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CHAPITRE IV

La plainte nocturne du tigre. — Chasse et mort du tigre de Subrawalla. — Un faux raisonnement de certains Ciiinois. — Force du tigre. ^ Un tigre combat et meurt dans la foire d'Hurdwar. — La meilleure arme pour rencontrer le tigre à pied. — Prenez garde aux griffes et aux moustaches.

Assis au feu du bivouac ou couché tout éveillé la nuit dans les forêts du Doon , j'ai quelquefois entendu un gémissement profond et prolongé roulant bas comme à ras du sol. Et de même que le faible son des canons lourds dans Téloignement s'entend plus distinctement quand on place son oreille à terre, ou quand on emploie une baguette de fer comme conducteur de la terre à l'oreille, ainsi le plaintif soupir de mauvais augure qui signale au large un tigre royal semble monter du sol, imposant silence à tous les autres bruits de la forêt et

suspendant même un instant la conversation parmi les hommes. Les serviteurs indigènes échangent entre eux des regards d'intelligence et cessent, effrayés, leur jaserie sur le prix du grain et du ghee^ pour la reprendre aussitôt après sur les cas innombrables de mort ou de blessures que connaît leur expérience, et qui ont été causés par le plus sauvage et le plus rusé des ennemis que puisse rencontrer le sportsman dans Tlnde.

Je partis, un matin, avec le major R..., du bataillon Kumaon, de notre camp près de Jubrawalla, sur le bord de la Sooswa, de Lucheewalla et d'Hurrawalla jusqu'à Dehra; nous avions avec nous sept éléphants. Il y a près de la Sooswa, juste en face de Jubrawalla, une pièce de terre qui est quelquefois changée en île par une crue de cette rivière; elle est couverte de jeunes cotonniers et par masses d'épais buissons de kair. Je puis la recommander en toute conpance i qui voudra «trouver des sangliers, des cerfs et quelques paons. Comme nous venions de la traverser, nous ren'contrâmes la carcasse d'un bœuf dévoré en partie par quelque animal sauvage qui semblait avoir quitté tout récemment ce festin. Le terrain aux alentours était trop dur pour fouri^ir aucun renseignement par les em-

premtes. Nous fonnâmes cependant une ligne et com" mençâmes la battue, nous en remettant à la chance, et suivant le cours d'une tranchée à sec, en partie cachée par des jungles, qui nous paraissait un sentier susceptible de plaire à tout animal de Tespèce féline. Au premier détour que faisait brusquement la route par nous suivie, un animal sortit du fossé, et pendant une seconde se tint debout sur le bord opposé, à une soixantaine de mètres de notre ligne. C'est chose étonnante combien rarement , excepté pour les chasseurs consommés , les animaux dont la marche et la pose dans Tétat sauvage sont peu connues, parviennent à être reconnus instantanément. Dans le cas présent. J'entendis un des ghoorkas de R... déclarer de propos délibéré que ranimai qui s'était dressé devant nous était un veau, supposant ainsi sans plus ample examen que c'était ce qu'il pensait devoir rencontrer le plus probablement en pareil lieu , bien que ce fût en réalité une tigresse parvenue à toute sa croissance.

Immédiatement la poursuite commença, la tigresse coupant en travers une large pièce de terre découverte dont le gazon avait été brûlé. Les éléphants ont un pas long et balancé qui leur fait arpenter le terrain avec

une allure aussi rapide que celle d'un cheval lancé au grand trot; et, dans cette circonstance, ils étaient entraînés à toute vitesse par l'excitation et Témulatien de leurs cornacs. La tigresse, gorgée de nourriture, n'était pas en humeur de courir vite, et tout ce qu'elle pouvait faire était de se tenir en avant de notre ligne. C'était une chasse sur une échelle gigantesque, une course à fond de train, une tigresse, sept éléphants pour meute, et le paysage à l'avenant.

En route, la tigresse chargea droit à travers un troupeau de gros bétail, et le dispersa au milieu des hurlements les plus discordants des bergers. Après une course de plus de deux milles, elle atteignit une petite pièce de jungles que traversait une profonde nullah^ et comme nous ne pouvions pas dire si elle voudrait se retourner et combattre, ou s'il lui resterait encore assez de souffle pour se glisser à la dérobée sous bois, nous primes position et recommençâmes la battue. Je venais à peine d'entrer dans la partie des jungles que je devais fouiller, que je la vis sous un buisson couchée pour prendre son élan , et lui tirant un seul coup d'un fusil à canon lisse entre les yeux, je la fis rouler dans la nullah, Elle se précipita à plusieurs re-

prises contre le bord pour remonter; mais elle n'y put parvenir, toute troublée qu'elle était des effets de ma balle, qui lui avait brisé le crâne en grande*partie, effleuré la cervelle et causé un épancbement de sang d'une artère dans la gorge, où elle avait effectué sa sortie. Le coup était mortel, car il lui fut impossible de quitter la place, et R..., qui survint bientôt après, l'acheva d'une balle derrière l'oreille.

