CHAPITRE VU
Polyandrie. — Classes sociales. — Bazçees et bayadères. — Maladies. — La peste dans les montagnes. — Le village déserté de Sarkot. *- Un mot sur rbydrolbér{^)ie, ^ La question 4« la colonisation et dû commerce.
Il peut être intéressant au sportsman qui trayersele pays de connaître quelque peu les coutumes, dont il devrait noter les résultats sans en comprendre les causes, s'il n'avait pas reçu au point de départ une instruction élémentaire à cet égard ; c'est pourquoi je me propose de consigner ici quelques détails sur la polyandrie, les cérémonies du culte, etc., qui se pratiquent dans les montagnes.
Le vieux poëme épique sanscrit du Mahabharata contient diverses histoires dont un grand nombre ou plutôt dont la plupart sont incontestablement fabuleuses. On y trouve racontées tout au long les aventures des cinq prin-
ces Pandaya/et Tbistoire de ce qui leur advint dans une joute à Tare à la cour de Drona. Le roi devait offrir au plus habile archer un prix inconnu de tous, et les cinq frères Pandaya conyinrent entre eux de se partager le prix si Tun d'eux était yainqueur. L'aîné des princes, Arjun, remporta la yictoire, et reçut, pour prix de la lutte, la fille du roi, la belle DraupMi» qui dut être sans doute passablement surprise de se yoir, en yerta du traité consenti par Ârjun, la propriété de ses frères en sus de la sienne, ou de posséder cinq maris au lieu d'un. Arjun, sa femme et les quatre autres époux de la princesse habitèrent pendant quelques années le fort de Bairath, dont on yoit encore les restes, ou plutôt ceux d'une construction des ghoorkas, au même endroit, sur une colline située à Textrémité nord-ouest duDoon.
C'est un fait remarquable que le système de la po-lyandrie introduit ainsi, bien que presque uniyersel dan$ les pargunnahs de Jounsar et de Bawur, cantons montagneux qui se rattachent au Doon^ paraisse inconnu dans les collines de Gurhwal et de Kuma<m à l'esté ou dans celles de la surintendance de Simla à l'ouest.
Dans le canton de Jounsar, quand le frère aîné se marie, la femme est également réponse des frères de son mari, bien que les enfants par politesse (?) s'appellent les enfants du frère aîné. Quand il y a une grande différence entre les âges des frères d'une même famille, par exemple quand les frères sont au nombre do six, les aînés peuvent être hommes déjà, tandis que les plus jeunes ne sont que des enfants; les trois plus âgés alors épousent une femme, et les trois plus jeunes, une fois en âge de se marier, en épousent une autre, mais les deux épouses sont considérées également comme femmes de tous les six frères ensemble.
Un fait à remarquer aussi, c'est que partout où existe la pratique de la polyandrie, il se produit une disproportion frappante dans les sexes parmi les jeunes enfants comme parmi les adultes; ainsi, dans un village où j'avais trouvé plus de quatre cents garçons, il n'y avait que cent vingt filles; et cependant il n'en est point dans les montagnes comme dans la plaine, où les rajpoots sont poussés à tuer, aussitôt après leur naissance, les enfants du sexe féminin, à cause des frais énormes et des dots extravagantes qu'exigent les mariages des filles. Les infanticides de cette nature n'ont pas de
raison d'être chez les montagnards parmi lesquels la femme, loin d'apporter une dot considérable, s'achète habituellement à ses parents pour une forte somme. Dans les collines de Gurhwal, où règne la polygamie, il y a un excédant de femmes et de filles. J'ignore quel effet la pratique de la polygamie produit en Turquie sur la proportion relative des mâles ou des femelles dans les naissances; mais d'après mon expérience personnelle dans les Indes> je me sens disposé à donner plus de poids à la facilité de la nature à se conformer aux habitudes du pays^ qu'à la possibilité des infanticides, pour expliquer la disproportion des sexes qui se rencontre dans le Jounsar.
