‹ Voyages et chasses dans l'HimalayaChapitre 6 sur 21 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La battue atec des éléphants en ligne. — Emprunt d*éléphants. — Du transport des bagages dans le Doon. — Incendie des herbes. — Localités où se trouve le Cheetul, — Moyenne du gibier tué par rapport aux balles tirées. — Précautions à prendre pour yiser les animaux. — Une battue de Boolawalla à Motrowalla. — Oîi l'on trouve le Sambah. — Lieux hantés par le cerf à quatre bois. — Où Ton peut chasser le gibier à plume dans le Doon. — Fauconnerie. — Pèche et tir au poisson. — Comment on cuit, pour le conserver tendre, le gibier nouvellement tué. — Machdn portatif ou caisse de tir pour les arbres. — Manière de viser avec un fusil la nuit — Fusil à ressort pour piège. — Les vautours et leur vue. — Les soldats européens dans la vie privée, -r Digression sur les a nécessites inavouées de la vie, » et une exécution militaire.

Une journée dans le Doon, au lieu et dans la saison convenables, avec des éléphants en ligne pour la battue, lorsque Ton lire tout ce qui se lève devant soi, est certainement Tidéal de la chasse sous les tropiques. La variété d'intérêt qu'elle offre fait plus que compenser,

à mon avis, son infériorité comme excitation active relativement à la chasse ^u sanglier.

Deux ou trois chasseurs partent ensemble; la batterie apportée d'Angleterre est placée dans des compartiments réservés à cet effet dans le howdah de Téléphant de chasse du sportsman; toutes les munitions nécessaires sont arrangées dans des poches placées autour du siège, et un serviteur indigène logé dans le kawass par derrière est prêt à charger les fusils, au besoin, si le gibier est abondant. Il faut un éléphant de selle entre deux éléphants porteurs de howdah; par conséquent trois chasseurs auraient ensemble cinq éléphants. Les nababs indigènes, ou les zemindars hindous qui conservent plusieurs éléphants pour les grandes cérémonies officielles, ne demandent pas mieux que d'être affranchis de toute dépense pour un ou deux de ces animaux quand ils ne sont pas nécessaires à leur service personnel. Les gentlemen qui empruntent des éléphants font naturellement tous les frais de nourriture^ et payent aussi les gages des deux domestiques attachés d'ordinaire à chaque éléphant. On peut souvent aussi emprunter aux mêmes conditions les éléphants du commissariat; mais ils ne peuvent guère servir à autre

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chose qu'à battre les jungles, attendu que la valeur attribuée par le gouvernement aux éléphants du com^ missariat est de huit cents roupies (2,000 francs) pour chacun également, qu'il soit bon ou mauvais^ et c'est la somme qu'il faut payer si l'animal est blessé grièvement ou tué; mais les bons éléphants de chasse, dans cette partie de l'Inde, valent de mille à deux mille roupies (2,500 à 5,000 francs).

On sait vite si un chasseur traite bien ranimai ; et quoique les éléphants ne puissent d'abord être em* pruntés qu'après qu'on s'est concilié les bons offices de ceux des fonctionnaires du district par lesquels doit passer d'abord la demande d'emprunt, il est assez fa« cile, une fois que le sportsman a fraternisé dans une expédition avec les propriétaires, les serviteurs et les animaux eux-mêmes, d'en obtenir tel nombre que l'oa pourra désirer. Les frais de garde de chaque éléphant, y compris les gages des domestiques, sont de trois livres (75 francs) par mois.

Les tentes, la batterie de cuisine, etc., indiquées dans le chapitre premier comme nécessaires pour le voyage dans les montagnes^ sont également d'une grande utilité dans le Doon. Mais au lieu d'une troupe

de coolies pour le transport des bagages, quelques chameaux, trois pour chaque chasseur, rendent le même service, et le louage de chaque chameau n'est que de seize shillings par mois (19 francs 20 centimes) tout compris. Les chameaux peuvent aller partout dans le Doon et voyager vite, mais on éprouve constamment des délais et des embarras par suite de l'emploi des hackeries ou charrettes du pays pour les transports.

Quand la marche du jour, c'est-à-dire le lieu du prochain campement, a été arrêtée, le camp et les domestiques s'y rendeni par la route la plus directe afin d'arriver à temps pour faire cuire le dîner de leurs maîtres, qui doit être prêt lors de l'arrivée de ceux-ci le soir. La ligne des éléphants se dirige vers quelque bon endroit à battre pour la chasse et de celui-là à un autre, en observant simplement la position générale du nouveau lieu de campement, de telle sorte qu'après avoir tiré tout le jour, les chasseurs arrivent à la tombée de la nuit au camp, où les animaux tués sont écorchés promptement ; les peaux sont étendues sur le sol au moyen de chevilles, et les chasseurs recommencent les exploits de la journée encore, et encore au dîner ou au thé du soir.