Les ghoorkas commencèrent par recueillir la graisse de l'animal, quand ils en retirèrent les entrailles, avant de hisser le corps sur un éléphant de meute, attendu qu'ils croient que c'est un spécifique contre le rhumatisme. Le corps ne fut pas hissé sur la selle sans diverses protestations, en fait, et une foule d'imprécations ' et de jurements de la part de l'éléphant destiné à le porter.

Pendant qu'on écorchait la bête ce soir-là, dans mon jardin à Dehra, quelques-uns des Chinois employés dans la plantation de thé du gouvernement, à Kaolowghir, vinrent assister à l'opération : ils attribuent de merveilleuses propriétés médicinales à chaque partie du corps d'un tigre, et après avoir choisi successivement tous les os l'un après l'autre, ils finirent par se

procurer iina charrette et par emporter toute la carcasse à le^r résidence.

tes chumars du district de Goruckpore mangent son-» Yent la cbair du tigre,^ et pensant qne la m^me coutume pouvait exister dans le Doon, je dqmandai à un Hindou si les gens de $a classe mangeaient du tigre , à quoi il répliqua asse^ impertinemment que les seuls indigènes dont il avait jamais entendu parler comme capables dQ manger une viande pareille, étaient des indigènes f chrétiens, ^

Malgré Tapparance souple et sinueuse avec laquelle un tigre glisse sur le terrain lorsqu'il va de son pas ofdinaire, dans Taxcitation de la poursuite après sa proie, par quelques bonds ou lorsqu'il charge^ il tend «99 membres ramassés et ses muscler lormidjabli^ jfisgn'i la rigidité de Tacier.

Un coup de la patte d'un tigre r^nversçri m bûiuf en lui écrasant les côtes, ou lui brisaut les os sur Im^ quels il aura frappé. Il empor^ra ensuite cette proit comme un chat ferait d'une spuris, et l§vant la tête d9 toute sa hauteur, il s'en ira sans aucun effort appar rent, laissant à peine les jambes de ça victime traîner i terre.

Là chasse au tigre. 99

On peut se former quelque idée de Teffroyable puissance de la patte de devant du tigre, lorsque Ton voit le paquet de muscles qu'elle contient, et que Ton met à nu quand on écofche ranimai.

Je n'ai jamais entendu un tigre rugir, bien que peut-être il puisse le faire ; peu de personnes, dans tous les cas, ont entendu ce qui peut, à proprement parler, ^'appeler un rugissement. En compagnie d'animaux de son espèce, il fait ronron comme un gigantesque matou; son cri, entendu la nuit, est en général la plainte lourde et basse que j'ai déjà signalée. Ses élans ^ lorsqu'il charge, sont accompagnés d'une série de grogne» ments rapides et effrayants, en manière de toux; mais j'ai entendu un ours^ qui chargeait, faire presque le même bruit K Je crois que le tigre du Bengale est un ennemi beaucoup plus dangereux à rencontrer sur pied que le lion de l'Afrique méridionale; mais c'est un animal rampant qui cherche toujours à se glisser à la dérobée ou à dissimuler son corps et ses mouvements, et jamais, je crois, il ne se laisse aller à ifn rugissement de

1. Le tigre du Bengale, le plus grand de tous^ est inférieur au lion d'Afrique pour la force, à cause de sa longueur; il lui est encore inférieur par le courage dans l*âtta(lUe.

JOO VOYAGES ET CHÂSSES DANS LHIMALAYA.

défi et d'indignation que quand il est troublé dans son repos.

