ENVOYÉ A LA RECHERCHE DE SIR JOHN FRANKLIN
L'Investigateur. — Découverte de l'île de Baring. — Découverle du détroit du Prince -de -Galles. — Hiver de 1830 à ISol. — Excursion et reconnaissance géographiques. — Second hivernage (1831-1852). — Troisième hiver (l8o2-l8o3|. - Délivrance.
Depuis trois ans, on n'avait pas entendu |)arlcr du navire l'Investigateur, confié par raniiraiité au commandant Mac-Clure, pour aller à la recherche du capitaine John Franklin, lorsqu'à la fin de 1853 une partie de l'équipage de ce navire aborda tout à coup en .\ngleterre, chargée par son héroïque chef de remettre à l'amirauté un rapport daté de la terre de Banks. Nous donnons ici les passages les plus intéressants de ce rapport , d'après la traduction qui en a été faite en partie par MM. A. Hervé et F. de Lanoye :
« Le (i septembre 'IRoO^, à onze heures du ma-
Wi VOYAGES \:t dkcol veutes.
lin, nous nous trouvions par le travers du cap Parry; le temps était clair, la mer belle. Poussés par un bon vent d'ouest, nous voyions la banquise permanente s'écarter à tribord et remonter vers le nord, lorsqu'on aperçut de l'avant, à une distance d'environ cinquante milles, dans le nord-est, une terre d'une grande élévation.
« Ayant fait aussitôt mettre le cap sur cette côte inconnue, je remarquai qu'à l'occident elle servait de base à la banquise, tandis qu'à l'est, au contraire, la mer était comparativement praticable. Je pris donc sur-le-champ le parti de suivre cette direction, dans la supposition que je n'avais devant moi qu'une île, et qu'en la doublant je finirais par trouver un débouché dans la mer Polaire. Le 7, au matin, nous étions à l'extrémité méridionale de cette terre, magnifique promontoire formé par des rochers perpendiculaires de plus de mille pieds de hauteur; nous lui avons donné le nom de cap Nelson. Bientôt après, m'embarquantdans la chaloupe, j'allai, suivant l'antique usage consacré par tous mes devanciers, prendre possession de notre découverte, (pie je noininai île Baring, en l'iumiu'ui' du prcnncr Imd di' l'iiniil'auté. Un poteau surnionlc diin i)all(in pcinl fui ('icvi' sur le rixaiic pni' 71" (i' de laliludc, el par ll2o" 2'i (le litngiludc nccidcnlalc ; pui> un liiii il
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(■uiili'iiiiiil lin |)rocès- verbal de celle l'ornialile lui l'iituiii a la liase du poteau.
« Tout auldiir de nous, nous observâmes des (races nombreuses et fraîches de rennes, de lièvres et d"oios arcti(|ues, et, au milieu de mousses almndantes, apparaissaient en pleine floraison un certain nombre de plantes.
« Ayant gravi une hauteur d'environ cinq cents pieds, nous pûmes jouir de la vue de l'intérieur : partout un tapis de mousse couvrait le sol, et donnait une appaience de verdure à plusieurs rangées successives de montagnes, dont les plus élevées atteignaient deux et trois mille pieds. Les ravins creusés entre leurs pentes semblaient alimenter un grand lac, (]ui s'étendait au centre d'une vaste plaine, à quinze milles de nous. L'aspect de la mer n'était pas moins favorable. A l'est, on ne voyait que quelques glaçons flottant à sa surface, qui semblaient promettre une navigation libre de ce côté. Je m'empressai donc de remettre à la voile; mais presque aussitôt la brume nous enveloppa, et pendant deu\ jours la sonde fut notre seul guide dans ces parages inconnus. Le 9, pendant une éclaircie, nous aperçûmes à l'est, à environ quinze milles de nous, une côte qui se prolongeait au nord, à perte de vue, parallèlement à celle de l'île Baring. Les terres
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basses de ce rivage étaient seules exemptes de neige, tandis qu'une blanche couche de glaces revêtait les hautes montagnes de l'intérieur; nous distinguâmes quelques pics dont la l'orme remarquable révélait l'origine volcanique.
