Livre I, chap. i
irement que par ces deux mots : « ivrogne et stupide. » Pour moi, qui connais par expérience la force d'une télé d'éléphant, je ne saurais en vérité attribuer l'état chronique de l'individu immortalisé par sir T. Browne à une liqueur plus faible que le whisky loddy.
Quelque bizarre et ridicule que puisse paraître l'erreur signalée par sir T. Browne, j'ai entendu, pour ma part, citer des fictions modernes presque aussi erronées. J'ai encore présent le souvenir d'avoir lu, pendant que j'étais écolier, que les tortues couchées sur le dos, quand on les prend sur le sable ou partout ailleurs hors de l'eau, peuvent être laissées ainsi pendant tout le temps que le désire celui qui les a prises, attendu qu'elles sont incapables de se retourner par elles-mêmes. Je fus assez surpris, lorsque jo mis ce conseil en pratique» de trouver que les tortues laissées à elles-mêmes se retournaient invariablement sur leurs pattes et se sauvaient au plus vite. Une tortue, mise sur son dos, après un ou deux moments de repos, se soulève un peu avec une patte, avance sa lôte jusqu'à ce que la partie inférieure louche la terre, puis allonge son cou, dont elle paraît avoir une provision illimitée, jusqu'à ce qu'elle se retrouve dans sa position normale. Une autre
cjToyance populaire, que j'ai souvent entendu citer, c'est que l'espace compris entre les points extrêmes des moustaches de tout individu de Tespèce féline donne la mesure exacte de sa plus grande largeur, et que le porteur desdites moustaches en fait usage en conséquence quand il désire se glisser sans bruit à travers les jungles vers sa proie. Cette croyance ne mérite aucune foi. La nature a merveilleusement conformé toutes les créatures pour leurs habitudes et leurs habitations particulières ; on ne saurait découvrir un seul être qui, dans les circonstances propres à la position dans laquelle il a été placé par la Providence, se trouve organisé d'une façon défectueuse ou insuffisante. Qu'un arbre se brise sous le poids d'un éléphant, qu'une tortue roule d'une hauteur et tombe sur son dos, ce sont là des conjonctures vraisemblables et possibles sans que l'homme intervienne par ses artifices; mais un éléphant dans un piège ou dans une fosse, une tortue sur le pont lisse et dur d'un navire, ne constituent pas, il faut se le j'appeler, des cas naturels.