‹ Voyages et découvertes des compagnons de Colomb;Chapitre 4 sur 11 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ConveniioDs avec la coor d'Espagne.

Ainsi déçu de l'espérance qu'il avait entretenue si longiemps , Colomb tourna ses regards autour de lui , cherchant à quel patronage il pourrait

s'adresser. Il avait reçu des lellres cncouragoanles des rois de France et d'Angleterre; leroidePorlugal rinviiail à revenir à sa cour ; mais Colonnb était attaché à l'Espagne, peut-être parce que c'était la pairie de Béalrix Enriqiiez et le pays qu'habitaient ses enfants. Usongeadoncàs'adresserà quelques grands d'Espagne. C'étaient de puissants seigneurs qui avaient de vastes possessions , jouissaient de tous les droits féodaux, et régnaient en véritables souverains dans leurs domaines. A cette époque, les ducs de Médina Sidouia et de Médina Cœli étaient les premiers seigneursduroyaume; leursduchéss'étendaient le long des côtes ; leurs vassaux pouvaient leur fournir des armées; ils étaient maîtres d'un certain nombre do ports et avaient des floitessousieurs ordres. Colomb eutplusieursentrevuesavecicducde Médina Sidonia; celui-ci forma, sur les projets de Colomb, des plans gigantesques qui n'eurent d'autre résultat que d'iin[)iimer à l'entreprise un ridicule vernis d'exagération ; le duc finit par repousser Colomb et son projet comme le rêve d'un Italien visionnaire.

Leduc de Médina Cœli se montra plus favorable aux propositions de Colomb; il était même sur le point de lui donner le commandement de trois ou quatre caravelles, qui étaient toutes prêles à faire voile dans le port de Sainte-Marie; mais tout à coup il changea d'avis. Il avait réfléchi qu'il pourrait bien s'attirer la colère des souverains, et qu'il [)araîlrait allersur leurs brisées ens'emparant d'un homme qui avait été en relation avec la couronne. Il engagea Colomb à retourner à la cour, et écrivit à la reine pour lui recommander son entreprise; mais Colomb ne put

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supporter l'idée de sl* sonmcUre encore une Ibis aux délais ei aux désappoiiitt-mcnls qu'il avait déjà essuyés; il prii la résolution de se rendre à Paris , et sur-le-cliamp il se riiil en route pour le couvent de la Rabida, où il voulait prendre son fils Diego pour le placer à Cordoue en compagnie de son autre lils Fernando.

Frère Juan Ferez de Marcbena fut fort surpris de revoir Colomb à la porte du couvent de la Rabida. Après lesannéesqu"il avait pasï^éesà lacour en soliidiationsinfructueuses, Colomb avaitnéccssairement un costume fort modeste ; frère Juan s'aperçut de sa pauvrelé, et fut ému jusqu'aux larmes. Mais lorsqu'il apprit que Colomb était à la veille de quitter lEspagne pour offrir ses services à un autre pays, son patriotisme prit l'alarme. Il avait été confesseurde la reine; il lui écrivit: sa lettre était un chaleureux plaidoyer en faveur de la proposition de Colomb ; frère Juan conjurait la reine de ne pas traiter légèrement une aflairc de cette importance. Il obtint ensuite que Colomb relarderait son départ jusqu'à l'époque où il pourrait recevoir une réponse.

L'envoyé que la peiiie junte du couvent chargea de porter cette lettre se nommait Sébastien Rodriguez; c'était un pilote de Lepe. Il s'acquitta de sa mission avecfidéliié, prompiiludeetsucccs. Il trouva lareine au camp de Sanla-Fé, devant Grenade; il parvint sans peineà l'approcher, et lui remit lalettre du moine de la Rabida. Il fut de retour au bout de quatorze jours; il était porteur d'une é[)iire que la reine faisait parvenir au frère Juan Perez, pour le remercier de ses services et pour lui mander de se rendre immédiatement à la cour : celte lettre laissait à Colomb l'espoir

