‹ Voyages et découvertes outre-mer au 19e siècleChapitre 32 sur 64 · IS IS-I83<I · texte numérisé non relu

IS IS-I83<I

Dépari lio Franklin a\ec t'Érèhe et la Terreur. — Doux années sans nouvelles. — L'.\n.i,'lelerre se déride à envoyer des navires à la reelierehe de Franklin. — iJt'iiarl du docleiir Rieliardsim. — Son rai)porl à ramiraiilé. — Happorls du oapilaine James Clerk Russ. — Le navire le Prince -Alhevl. — Le lieulenanl Bellot. — Sa mort.

P^ranklin vouliil couronner sa carrière en aihuii chercher, sur le trajet du détroit de Bariow à relui de Behring, non la passe la plus directe, mais celle (pii était le plus longtemps ouverte, el la |)lus favorisée des vents et des courants.

Le gouvernement anglais lui coniia deux navires construits spécialement pour la navigalimi des mers glaciales : c'étaient l'Ercl»' et la Terreur.

L'expédition mit à la voile le 2(5 mai I8i5. Le 1^ juillet suivant, Franklin jetait l'ancre devant lile groënlandaise de Disco , où les Danois ont un de leuis

338 V(tVACt:s El DÉCOLVEliTES.

éiablissements. Du cc3 point il écrivit à rainirauté; sa lettre respirait la satisfaction et la conliance.

Qiielqnes semaines plus tard, l'Ercbe et la Terreur étaient aperçus par les baleiniers dans les parages opposés de la haie de Baflin, non loin du dcti'oit de Lancastre. C'est à dater de ces renseignements (ju'uu silence de mort \int faire reconnaître à l'Angleterre la nécessité d'ciiNoyer à la recherche de sir .hilin Franklin.

C'est alors que le vieil ami de ce grand homme, le fidèle compagnon de ses premiers voyages, le docteur Richardson, âgé de soixante-deux ans, courut an Canada prendre la direction d'une expédition destinée non-seulement à parcourir encore une fois les rives du continent entre les lleuves Mackenzie et Coppermine, mais même à francliir les détroits i|ui les sépareni de la grande ile île \\'ollaston el des autres archipels voisins, pour s'assurer si ces parages, décou\ertes communes de Franklin el dn docteur, ne recelaient pas sur leurs ecueils (piel- (jues indices d'un passage récent et des (k'hris dn naufrage.

Niins ei'oyons devoir insérer quelques extraits lexUiils, empruntés au rapport du dévoué et digne iiiui (le l'i'iinklin.

UOCTEl li KICII \liliS(».\. IWîl

" \a' 15 août, j'atteignis la mer à l'emboucliure ili,' la luaiiche orientale du tleuve Mackenzie, avec les bateaux et le détachement que l'amiraulé a mis sous mes ordres. Le lendemain, nous eûmes une entrevue avec trois cents Esquimaux, (jui, instruits de notre arrivée par des signaux de feux allumés par ceux de leurs chasseurs (|ui battaient les montagnes des bords du fleuve, s'étaient réunis pour nous attendre. D'après la manière amicale avec laquelle ils nous ont traités, je ne doute pas qu'ils n'aient accueilli avec humanité les Européens (pi'ils auraient |m voir dans la détresse.

« De la pointe Encounter, où nous rencontrâmes ce parti, jusqu'à la rivière Coppermine, la dislance, y compris les grands détours de la ligne de côte, est de plus de huit cents milles. Nous ne pûmes faire ce trajet que bien lentement, ayant constamment le vent debout. Nous glissant le long de la côte, nous mettions à terre au moins deux fois par jour, pouifaire la cuisine, quelquefois pour chasser, presque toutes les nuits pour dormir, et souvent pour explol'er le pays du haut des caps élevés. Nous eûmes de fréquentes entrevues avec des partis d'Esquimaux assemblés sur les caps pour chasser la baleine , ou dispersés le long de la côte en groupes de deux ou trois, allant à la poursuite des rennes et des oiseaux

3iÛ VOYAGES liT DKCUL VKKTKS.