L'exemple le plus extraordinaire que j'aie jamais entendu citer d'intrépide férocité chez un tigre a eu lieu dans la grande Koom-Mela ou foire d'Hurdwar, en 1856. Tous mes lecteurs ont entendu parler de la foire d'Hurdwar. La ville et les temples sont situés à l'extrémité sud-est du Doon, au point de vue des limites; mais comme juridiction ils dépendent du district de Sahavanpore. C'est 1i cet endroit que le Gange sacré s'éloigne des montagnes ou plutôt se révèle aux plaines en se précipitant à travers les portes de grés de la chaîne des Sewalik, et chaque année, au commencement d'avril, des milliers de pèlerins hindous, des sikhs du Pendjab, des buddhistes du Thibet, etc., viennent y faire leurs dévotions, tandis que des marchands du Bengale et d'Orissa, de l'Afifghanistan et de la Perse profitent de l'occasion de cette réunion religieuse pour échanger les objets de leur commerce. Chaque onzième année, appelée Fannée Koom, la foule de ceux qui visitent ce saint lieu dépasse de beaucoup en nombre la quantité des pèlerins des années ordinaires , le mérite du bain dans le fleuve croissant suivant un certain sys-

tème de progression fanatique; et dans Toccasion à laquelle je fais allusion « la multitude des gens venus à la foire, au dire des of&ciers accoutumés à assister à cette assemblée, s'était élevée à un chiffre formidable, entre deux et trois millions. Le moindre tumulte au milieu d'une foule si prodigieuse, ou la moindre confusion aux approches des principaux passages pour arriver au fleuve et s'y baigner, causeraient la mort d'un nombre infini de personnes. Aussi les magistrats et les fonctionnaires officiels de Sahavanpore étaient presque tous présents sur le champ de foire pour maintenir l'ordre, punir le vol et opérer la restitution, non-seulement d'une quantité considérable d'objets égarés, mais aussi de membres épars de nombreuses familles perdus au milieu d'un tel océan de vagues humaines. Comme les pèlerins étaient campés par milliers dans la partie d'Hurdwar qui dépend du Doon, j'assistais à la foire en qualité do surintendant du district des montagnes, avec mon aide-intendant et le cortège ordinaire de fonctionnaires indigènes. Nos tentes étaient dressées sous quelques manguiers, avec les montagnes Sewalik et les jungles par derrière; mais des quantités innombrables de huttes de roseaux et de tentes en toile dé-

chirée s'étendaient devant nous, et Taîr se trouvail i tel poirtt empoisonné par la foule épaisse et rimpossi* bililô de faire observëî" les règlements sur la salubHlé publîqiie^ que nous en avions le cœur sur les lèvres.

Le second jour de notre arrivée, comme nous venions de déjeuner, un indigène accourut dans le camp rap* portet" que dans un champ de blé, à quelques centaines demèlres de là, entouré de toutes parts de ces masses profondes de créatures humaines, un tigre avait abattu un homme. Il y avait à ce moment plusieurs vlsileurè dans le camp : le major Hampton, du 31*; le lîeule* nanlGoddard,du87«ftoyal-Irlandais; MM. R.Edwards et L. Melville, du service civil du Bengale, et 0. Bradford, esq. , acluellement commissaire-adjoint dans POude, en sus de mon aide-intendant et de moi. Aucun de nous ne put croii-e d'abord qu'un tigre fût allé se promener en plein jour, sans même l'abri des jungles, dans un endroit où le bourdonnement incessant des voi\ humaines retentissait jour et nuit comme le bruit des vagues sur le rivage de la mer.

J'avais une collection variée de fusils, et je pus en fournir un à chacun de ceux des visiteurs qui n'en étaient point pourvus. Nous n'avions aucun shikaw

LA CHASSE AU TIGRE. . i03

o\ï éléphant de chasse dans le camp, et nous partîmes montés sur trois éléphants de selle, avec toute perspeclive d'une lutte à outrance et valant la peine d'être vue, attendu que les éléphants de selle devaient bien certainement prendre la fuite toutes les fois que cette manœuvre pourrait êlt^e le plus incommode pour leurs conducteurs, et rendre la confusion plus grande encore si nous rencontrions un tigre disposé à combattre. Deux de nous étaient montés sur chaque éléphant, et Bradford galopa au lieu de Taclion sur un de mes chevaux^ se fiant à sa cravache pour le maintenir hors de l'atteinte du tigre.

A trois cents mètres de notre campement, nous trouvâmes le malheureux faucheur qui avait été frappé à la tète d'un coup de patte de tigre, le crâne fracassé, la cervelle à découvert, dans Tagonie de la mort. Un peu plus loin^ on nous montra une petite pièce de terre accidentée d'environ vingt mètres carrés, couverte de buissons, au milieu d'un champ de blé dont les jeunes tiges venaient à peine de lever, et près duquel il n'y avait point de jungles. On nous dit que c'était dans ces buissons que le tigre se tenait à l'affût quand le faucheur était venu couper de l'herbe près de lui^ et qu'il

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y était retourné lorsqu'il avait été éloigné du corps de sa victime par les cris des spectateurs.