d'obtenir plus tard une audience. Une nouvelle aussi heureuse mit tout le couvent on émoi. Frère Perez, plein d'enthousiasme , n'eut pas plutôt reçu la leitre de la reine, qu'il se procura une mule et se mit en route avant minuit. Son caractère sacre, son ancien titre de confesseur de la reine , lui ouvrir-ent sur-lechamp toutes les portes, et donnèr-ent ur:e grande autorité et une grande liberté à ses conseils. 11 est probable qu'Isabelle n'avait jamais entendu soutenir îa cause de Colomb avec la chaleur et la conviction éloquente de IVère Juan. La reine était bien plus impressionnable que son mari, bien plus facile à se laisser entraînera des sentiments nobles etgénéreux. Le zèle du frère Juan porta son fruit; Isabelle redemanda Colomb. Elle pourvut d'ailleurs à écarter les obstacles que sa pauvreté pouvait susciter à son voyage: elle lui tit compter une somme suffisante pour qu'il pût payer les frais de la roure, acheter une mule , et se procurer un costume qui le m.ît en état de paraître décemment à la cour. Colomb ne perdit pas de temps pourse rendre aux ordres delareine, et partit |)our le camp de Grenade. 11 arriva à temps pour être témoin de la reddition de celte capitale, qui céda entin aux armes espagnoles. 11 vit Boabdil ei Chico, le dernier des rois maures, sortir de l'Alhambra pour déposeraux piedsdu vainqueur les clefs de ce [)alais si cher aux musulmans , tandis que le roi et la reine , suivis de toute la chevalerie d'Espagne, venaient en grande pompe recevoir la soumission du vaincu.

« Obscur au milieu de cette confusion d'illustrations et de noblesse , timide au milieu de ces scènes pompeuses, dit un élégant écrivain espagnol , un

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homme suivait la cour. Confondu parmi la foule des sollicileurs importais, se nourrissant l'imagination, dans un coin de l'antichambre royale , de l'espoir de découvrir un monde, son abattement et sa tristesse contrastaient avec la joie publique ; il voyait avec indiiïércnce, peut-être avec mépris, une conquête qui exaltait tous les esprits; il semblait que son âme s'absorbât tout entière dans une seule iaculic, celle du désir. Cet homme était Christophe Colomb. »

Toutefois la parole des princes était enfin engagée, ils allaientécouter les propositions de Colomb, ils désignèrent quelques courtisans, qui possédaient leur confiance, pour entrer en pourparlcravexîlui; entre autres Fernando de Talavera, qui, par suite de la récente conquête de Grenade , avait été promu à l'archevêché de cette ville. Dès le commencement des explications, des difficultés imprévues furent sur le point de les interrompre. Colomb posait pour condition principale qu'il serait investi du titre et des privilèges d'amiral et de vice-roi sur toutes les mers et dans tous les pays qu'il découvrirait. Il réclamait en outre un dixième des bénéfices qui résulteraient du commerce qui pourrait être fait avec ces pays , ou deleur conquête. Les courtisansqui avaient été chargés de traiter avec Colomb s'indignèrent de ce qu'un homme qu'ils considéraient comme un pauvre aventurier osât mettre en avant de telles prétentions. On lui dit donc avec ironie que l'arrangement qu'il proposait étaitfortadroit, caril lui assurait des bénétices et des honneurs sans lui faire courir aucun risque en cas de non-succès. Colomb offrit sur-le-champ de payer un huitième de la dépense, si l'on consentait à lui assurer un huitième des bénéfices. Cet arrange-

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menlfut déclare inadmissible ; on proposa d'éiablir le trailc sur d'autres bases; ruais Colomb s'npiiiiàlra sur une condition sans laipielle il ne voulut jamais conclure: les npgociaaons lurent rompues.

il est impossible de ne p;is admirer la consîance et la fermeté dont Colomb fil preuve en cette circonstance. Il avait passé la plus grande partie de sa vie dans des sollicitaiions infructueuses , qui ne lui avaient guère valu que de la pauvreté , du ridicule et des désap|)oifitem(Mit8; il n'était rien moins que certain de pouvoir s'ouvrir une carrière paredle à celle qui s'offrait à lui en Espagïie , auprès de tout autre souverain ; cependant sa persévérance ne fut pas un seul instant ébranlée ; d refusa absolument d'acquiescer à aucune condiiion qui , suivant lui , eût été indigne de la grandeur de son enireprise. Cette fois pourtant , indigne des désappointements répétés qu'il éprouvait enEspngne, il se détermina de nouveau à abandonner ce pays pour n'y plus revenir; puis montant sur sa mule il sortit de Sanla-Fé, et prit la route de Cordoue, dans liniention de s'embarquer immédiatement pour la Trance.