J'ai perdu nombre de semaines de chasse lorsque j'arrivai dans le Doon, par ignorance des habitudes des animaux sauvages, et des localités convenables pour trouver le gibier aux différentes périodes de Tannée.

Les épaisses broussailles, et les herbes gigantesques que la saison des pluies fait nattre dans le Doon parviennent à une telle sécheresse qu'elles prennent feu spontanément pendant les mois de janvier et de février; les localités les plus élevées et les plus sèches s'enflamment naturellement les premières. Tous les brinjavas et autres propriétaires de troupeaux trouvent leur intérêt à incendier le gazon, pour obtenir une nouvelle moisson de jeunes rejetons qui servent à la pâture du bétail. Lorsque le camp est par hasard assis prés d'une longue pièce d'herbes sèches, par une nuit venteuse, il vaut la peine pour les chasseurs d'aller, après dtner, avec des torches se mettre en ligne sous le vent des tentes, cela va sans dire, et de mettre le feu au gazon à une cinquantaine de places différentes. Les points enflammés s'unissent tous en une longue vague de feu irrégulière, les flammes s'élèvent à quinze ou vingt pieds de hauteur, elles grondent et pétillent par places comme soufflées par le vent, et les cellules à nœuds des

hautes herbes pareilles à des roseaux éclatent de toutes parts, quand l'air intérieur se dilate et que leurs tiges sont grillées par la chaleur. Des quantités de moucherolles noirs et verts voltigent çà et là, éveillés par le bruit et la lumière, et cherchent mille proies au milieu du monde des insectes troublé par la flamme. Des cerfs et d'autres ruminants se dispersent parfois à travers les jungles, plus effrayés, cependant, de la présence des porteurs de torches que des progrés de l'incendie, attendu que la répétition fréquente du même programme incendiaire les rend généralement indifférents à la vue des flammes, sauf dans le cas d'un voisinage trop immédiat. Toutefois, quand le gazon vient d'être brûlé, comme il s'écoule toujours un peu de temps avant que les jeunes herbes ne se montrent au milieu des cendres, le cerf va chercher le vivre et le couvert dans la forêt Sankote, et sur les pentes au pied des Sewalik. La forêt Sankote est à l'extrémité nord-est du Doon, près des cours d'eau appelés Bengala, Rambuha et Chundanawa, et un sportsman qui la battrait au moyen d'éléphants y pourrait tuer cinquante têtes de cerfs, d'axis, d'élans et d'autres bêtes pendant la première semaine de janvier.

Le sanglier et le cochon-cerf (babiroussa) restent naturellement là où le terrain est marécageux; et quand les premières herbes commencent à pousser dans les plaines incendiées, quand le gazon de la forêt et les jeunes pousses sont brûlés à leur tour, les animaux reviennent dans les environs de Jogeewalla et de Be^ beewalla en nombre si considérable que, vers le com* mencement du temps chaud, chaque bouquet de cou* vert assez épais pour qu'on ne puisse voir à travers, , contient certainement quelque chose sous forme de sanglier, de cochon-cerf, d'axis ou de porc-épic, et à l'occasion un paon, des perdrix noires, des cailles, quelquefois même des outardes.

Lorsque l'on tire à balle du haut de son howdah, il se perd un très-grand nombre de projectiles, et quantité d'animaux s'en vont au loin blessés. Il est peu de chasseurs qui sachent combien de fois ils manquent leur but en tirant ainsi . quand ils n'ont point fait l'expérience de compter les charges qu'ils ont employées* J'ai connu un officier très-bon tireur qui s'estimait bien au-dessus de la moyenne, et disait vo* lontiers qu'il était sûr de son coup une fois sur trois. Il dut avouer son erreur à cet égard, attendu qu'en

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contrôlant les résultats d'une journée de chasse en plaine à Dhaloowalla et à Jogeewalla, il trouva qu'il avait déchargé quatre-vingt-dix fois son arme pour abattre cinq têtes de gibier. J'ai moi-môme été sur ce même terrain en avril, avec un aini, et nous avons tiré chacun plus de quatre-vingt-dix balles dans la journée, pour ne remporter que cinq et six pièces respectivement. Naturellement, en pareil cas, nous ne comptons que le gibier quadrupède dans notre butin. Je suis certain que si Ton employait des balles explosibles au lieu de balles ordinaires, on obtiendrait des résultats beaucoup meilleurs, vu que la dépense d'employer des balles explosibles empêcherait de tirer au hasard ou à toute volée, en même temps que tout animal frappé serait assuré au chasseur. Lorsqu'on se sert d'une balle ordinaire, en tous cas, le sportsman ne saurait trop tôt se persuader que c'est une complète folie de tirer, comme le font une foule de gens toute leur vie, au milieu du corps d'un animal. 11 faudrait toujours viser un peu au-dessus de la pointe du coude, ou de ce qu'on appelle vulgairement l'épaule d'un cerf; mieux vaudrait mille fois prendre pour but la tête que de tirer à tout hasard au centre de la bête. La