La majeure partie de nos montagnards sont des rajpoots , bien qu'il y ait aussi quelques villages de brahmines, mais ils sont les uns et les autres des Indiens si hétérodoxes, que les mariages qu'ils font entre eux rendent toute distinction dépourvue de différences réelles; quilques-uns vont même jusqu'à élever des volailles, pratique abominable pour tous les Hindous de la plaine, et permise seulement aux gens des castes les plus basses.
Ces soi-disant brahmines et rajpoots composent la
haut6 &ocié(é ou la noblesse dans les montagnes. Leurs demeures se reconnaissent dans presque tous les villages en ce qu'elles sont mieux faites que les autres et situées sur la partie Ja plus élevée. Les cabanes inférieure, qui composent habituellement un groupe distinct de celles des propriétaires du sol, sont habitées par les D4tM ou Hdlees^ qui sont quelquefois de falt^ sinon de droit, les esclaves héréditaires des rsgpoots; par lo^Bazgees qui sont, hommes et femmes, de leur état chanteurs et danseurs aux temples hindous; ^t par différents corps de métiers tels que les forgerons, les charpentiers, etc., dont Tart est aussi primitif que possible. Les Bazgees constituent une classe nombreuse; ils ne possèdent point de terres et cultivent peu. Leur danse est calme et sans caractère, la musique est hor* rible. Leurs enfants, surtout ceux du sexe féminin, sont consacrés au service des temples, ou plutôt, ainsi que cela se passe dans d'autres parties du monde, au service des prêtres et des innombrables men<iiants, saints personnages qui se promènent de pèlerinage en pèlerinage, gras, paresseux, couverts de cendres, bariolés d'ocre et insolents. Lors de la première répartition du revenu des montagnes, le gouvernement avait large-
ment pourvu à l'entretien de ces filles en leur attribuant des terres affranchies de toute redeyance; mais il en a repris maintenant une grande partie. Il ne faut pas oublier qu'en soutenant de ses largesses et de sa protection impartiale la religion du bon et doux Indien, notre gouvernement, qui octroyait des terres libres et des concessions aux temples de Tlnde, ne faisait en définitive qu'entretenir indirectement quelque chose de plus systématiquement vicieux que la prostitution de Londres.
Les hommes de toutes les castes dans les montagnes sont petits et pauvrement doués quant au physique. Us paraissent usés et deviennent profondément ridés à un âge comparativement peu avancé. Les jeunes femmes sont souvent extrêmement jolies; celles qui habitent les villages les plus élevés et les plus froids^ ont à quinze ou seize ans le teint aussi clair que la plupart des Espagnoles et des Italiennes, et des traits parfaitement réguliers. Elles deviennent beaucoup plus foncées ^ en vieillissant, et ce ne sont plus à quarante ans que de hideuses mégères, un peu moins horribles seulement que leurs sœurs de la plaine.
Les étrangers qui voyagent dans les montagnes, si
le ehemin ne les conduit pas à travers les villages, ne sauraient se douter de la malpropreté et des maladies qu'ils recèlent. Ils présentent en effet, vus d'une certaine distance^ tout ce qu'on peut désirer en fait de beauté pittoresque et de bien-être apparent, car dans les endroits où abondent les pierres, le bois et les ardoises, les maisons sont naturellement bâties très-solidement. Je crois que Tamas indescriptible de boue et d'ordures dans ces villages doit parfois affecter sensiblement la santé de leurs habitants; il parait cependant que ce n'est que dans de certaines conditions d'humidité et de chaleur que la maladie se manifeste. On peut donc trouver des étables à porcs qui^ n'engendrent point la peste.