« l'n épais brouillard mêle de neige nous força bientôt de louvoyei' lentement dans le détroit resserré que laissent entre elles l'Ile Haring et notre nouvelle d(''couverte , qui l'ecut le nom de terre du Prince- Albert. Par 7î2" iij', le canal s'infléchit brusquement à l'ouest. In peu plus loin, nous dépassâmes deux petites îles de rochers, auxquelles je laissai le nom à'Ues de la Princesse-Royale. D'après mon estimation , nous ne nous trouvions plus alors (pi'à soixante-dix milles du bassin de Melville. . . Le vent était redevenu favorable; la mer paraissait encore libre; mais elle charriait de immbreux glaçons, et, au moment où nous cherchions à passer entre deux champs de glace, ils se rapprochèrent l'un de l'autre avec tant de rapidité, que le vaisseau fut subitement arrèt(' dans sa course, et même pendant quelques minutes soulevé sur la glace. Quand cessa la pression des deux champs en dérive, il se retrouva à flot, el nous continuâmes d"a\ancer; mais ce fut pour bien peu de temps. Le lendemain 11, nous étions cernés par les glaces; et lorsque vers le soir
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nous parvînmes à nous dégager, j"eiis le cliagrin de constatei' que le ((iiiiant avait changé, et nous ramenait vers le sud.
« L'abaissement delà température cl l'apparitinn presque instantanée d"une cnueiie de glace sur les espaces encore libres de la mer, cliaiinc fois cpie le vent faiblissait, annonçaient clairement la lin de la saison navigable. La sûreté du navire exigeait de moi une prompte décision, je le reconnus avec anxiété. Retourner vers le sud, oii la mer était encore ouviTlc, rt chercher un ahii jxtur Tliiver sur (fuelques points di' la côte sud-est d(> ['de Baring, c"éfait une tentative facile; mais si ma recherche d'un bon mouillage suivant cette direction était infructueuse, le navire se trouvait placé dans la plus dangereuse des situations ; car il demeurerait exposé, au milieu d'un vaste espace de mer, au choc et à la pression des immenses champs de glace que les courants |)olaires poussent incessamment contre les rivages des archipels arctiques. En restant dans le détroit au riscpie dliiverner parmi la glace même, je conservais au moins la chance d'avancer au nordest aussi longtemps que je le pourrais, et l'avantage de ne pas abandonner l'espace conquis au prix de tant de labeurs et d'inquiétudes, quand la perte d'un seul mille pouvait compromettre toute la navigation
idS VOYACES I;T ItKCOlJVEUTKS.
ilr lu saiï^oii suisaiilc. Je r(''S()lus donc ilc garder ma |)ositioii actuelle, (|iii d'ailleurs se trouvait dans la direction très-probablement suivie par sir John Franklin, s'il avait dépassé le cap Walker.
<' . . Quelques beaux jours de plus m'eussent permis de franchir l'issue du détroit, et d'atteindre les parages connus de l'archipel Parry, où peut-être nous étions attendus... Cette faveur ne nous fut pas accordée. Après avoir consumé en vains efforts le reste du mois de septembre, après avoir renouvelé vingt fois nos tentatives pour nous faire une trouée, et toujours en manquant de périr, nous fûmes conti'aints de chercher un asile pour rinveslif/atevr, dans l'échancrure d'un vaste champ de glace, au- (piel nous l'amarrâmes étroitement, à force de câbles et déchaînes. Dérivantavec notre port flottant, nous fûmes ramenés jusque derrière les îles de la l*rincesse-Royale. Pendant cette périlleuse navigation, le bâtiment reçut plus d'une rude secousse, et plus d'une fois fut entraîné vers les côtes du détroit; mais l'épais radeau qui l'entourait le préserva de joute atteinte. Dans la pi'('>vision d nnc (atastro|)lie ipii nous forcerait à cpiiller le na\ire, je lis montei' sur le pont des provisions pour un an, el distribuer a tous les hommes de l'éipiipage leurs elfets de campement, tels (pie lentes, couxertures, vêtements