moindre réflexion montrera que lorsque Ton vise le milieu du corps, il n'est qu'un accident qui puisse garantir au chasseur sa proie; si la balle frappe le point visé, quand le cerf a le flanc en face du chasseur, l'animal ne fera que bondir en avant et disparaître pour toujours dans le fourré, quoique sans doute il finisse par mourir ensuite misérablement. Si la balle frappe en arrière du point central visé par le chasseur et ne fait que traverser l'estomac ou les intestins, le cerf peut parcourir encore dix ou douze milles avant de tomber. J'ai vu un cerf parcourir au galop cent cinquante mètres avec le cœur traversé d'une balle, comme on put le vérifier lors de l'autopsie; mais c'est là un fait rare et exceptionnel. Je conseillerais à tout bon chasseur, lorsqu'il tire un animal au repos à cent mètres, de viser la tête ; et au delà de cette distance, ou si i'animal est en mouvement, de viser la poitrine. Ne vous laissez jamais entraîner par trop d'ardeur ou trop de hâte à viser vaguement un point quelconque vers le milieu du corps.

Je partais un matin avec le major Hamplon d'un endroit appelé Boolawalla ; il avait l'intention de revenir p^r Dooeewalla et Hurrahi^alla à Dehra. Je lui

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proposai de battre les jungles avec un éléphant à howdah et deux éléphants de selle, entre la Sooswa et les Sewalik jusqu'à Motrowalla,d'où je pouvais ensuite gagnera cheval Dehra. Je puis recommander fortement cet endroit pour les battues, soit que Ton se rende à cette station, ou que l'on en revienne. On ne rencontre aucun Tillage sur le parcours, qui ne présente que des fonds ombreux et des plaines verdoyantes, avec quantité de jeunes arbres de jungles appelés $(fl, et qui sont un des signes caractéristiques du Doon. L'éléphant de howdah que je montais était un animal très-ferme, appartenant au mahunt ou prêtre sikh du temple de Dehra ; le mien n'étant pas si bien dressé, fut dégradé pour ce jour-là de son emploi et réduit au rôle d'éléphant de selle. Une très-légère différence dans la tenue plus ou moins ferme d'un éléphant que l'on monte est naturellement d'une importance très-sérieuse pour le résultat de la chasse de la journée. Quand on tire un animal en pleine course, il n'est pas d'usage d'arrêter l'éléphant pour viser; le balancement de sa marche est suivi par le corps du chasseur, qui décharge à tout hasard son arme, et n'obtient guère de bon résultat en pareil cas qu'à de très-courtes distances. Mais quand on

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aperçoit un cerf ou tout autre animal immobile, le sportsman prononce le mot dutt^ que comprennent immédiatement le cornac et Félépbant. Le premier pose son ankus sur le front de sa monture, pour faire en sorte qu'elle reste immobile pendant que le chasseur vise avec sa carabine. Certains éléphants, quand ils sont arrêtés de cette manière, continuent à jouer des oreilles, à balancer la tête et la trompe, à- remuer la queue ou à lever le pied, ce qui fait pencher le howdah de côté et d'autre, si bien que le bout de la carabine oscille autour de Tobjet visé, pendant que le chasseur, qui perd ainsi des occasions précieuses de se procurer des échantillons rares de gibier, devient presque fou de colère. L'éléphant du prêtre, sur lequel je me trouvais se tenait, au premier ordre d'arrêt, pendant quatre ou cinq secondes, aussi immobile qu'une statue. Je rencontrai d'abord une outarde dans la plaine de Boolawalla, piès du Dhoolkund Ras; mais je ne la suivis point dans son vol, qui s'éloignait de notre route. J'aperçus ensuite un jeune faon moucheté^ que je tuai au repos sous un banyan (burgut).Fe\i après je tuai un cochon-cerf dans les herbes d'un ravin à l'ouest du Dhoolkund. Nous tombâmes bientôt après au milieu d'un grand troupeau

d'axis dans une forêt de sdl^ et j'abattis parmi eux un mâle portant des bois d'une belle taille (jank). Dans h solitude la plus profonde de la forêt de Motrowalla, je surpris trois grands cerfs (sambah) dont un resta ma proie^ et un peu plus loin, je jetai bas encore deux cerfs mouchetés, ce qui composait un butin de six têtes de cerf, soit en moyenne le produit d'une journée de chasse dans la saison pour un sportsman au courant des meilleures localités.

