‹ Voyages et aventures du capitaine Marius Cougourdan, commandant le trois-mâts la Bonne-Mère, du port de MarseilleChapitre 7 sur 47 · I.K MATKI.OT KCOSSAIS · texte numérisé non relu

I.K MATKI.OT KCOSSAIS

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« (!c(|U(' vous avez demandé au naufragé, c'était juste, nécessaire poui' sou salut, pour celui de votre équipage, pour votre salut à vous : en vous emportant juscju'à la menace pour lui arracher une promesse qu'il vous fallait, vous avez obéi à un si'utimcnt irrésistible, celui de la légitime défense.

<< Vous n'avez pas commis de crime : mais, par une conséquence de votre orgueil, quatorze hommes sans défense ont été lâchement assassinés, et le quinzième, après s'être raccroché un moment à la vie, n'a pas pu trouver le salut à votre bord, même sous votre protection, et la mort qu'il s'est volontairement donnée lui a paru moins cruelle que le sort qui l'attendait sur le pont de votre navire.

« Vous n'êtes pas coupable de tous ces crimes, mais vous en êtes responsable.

« Maintenant, que vous dirai-je?... Vous vous êtes repenti, la miséricorde de Dieu est grande, mais lui seul peut vous absoudre.

— Mais vous, vous, me dit le pauvre capitaine d'un air suppliant, vous! me tenez-vous encore pour un honnête homme?

— Je vous pardonne, lui dis-je en lui serrant la main; je vous pardonne, parce que..., parce que je ne peux pas m'empêcherde vous aimer malgré vos petits défauts. »

Sa figure s'illumina ; ses yeux se mouillèrent de larmes. Il tira de sa poche un immense foulard à ramages, se moucha avec un bruit de trombone, s'essuya les yeux, prit un cigare, l'alluma, m'en ofîrit un autre, et se levant me dit :

« Nous faisons un tour, dites? »

Il fumait, fumait, paraissant ruminer quelque chose. Tout à coup il s'arrête, me tape doucement sur l'épaule, et, mettant la main sur sa bouche, il me dit d'un air confidentiel :

« Ecoutez, mon cher ami, vous êtes un homme bien posé, estimé de tout le monde ; vous êtes connu comme le loup blanc dans tout Marseille et — il leva les yeux au ciel — vous devez

l'être partout. Eh bien, faites-moi donc le plaisir, quand vous serez mort et que vous entrerez en paradis, ce qui ne peut pas vous manquer un jour ou l'autre, de dire que vous êtes l'ami du capitaine Marins Cougourdan... sans parler de l'affaire... Vous me rendrez un grand service, et je vous en aurai une reconnaissance...

— Éternelle, n'est-ce pas?

— Pardi I puisque, grâce à vous, je serai devenu Séraphin, Archange, Domination,... Trône, peut-être. Hé, trooùn de l'air! qui sait? Le bon Dieu est si indulgent pour les capitaines marins! »

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