comnni on n'aurait pas lait à un

petit mousse de douze ans, je ne peux pas vous dire ce qui se passa en moi !

Moi desaiil (pii |)ersonne, blanc ou nè^re, n'avail jamais osé lever la pau|)ière; moi dont le nom seul jetait la terreur jusque siii' leurs p;randes imbéciles de frégates, à ces Anglais fanfarons, — lié! trooùn de l'air! je peux le dire! et croyez bien que personne ne vous dira le contraire dans ces parages-là, — je courbais la tète comme un coupable devant son juge, comme je la courbe en ce moment devant vous....

Mais ce qu'il y avait de plus horrible, mon cher ami, c'est que j'avais peur!

Oui, le capitaine Marius Cougourdan avait peur! peur de ce pauvre diable moitié nu, sans armes, et que, dans l'état d'épuisement où il était, j'aurais renversé d'une chiquenaude !

Il me sembla que la muraille du navire s'effaçait comme une brume : je voyais le pont d'une frégate anglaise; un groupe d'officiers en grands habits rouges, des soldats de marine en uniforme rouge, un drapeau rouge à la poupe, une flamme rouge au perroquet ; je voyais s'avancer au pied du grand mât une troupe de matelots et, entre leurs rangs, des hommes nu-tète, en bras de chemise, les mains attachées derrière le dos, et ayant tous la corde au cou. Je les comptais : il y en avait quarante.

Puis, derrière eux, tenu par quatre hommes et se débattant comme un lion, un autre homme, et c'était moi!

Et à ce moment le matelot écossais, droit comme un spectre, leva le bras et tendit le doigt comme pour me dire :

« Regarde !

— Comment! me disais-je, comment! pour sauver la vie à ce seul homme-là, je vais faire pendre quarante matelots qui m'ont confié leur vie, et moi avec ! Moi, encore, je peux faire cette

bêiise-là si ça me convient : mais ai-je le droit de disposer de l'existence de mon équipage? »

Définitivement, s'il s'est sauvé, c'est par miracle : les autres se sont noyés, ils n'ont rien dit. Parce que celui-ci a eu la chance d'attraper une cage à poules, c'est-il une raison pour que nous soyons pendus comme des chiens, et tout ça pour mon bien obligé de l'avoir sauvé quand il ne tenait qu'à moi de l'abandonner aux soins de la Providence, comme disait le commandant de la barge?

Il est là.... Il n'y serait pas, que personne ne le saurait : décidément....

Et s'il n'y était pas....

On aurait dit que la corde était déjà autour de mon cou et se serrait petit à petit !

Les mains me brûlaient. La fenêtre était grande ouverte. Je me sentais me rapprocher du matelot comme si un courant m'emportait vers lui.

Il me regardait venir. Il ne bougeait pas, mais je voyais dans ses yeux qu'il devinait ce qui se passait dans mon cœur. Vous croyez qu'il avait peur, lui? Ah ben oui! Il n'avait même plus cet air de mépris et d'arrogance qui venait de me rendre si furieux : ce qu'il y avait dans ses yeux, c'était une pitié, une pitié! qu'il n'y a que le- Père éternel qui puisse faire une pareille mine quand il voit une de ses créatures prête à faire quelque mauvais coup, et qu'il a ses raisons pour ne pas l'en empêcher.

Heureusement pour moi, cette vilaine pensée ne me dura qu'un moment : ce regard m'avait fait rentrer en moi-même.

« Boûn Diou! je me dis, pourvu que la bonne Mère ne se soit pas avisée de s'inquiéter de ce que fait à cette heure son serviteur le capitaine Marins Cougourdan, du port de Marseille! Si par malheur elle a mis ça sur son livre de bord, tu es un homme frit et tu ne t'en tires pas à moins de trente ou quarante mille ans peut-être de purgatoire, et dans la soute à l'huile bouillante, encore! Et ce qu'il y a de plus malheureux pour toi — ici le

ij; MAri;i.nT kcossais. 53

<-a|»ilaiii(' mil sa main sur sa hoiichc, lova l(;s sourcils, avan(;a la It'vrc iiilViririirc, — r't'sl (|in' lu ikî l'auras pas vole! hiiil arranger (;a, (lu'i'lle n'y voie (jiic du l'eu. >•

.le pris un air Je plus aimable (\\U'. )<; pus, et je dis au matelot, eu lui monlranl le doigt comme ça :