J'ai découvert que le meilleur et le plus sûr moyen de trouver le samèaA, cerf de la plus grande espèce et du plus noble aspect que l'on puisse voir dans les Indes, est de le chercher dans les ravins ou dans le lit large, sec et plein d'herbe« des cours d'eau indiqués au milieu de la forêt de Ghandpore. Pourchasser ces animaux, le sportsman fera bien de prendre un seul éléphant sans kowdah^ ayant à la selle une fourchette pour la carabine et le sac des munitions; et quand il passera en silence le long de ces canaux ou à travers les étendues plates des jungles de gazon semées çà et là de bouquets d'arbres, il rencontrera souvent des pièces de terre hroulées de près où le grand cerf a laissé ses empreintes en même temps qu'il a enlevé l'écorce des arbres en-

vironnants pour peler ou polir contre eux ses andouillers.

Quand on l'aperçoit pour la première fois, ce cerf gigantesque se tient en général immobile, et bien qu'il contemple l'intrus de tous ses yeux, il montre en son regard si peu d'intelligence qu'il est difficile de le croire vivant ; c'est le moment d'arrêter l'éléphant et de viser la bête à la tôle ou au cœur. Si le chasseur est encore novice, il est probable qu'il tirera un ou deux coups rapidement et sans résultats, qui laisseront le sambah dans l'immobilité d'une statue, comme s'il n'avait point conscience de ce qu'il voit et de ce qu'il entend, jusqu'à ce qu'une seconde après, semblant se réveiller subitement d'un songe, il relève la tête et disparaisse. Le suivre dans ce moment-là, s'il n'est pas blessé, est chose inutile; mais huit ou dix jours après, si l'on revient au même endroit, on peut être, dans la plupart des cas, assuré d'une seconde entrevue avec le même chef de la forêt.

Le manque d'eau se fait cruellement sentir dans les forêt de Dholkote et de Chandpore pendant la saison des chaleurs, de sorte qu'il y reste peu ou point d'axis, de cochons-cerfs, de sangliers ou d'oiseaux. Le sam6à&

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paraît capable de supporter la privation d'eau plus longtemps que les autres animaux, ou peut-être d'aller plus loin pour s'en procurer. Avant de connaître le pays du Doon, j'ai parcouru bien des milles et voyagé pendant de longues heures ennuyeuses à travers ces forêts, avec nos éléphants en ligne qui font de si heureuses battues dans les plaines, sans voir un seul animal d'aucune espèce ; les quelques sambahs qui restaient fuyaient effarouchés au bruit de notre approche, et aucun autre gibier n'existait là.

Toute chasse à tir dans les collines Sewalik diffère naturellement beaucoup de celle qui se fait dans les autres parties du Doon, par suite de la difficulté et de l'impossibilité même, en certains endroits, d'y employer des éléphants. Le sportsman ayant en mains sa carabine à deux coups, s'avance seul, ou accompagné d'un seul domestique, et se meut avec aussi peu de bruit que possible, en consultant la direction du vent toutes les fois qu'il approche d'un couvert plus fourré que les autres et plus susceptible d'abriter le gibier. Le cerf à quatre bois, appelé quelquefois la chèvre-antilope, et qui est un animal assez rare, se trouve principalement dans les Sewalik. Le cerf aboyeur (kapur)

ii6 VOYAGES ET CHASSES DANS L'HIMALAYA.

y est commun, et le sambah s'y rencontre souvent. Les indigènes prétendent que le chamois existe dans ces parages, mais j'en doute; car on peut très-facilement confondre la chèvre-antilope {doduv) avec le chamois de THimalaya (gooral)^ que je n'ai jamais vu dans les Sewalik ou ailleurs à une élévation aussi faible.

Les faisans argentés et les paons abondent dans les Sewalick. On peut tuer un grand nombre de perdrix noires dans les sursown^ ou champs de sénevé, quand ils sont en fleurs, dans tout le Doon occidental; et des quantités innombrables de poules communes des jungles (moorghees) se trouvent dans les bois, aux environs de Murreepore et de Khalsee, juste au-dessus du confluent de la Tonse et de la Jumna.

Je n*ai fait aucune allusion à la fauconnerie et à la poche dans le Doon, parce qu'il m'a été impossible, pendant mon séjour en ce pays, de donner du temps à l'un ou l'autre de ces exercices; mais ceux qui ont du loisir et se plaisent à cette espèce de sport peuvent trouver là de nombreuses occasions de se livrer à leur amusesement favori. On peut se procurer dans les collines une grande variété de faucons, dont les principaux sont le baZy lechuretty le behree et le shaheen, qui se prennent

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avec la plus grande facilité au moyen d'un filet tendu entre deux baguettes droites enfoncées légèrement dans la terre, et d'un pigeon, ou autre appât convenable, placé du côté opposé à celui où le faucon peut être per^ cbé. Lorsqu'il fond sur le pigeon, il renverse le filet et s'y trouve engagé pendant quelques secondes, dont profitent les hommes à l'affût pour accourir et le pren-dre avant qu'il ait eu le temps de reprendre son essor. On lui administre alors du camphre, et certaines prépa» rations de chanvre et d'épices qui produisent l'ivresse, on le tient chaperonné pendant vingt-quatre ou trentesix heures, et après ce laps de temps il paraît parfaitement apprivoisé, ou du moins il ne semble plus craindre les personnes qui s'approchent de lui.