(le mei". Ils vinrent à nous avec conliance, et, grâce à notre excellent Esquimau Albert, qui parle bien anglais, nous pûmes échanger quelques paroles avec eux. Tous nous dirent qu'ils n'avaient vu passer aucun navire, et ils parurent satisfaits d'apprendre, d'après nos questions, qu'ils devaient s'attendre à \nir plus IVéquemment des hommes blancs sur leurs cùles. A la hauteur du cap Bathurst, environ au tiers de la dislance du Mackenzie au Coppermine, les Esquimaux nous apprirent que, pendant six semaines de l'été, ou, suivant leurs expressions, pendant la plus grande partie des deux lunaisons durant lesquelles ils s'occupent spécialement de poursuivre les baleines, ils n'avaient jamais vu de glace.

« Nous trouvâmes une famille d'Esquimaux campés à l'extrémité du cap Batliurst; mais aussi près de ce point ipi'il nous fut possible de débarquer sans être vus, nous érigeâmes un signal, et nous y enfouîmes une cache de pemmican ; nous finies un dépôt semblable sur l'exlreniilt' du cap Parry, et nous rindicpiàmes [)ar un tas de pierres peintes.

(' Après avoir doublé ce cap, nous aperçûmes piiiir la première fois des amas île glaces llollantes, dont le nombre augmenta à mesure que nous approchions des (h'Iroils du Doi|)hin v\ de l'ininn; mais sur cclli' |i;irlii' lie la cùlc nous ne \ iiiics phiMri'".>(|ui-

n()( Ti;i i; li K II \i;iis(iN. :vn

nuiiix, i|iii)i(|ii(' nous eussions aperçu (|uel(|ue! Iriiees récentes de leurs dehieheuieuls di' iliasseurs.

" Le '■2^1 aoùl, nous eûmes un l'oii cdui) de mmiI d ouest , à laide (lui|U('l n(ius enuiùines a la Ndilc |)endant quelques heures; mais la brise ayani rapidement augmenté, de manière à devenir nne xiolente tempête, nous fûmes forcés, pour la sûreté des canots, de les faire passer au milieu des ^daees éparses, formant une banquise auprès de la pointe (lockburu. Pendant la nuit, il passa l)eaucoup de glaces flottantes, et le lendemain matin nous nous trouvâmes enfermés dans une banquise épaisse, (pii s'étendait aussi loin que la vue pouvait porter. Jus(]u"à ce moment nous avions eu la tempérât uie habituelle des étés de cette région; mais l'air devin! très -froid, et nous eûmes continuellement de la gelée, et fréquemment des tempêtes de neige pendant toule la durée de notre séjour à la côte. En nous tenant près de la plage, dans les endroits où le peu de pi'ofondeur de l'eau empècliail d'arriver les plu- grandes masses de glaces; en coupant des passages pour les bateaux là où les glaces s'étaient amoncelées contre les rochers; en halant les bateaux par-dessus les glaces les moins élevées; en faisant des partages le long de la côte, lorsque les circonstances l'exigeaient; enfin, en profitant de quelques

■ôiî \(IV\GES ET DÉCOUVEUTHS.

espaces de mer libres ijue nous reiieonlràmcs, nous parvînmes avec l^eaucoup de peine à arriver, vers la fin du mois, dans une baie comprise entre les caps Hearne et Kendall. J'avais déjà jugé convenable, pour dominer la fatigue de l'équipage, de laisser un des canots, avec sa charge de pemmican, sous le côté nord du cap Krusenstern; et pendant le leinps (|u"il fallut pour nous rendre près dn cap Kendall, les deux autres bateaux furent presque mis hors de service par les angles coupants de la nouvelle glace, qui maintenant soudait les grosses masses entre elles. La terre était couverte de neige: aucun espace de mer libre n'était visible du sommet des caps les plus élevés, et déjà l'hiver se faisait sentir dans toute sa rigueur. Je me vis donc, bien malgré moi, forcé d'abandonner les canots, et de continuer par terre notre voyage vers notre résidence d'hiver, sur le lac du Grand -Ours. Le pemmican et les munitions iuient soigneusement cachés pour treize jours; ustensiles de cuisine, haches, instruments astronomiques, quel(}ues livres, les munitions, deux fdet.-^ et cpiehpies lignes, le bateau portatif d'Ilalkelt, un pa(piet de plantes desséchées, mon lit et rpielipies bardes furent distribués par lots, (lliaipie homme a\ait à |»oi'ter, outre la charge (jui lui avait été assignée, sa couverture, ses mocas-

