‹ Voyages et découvertes outre-mer au 19e siècleChapitre 26 sur 64 · CAPITAINE BACK · texte numérisé non relu

CAPITAINE BACK

manjuahle de ces parages, y sont devenus les nioiiiiinciits géographiques de son passage.

Son dessein était de se diriger vers l'ouest pour relever les côtes du continent jusqu'à la pointe Turnagain, et de compléter ainsi les découvertes de Franklin; mais l'état des glaces, l'épuisement absolu de ses ressources, celui de ses hommes, qui commençaient à s'avouer à bout de forces; enfin la perspective des diflîcnltés d'un retour qu'un plus grand éloignement eut probablement rendu impossible, le déterminèrent, ou plutôt le contraignirent à s'arrêter.

Il l'annonça à l'équipage. Le pavillon fut déployé, salué de trois acclamations en l'honneur du roi d'Angleterre, dont le nom fut donné à cette partie extrême de l'Amérique, et ils se préparèrent à un retour (pii devait naturellement reproduire des épreuves plus ou moins semblables à celles qu'ils avaient déjà traversées.

Quand ils parvinrent au lac Clinton -Colden, le froid était si intense, que l'eau gelait sur les avirons, et qu'un des chronomètres s'arrêta.

A la fin de l'hiver, Back se rendit au fort Resolution, d'où, reprenant la route du Canada, il regagna New-York, et le 8 septembre, après une absence de près de trois ans, il revoyait l'Angleterre.

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« Le trajet qu'il avait pareoiini sur le {ontineul américain, disent MM. Hervé et de Lanoye, depuis New-York jusqu'à l'embouchure de la rivière qui porte aujourd'hui son nom, écpiivaudrait en Europe à celui (pie déciirail un voyageur qui, s'embarquant, par exemple, à Naples dans un canot, remontant ou descendant des rivières, faisant des portages, fianchissant des montagnes, se rendrait à Arkhangel, sur la mer Blanche. »

YdYACE^ D'EDOUARD l'A Hit Y

Di''parl de l'Hccla cl du Griper pour la baie de BnfTin. — L"ar- (•lii]iel de Parry. — Hivernage a 1 île Melville. — Précautions contre la fairiine et les maladies. — L"n incendie. — Eflcls du froid. — Le priulcnips polaire. — Vaincs tentatives pour pénétrer à l'Ouest.— Retour dans la baie de Baffin. — Retour en Angleterre. — Second voyage. — Entrée dans la baie d'Hudson. — Blocus dans les glaces. — Ours monstrueux. — La baie de Rcpulse. — Hivernage à l'île Wintcr. — Relations avec les Esquimaux. — Leurs usages funéraires. — La fumée du froid. — Reprise di- la navigation. — Chasse aux morses. — Second hivernage à l'île d'igloulik. — La presqu'île ^lelville. — liclour en Angleterre.

Au nombre des quatre navires (jne Tainirauté anglaise se décida, en 1818, à envoyer dans les mers polaires, deux d'entre eux, l'Héda et le Griper, sous le commandement d'Edouard Parry, fiiivnt destinés à la baie de Bafîin.

Après une traversée de 12" à lo° de longitude, l'expédition arriva, par le détroit de Barrow, dans un vaste bassin bordé de nombreuses et vertes lies,

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que les géographes modernes ont ii Ixin droil aj)pelées l'archipel de Parry, et dont les principales reçurent de ce navigateur les noms de Corn^vallis, de Bathurst, de Melville.

On hiverna dans cette dernière île; mais à peine les vaisseaux étaient -ils amarrés à l'abri de tout danger dans le havre, que le thermomètre tomba à 18" centigrades au-dessous de zéro.

« En prévision de l'avenir, dit Parry, je fus obligé de réduire d'un tiers la ration ordinaire de pain. Mais, chaque semaine, je remplaçai une livre de bœuf salé par une égale quantité de conserve de viande, et j'y joignis une pinte de bouillon concentré ; la bière et le \in remplacèrent les liqueurs alcoolisées, et je fis faire, à des intervalles réguliers, une distribution de légumes confits au vinaigre et d'autres condiments. Enfin tous les jours cliaqne homme de l'écpiipage buvait, devant un officier, une certaine quantité de jus de citron mêlé d'eau et de sucre. Ceux qui regarderaient la présence d'un officier en cette circonstance comme superflue ne connaîtraient pas le caractère des matelots, vrais enfants dans toul ce (pii concerne le soin de leur santé. Le gil)iei', (piand on pnuxiiil ^-'cn |)i'(«-urer, renq)larail la ralimi (ndinaii'c lic Aiandi'; mais, excepté dans de bien rai'cs Dccasinns, iiiilli' préfé-

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renco n'ôlait accordée aux officiers, ni pour la (|iialilé, ni |)onr la (]iianlit(' des aliments. »

Le 24 lévrier au matin, tandis que tout rr([uipage prenait son exercice habituel en courant autour du lillac, les cris : » Au feu! au feu! » se firent entendre; la hutte qui servait d'observatoire était en flammes. Chacun y courut, et, ayant réussi, non sans efl'ort, à abattre le toit de la hutte et une partie de ses murs de planches rembourrés de mousse , on [)ar\iiil à étoutfer les flammes sous la neige avant qu'elles eussent atteint les instruments les plus précieux.