Ce fat avec douleur que les amis de Colomb , qui étaient zélés partisans de son système, le virent sur le point de quitter lEspagne : l.uis de Sainl-Angel , receveur des revenus ecclésiastiques d'Ârngon , et Alor.zo de Quintanilla résolurent de tenter un eilbrt décisif, po;ir prévenir le malheur de son départ. Us coururent au palais. Sainl-Angel s'adressaà la reine, et lui parla avec la chaleureuse éloquence qu'd puisait dans Turgence du moment. Non content d'eraployei" les prières, il ne craignit pas d'avoir recours aux reproches. Il lui exprima son éionnement de ce

qu'une reine, qui s'ctail coursgeusennent engagde flans des enir^prises ï-i vastes ei si périlleuses, pût bé^iler devant un projet (|ui ollrait de si beaux résultais, et ne laissait, dans tous les cas, courir la chance que d'une perle presque nulle. En efi'et, que demandait Colomb pour enlreprendrc sa grande expédition? Deux vaisseaux et Irenle mille écus, dont il ofTrail en outre de payer le huitième. Saint-Angel aj(jula (]uo ce seraii l'aire une œuvre agréable à Dieu, concourir à l'extension de la loi chrétienne, que de prendre sous sa piolcction ce projet de découvertes qui , d'ailleurs, pouvaitcoritribueràl'pgrandisscment Cl à la gloire du royaume. Mais quel sujet de chagrin pour les amis de la reine, de triomphe pour ses ennemis, et de regrets pour elle-njême, si quelque autre puissance venait à accomplir cette entreprise qu'eîleaurait rejetée I Snint-Angel défendit d'ailleurs la haute raison de Colomb; il déclara que ses plans étaient le résultat des déductions les j)lus logiques , et étaient trcs-susceplibles d'exécution.

Ces arguments et beaucoup d'autres eurent sur l'esprit de la reine toute l'autorité de la conviction et du zèle désintéressé. Il sembla qu'Isabelle comprenait pour la première fois la véritable grandeur de la conception de Colomb. Elle déclara sur-le-champ qu'elle était résolue à exécuter le projet qui lui était soumis; et si elle hésita encore un moment, ce fut uniquement parce qu'elle réfléchit que le roi Ferdinand n'était pas très-porté à s'engager dans cette entreprise, et que le trésor royal était entièrement épuisé par ia dernière guerre. Mais elle ne tarda pas à jtrendrc sa résolution; et elle s'écria avec un en- Ihousiasaie digne d'elle et de la cause qu'elle em-

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brassait; « Je fais cette ciiireprise au nom de mon royaume séparé de Caslille, et j'engagerai les joyaux de ma couronne pourréaliser les fonds nécessaires. • Ce fut la plus glorieuse action de toute la vie d'Isabelle; elle attache pour jamais la célébrité de son nom à la découverte du Nouveau-Monde, découverte qui fut ainsi due à sa protection.

Saint-Ângel , empressé de confirmer la reine dans celte favorable résolution , assura à Sa Majesté qu'il n'était nullement utile d'engager ses joyaux ; il oHViL de rassembler les fonds nécessaires, et de les avancer en qualité de prêt du trésor royal du royaume d'Aragon ; cette proposition fut acceptée avec empressement.

Cependant Colomb avait dirigé son voyage solitaire à travers les plaines de Grenade , il avait passé le pont de Pinos, situé à deux lieues environ de cette ville, et fameux par les hardis combats dont il avait été le théâlre pendant la guerre contre les Maures. C'est là qu'il fut rejoint par un courrier que la reine avait déj)êché vers lui en toute hâte, pour l'engager aretournersursespas.il hésita un moment à se soumettre aux délais et aux promesses ambiguës de la cour; mais lorsqu'il eut appiis que la reine s'était formellement chargée de Tentreprise et avait engagé sa parole royale, tous ses doutes disparurent; il toui'na bride, et arriva plein de joie à Santa -Fé; il avait toute conhance dans la noble probité d'Isabelle.