DOCTKI i; lili:il MIDSON. 3'i3

siiis et (iii('l(|ii('s vêlements de leelianiie. Tous eliiieiil munis de eliaussures pour marcher dans la neige. M. Hae jtoilail hii-inème la majenre partie de ses ellcts de literie et d'habillenient. On se mit en loiile le 3 septeml)re, et le lendemain nous rencontrâmes nn camp d'Esquimaux ; ils mirent le plus grand empressement à nous faire passer une large rivière, à laquelle j"ai donné le nom de Rae. Nous traversâmes ensuite le Ricliardson à l'aide du bateau en caoutchouc inventé par le lieutenant Halkett, et, suivant les rives du Coppermine et du Kendall , son liiliulaire, nous atteignîmes une des hranciies de la rivière de Deate; enfin, le treizième jour, nous arrivions à notre destination , le fort Confidence.

« Notre marche à travers les marais à demi glacés ou sur des montagnes couvertes de neige a nécessairement été pénible; mais en ayant soin, autant (pie possii)le, de nous tenir dans les vallées des rivières, nous n'eûmes qu'une seule nuit à passer sans feu et sans repos. Pendant une brume épaisse, à travers laquelle cependant nous pûmes continuer notre route dans la bonne direction, à l'aide de la lioussole, un métis et son compagnon indien, envoyés du fort Confidence à notre rencontre, perdirent leur chemin et nous manquèrent; mais, ayant

Ml \<tv \(;i:s KT iii;( m vi;i;ti;s.

ivcuiiiui les traces de notre marelie siii' le Kendall , ils jugèrent que nous avions passé, et nous rejoii:niient deux jours après notre arrivée.

(' Pendant tout le cours de ce voyage, je me suis scrupuleuseniciil conforme an\ insliudions de lainirauté concernant l'examen de la côte, et de ce! examen il est résulté pour moi la conviction (juaucun navire n"a passé en vue du continent. Il est, en ellet, impossible qu'ils aient pu le faire sans être vus |)ar les nombreux |)artis d'Escjuimaux occupés à explorer la mer pour chasser les baleines. Nous avons de plus appris des Esquimaux de l'entrée de Hack, que les glaces avaient envahi leurs côtes pendanl presque loul l'été, et l'état d'agglomération dans lequel nous les avons laissées le i septembre rendait loul a l'ail inqirobable (piclles dussent encoi'e s'ouvrir à cette époque avancée de la saison , pour oll'rir un passage à des navii'es.

'< J"éprou\e un vif regrel (|ue les glaces m'aient empêché de traverser jusqu'à la terre de Wollaslon, et de compléter ainsi en une saison le programme tracé par les instructions de l'amiraulé. Dès les premiers beaux jours de l'année prochaine, le docteur Rae, dont je ne saurais trop louer le zèle cl l'aclivilé, ira reprendre la suile de no> recherches communes. Des caches de |)einini(an cl l'allirail d'arnH'nu'Ml ik'>

nn( Ti;i I! liK II \iii)S(»\. 3iîi

liiilfiinx xiiil déjà échelonnés en ;i\aiil mit 1:i iiuilo qu'il (loil sui\re.

« Aux ressources don! il |Hiil di-poscr il es! nécessaire d'ajouter celles (]n'il iKMil lirer des contrées mêmes qu'il va traverser. De nonducux tinupe;ni\ (le daims émigrent an |)rinlcm|)s, des rivaj.a's du conliiient aux terres de Victoria et de Wollaston, en IVancliissant les détroits gelés, et ils reviennent en automne. Les côtes, peuplées de \eaux marins, ser- \eiit aussi de lieux de pâture a de grandes troupes d'oies de neige. La chasse el la pèche peuvent donc venir en aide à l'expédition Franklin, et nous avons un exemple récent des ressources qu'on peul tirer de ces climats dans M. Rae lui-même, ([ui a passé uu hi\er rigoureux sur les rives désolées de la baie Repuise, sans autre combustible que les tiges desséchées d'une espèce d'andrumède herbacée, et sans autres provisions, pour uduirir un nombreux détachement pendant tonte une année, (jue celles que lui t'onrnissail la chasse.