(( L'instant d'après, dit Parry, nous offrions un spectacle curieux à voir. Il n'y avait aucun de nous qui n'eût le nez et le visage couverts de taches blanches causées par la gelée; de sorte que les chirurgiens et leurs aides n'étaient occupés qu'à courir de l'un à l'autre, frottant avec de la neige les parties attacjuées pour y rétablir la circulation. Malgré cette précaution , (jui prévint probablement de graves accidents, seize iiommes grossirent la liste de nos malades par suite de cet événement, et l'un deux, John Sniilh, soldat d'artillerie, attaché au service du capitaine Sabine, ne s'en tira pas à bon marché. Il se trouvait dans la hutte au moment où le feu se déclara, et, voulant sauver un instrument dont il

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connaissait la valeur, il le saisit, pour le transporter sur le vaisseau , sans prendre le temps de mettre ses gants. En arrivant à hord de l'Hécla, ses mains étaient si complètement gelées, que, les chirurgiens les lui ayant t'ait plonger dans l'eau froide, celle-ci se congela immédiatement à ce seul contact. Malgré tous les soins qu'on lui prodigua, il fut obligé, quelque temps après, de subir rampulati(jn de la plus grande partie de ses doigts. >i

Le mois de juin fut employé en excursions de chasse ou d'exploration sur l'ile Melville. Bien que le soleil accomplît alors sa révolution diurne tout entière au-dessus de l'horizon, la neige couvrait encore presque partout la terre; une couche de glace de plusieurs pieds d'épaisseur masquait les lacs et les cours d'eau, et toutes les baies demeuraient encombrées de masses immobiles de glace marine. Dans une de ces expéditions, dirigées par le capitaine Parry lui-même, on remarqua cependant, sur une ligne de plus de vingt-quatre myriamètres, parcourue dans l'intérieur de l'ile, quelques endroits isolés qui, grâce à une disposition privilégiée, s'étaient revêtus de mousse, de gazon, de saxifrages et de pa\()ls. C'élaient comme des tables dressées au désert par la l'ioNidcucc pour hiulcs les créatures dont elle a peiqdé ces régions. l,e bœuf mus-

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(pic, :in\ (''])aiiles voûtées, au pela^a^ laineux, couvci't (l'un Iiiiil:' pdil lialayanl la terre, y paissait à côté de grands troupeaux de rennes; des niidlilndes de lièvres venaient s'y tapir an milieu de bandes innombrables d'oies boréales, de pluviers dorés, de gelinottes blanches, et d'autres volatiles sans nom. Autour de tous ces êtres se refaisant, dans un pâturage d'été, des misères de leur exil hivernal, rôdaient cauteleusement ou se tenaient à l'alfùt le loup et le renard polaires. Parry appela cet endroit Bushnaii-Covc.

Ce fut seulement le 1" août (pie les navires, regréés et rééquipés depuis bien des semaines, purent mettre à la voile et reprendre la route de l'ouest.

Au delà du cap Dundas, qui termine File Melville du même côté, l'œil n'apercevant (pi'une plaine de glace solide et compacte, l'intrépide Parry dut reconnaître, bien à regret, que toute tentative pour pénétrer par cette voie jusqu'au détroit de Behring serait rendue vaine par le seul fait de la courte durée de l'été, et qu'un second hivernage dans ces parages serait de la dernière imprudence. Il résolut donc immédiatement de se rapprocher des rivages du continent américain par un chemin plus méridional.

Rentrés dans la mer de Baflni, le Grijicr et l'IIécla en longèrent les cotes occidenlales, et, pendant qne les ofTiciers en relevaient les contours, ils communiquèrent, pour la première et seule fois de tout ce voyage, avec une tribu d'Esquimaux.

Dans la partie étroite du détroit de Davis, l'expédition retrouva de nouveau la glace compacte. Étant parvenue à s'en dégager, elle reprit la route de l'Angleterre, où elle rentra vers la fin d'octobre.

Au printemps suivant, Parry tenta de pénétrer dans les parages inexplorés qui séparent l'Atlantique de la mer d'Hudson, et de se frayer, droit à l'ouest, une route vers les rivages vus par Hearne et Mackenzie.

11 mit son pavillon sur la Furij, l'un des deux navires que le gouvernement anglais lui confia (l'autre, l'IIécla, eut |)our commandant le capitaine Lyon), et six semaines après son départ, le 14 juillet, il rencontra la première montagne de glace, par le travers du détroit de Davis.

A peine entrée dans la baie d'Hudson, l'expédition se vit bloquée par les glaces. Pendant ce repos forcé, l'équipage de l'IIécla, ayant aperçu sur un glaçon un ours blanc d'une monstrueuse grandeur, lui donna la chasse, cl |)ar\iiit à le luci'. Sou iioids dépassait sept cent cin(|uanlc kilograinuics, cl Iclle

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(■l;iil r('>ii('rgie orffaiii(]iio do ce colossal carnassier, <]M(' son cœiii', i'elii'('' du corps, fui u'^^llv Irois heures encore de mou\cments con\ulsil's.

Les glaces ayant tiiii par se disjoindre, les vaisseaux de Parry, sortant enfin des parties pratiquées de la mer d'Hudson, entrèrent dans le détroit de Fox, et se dirigèrent, en longeant par l'est et le noi'd la grande île de Southamplon, vers la baie Hepulse, pour constater, dans cette écliancrure du continent américain, la vérité ou le néant de l'hypothèse géographique qui depuis longtemps voulait y voir une issue de l'océan Polaire. L'examen qu'en lit l'expédition prouva l'exactitude des observations du capitaine Middleton, (pii le premier avait découvert cette baie, et qui y avait bien vu une baie, et non un détroit.

Sept semaines d'une navigation continue n'avaient pas porté l'expédition à plus de quarante myiiamètres vers le nord, lorsqu'il lui fallut songer à hiverner sur une tle voisine du continent, et qui depuis cette époque est connue sous le nom d'ile Winter. Les vaisseaux, dégréés, furent recouverts de grandes et fortes tentes. Une petite maison et un observatoire confortable furent élevés sur le rivage, et leurs doubles murs de planches reçurent intérieurement une chaude couche de sable bien tassée.

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