A peine de retour à Santa-Fé , Colomb fut immédiatement admis en présence de la reine , etia bonté qu'elle lui témoigna dut le dédommager de toute sa froideur passée. Le roi , pardéféience pour Isabelle qui avait pris tout à coup cette alVaire à cœur, ac-

corda à Colomb son assisiaiice tardive-, mais la reine fut lame de cette graude entreprise. Elle y apporta cet enthousiasme chaleureux qui la distinguait, tandis que le roi ne s'y engagea qu'avec précaution et calcul, ainsi qu'il faisait du reste pour toutes ses entreprises.

Les deux souverains étant ainsi d'accord , les articlesdela convention faite avec Colomb furent dressés par Juan de Coloma, secrétaire royal; ils portaient:

lo Que Colomb serait revêtu pendant toute sa vie, et ses héritiers et successeurs à perpétuité, de la charge de grand amiral dans toutes les mers, les terres et les continents qu'il pourrait découvrir; et qu'il jouirait des honneurs et des prérogatives attachés au titre do grand amiral de Castille ;

2" Qu'il serait nommé vice-roi et gouverneur général sur toutes ces terres ou continents, litre auquel serait alfccté le privilège de présenter trois candidats, entre lesquels le roi choisirait le gouverneur particulier de chaque île ou de chaque province ;

3o Qu'il aurait droità un dixième des profits légaux qui résulteraient du commerce ou des produits dans toute rétendue de son amirauté ;

4° Que lui ou son représentant seraient seuls juges des dilférends qui pourraient s'élever relativement au commerce de ces contrées avec TEspagne;

5" Qu'il fournirait, dès à présent et dans la suite , le huitième des frais nécessités par les expéditions qui auraient pour but ladécouverle des pays qu'il rechercherait; mais qu'il aurait droit, en conséquence, au huitième des bénéfices.

Ces conventions furent signées par Ferdinand et Isabelle à la ville de Santa-Fé , dans la plaine de Gre-

ade , le 47 avril 1492. Tous les aelos royaux qui liront passés à celte occasion |)orièrent la double ignature de Ferdinand et d Isabelle ; mais le seul oyaume sépare de Castillesup[)oria tous les frais de expédition. Qu-ini à l'argent avancé par Saint-Angel Lir le trésor pariiculier du royaume d'Aragon, F«rinand, avec sa prudence orJinaire, eut soin de 'indemniser de ce prôi (juclques années plus tard, 'or que i-apporta Colomb de son premier voyage u Nouveau-Monde, fut employé parle roi à l'aire oror les voûtes et les lambris de son palais de »arag'»ssc en Aragon.

Le grand objet de l'entreprise de Colomb, c'était urloutla propîigation de la fui eliiéiienne. Il espéiiit arriver aux limiies de l'Asie ou de I Inde , oùdeait se trouver le vaste rmpir<' du grain! khan, ainsi pie les provinces (le Mangi et de Cailiay, et les iles |ui en dépendaient ; licliescon'.rées dont Marco Polo vait fiiit une si magnilique descripiion, et qu'on rearilciit alors comme faisant panie de l'empire de la ^liine. Déjà plusieurs missi(jnuaires avaient élé enoyés par les pa[)es et les |)iinces p<nir porter lalunièrede la foi danscesrégious(.»rieiit;iles. Colomb es- )éraii accomplir celle giau(Jcœuvre,ei a])prendreaux lations qu'il découvrirait d ins les parties inconnues le la terre à se prosterner devant le signe de la vraie oi. J.e zèle f»ieux de la reine et de Ferdinand s'accordaient pour seconder les vues de Colond) à cet }gar(]. Lorsqu'il partit, les deux souverains lui remi- •eni des leilres adressées au grand khan de Tarlarie.