Les collines sont situées sous ce qu'on appelle -les latitudes de la peste; mais pendant longtemps la maladie ccmnue des indigènes sous le nom de mahamurree ou grande mortalité, n'avait été considérée par nos médecins que comme une forme plus mtligne de la fièvre typhoïde. Elle s'est montrée pendant le printemps et l'automne dans les montagnes du Kumaon et du Gurhwal et s'est étendue une fois jusqu'aux plaines du Rohilcund; mais je ne l'ai jamais rencontrée et
jamais je n'en ai entendu parler dans les montagnes situées au nord de Mussouree. Elle était annoncée d'ordinaire par la mort des animaux domestiques et même des rats et des souris, signe bien connu, dit-on, en Egypte, et un diagnostic plus rigoureux amena bientôt nos médecins à déclarer que la mahamurree était identique à la plaie d'Egypte. Dès que le véritable caractère de la maladie fut reconnu, notre gouvernement, en 1852, désigna deux docteurs, tous deux allopathes, c'est-à-dire de l'ancienne école, pour prendre des mesures afin d'arrêter les progrès de la contagion. Leurs médicaments se trouvèrent complètement inutiles ou impuissants pour guérir les personnes atteintes du mal ; mais leurs prescriptions sanitaires, quoique d'une nature qui les rendait possibles seulement en Asie, furent un bienfait pour le peuple en empêchant, dans un grand nombre de localités, la naissance du fléau.
Quand c«s docteurs reçurent leur commission, je me trouvais en congé de convalescence à Nynee Taal, dans les collines du Kumaon, d'où l'on pouVail pénétrer facilement dans les districts infectés. J'étais convaincu, d'après ce que j'avais entendu dire de la pathologie de
la peste, que sa gaérison par le système des draps mouillés enveloppant le corps, ou du cataplasme hy* dropatbique était, humainement parlant, certaine et facile. Aussi, ayant appris qu'un des docteurs commis* siennes était sur le point de traverser Almorah, je me présentai en cet endroit et je sollicitai la permission de l'accompagner el d'essayer mon remède sur un des malades que nous pourrions rencontrer. Le médecin avait les idées larges, et c'était un jeune homme parfaitement honnête qui avait eu déjà quelque expérience de la maladie; il me répondit immédiatement qu'il serait enchanté de ma compagnie et qu'il me laisserait très- volontiers essayer ce que je pourrais faire, attendu que remploi des drogues n'aboutissait qu'à faire tomber dans le mépris la science européenne; l'habileté du médecin n'était d'aucun usage dans des cures pareilles, et le jeune docteur avait déjà préparé son plan des mesures préventives à prendre contre le fléau. Nous nous rendions dans le Gurhwal et nous arrivâmes sans difficulté au bungalow de Suneeana, prés de Sobba, dans la province du Gurhwal britannique, vu que j'avais reçu le passe-port nécessaire pour le transport et les provisions du sous-commissaire du
Komaon, pa6S6-port sand lequel, dan» un pareil moment, je n'aurais pu rien obtenir des habitants. Le docteur trouvait naturellement auprès des fonctionnaires toute l'assistance qu'ils pouvaient lui prêter. A Sohba toutefois, nous étions dans un nouveau canton; le pur^ wanah et les chuprasHes du gouvernement furent resserves au médecin tout seul, et après avoir attendu quelques jours, je reçus, en réponse à la demande que j'avais faite du passe*>port nécessaire, une lettre de l'autorité locale me refusant toute assistance, par le motif que mon système irrégulier jetterait du discrédit sur le plan patronô par le gouvernement. Cette décision eût été plus raisonnable si le traitement par les drogues n'avait pas échoué déjà. Néanmoins, il n'y avait pas à résister; je ne pouvais courir le risque de voyager, couvert du passe*port de mon ami le docteur, bien avant dans l'intérieur du pays en m'exposant à être comme interné dans la province» sans pouvoir avancer ni reculer, au cas où la fin de mon congé ou bien tout autre cause m'aurait séparé du médecin. Il était en outre obligé de rejoindre le docteur son confrère, dont les opinions médicales n'étaient point aussi libérales que les $lennds^ et qui
m VOYAGES ET CHASSES DANS L'HIMALAYA.
n'aurait pas été pour moi, à cette époque, un aussi agréable compagnon de route. Je restai donc à Sohba dans i'espoii' que Ton me signalerait quelque village accessible où la peste aurait éclaté. Dès que les deux docteurs furent éloignés à une bonne distance , des indigènes qui avaient entendu parler du but de mon voyage dans le district vinrent m'informer que la peste venait d'éclater dans le village de Sarkot, à sept milles environ de Sohba ; ils avaient caché le fait aux médecins, attendu que jusqu'alors on n'avait pas vu un seul des malades qu'ils avaient soignés revenir à la santé. Il est juste de dire toutefois que, dans tout le canton, je n'ai jamais entendu citer qu'un seul exemple conservé par la tradition d'un homme ayant été sauvé après avoir été attaqué de la peste. Les indigènes sont tellement persuadés que cette maladie est contagieuse et que tout ce qu'ils pourraient faire aux malades est absolument inutile, qu'ils abandonnent ceux qui en sont atteints et s'enfuient des villages qu'ils habitent dés que les symptômes caractéristiques du mal se «ont déclarés.