Les courlis, les huppes, les cigognes et les hérons se prennent avec le behree^ iainik qu'on fait voler au baz les paons, les lièvres et même l'antilope dans les plaines. Toutefois les désappointements, les difiicultés et les résultats comparativement mesquins que Ton rencontre dans la chasse au faucon, la rendent une espèce très-peu satisfaisante de sport. ^

Bien au contraire, la pêche dans le Doon est excellente> aussi bonne que pas une au monde. Le Gange et

la Jumna, comme aussi quelques-uns des cours d'eau plus petits, pendant les pluies, abondent de mahseersy saumons de cette partie du monde. C'est un poisson d'un goût délicieux, qui procure une pèche excellente et atteintdes proportions énormes. Les petits sont meilleurs pour la table que les plus grands, dont la chair est plus grossière. Cinq seers (ou dix livres) constituent un petit poisson, quatre-vingts livres se rencontrent souvent, et j'ai entendu parler de mahseers qui pesaient cent livres. On prend habituellement ces monstres avec une poulie-à-filer et des lignes assez fortes pour résister au cas où l'appât serait avalé par le gowch^ ou requin d'eau douce, dont le poids, près d'Hurdwar, s'élève jusqu'à cent dix ou cent vingt livres. Lemahseer ne quitte pas les rochers, et ne se montre plus dans ses rivières préférées dès que celles-ci traversent les lits de vase et de sable qui commencent à quelques milles du pied des collines. Dans les collines mêmes, quand les pluies se sont arrêtées, les larges mares formées par les remous et les détours des courants restent pleines de très-gros mahseers, que l'on peut tuer aisément soit avec une balle conique, soit avec ijne des sarbacanes à harpon de Reilly, partout où les rives sont

assez escarpées pour permettre le tir de haut en bas presque à angle droit relatiyement à la surface de Teau. Le plan énoncé par Witworth, et auquel je fais allusion dans mon dernier chapitre, faciliterait, je crois, cette espèce de chasse.

J'ai TU quelques beaux échantillons de mahseers tués d'une balle et aussi quantité d'anwaris, ou mulets, qui nagent souvent le long de la surface de Teau avec les yeux en saillie au-dessus du courant, à la façon des grenouilles, et qui avaient été tirés avec du plomb ordinaire. Aussitôt que le mulet est atteint, ne fût-ce que d'un seul grain de petit plomb, il paraît étourdi et se tourne sur le dos; mais comme il commence immédiatement à couler bas, il est généralement perdu s'il n'est pas saisi tout de suite par un serviteur indigène. Uanwari est le poisson le plus savoureux que j'aie goûté dans l'Inde.

Puisque je viens de parler de la saveur du poisson, je vais indiquer un moyen très-simple de conserver la viande tendre et de la faire cuire dans les jungles. On ne sait pas, en général, que lorsque la chair d'un animal est cuite à l'instant même où il vient d'être tué, assez vite, en fait, pour que la chaleur du foyer ou de

l'eau bouillante la saisisse avant que sa propre chaleur animale Tait quittée, elle reste parfaitement tendre, Il faut la conserver ou la suspendre pendant plusieurt jours, seulement pour lui faire perdre cette consistance coriace et roide que la viande nouvellement tuée prend en refroidissant. Supposons donc qu'une poule sauvage ou un porc-épic ait été tué dans le voisinage du camp, lequel est toujours, dans le Doon, pourvu d'un large feu de bois flamboyant, la première chose à faire est d'ouvrir l'animal et de le vider, pendant qu'un domestique mélange de Teau et de la terre en une pâte épaisse, dont on enduit promptementx la bête tout entière, les plumes et les piquants contribuant à maintenir solide* ment son enveloppe. Ce pâté de boue, d'un aspect étrange, est ensuite mis au feu, qui sèche d'abord et cuit l'argile de la croûte en une sorte de vase de terre sans ouverture, qui conserve à l'intérieur le jus de la viande pendant la cuisson. Il est besoin d'une certaine expérience pour déterminer le moment où il convient de retirer le plat et de le mettre sur la table ou sur le sol, lorsque d'un coup d'un piquet de tente on ouvre ce noyau, qui se détache avec les plumes ou les piquants pour donner accès à l'amande charnue de Tintérieur.