Mais le zèle de Colomb allait plus loin. Il n'avait )a> oublié lesmeu iiieidu sou lau d'i^gypte, il se rappelait qu'il avait annoncé l'intention de détruire le

Snint-Scpulcre de Jérusalem ; Coîonib proposa donc de consacrer les béiiC'Hces qui reviendraient de ses décotiverles à armer une croisade pour délivrer le Saint-Sépulcre des mains des Infidèles. Les souverains ne purent se défendre de i-ourire à celle idée; ils l'approuvèrent com|)létement; mais ce qu'ils regardaient comme une boutade passagère de l'imaginaiion ardente de Colomb, était un projet qu'il nourrissaitdcpuislongtemps,etqui avait jeté de profondes racines dans son esprit. Jusqu'ici on n'a pas assez donné d'attention à ce fait caractéristique de la vie de Colomb. Il est pourtant remarquable que la conquête du Saint-Sépulcre ait été le grand mobile de son ambition. Cette conquête fut la pensée de toute sa vie; il la prépara solennellement pour l'avenir, et considéra ses grandes découvertes comme une disposition providentielle qui lui fournissait les moyens d'accomplir cette œuvre pieuse.

LeportdePalos de Moguer, enÂndalousie, fut Hxé pour le lieu de Tarmement de l'expédition. La ville de Palos avait été condamnée, en punition de quelque délit, à tenir pendanlun an deux caravelles armées à la disposition du roi. Un ordre du roi fut donc signilié aux autorités de Palos de tenir deux caravelles prêtes à faire voile dansi'esfiace de dix jours, etdelesmetire avec leurs équipages sous le commandcmentdeColomb. Plustard, une troisième caravelle fut aussi armée pour cette expédition. Aucune restriction ne fut apportée au projetde Colomb , aucune direction ne lui fut interdite; on lui recommanda seulement de ne pas faire route sur les côtes de la Nouvelle-Guinée, et de s'éloigner de toutes les contrées récemment découvertes par les Portugais. Un

it enjoignit à tous les habiianis des côtes de l'Anlousie de fournir à un prix modéré des secours et s munitions de toute espèce pour l'expcdiiion solue; des peines sévères lurent prononcées coni tous ceux qui tenteraient d'y mettre obstacle. La reine donna à Colomb, avant son départ, une irque de faveur particulière: elle nomma son fils ego Tun des pages du prince Juan , héritier prémplif de la couronne ; c'était la un grand honneur i ne s'accordait qu'aux enfants des premières ïiilles. Les souhaits les plus chers de (>olomb se luvaient ainsi remplis; il prit congé de la coiir le mai, et se rendit à Palos. Que ceux qui se laisseent décourager par les difficultés d'une grande et le entreprise, se rapjjellent que dix-huit ans s'éulèrent avant que Colomb eût pu voir la réalisan d'un projet qu'il avait eu la constance de suivre ndant si longtemps; que ces dix-huit années se ssèrent en soUiciiations presque sans espoir; que ndant tout ce temps il eulàsupporter la pauvreté, ubii, les railleries et le ridicule ; que toute sa jeusse se consuma en efforts, et que, lorsque sa pervéranco fui cnOn couronnée par le succès, il était é de près de cinquante-six ans. Cet exemple leur prendra à ne jamais désespérer de l'avenir. Lorsque Colomb arriva à Palos et reparut devant î portes du couvent de la Rabida , il fut reçu à bras verts par le frère Juan Perez, et de nouveau délyê au couvent. Le zélé frère accompagna son hôte l'église paroissiale de Palos, où Colomb se rendit lur faire lire en public, et devant les magistrats semblés, l'ordonnance royale qui concernait i'arement des deux caravelles. Rien ne peut égaler l'é-

tonnement et l'horreur du peuple lorsqu'il sulquelle élaii la nature de l'expédition dans laquelle il ciait contraint de s'engager. La perte des vaisseaux lui paraissait certaine, et il considérait ceux qu'on embarquerait comme des victimes sacrifiées. Tout le merveilleux dont l'imaginai ion ei l'ignorance ont coutume de peupler les régions éloignées et peu connues lut évoqué à propos des solitudes effrayantes de la mer; les plus hardis marins refusèrent de prendre pan à cette téméraire et fantastique croisière au milieu de l'immensité de TOcéan désert.