Je commençais à trouver la vie difficile à ;Sohba ; le fonctionnaire local ayant informé l'agent qui m'avait
apporté son refus des termes dans lesquels il était formulé, je m'aperçus que j'étais déjà connu des indigènes sous le nom du c gentleman qm ne devait avoir ni provisions ni coolies. » Cette distinction peu enviable me faisait éprouver des difficultés même pour me procurer de la farine grossière pour ma nourriture. Si j'avais prévu cet embarras, j'aurais pris naturellement mes précautions en conséquence.
Je partis néanmoins pour Sarkot, déterminé à dresser ma tente non loin de là, et je pris un certain nombre de couvertures, de draps, etc., que j'avais apportés dans mes bagages. Je recommandai aux indigènes du voisinage de rapporter au commissaire tout ce que je faisais et les endroits où j'allais, afin de prévenir tout malentendu avec le fonctionnaire local ou les médecins. Une épizoolie générale avait désolé le Gurhwal pendant cette saison, et non-seulement les environs du village, mais encore des places nombreuses le long de la route se trouvaient empestés par les émanations putrides des carcasses des bestiaux étendues çà et là. Je rencontrai dans le jungle, sur le chemin de Sarkot, le pudhdn ou chef du village, qui s'était
enfui avec les autres. 11 me dit que la peste s'était
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montrée dans son village pendant trois ans de suite; il avait perdu sa femme l'année précédente, mais il en avait épousé une autre. Cette année, six cas de peste s'étaient déclarés avant la fuite des habitants dans les bois; quatre cadavres avaient été enterrés, le cinquième gisait dans une des maisons et servait comme d'épouvantail pour garder les habitations désertes, et quant au sixième (frère du pudhân lui-même), on supposait qu'il vivait encore, n'étant malade que depuis trois jours seulement.
Je proposai au chef du village de m'accompagner pour soigner son frère, mais je ne pus surmonter chez lui la terreur qu'avait produite la coutume et le mauvais exemple. La coutume {dusloor) est un argument sans réplique pour un indigène. Il me répondait : € Monsieur ,^ dans cette maladie, le fils abandonne son père, le père son enfant et le mari sa femme; ma femme et mes enfants ont fui avec moi, et quand je devrais être pendu pour mon refus, je ne consentirais pas à toucher mon frère. > J'avais heureusement, parmi mes domestiques, un indigène de la dernière caste, qui était né dans les plaines et n'avait jamais vu la peste. Il consentit pour cinq roupies à m'aider à soigner le
LES MONTAGNES. ^ MŒURS ET COUTUMES. i9i
malade, et le lendemain ^ je fis porter tons leè engins nécessaires sur le bord d'un ruisseau près de Sârkot. Un indigène me fournit un des châssis à ôordes sur lesquels ils font dormir leurs chèvres pendant la saison des pluies, et bien qu'il fût d'une saleté repoussante, ce fut le seul lit que je pus me procurer en cet endroit» J'avais déteiminè le pudkàn à venir avec moi près du ruisseau, mais il ne voulait point entrer dans le village, et s'il consentait à appeler son frère pour le faire venir, au cas où il vivrait encore, il y mettrait pourcondition que je ne le retiendrais pas quand son frère viendrait à se montrer.
Sarkot paraissait contenir environ cinquante maisons et une centaine d'étables à vaches, le tout pèlemôle comme à l'ordinaire. On ne voyait aucune Créature vivante dans le village; mais je n'y entrai point Il cause de l'air empesté qui se dégageait des cadavres des bestiaux morts de rêpizootie.