J'ai parlé des chasses de nuit dans le Doon, et des désavantages qu'elles présentent lorsqu'il s'agit de tirer les éléphants; mais comme elles sont quelquefois utiles pour tuer les tigres, je vais décrire un muchdn portatif très-convenable que j'avais fait dans le Doon. Il va sans dire que c'est parfois une chose très-malaisée que de dresser une plate- forme sur un arbre favorable, et qu'il y fait souvent cruellement froid pour le chasseur. Le point le plus important, lorsqu'il s'agit de passer la nuit dehors, est, comme Galton l'indique dans son Art de voyager^ de se procurer un bon abri contre le vent, et c'est à quoi l'on arrive au moyen de toute cloison imperméable à l'air d'une hauteur de dix-huit pouces. J'avais donc fait construire un lit de six pieds de long, de deux de large, avec un bordage de dix-huit pouces de haut tout autour ; les pieds, dépassant de six pouces, servaient à s'appuyer sur les branches ou à fournir des points d'amarrage; deux anneaux de fer, à chaque pied, donnaient également prise aux cordes. En dehors du bordage, à droite et à gauche, étaient des compartiments pour les carabines, avec une couverture d'étoffe sur chacune d'elles pour les protéger contre la rosée ou la plaie; un troisième compartiment, à la tète, servait

aux munitions. Ce lit, aussi commode que tout autre dans le camp, et pouvant aisément se hisser avec rapidité dans un arbre ou se suspendre entre deux, évite tout Tennui de construire un muchdn.

Il est naturellement difficile de viser la nuit avec nos canons brunis. Un diamant pour point de mire peut avoir son utilité à cet effet; mais j'ai trouvé que la meilleure méthode consistait à boutonner un morceau de ruban blanc sur la mire ordinaire, puis de le faire descendre entre les deux canons en le fixant à la poignée de la monture. Toutefois, quand il est nécessaire de tirer la nuit, il vaut mieux laisser Tanne faire toute seule la besogne, et employer le piège ordinaire du fusil à ressort plutôt que de coucher dehors avec sa carabine. Il est désirable que Ton ait un trou à faire feu percé dans chacune des détentes du fusil qui doit servir de piège; Tarme est solidement fixée à deux poteaux ou deux petits arbres, et une ficelle attachée aux détentes passe autour d'une baguette lisse liée à la crosse, et revient se nouer à un buisson, ou à un arbre, en traversant le chemin, ou la voie par où Ton espère que passera l'animal. Pour les hyènes, les chacals, les loups et autre vermine, il est facile de placer

un mor ceau de yiande au bout du fusil et d'y attacher la ficelle.

Dans le Doon, comme ailleurs dans les Indes, si la carcasse d'un cerf, ou de tout autre animal, reste sur la terre une heure seulement, elle est bientôt visitée par des vingtaines de vautours. Ces oiseaux tournoient constamment bien au delà de toute portée de la vue dans le ciel, et leur œil est si perçant que l'un d'eux ne manque jamais d'apercevoir le corps avant qu'il soit longtemps. Et du moment qu'il change son tournoiement paresseux et sans but apparent pour suivre une direction déterminée vers l'objet qui l'attire, chaque vautour à même de le voir le suit, et le plus éloigné d'entre eux en a d'autres plus reculés qui viennent à sa suite, si bien que le fait d'une proie à manger se trouve télégraphié à des centaines de milles. Dans une vaste plaine, lorsque nul point noir ne se montre dans le ciel, pourvu qu'un cerf nouvellement tué soit recouvert avec soin d'herbes et protégé contre les chacals, il peut rester jusqu'à décomposition complète sans courir aucun dangerdelapartdes vautours. Mais s'il demeure exposé à la vue, quelques taches faibles apparaissent d'abord dans le ciel, et à mesure qu'elles grandissent

davantage en se dirigeant directement vers le même lieu, d'autres points noirs se montrent aussi éloignés et aussi faibles; Tun après l'autre ils fondent et s'abattent à quelques pas de leur proie, jusqu'à ce que peut-être soixante ou cent d'entre eux s'en donnent à cœur-joie à la curée. Il est difficile de concevoir pourquoi, lorsqu'on a été à même d'observer ces- détails, on en vient à conclure, comme je l'ai entendu faire souvent, que les vautours sont attirés par la finesse de leur odorat. Tous les oiseaux ont l'intelligence aussi vive et aussi subtile lorsque leurs sens sont aiguisés par la faim. Voyez, par exemple, cinq ou six corbeaux gris de Calcutta, qui semblent réfléchir, perchés sur le toit d'une maison, pendant qu'ils font leurs plumes d'un air pensif ou sautillent çà et là, n'ayant absolument aucune idée en tête, t ne pensant à rien 9 en fait. Si dans le moment peut-être un ami passe rapidement près d'eux, se rendant sans doute à ses affaires, le battement même de ses ailes, sa façon d'aller, sa tenue générale, sinon exactement l'expression de sa physionomie, inspirant clairement la conviction qu'il va dîner, et qu'il sait ou . qu'il voit en quel lieu trouver sa pâture, à l'instant même l'effet est produit sur les autres, et il est curieux

de les voir apprécier aussitôt un fait d'une telle importance et suivre au plus vite ce guide improvisé.

