‹ Voyages et découvertes outre-mer au 19e siècleChapitre 38 sur 64 · DOCTEUR 1:L.-K. K \ \ E · texte numérisé non relu

DOCTEUR 1:L.-K. K \ \ E

au l'oiul (Ida l)aie déboiiclieut uu détroit et un ra\iu oblique, tous deux remplis par l'extension du même glacier.

« Le détroit s'avance jusqu'à Pétera vik, où un clan d'Esquimaux a ses quartiers; l'autre étahlisseincul est celui d'Etah, plus voisin du nôtre. Une masse de glace, qui s'élève à un angle de 45° jusqu'à ce ([u'ello se confonde avec les flancs escarpés d'une montagne^ forme deux taches obscures sur les neiges d'un blanc i)ur. En approchant, vous vous apercevez que ces taches sont des perforations dans la neige; plus près encore, vous en distinguez au-dessus de chaque ouverture qui les réunit. Ce sont les portes et les fenêtres de l'établissement : deux huttes et quatre familles entièrement enfouies dans la neige !

« Les habitants de ces terriers se groupèrent autour de moi il mon arrivée. Nalcgak! nalegak! tima! K (llu'l'l chef! salut! » crièront-ils en chœur. Jamais peuple ne me sembla plus désireux d'être bienveillanl et plus |)oli envers un visilenr iuallcndu. Mais ils étaient légèrement vêtus, et en Ijutte à un souffle glacé du nord-ouest; ils s'enfoncèrent bientôt dans leurs fourmilières. Pendant ce temps, des préparatifs étaient faits pour ma réception ; peu après Metek, le maître de l'établissement, et moi, nous

3S0 VOVACES ET DIX.OI VEIITES.

rampions sur les mains et sur les genoux dans un couloir de trente pieds de longueur. Lorsque j'émergeai à l'intérieur, le salut de « nalegak » fut répété avec un accroissement d'énergie qui n'était rien moins que plaisant.

« Il se trouvait des hôtes avant moi dans ce taudis : six robustes naturels d'un clan voisin. Ils avaient été surpris par la tempête en chassant, et étaient déjà groupés sur le kolopsut '. Ils joignirent leurs cris au cri de bienvenue, et je respirai biontôl la vapeur ammoniacale de quatorze compagnons de logement, vigoureux, bien repus, malpropres et déshabillés. J'arrivais assez fatigué d'un voyage de dix-huit milles à travers une atmosphère glacée. Le thermomètre marquait à l'intérieur 90", et la voûte mesurait quinze pieds sur si\. Impossible de s'imaginer, sans l'avoir vue, une telle masse amorphe de créatures humaines entassées : hommes, femmes, enfants, n'ayant rien pour se couvinr cpie leur saleté native, mêlés, confondus comme des vers dans un panier de pêcheur.

Il il n'y a pas d'exagération hyperbolique (]ui puisse dépasser cette réalité. La plate-forme servant

' Banc nu lil on nrifro balliir. rcronvorl ilo pran\ . ol qui fr.'ii-nil Ir |ifiiii'liinr iiilri'ioiii- de l;i hiillr.

UOCTELU KL.-K. KANK. 381

de siège et de lit ne mesurait que sept pieds de largeur sur six de profondeur, sa forme étant semielliptique; eh bien, en comprenant les enfants et sans me compter, treize personnes s'y trouvaient réunies.

« Le kotluk, ou lampe de ciiaque matrone, brûlait avec une flamme de seize pouces de longueur. In quartier de phoque, qui gisait gelé sur le plancher, avait été coupé par tranches, et commença à fumer par morceaux de dix à (piinze livres. Metek, avec l'aide d'un jeune amateur, fils de quelqu'un des dormeurs, dépêchait les portions sans mon assistance. Ils m'invitèrent très-cordialemeut à faire comme eux, mais la vue seule de ce régime culinaire me suffisait. Je soupai avec une poignée de fragments de foie gelé que j'avais dans ma poche, et, en proie à une sueur abondante, je me déshabillai comme les autres; j'arrangeai ma carcasse bien fatiguée aux pieds de M"" Eider-Duck, dans ce logis, et, plaçant son enfant à ma gauche, je pris pour oreiller l'estomac sufTisamment chaud (le mon ami Metek; puis, dans celte position, comme un hôte à qui Ton donne la place d'honneur, je m'endormis.

« Le matin suivant, le soleil étant assez haut, je m'éveillai. M'"" Eidor-Duck tenait prêt mou déjou-

lier. Elle avait placé, dans rcxtrémitô d'un os concave, un morceau de baleine bouillie, tranche choisie! Je n'avais pas vu les préliminaires de la cuisine : je suis un vieux voyageur, et je ne me donne pas le soin de sonder les mystères de la cuisine. Mon appétit était dans son bienheureux redoublement habituel, et j'allais saisir l'offre souriante, quand je vis la matrone , qui manipulait comme intendante en chef de l'autre kotluk, accomplir une opéralion qui m'arrêta. Elle avait dans sa main un 03 pareil à celui qui supportait mon dcjcimer; il est vrai que c'est l'universel ustensile d'une cuisine d'Esquimaux; et, comme je tournai la tête, je le lui vis retirer tranquillement de dessous son vêtement, et, le plongeant alors dans le pot à soupe, en extraire la contre-partie de mon propre morceau fumant. J'appris plus tard que cet ustensile a deux usages reconnus, cl quand on n'en a pas besoin immédiatement pour le pot-au-feu ou la table, il sert... je n'ose dire à (pioi.

« La notion de la malpropreté n'existe pas pour les Esquimaux. C'est un Irait ethnologique pailiculier à ces nomades d'outre-nord; et il dnit rire allriliué non-seulement à leur régime diététique et à leur \ie domestique particulière, mais encore au IVoid cxli'èiiK', dont l'aclioii inslaiifaïK'e anèle la

Page 1