D'abord aucune réponse ne fut faite aux cris du pur dhân qui appelait son frère^ et je commençais à penser comme lui que le malade avait été pris d'un accès fu* rieux d'épouvante et qu'il s'était enfui dans les jungles. Il me disait que son frère, dont le nom était Jowharo^
19t VOYAGES ET CHASSES DANS L*HIMALAYA.
ayait, le second jour de la maladie, mis le feu à une ëtable voisine de sa maison, mais que le propriétaire l'avait chassé à coups de pierres pom* rempôcher de rinfecter et avait éteint l'incendie*
Tout à coup, cependant, plusieurs des villageois qui .étaient venus avec nous commencèrent à s'éloigner, et :1e chef du village, tout en battant en retraite, m'indi* qua, non loin des maisons, un buisson derrière lequel, en m'approcbant, je trouvai le malheureux Jowharo, pauvre misérable qui semblait effarouché de la prë- .sence de ses semblables, en même temps que les lignes marquées par ses pleurs sur son visage racontaient la longue histoire de sa douleur solitaire.
- Son pouls battait quatre-vingt-seize pulsations; il était miné par une fièvre lente et son cou présentait une enflure grave. Une heure après qu'il avait été enveloppé dans les draps humides, le pouls ne battait plus que vingt-six pulsations à la minute, et après deux jours de soins et de traitement, il se trouvait en pleine voie de guérison. J^appris alors que les deux médecins étaient revenus à Sohba, pour se diriger de là sur Chuprakote. J'allai immédiatement leur faire mon rapport et les engager à venir juger du fait par eux-mêmes;
mais ils venaient d'apprendre que de nombreux cas de peste avaient éclaté dans un endroit appelé Bounghar, et, après m'avoir donné quelques détails intéressants sur les expériences qu'ils avaient faites, ils me quittèrent pour aller à Bounghar, tandis que je revenais à ma tente près de Sarkot.
Jowharo fut bientôt parfaitement guéri; mais pas un habitant du village ne voulut le toucher avant qu'il eût été en pèlerinage à Budrinath se faire purifier par les brahmines. Je n'avais pu me procurer que difficilement, même en payant, ce qui m'était nécessaire pour vivre chez les indigènes de l'endroit, et, comme son frère me promit de louer pour moi des coolies qui me ramèneraient dans la province de Kumaon, je laissai mes couvertures à mon malade et je revins sur mes pas. J'ai su depuis qu'une commission de médecins français^ dans un rapport sur la quarantaine, avait déclaré que les seuls cas satisfaisants de guérison de la peste d'Egypte qu'ils eussent rencontrés avaient été traités par l'hydrothérapie.
Maintenant, les principes et la pratique de ce système sont si généralement connus que, si quelque voyageur les ignore, il peut acquérir sur ce point toutes les
connaissances nécessaires en huit Jours. Je sais, par expérience, qu'on peut apprendre aux domestiques indigènes l'opération de l'empaquetage en une demiheure, de sorte que si un chasseur peut toujours^ dés qu'il entend parler de la peste, éviter, quand il le juge convenable, la localité où elle sévit, je ne crois pas que l'apparition du fléau soit un motif suffisant pour abandonner un bon pays de chasse.
En ce qui regarde la question de la possibilité de la colonisation anglo-saxonne dans l'Himalaya, je sais que le sujet a momentanément perdu de son importance, grftce à la bonne entente que nous avons entretenue avec les grands feudataires indiens et à la sûreté que nous avons acquise au prix de la concession des principes de la doctrine anglaise, vis-à-vis des mœurs et coutumes de l'Asie. Néanmoins, il peut être intéressant d'examiner si cette question est susceptible d'une soltition pratique.