Je me rappelle qu'une fois deux simples soldats européens, arrivant de Meerut dans le Doon, pour y passer quelques semaines de congé qu-ils avaient obtenues, résolurent de les consacrer aux plaisirs de la chasse et de parcourir le fusil en main les jungles du Doon. Leurs armes n'étaient pas, naturellement, des chefs-d'œuvre d'arquebuserie, et, comme ils ne pouvaient se payer le luxe des tentes et des domestiques, ils se logeaient dans une étable à vaches, ou dans une cabane hors du village, bivouaquant devant un large feu quand ils ne pouvaient se procurer rien de mieux. Le bois à brûler ne manque pas dans la forêt, quoique l'hospitalité soit une vertu inconnue parmi les hindous, et, bien qu'admise en droit chez les musulmans, elle n'est pratiquée par eux qu'à l'égard d'un petit nombre de leurs coreligionnaires.

Vers l'époque de la visite de ces deux soldats, an tigre avait commis quelque méfait près du village de Suhenspore; et, enflammés du désir de conquérir une §i ^elle proi^, i^o^ deux hommes (irent la dépfjpse, assez lourde pour eux, d'acheter un veau valant de

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huit à dix roupies, et du haut d'un muchdn perché sur un arbre, ils firent le guet la nuit dans les jungles que Ton supposait habités par Tanimal. Pendant qu'ils employaient ainsi leur temps, le tigre tua un indigène dans le voisinage, sur quoi nos deux soldats disposèrent au plus rite de leur veau en faveur du plus offrant, et s'approprièrent le cadavre pour leur embuscade, estimant avec la nonchalance particulière à cette classe < que c'était un appât excellent pour le tigre et surtout peu coûteux. J'ai plaisir à dire que plus tard ils sont parvenus à tuer un tigre, mais je ne sais pas au juste si ce fut celui pour lequel ils avaient pris tant de peine.

Il faudrait encourager par tous les moyens les hommes fermes, d'un bon tempérament et d'une bonne conduite, à faire des chasses de cette nature une diver* sion heureuse aux profonds ennuis de la garnison.

La vie nonchalante menée par nos soldats en temps de paix pendant les chaleurs, peut à peine se concevoir pour les habitants de TAngleterre. Comparativement parlant, on fait l)ien peu de chose pour procurer à nos troupes des occupations intéressantes, ou des amuse*

1. On sait qu'en Angleterre le simple soldat n'est pas honoré comme chez nous.

ments appelés avec tant de raison les c nécessités inavouées de la vie. » Si dans un climat fortifiant et salutaire, l'excitation jusqu'à un certain point est nécessaire à la santé de Tesprit et du corps, l^ombien plus forte raison devient-elle de première nécessité dans la stagnation énervante, dans les chaleurs mortellement désespérantes de la vie des stations au milieu des plaines de rinde.

Des efforts sont quelquefois tentés par des ofiQciers de nos régiments de première classe pour intéresser et occuper leurs hommes dans les cantonnements, au moyen de Tinstallation de jeux nationaux et de théâtres d'amateurs; mais la façon systématique, universelle et pratique de se mettre à l'œuvre chacun pour le plaisir de tous, si remarquable dans l'armée française, nous fait absolument défaut. La gaieté spasmodique tombe avant que la saison des chaleurs commence, et le soldat est amené à boire, dans l'espérance illusoire d'échapper aux effets d'une atmosphère accablante et d'une absence de pensée à perdre la raison. Le gouvernement serait amplement remboursé par la bonne santé et le bonheur des troupes, comme aussi par une économie sérieuse sur le chapitre des faux frais causés par la maladie ou

rintempérancc, s'il souscrivait en masse à chaque ouvrage périodique illustré qui se publie en Angleterre, et s'il faisait également un choix dans la presse non illustrée pour six^nois de Tannée, en envoyant un exemplaire de chaque publication à chaque régiment européen ou à chaque dépôt dans l'Inde, d'avril à octobre.

Dans un temps qui n'est pas encore très-loin de nous, lorsque notre horizon politique était sans nuages, et que l'action énervante des vents chauds et de la température brûlante se faisait sentir avec le plus de force, irétail devenu de mode dans notre armée du Bengale de se faire condamner aux travaux forcés pour le crime le plus petit possible qui pût procurer un tel soulagement à la misère présente.