Un nouvel édit lut donc rendu. Il ordonnait aux magistrats de Palos, et à ceux des villes voisines de Moguer, de saisir tout vaisseau ou lout équipage espagnol qui paraîtrait propre au service qu'on en attendait ; des pr-ines furent prononcées contre les réfractaires. Mais lout fui vain. I.'édit jeta le trouble et la confusion parmi les populations (ju'il frappait; des désordres éclatèrent, et rien ne fut résolu.

Enfin Martin AInnzo Pirizon, ce riche et enlreprenart marin dont nous avons parlé plus haut, donna l'expmple, et s'engagea personnellement dans l'expédition. Il entraîna même son ïrcTC, Vicente YanezPinzon, qui était aussi un marin de courage et d'habileté ; tousies âeu\ étaient proj)riétaires de navires et avaient des éqiii|»ages à leur service. Ils étaient alliés à beaucoup de marins de Palos, et l'influence de leur nom et de leur fortune s'étendait même au delà du territoire do leur ville. Il est à supposer qu'ils firent les avarices de la huitième partie des frais que Culon<b s'était engngé à payer. Ils fournirent deux des bâtiments commandés pour l'expédition, et se décidèrent à en faire partie. Leur

exemple et leurs discours eurent l'effet qu'on devait en espérer. Un grand nombre de leurs alliés et de leurs parents consentirent à s'embarquer, et les navires purent mettre à la voile dans l'intervalle d'un mois.

Quelques difficultés retardèrent pourtant l'équipement et l'armement de ces vaisseaux. Le troisième bâiiment, nommé la Pinta , avait été mis en réquisition avec son équipage. Ses propriétaires, Gonez Rascon el Crisloval Quintero, ainsi que les matelots sous leurs ordres, manifestaient la plus grande répugnance pour celte entreprise. Eux et leurs amis firent tous leurs efforts pour la retarder ou même rempêcher. La Pinta fut mal calfatée, et, lorsqu'il fallut recommencer ce travail fait avec mauvaise volonté, les ouvriers se cachèrent. Plusieurs des matelots qui s'étaient fait inscrire volontairement sur les rôles de l'équipage , s'en repentirent et désertèrent. Entin on n'obtenait rien sans être obligé de recourir à des mesures violentes. A chaque pas on avait à vaincre la résistance populaire.

Pourtant, dans les premiers jours d'août, les obstacles avaient été surmontés, et tout était prêt pour le départ. Ou est surpris des difficultés et des tergiversations desdiverssouverains, lorsque l'armement qu'ils avaient à fournirétait si peu considérable. Deux des bâtiments, les caravelles, étaient de véritables be^rques qui n'étaient nullement supérieures à celles qu'on emploie de nos jours pour la navigation des rivières ou pour le cabotage. La proue et la poupe étaient assez élevées ; il y avait un gaillard d'avant et des chambres pour l'équipage , mais point de pont. Cependant un des trois vaisseaux était ponté ; il avait

élé appelé la Sania-Maria; c'est à son bord que Colomb hissa son pavillon. Martin Alonzo Piiizon commandait la caravelle la Pinta ; son frère Francisco Mariin montait le même bâtiment, en qualité de maîire ou pilote. L'autre, appelé la Nina, et qui portait des voiles laiines,étaitsous les ordres de Vicente Yanez Pinzon ; le médecin de Palos , Garcia Fernandez, était à bord de ce navire, avec la charge de munitionnaire. Trois pilotes habiles avaient été engagés : Sancho Uuiz Petro , Alonzo Nino, et Barthélémy Pioldan. Le nombre des personnes embarquées s'élevait à cent vingt.

Lescadre étant prêle à l'aire voile, Colomb se confessa au frère Juan Perez et reçut la communion. Cet excmplefulsuiviparlesofficierset le reste de l'équipage. Ils se recommandèrent tous à la protection sjjéciale de Dieu ; ils lui demandèrent de les conduire à travers les périls de leur entreprise. Toute la ville de Palos fut |>longée dans ladouleur quand la flottille appareilla; chacun avait un parent ou un ami à bord d'un des trois navires. Les matelots eux-mêmes, qui luttaient à peine contre leurs propres frayeurs, furent consternés de l'affliction de ceux qu'ils laissaient derrière eux; ils comprenaient, à la douleur des adieux qu'ils recevaient, qu'on les quittait comme des gens qu'on ne devait plus revoir.

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