« Té! jr |tari(' que vous vous imaginiez que je cherchais un joint pour vous thuKjuer à la mer? Avouez que vous le croyiez, dites?... Vous ne voulez pas dire oui, mais vous ne dites pas non. Ali 1 c'est bien injuste, car enlin, (juand je vous ai jeté la corde, je ne me suis pas demandé si vous n'alliez pas la tirer pour me faire noyer par vengeance : ça s'est vu, ça! J'ai fait mettre la yole à la mer : et si mes hommes s'étaient noyés? D'ailleurs, avant, je n'ai pas regardé à la dépense quand j'ai jeté pour plus de cent francs de barres, de planches, de bouées et de cages à poules pleines de volailles magnifiques, et dont vous en avez attrapé une, donc. Ce n'est pas que je vous le reproche, au moins, qu'au contraire je suis content de vous avoir rendu ce service; et je dis plus : ce serait à refaire que je recommencerais! »

Ça, mon cher ami, j'eus soin de le dire bien haut sans en avoir l'air, afin que la bonne Mère put l'entendre.

<( Non, conlinuai-je, ne croyez pas que je cherche à vous rejeter à l'eau après vous en avoir tiré : je suis incapable d'une pareille coquinerie. Vous êtes à mon bord, restez-y. Quand ça vous fera plaisir de débarquer, ça me fera plaisir aussi : mais puisque vous y êtes, restez-y, je vous dis. Vous ne voulez pas vous engager dans mon équipage, c'est bien ; vous ne voulez pas vous cacher, c'est bien : mais... à vos risques et périls, bien entendu.

<( Dans tous les cas, avant de paraître sur le pont, vous allez me jurer sur votre honneur de matelot de ne jamais dire un mot de ce qui s'est passé aujourd'hui. Vous le jurez?

— No!

— Comment, non ! Mais vous ne voyez donc pas, malheureux, qu'en disant non, c'est comme si vous juriez de nous dénoncer au premier port où nous aborderons? Voyez ma position : vous gar-

der à mon bord après le refus que vous me faites, c'est comme si je prenais une corde et comme si je la passais au cou de chacun de mes hommes, et à mon cou par-dessus le marché. Réfléchissez donc, au nom de notre \ie à tous, au nom de la vôtre, parbleu ! que sans moi vous vous noyiez comme les autres. Vous me devez bien ça, que diable ! Jurez! croyez-moi : jurez, ou, ma foi, alors,... dame.... »

Je voulus lui saisir le bras : il fit un petit mouvement sec, et moi, moi qui casse d'un coup une corde grosse comme le doigt, il m'envoya rouler sur le plancher à quatre pas de distance.

Ah! mon cher ami, l'orgueil! Je me relevai enragé de colère :

« Je te tire de l'eau ; je te sauve au péril de ma vie; je veux te cacher, tu ne veux pas; jeté demande de ne pas nous perdre, tu refuses ; et par-dessus le marché tu me fais honte, tu me fais peur, tu me jettes par terre! Hé! trooûn de l'air ! il ne manque plus que me donner le fouet ! Et tu crois que je vais me laisser fa're ? Tu ne sais donc pas que je suis le capitaine Marins Cougourdan, moi, et que depuis que nous sommes en guerre avec vous, je vous ai pris six canonnières, quatre goélettes, deux corvettes et plus de vingt navires de commerce? Et tu veux me faire pendre ! Et tu crois que quand je serais assez bête pour ne pas me défendre, mes hommes seraient tous les quarante aussi bêtes que moi? Allons, allons! jure et ne tarde pas, vois-tu, parce que si, par malheur, lorsque mon équipage te verra paraître, je ne puis pas leur dire que tu as juré, tu pourrais bien voir, et plus vite que tu ne penses, que celui qui veut faire pendre son prochain à la grande vergue s'expose à être pendu aux barres de perroquet. »

A ce mot de pendu il fit un saut.

« Bon, me dis-je, ça lui fait peur aussi, à cet orgueilleux d'Écossais ! »

Ceci me donna une espèce de satisfaction d'amour-propre, et m'ôta un poids.

(( Il jurera », me dis-je en moi-même; puis, m'adressantàlui :

« Je vous laisse seul. Dans cinq minutes je redescends, et j'es-

LK MATKLor ÈCDSSAIS. •"'»-'i

fMTo quo jo NOUS Irouverai disposi'; à laire lo serment que je vous (It'Hiaiidc. »

IH jt'(|uillai la chambre, fcrnianl la porte derrière moi.

.'e montai sur la dunette, (l'élait le lieutenant qui faisait U'. (juarl; il s'approcha de moi pour causer :

« lionne brise; rien de nouveau. Je

— C'est bon, lui dis-je, faites voire ser\i(e et laissez-moi ! »>

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