Dès que nos soldats eurent trouvé qu'en jetant leur bonnet de police ou leur gant à un officier supérieur, ou en le frappant légèrement, ils pouvaient espérer pour punition d'être transportés en Australie, ils saisirent avec empressement cette occasion d'échapper au climat des Indes, et les actes d'insubordination suivis de conseils de guerre se succédèrent avec une effrayante rapidité.

Le commandant en chef s'-aperçut bientôt qu'un tel élat de choses amènerait promptement le renversement de toute discipline, et il publia un ordre annonçant que la pénalité extrême de la loi militaire, et non plus la peine plus légère du bannissement, serait appliquée à l'avenir chaque fois qu'il s'agirait de coups portés à un officier.

Les hommes, toutefois, ne crurent point malheureusement que la menace serait mise à exécution, et avant que le premier exemple de délit qui suivit la notification eût été jugé et puni, trois ou quatre lui avaient déjà succédé. «

Entre ceux qui se présentèrent, il en est un qui me fut raconté peu après par un ami, à l'endroit même où ilavaiteu lieu.Un jeune aide-chirurgien dudépôivoisin du haras de Haupper était venu à Meerut, et se dirigeait le long de la route vers les cantonnements quand il rencontra un soldat européen. Le soldat ne savait aucunement ce qu'il était, et n'avait naturellement aucune antipathie personnelle contre lui ; mais voyant au galon d'or qui entourait la casquette que c'était un officier, il retira et lui jeta son bonnet de police à la tête. L'incident fut rapporté, et le délinquant, qui ne demandait

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qu'à être reconnu et jugé, comparut devant une cour martiale qui le déclara coupable et le condamna à mort, condamnation approuvée ensuite et confirmée, suivant l'avis dûment notifié par Tautorité supérieure.

Le jeune chirurgien, cause innocente du dénoûment fatal que devait avoir celte affaire, aurait de grand cœur soustrait le soldat à son triste sort si c'eût été chose praticable ; mais il se trouvait impuissant dans les circonstances particulières du délit, pendant que le prisonnier lui-même ne semblait pas un seul instant songer à la possibilité de l'exécution de la sentence.

Le convoi d'un soldat condamné a lieu, pour ainsi dire, avant sa mort; les troupes sont toutes commandées pour assister à l'exécution, et elles s'avancent avec les armes renversées, la musique jouant une marche funèbre pendant que la bière vide est suivie à pied par le soldat pour qui retentit l'hymne funéraire.

Le condamné est ensuite placé, les yeux bandés et à genoux à côté de la bière, à quelques pas seulement du peloton d'exécution^ choisi parmi ses camarades, et dont toutes les armes doivent être déchargées à la fois pour qu'on ne puisse savojr quelle est la balle fatale qui a terminé l'existence du patient.

CHASSE GÉNÉRALE DU DOON. Ulr

Le sergent qui commande le peloton d'exécution est toujours armé d'un pistolet chargé, et sa consigne est de se diriger après le feu vers le corps, et de terminer les souffrances du condamné si la décharge des douze exécuteurs n'a point causé la mort immédiate.

Dans^ le cas présent, après la décharge il se trouva que l'homme n'avait pas été atteint; les sympathies de ses camarades étaient vivement excitées en sa faveur, et d'un commun accord ils avaient évité de toucher le but. Le sergent n'hésita point entre les inspirations de ses sentiments particuliers et les nécessités de son devoir, il marcha vers le patient resté à genoux et immobile, et plaçant le bout de son pistolet contre la tête de l'homme, il lui fit sauter la cervelle.

On ne laisse pas aux troupes le temps de méditer sur le spectacle solennel de la mort d'un camarade et, comme dans le cas d'un enterrement militaire, à peine les derniers mots du rituel funèbre ont-ils été prononcés que les sons joyeux de la marche du retour et le pas accéléré des soldats dissipent toutes les réflexions tristes. Le silence de mort et l'aspect affligeant de l'exécution ne durèrent qu'un instant et furent brusquement rompus par le mouvement de conversion des

colonnes, les notes aiguës de la musique et l'éloignément rapide des bataillons dans tout Téclat joyeux d'une parade un jour de fêle.

Mais peu de jours après Tévénement, le cadavre du sergent à qui avait été dévolue la triste mission d'achever l'exécution fut trouvé flottant dans un des puits de la caserne. Ni la musique ni les pompes militaires ne purent effacer pour lui la scène dans laquelle il avait joué un pareil rôle. II avait erré, négligé ou évité de tous, solitaire au milieu de la foule de ses anciens amis, jusqu'à ce qu'il eût cherché le repos et l'oubli dans les silencieuses profondeurs de ce puits sombre pour échapper, n'importe où, à sa pensée et s'enfuir de ce monde.

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