1' De pareils exemples nous intei'disent de perdre tout espoir relativement aux aini> que nous cherchons. >'

Laniiraule reeevail, a I epo(]ue nu''me ou hu par- \euail le ra[)porl du doeleui' Richardsou , celui Aw capitaine James (llerk Ross, cpii, a\ec deux vais-

340 VOYAGES KT DKCOl' Vi: liTES.

soaiix, L'Iait allé demander aux eaux occidentales des détroits de Davis et de Lancastre les traces des navires de Franklin.

« Les bâtiments de Sa Majesté, rEnlrc/irisc o\ l'Iiivcsligatenr, retenus à l'orient de la haie de Baffîn ]Kir ime accumulation de enlaces sans antécédents dans cette saison, nont pn appareiller cjue le 13 juin 1818, de l'établissement danois d'Uppernavick.

(( Après avoir contourné l'obstacle par le nord, au milieu de difficultés telles, que nous n'atteignîmes la mer ouverte que le 20 août seulement, nous nous dirigeâmes directement sur la baie de Pond, oii j'avais l'espoir de rencontrer des baleiniers, si (|uel- (pies-uns avaient pu pénétrer jusque-là, et ])eutêtre d'apprendre d'eux si l'Erche et la Terreur, ou des détachements envoyés de ces bâtimenis dans les embarcations, avaient passé le long de la côte; j'avais aussi en vue île communiquer avec les Escfuimaux qui visitent annuellement ces rivages, et d'oiitenir d'eux peut-être quelques renseignements sur le sort de nos amis absents.

I' Le 23, nous reconnûmes la tei'reà enxintn t\cu\ milles au sud de la baie de Pond, et nous pûmes suivre la ligne de la grande banquise qui s'appuyail conlre la cùle, ;i une dislance de (piaire à i'in(| n)illes dans le sud. Mlle cliiil Iclleinciil pressée du cùh' de

CAriTVIM: CI.KUK liOSS. 3'i7

((.•rre, (]ii'il ne ivstitil plus assez de place pour- (|ue (les navires ou des embarcations pussent passer (Mitre elle et le ii\ape, où Ton sail que les Es(piimaux établissent leur résidence d'étt' ; nous lirions nn coup de canon toutes les demi -heures, et nous examinions, avec nos lunettes de longue-vue, tous les points de la C(jte, mais nous ne parvînmes à découvrir aucun être humain.

« \ partir de là, nous remontâmes vers le nordouest, en rangeant la terre de si près, tjuc rien sur la côte, homme ou embarcation, n'eût pu échapper à notre minutieux examen. Dans le même but, je fis explorer la baie Possession. On n'y trouva que le papier que sir Edward Parry y avait laissé, en iSIlt, en souvenir de son expédition. Ce papier était trèsendommagé; mais en le lavant soigneusement, et en réunissant les morceaux , presque tous les mots purent être déchifTrés. Nous l'avons conservé.

H A partir de ce point, nous continuâmes l'étude de la côte avec le même soin; car nous nous attendions à chaque instant à voir ceux que nous cherchions; et des vigies, placées dans les mâts et sur le pont, exploraient l'horizon avec l'attention la plus vigilante.

(( Le l" septemiire, nous arrivâmes devant le cap York; j'envoyai un détacheineni à terre, pour cher-

cher !?i nos camarades s" y trouvaient, et poiii' li\er, snr ce [)oint remaitiuiililc, une marque facile à reconnaître, et à laquelle lui jointe un papier, |)onr servii" d'instruction à ceux qui le Ircjuxeraient. (^ellc mission fui accomplie avec beaucoup d'inlelli.sence par le lieutenant M'Clintock, malgré la difliculté des circonstances.

