‹ Voyages et découvertes outre-mer au 19e siècleChapitre 41 sur 64 · DOCTEUR EL -K K \\E · texte numérisé non relu

DOCTEUR EL -K K \\E

nous croyions hors d'embarras, quand tout a coup nous tombâmes sur un rocher qui n'est pas indiqué sur les cartes; la plaine de glace qui s'étendait à sa base était plus grande encore que celle que nous venions de franchir à si grand'peine. Il nous fallait la doubler à tout hasard ; nous étions trop fatigués pour pouAoir la franchir autrement; mais nous dûmes renoncer à notre tentative.

« Je grimpai encore sur la banquise la plus voisine : ces montagnes de glace nous servaient à explorer le pays. J'examinai le pays dans la direction du sud. Jamais je ne vis plus désolant spectacle : pas de mer ouverte; nous nous trouvions dans une impasse. Devant nous, derrière nous des obstacles (|ue nos hommes épuisés ne pouvaient songer à surmonter; il fallait attendre que l'été vînt nous frayer notre chemin, et cela avec des provisions insnfiisantes, avec des embarcations dans un état déplorable.

« Enfin nous découvrîmes un étroit chenal, simple fissure au milieu des blocs de glace attachés au rivage; il nous conduisit sur des falaises escarpées, où nos embarcations trouvèrent un abri assuré. Des i)locs de rochers entassés les uns sur les autres donnaient l'aspect d'une armure gigantesque à cette falaise, dont les sommets se perdaient dans le brouil-

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lai'd (le lu Ijniine. Les^ oiseaux semblaient avoir établi li'iii' séjour dans ces rocs crevassés; les plongeons liimmes, les mouettes tridactyles y abondaient surtout.

" Sur notre droite, un |i(iiil naliircl conduisait à un petit vallon tout verdoyant de mousse, que dominait un glacier froid et étincelant.

" Du luiut d'une colline escarpée j eus une vue splendide de ce grand océan de glaciers, qui semble former Taxe du Groenland; parsemée d'îles, cette vaste mer empourprée se découpait sur l'azur de l'horizon comme une ceinture de diamants dont les feux étincellent au soleil.

« Le glacier de Humboldl et le glacier près d'Etah sont les seuls tpie jaie vus qui débitent plus d'eau. Un torrent (pii coulait à sa base avait de deux à cinq pieds de profondeur; il couvrait de son eau la plaine glacée sur une surface de plusieurs centaines de yards; nu autre s'échappait du sommet du glacier en bondissant sur les rochers, |)()nr venir tomber en cascades sur la jilage.

" Les renoncules, les saxifrages, les partniacées, les mousses, les graminées du nord abondaient à la hauteur du premier talus; je trouvai les lichens deux cents pieds plus haut. Le thermomètre marquait au soleil 3" 2" cenligiades, à riuiihiv, T.

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i< Un des caractères les plus frappants de celle scène était la vie qui y al)ondait : cocliléaria délicieux, œufs délicats, lummes énormes, gras et savoureux; tout était a i)rofusion. Quel Edeii pour des scorbutiques affamés !

« Ce fut une joyeuse vacance que la iiuitainc passée eu ce lieu nommé par moi la Providence, huitaine remplie de repos, de pensers heureux. Je ne laissai jamais pressentir à qui que ce fût que ce séjour était un séjour forcé. Deux individus seulement, (pii avaient \u avec moi cet effrayant désert (le glace qui nous hai'rait le passage, savaient la réalité de notre position; mais ils m'avaient juré le silence.

(' Cette partie de la cùle a dû autrefois être un |)aradis esquimau, ainsi que l'attestaient les ruines (jui nous entouraient; par TC)" 20', nous trouvâmes les traces d'un grand village. »

L'expédition arriva au cap York le 21 juillet. On n'axait plus de provisions que pour trois semaines au plus. Assemblant alors ses ofliciers, Kane leur déclara ipiil l'tait nécessaire d'avancer. On se dirigea donc vers le sud-ouest, à tra\ers une immense plaine de glace, qui devenait de plus en plus compacte. Pour comble d'inforluiie, on avait perdu le chenal. Kane ordomui qu'on fit halte sui' la glace.

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