Des milliers d'indigènes nous voyant venir se réunirent autour de la place, enfermant le tigre dans une enceinte, de corps humains, et nous fournirent une arène qui nous promettait à coup sûr des malheurs par Teffet des balles égarées dans le combat. Il était bien que nous fussions sur des éléphants, car nous pouvions tirer le tigre de haut, tandis qu'à pied il nous eût été parfaitement impossible de décharger nos armes sans blesser la foule.

Notre félin ami était évidemment arrivé à un degré de vive excitation par suite de Texpression de Topinion publique sur son compte, après son attaque contre le faucheur, et de la position où il se trouvait maintenant. Aussi ne voulut-il pas attendre notre arrivée, et dès qu'il nous aperçut nous dirigeant vers sa retraite, il nous chargea de son plein gré avec un cri de colère. Les trois éléphants firent volte-face d'un commun accord et coururent l'un contre l'autre, en trompetant ou plutôt en criant de frayeur, pendant que Bradfort dansait autour d'eux sur mon alezan Waverly. Plusieui-s coups furent néanmoins tirés par notre quadrille avec

une justesse tolérable, en ce sens que nul d'entre nous ne fut atteint, et qu'une balle envoyée à travers une patte de devant du tigre l'arrêta court dans sa charge et le renvoya sous le couvert.

Une lutte active commença alors entre les éléphants et leurs cornacs, vu que nulle force morale ou physique, nulle caresse ou piqûre ne put les engager à s'approcher en ligne et à battre les buissons d'où était sorti le monstre qui leur avait troublé la cervelle. Enfin pêle-mêle, et serrés comme des moutons, ils s'avancèrent de côté, à une cinquantaine de pas des buissons, dirigés seulement par les coups violents de l'ankus, lorsqu'un second rugissement servit de prélude à une nouvelle charge à fond de train. C'eût été sans doute, à la manière dont elle était faite, une fuite au repaire pour le tigre, mais heureusement que parmi les coups nombreux déchargés du haut des howdahs, qui roulaient et tanguaient comme des bateaux en pleine mer, une balle lancée par Melville toucha l'épine dorsale du tigre et l'envoya rouler à quatre pieds de l'éléphant de Grant, où nous le vîmes couché sur le dos, les pattes de derrière paralysées, se livrer à l'exercice du pugilat avec ses pattes de devant. Le mugissement des élé-

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phaiils, le hurlement du tigre^ et les cris de la foule produisaient une telle confusion que Téléphant de Melville fit une volte-face complète et prit définitivement la fuite.

Le'hourrah qui suivit la chute du tigre venait à peine de s'apaiser, que celui-ci se dressa en chancelant stir ëes paltes et parvint à s'élancer en avant, principale* tuent ftu moyen de celles de devant, pendant quelques pas. tl répéta plusieurs fois cette manœuvre; à chaque décharge, il semblait que chaque balle de carabine avait sur son Système un effet revivifiant conmie un sel vdlatil. Il se réleva une dernière fois, lorsque quelques* Uns de nous descendirent de leurs éléphants pour rexâminer de plus près. Il se trouva que c'était un mâle, et l'un des plus grands que j'aie jamais vu.

Peu après notre retour à nos, tentes, un indigène vint nous trouver : il avait eu la main traversée d'une balte. Aucun os ne paraissait atteint, et il se trouva enchanté de recevoir huit roupies (20 francs), ce qui équivaut au salaire ordinaire d'un ouvrier pendant deux mois. Ce fut un bonheur, dans les circonstances particulières de celte chasse, qu'il n'arrivât point d'accidents plus graves.

L'allure d'an éléphant qui s'eufait est au delà de toute expression rude et désagréabla; les fiisils, la» maaitions, etc., sont en général secoués 4ans le ))owdab josqu'i ce qu'ils soient jetés dehors et éparpillés sur toat le parcours de la fuite, tandis que les personnes qneutées sur Tanimal ont assez è faire de se cramponner poar s'y ma|ntanir. La meilleure manière d^arrêter le fuyard est d'en envoyer un autre k toute vitesse après loi; rapproche du second opère d'une façon calmante sur 1»8 nerfs du monstre agité. Dans les jungles fmff plës d'arbres, un éléphant effrayé peut amener tes aç» ddents les plus graves» car le haw^ah et sQn contenu qtslquefois sont écrasés contre les grosse branches; aaisi, ce qu'il y a de ttieux à faire ^n pareil cas pour celui qui le monte, c'est de saisjr la premièrn branche qai se trouvera à sa portée^ de se sortir ainsi du bowdah, et de laisser ses fusils courir leur chance, a^ndu qi'il ne leur serait d'aucun a? antag» de sa faire briser lesesavef eu^.