" Chaque jour nous jetions à la mer, de chacun des deux navires, un baril contenant des papiers, poui' faire connaître notre situation; cpiand il y avait de la brume, on tirait le canon ; pendant les heures de la nuit, on brûlait des feux de Bengale et des fusées; les navires étaient daiileui's tenus sous inie pelilc voilure, de sorte qu'une embarcation (pii aurait \n les signaux aurait pu facilement nous atteindre.

« Le but général des informations ainsi distribuées le long de la côte était de faire savoir à sir John Fraidvlin, ou a toute personne faisant partie de l'expédition, que les baleiniers n'ayant pu ])énétrer juscpi'à l'ouest de la baie de Baliin, il n'\ avait a attendre d'eux aucun secours; il leur était ensuite recommandé de se diriger vers le port Leopold , où mon intention était de former un dépôt de pro- \isions, et peut-ètic de l'aii'e hixciner riiirrslii/alciir.

« Cet engagement pris, il fallait le tenir; mais (Icja cliaipie nui! le thermomètre tombait de il" à !<•"

r.MMTUM" C.I.KIiK HOSS. 349

conligrades SOUS zéro, et la glace nouvelle se toiinaii si rapidement dans les interstices de la vieille hiiiiquise, (|u'il ikjiis fallut plusieurs jours d'elTorts pour gagner le port. Nous étions déjà au 11 septembre, et, si nous n'avions pas atteint le mouillage ce jouila, il nous eût été impossible d'y pénétrer plus tard; car, pendant la nuit, la grande banquise venant se l'éunirà la terre, ferma hermétiquement l'entrée du port, et nous forea à y prendre nos quartiers d'hiver.

(( Quoique je ne pusse être qu'extrêmement con- Irarié du peu de progrés que nous avions faits dans cette première saison, cependant nous devions remercier la Providence de nous avoir permis d'atteindre des (juartiers d'hiversùrs, dans le port Léopold; cette position était, de toutes, la plus convenable, si l'on en a\ait eu une ii choisir pour cet objet; car, se trouvant à la jonction de quatre grands canaux, le détroit de Barrow, le détroit de Lancastre, celui du Prince- Régent et le canal de Wellington, il était presque impossible que des équipages, après avoiiabandonné leurs navires, longeassent les côtes d'aucnn de ces bras de mer sans trouver des indices (lu \oisinage de noire expédition.

« L'hiver se passa comme tous les hivers de ces climats; mais une longue expi'iience et l'espril li-

350 VOYAGES KT DIXOi; VEHTES.

Itérai <iui avaient présidé à l'expédition, nous avaient poiirxus de bien des ressources de bien-èlre dont n'avait jamaisjoui aucune autre expédition ; et pourtant il est à remarquer que la santé de ré([uipage l'Ut plus à souffrir durant cet hiver qu'en aucune autre circonstance. Le peu de succès de nos tentatives a pu contribuer à abattre l'ardeur de nos hommes, et malheureusement les froids de l'hiver se sont prolongés, d'une manière inaccoutumée, fort avant dans le printemps, avant qu'on ait pu diriger cette ardeur vers de nouveaux efforts.

« Pendant rhi\er, nous prîmes une grande quantité de renards lilancs vivants, dans des pièges faits exprès; on sait (pie ces animaux traversent d'immenses étendues de pays pour chercher leur nourriture. Je fis river à leur cou des colliers de cuivre, sur lesquels on avait gravé l'indication de la position des navires et des dépôts de vivres, et je les lis mettre en liberlé, dans l'espoir que ces messagers d'une nouvelle espèce iraient porter ces renseignements à l'Erhbc et à lu Terreur; car il n'y avait pas à douter que les équipages de ces navires fussent trèsempressés à prendre ces animaux, s'ils les voyaient.