J'ai parcouru moi-même la plus grande partie de nos montagnes, — à l'exception deir prairies situées autour de Cachemire et que je ne connais point personnellement; — inais je crois que les renseignements les plus pratiques que Ton puisse obtenir sur ce sujet
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sont ceux de H. Wilson, connu dans le monde européen sous le nom de plume du « montagnard^ » par les articles qu'il fournit à la Calcutta sporting Review. Il est parfaitement décrit dans l'ouvrage du colonel Markham sur la chasse dans l'Himalaya. Il était, dans le principe, arrivé aux Indes comme simple cavalier du 3* dragons ; il prit le goût des chasses dans l'Himalaya pendant un congé de convalescence où il avait visité Landour, et, lorsqu'il fut de retour dans le Yorkshire, saisi d'un violent désir de revoir la région lointaine aux pics neigeux, il fit de nouveau le voyage de Calcutta, et vint à pied s'installer dans sa demeure actuelle sur les montagnes^ non loin de la source du Gange, dans un vil<» lage qu'il reçut de l'ancien rajah de Teeree, où il avait résidé pendant plusieurs années. Sa connaissance des indigènes^ du pays, et des moyens d'y assurer son exis^ tence ou son indépendance est naturellement parfaite; et je suis convaincu, par les renseignements que j'ai reçus de lui et par ma propre expérience, que la colonisation, dans l'acception ordinaire du mot, est impossible.
La nature physique du pays est un obstacle aux travaux ordinaires de l'agriculture^ si ce n'est sur l'échelle
minime déjà monopolisée par les indigènes, et un simple ouvrier ne pourrait soutenir la concurrence contre leurs prix. Sans doute un système d'établissement militaire, la localisation d'un corps de carabiniers européens avec leurs femmes et leurs enfants, pourraient être effectués par l'assistance libérale du gouvernement; mais le succès, au point de vue pécuniaire, par rapport aux hommes eux-mêmes ou à leurs maîtres, serait au moins problématique. Il y a néanmoins un champ infini ouvert aux entreprises des Anglais dans la culture du thé et dans le commerce avec le Thibet et l'Asie centrale. Les pentes de THimalaya présentent un espace assez étendu pour fournir de thé toute l'Europe et rinde entière, et les rapports actuels sur le placement des capitaux consacrés à cette culture, donnent plus de cent pour cent avec une demande qui doit, pendant de longues années, rester illimitée.
Je parle du borax et de la laine dans un des chapitres suivants; je crois, toutefois, qu'un article d'une importance infiniment plus grande a été jusqu'à présent négligé étrangement. Presque tous les animaux qui habitent THundès, excepté le mouton domestique, se couvrent, pendant l'hiver, d'un duvet de laine appelé
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pushum par les indigènes, lequel est d'une finesse exquise et surpasse de beaucoup en qualité, sinon en Ion-* gueur de brin, toutes les laines de l'Europe. On l'obtient en très-grande abondance de la chèvre à châles, et il s'emploie en quantité dans la fabrication des fameux tissus de Cachemire. Mais les chiens et les loups du Thibet, le mouton sauvage et môme le yak possèdent plus ou moins de cette laine en duvet. Elle ne circule à présent qu'entre les marchés à laines des bords de rindus dans le Thibet et Cachemire, où l'on emploie une partie de ce produit pour fabriquer les châles, tandis que le reste se perd principalement dans la composition de l'étoffe épaisse et douce que les habitants du pays nomment pushmeena. Si cette marchandise venait . à être demaîidée, les innombrables commerçants indigènes de ces vallées neigeuses passeraient des marchés pour la faire venir en quantité de Gartok et de Daba ; et la meilleure preuve qu'elle peut supporter la dépense du voyage, à travers les défilés, au moyen des chèvres, des mules et des moutons, c'est que la laine du mouton commun supporte à présent cette dépense. Le pushum est un article encore presque inconnu en Angleterre, attendu qu'il est interdit aux officiers civils et militaires
de Sa Majesté, sous peine de destitution, d'entreprendre aucunespéculation agricoleou commerciale dans lepays. Mais je crois que tout négociant anglo-saxon qui apportera son énergie et ses capitaux pour entrepéndre le commerce des laines depushum du Thibet à travers nos montagnes, en veillant à ce que les produits de sa fabrication conservent leur caractère distinctif à la vue et au toucher, rivalisera bientôt pour la nouveauté et Timportance de ses tissus avec les célèbres étoffes d'alpaca de Saltaire.