Sur le territoire de Teira, m pied des naontagnes dn Népal, juste au nord de Goruckpore, j'ai vu tuer six tigres en une quinzaine, et nous se tuftmes pas tous ceux qui furent rencontrés; mais ce n*est pas souvent

qu'ils se rassemblent en aussi grand nombre dans aucune partie de rinde. Le plus gros des six mesurait douze pieds du nez à l'extrémité de la queue, et cette taille n^est que rarement, si encore elle Test parfois, dépassée» Cependant le gardien de Jungla^ le plus grand des tigres de l'ancienne collection de Lucknow, et qui est à présent aux Surrey-Gardens^ prétend que cet animal a treize pieds et demi de longueur. Sur les six tigres, un seulement fut tué d'une seule balle, et encore cela n'eut lieu que parce qu'il se trouvait nager en traversant une nullah au moment où le coup fut tiré^ ce qui amena pour lui une crampe qui le fit se noyer; le combat le plus long des six fut soutenu par une tigresse accompagnée de son petit S et il en est invariablement ainsi en pareil cas.

J'estime qu'aucune somme quelconque de sang-froid et d'audace ne peut assurer la vie d'un sportsman s'il essaye de tuer un tigre étant seul et à pied, avec la carabine ou le fusil ordinaire à deux coups. Le lieutenant Rice, dans un ouvrage consciencieux et intéressant

1. Le contraire a lieu pour le lion. Une lionne accompagnée de ses petits se fait tuer pour les défendre; mais elle est moins redoutable que le lion.

consacré à la chasse au tigre dans la présidence de Bombay, dit qu'un certain nombre d'indigènes, arec ou sans des chasseurs anglais, par exemple dix ou douze hommes en tout, peuvent passer sans danger à travers des herbes ou des arbres infestés de tigres en faisant une battue, altendu que l'animal est toujours effarouché par le bruit de plusieurs personnes ensemble, tandis qu'il regagnerait son repaire chargeant au milieu d'eux, et en tuant quelques hommes de la troupe s'ils étaient en petit nombre.

Dans la chasse au tigre toutefois, les conditions de la rencontre ne peuvent pas toujours être réglées par le chasseur lui-même. Il est désirable qu'il soit équipé de telle sorte qu'il n'ait besoin que de sang-froid pour être plus que de pair à lutter contre un tigre en tout temps, — et la science moderne permet au sportsman d'obtenir un tel résultat, vu que l'effet d'une seule des balles explosibles de Jacob, dé Devisme ou de Metford, éclatant dans le corps d'un tigre, serait de le paralyser à l'instant même, comme s'il eût été frappé de la foudre.

Enfin je conseillerai à tout chasseur qui pourra désirer conserver complets ses échantillons de peaux de

tigre de les surveiller avec un soin jaloux, non-seulement jusqu'à ce qu'elles aient été convenablement préparées, mais encore de les tenir enfermées sous clef jusqu'à ce qu'elles soient expédiées hors du pays, attendu que les indigènes ne laisseront échapper aucune occasion d'enlever les moustaches et de voler les griffes. Il est absolument impossible d'empêcher ces dégradations dans les peaux que l'on emploie pour l'usage ou pour l'ornement dans les Indes. Lorsque le cadavre d'un tigre vient d'être apporté au camp, les domestiques du pays lui brûlent immédiatement les moustaches, en partie comme cérémonie religieuse, mais aussi à titre d'insulte grave au mort. Si les indigènes s'attendent à quelque objection de la part du chasseur qui les prive de cette vengeance facile et qui leur cause une satisfaction inexplicable, ils saisiront simplement l'occasion de le faire subrepticement, et j'ai connu un Anglais fort étonné de voir ses peaux de tigre uniformément privées de leurs moutaches lorsque j'appelai son attention sur ce fait. Les griffes sont estimées comme charmes par toutes les classes d'indigènes, qui s'en servent pour ornements, et les portent suspendues sur leur personne ou sur celle de leurs en-

fants ; et comme cette perte n'est pas souvent n ^

par un sportsman européen, ses domestiques. ,.tcnc

d'autant moins à s'approprier ces dépouilles. Confiez la peau pendant qu'on la prépare aux soins du jemadar, ou chef des serviteurs; et si elle doit être exposée ou servir de tapis dans les Indes, enlevez toutes les griffes et conservez-les dans une botte à capsules jusqu'à votre retour en Angleterre.

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