« Après quelques courses j)réliminaires laites en avril et dans les premiers jours du moissui\aiil, pour aller Intincr de pcl ils d('p('>ls de vixrcsà Iducsl ri au

CAI'ITAIM' Cl.tlik liOSS. 351

sud (le iKilrc pusition, je (|iiill;ii les na\iros le !."> mai, avee un détaeliemeiil cuniposé du lieiileiiaiil .M'diiiiinck el de duuze liommes. Nous avions piis |)(jur (juarante jours de vivres, qui {'ureut attachés, ainsi que dos tentes, des vêtements, des couvertures el d'autres objets nécessaires, sur deux traîneaux. (( La côte septentrionale du North-Somerset horde au sud le détroit de Barrow jusqu'au cap Bunny, ou elle tourne brusquement vers le sud. Des hautes falaises qui avoisinent ce cap élevé, la vue s'étend a l'ouest jusqu'au cap Walker, au nord jusqu'au canal de W'elliniiton. Tout cet espace, au moment où je le contemplai, était occupé par un amas effrayant de montagnes el de masses de glaces amoncelées, tandis que, du côté du midi, la mer îrelee oiVrail une surface comparativement unie, et plui fa\()ial)le pour voyager. Je me décidai, en conséquence, à ne pas diviser ma troupe, comme j'en avais eu d'abord l'intention, et à suivre les sinut)sités de la côte, dans la direction du sud, avec tous mes hommes réunis. Bien nous prit de cette résolulion; car bientôt beaucoup d'entre eux, estropiés el affaiblis, ne purent pins nous être de la moindre nlilih', el la necessile où nous fûmes de porter les pins malades sur les traîneaux, et de nous priver des services de plusieurs antres, (pii axaient ii peine

352 \(IV\(;ES et DÉCOrVEISTES.

la force de nous suivre, njoiila uiitic mesure à la fatigue de ceux (|ui ctaieiil encore en étal de travailler.

« Cetle circonstance, jointe à la diminution de nos provisions, plus qiià moitié consommées, mit un terme à notre exploration de la côle. Nous étions alors au 3 juin.

(c Donnant un joui' de repos au gros de ma troupe, je mavancai avec les deux plus dispos de mes hommes, jusqu'au promontoire le plus méridional qui fijt en vue de notre campement. Il est situé par 72" 38' de latitude nord, et 98° de longitude ouest de Paris. L'état de l'atmosphère était on ne peut plus favorable, et l'œil eùl facilement distingué à cent milles une hauteur un peu considérable. Le cap le plus élevé que nous eussions en vue dans le sud n'était pourtant pas à plus de la moitié de cette distance, et plus loin la côte se dirigeait vers le cap Nicolas I", point le plus septentrional que j'aie atteint, eu 1832, lorsque j'accompagnais sir John Ross sur la \ ictori/. Certes il fallait (|iie mon escorte fût tout a fait hors de service pour que je renonçasse à visiter de nouveau ce cap, ainsi que le pôle magnétique (|ui en est voisin. Nous érigeâmes ensuite un ctiini ou grand tas de pierres, sui' ini nianu'lcin silnr JunIc an-dcssns de nos lentes, el l'on

CAPITAINE CI.EIÎK HOSS. 333

y plaça un cylindre de cuivre eonlenant le détail de nos opérations et tous les renseignements nécessaires pour guider ceux des hommes de sir Joliii Franklin qui pourraient arriver sur cette partie de la côte.

« Quoique nos ressources ne nous permissent pas de prolonger davantage nos investigations, nous eûmes du moins la satisfaction d'être sûrs que, si ceux que nous cherchions avaient jamais paru sur la côte nord ou sur la côte ouest du North- Somerset, nous en aurions trouvé quelques traces. S'ils avaient abandonné leurs navires dans les parages de l'Ile Melville, ils auraient dû arriver sur ces côtes longtemps avant cette époque; et là ils nous auraient trouvés dans la position la plus favorable pour leur prêter assistance et les conduire à nos bâtiments.

« Nous nous étions mis en route pour retourneià nos quartiers d'hiver, dans la soirée du 6 juin. Après avoir surmonté une foule de difficultés inhérentes au sol et au climat, nous rejoignîmes les navires le 23 du même mois. Le détachement était tellement accablé de fatigue, que chacun des hommes qui le composaient resta entre les mains du docteur pendant trois semaines, pour un motif ou pour un autre ; et j'ai le regret d'ajouter que deux d'entre eux ne sont pas encore rétablis au moment où j'écris.

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