‹ Voyages et découvertes outre-mer au 19e siècleChapitre 45 sur 64 · GO M M \ M » \ N 1 M A C - C I. II II E · texte numérisé non relu

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cliiiiids cl l)()(l(>s t'oiirrt'es. Pour pivimmir \v \n\l\iiKMil lui-même contre de trop fortes avaries dans le ras où il viendrait à se renverser sur la glace, je le lis entourer d"une ceinture matelassée et composée de nos hamacs i^onflés comme des outres. Cela fait, cl notic liaxre errant parfaitement consolidé et tixé par 21" au-dessous de zéro, nous complétâmes nos arrangements de ménage et nos préparatifs d'hivernage.

« ... Le 10 octobre, accompagné du lieutenant Creswell, du docteur Amstrong, de M. Miertsching et de quelques hommes, j'allai pédesirement prendre possession de la terre du Prince-Albert. Cette formalité fut suivie d'une excursion dans l'intérieur, (|ui nous y fit découvrir de profonds ravins et de grands lacs; mais ce fut en vain que, du sommet dune colline de quinze cents pieds de haut, nous cherchâmes à apercevoir la mer de Melville. Complètement glacées, ses eaux se confondaient avec la terre dans le lointain.

« ... Notre retour au vaisseau fut marqué par un de ces accidents si frécpients dans les mers polaires. Une crevasse de près de cent mètres de largeur s'était ouverte depuis le matin entre la glace et le rivage. En vain nous suivîmes celui-ci pendant plusieurs milles; l'intervalle béant et liquide était

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toujours le même, et cependant In nuit eommençait :'i tomber. Nous dûmes nous aiiùter et tirer des coups de fusil pour nous faire entendre du vaisseau; mais nous étions trop loin pour èlre entendus. A huit heures seulement, des iiens de r('(piipap:e, détachés à notre recherche depuis le commencement de l'obscurité, aperçurent par bonheur la lueur des dernières décharges, et se dirigèrent de notre côté. Après avoir sondé l'obstacle (pii s'étendait entre eux et nous, ils coururent au navire chercher deux roiiots Halhett , qui nous transportèrent à l'autre bord, non sans quehpie péril et sans beaucoup de peine.

« Je ne puis trop insister sur le nu-rite de cette invention. Ces admirables petits esquifs en caoutchouc sont gonflés d'air à bord, puis transportés avec une extrême facilite sur les épaules d'un seul homme, à travers les glaces du plus difficile accès, dont les aspérités tranchantes mettraient en pièces toute autre embarcation. Gnu'e à eux, ce jour-là, on a réussi à sauver une troupe nombreuse, qui sans tentes, sans couvertures, sans feu et sans aliments, allait être exposée aux rigueurs d'une nuit arctique, pendant laquelle le thermomètre tomba à 'iT audessous de zéro.

" Cependant il me fallait à tout prix constater que

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le canal du Piince-de-Galles j'ai ainsi nomme le détroit) communiquait avec les eaux de l'archipel Parry. C'est ijounjuoi je voulus entreprendre moimême cette reconnaissance, quoique la saison fût d(''jà fort avancée pour une telle excursion. Parti le '21 octolu'e, j eus, le 20, l'inexprimable joie de planter ma tente par 73" 31' de latitude, et par 117" de longitude, c'est-à-dire sur la ligne même où les cartes de sir Edward Parry placent la terre de Banks, entrevue par lui en 1819, des hauteurs de l'île Melville. Ainsi mes travaux, rattachés à ceux de mon illustre devancier, donnaient la solution tant cherchée du passage au nord de l'Amérique, et la côte nord -est de l'île Baring était la terre de lianks.

« Cette découverte a été faite par une expédition de six hommes, un officier et moi, avec un traîneau. Il faisait un froid mordant à cette époque avancée de l'année, d'autant que la glace sur laquelle nous étions obligés de dormir n'était pas suffisamment couverte de neige sèche, comme elle l'est ordinairement an printemps : alors on est chaudement et confortablement sous les tentes. Notre excursion heureusement a été courte; nous n'avons mis que dix jours à faire cent quatre-vingts milles sur la glace. La fin a failli mal tourner pour moi. Le dernier jour, je quittai

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le traiuwui pour arriver un peu avant les autres au bàlimeut, et faire préparer quelques ravitaillemculs pour eux. J'avais encore environ quinze milles à faire. Peu de temps après avoir quitté mes compagnons, j'entrai dans un épais brouillard; cependant, tant (]u'il fit jour et que je pus voir ma boussole, je m'en tirai; mais à cinq heures la nuit vint, et je perdis mon chemin. Je me trou\ai fourvoyé dans des morceaux de glace aussi solides et aussi durs que des pavés, et sur lesquels je trébuchais et tombais à chaque pas, au risque de me briser bras, tête et jambes. Je fus obligé de m'arrêter, étant trèsépuisé, car je n'avais rien pris qu'un maigre déjeuner, à sept heures du matin. Je me fis un lit confortable dans la neige, sous l'abri d'une large dalle de glace, y enfonçant mes jambes jusqu'aux genoux, pour empêcher mes doigts de pieds de se geler. Je tombai bientôt dans un profond sommeil, d'oii, à environ minuit, je fus tiré par le passage d'un météore qui traversait le ciel; je me levai, je trouvai une nuit étincelante d'étoiles avec une brillante aurore, et je me dirigeai du côté du navire. Mais, ayant épuisé toutes mes munitions, je ne pou\ais alliicr l'attention du bord; alors j'errai jus(]u'au jour, et je finis par découvrir (jue j'avais dépassé le bâtiment d'environ quatre milles. Kn reprenant ma

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luiile, je reucoiitrai plusieurs traces d'ours; mais janivai à iuiil lieures, sain et sauf, (|uui(ju"il y eùl 26 degrc's au-dessous de zéro, et que je fusse resté vingt-cinq heures sans rien prendre.

« A mon retour au navire, jappris, non sans une \ive satisfaction, que sept bœufs musqués, tués en mou absence par nos chasseurs sur la terre du Prince- Albert, avaient augmenté notre approvisionnement d'environ treize cents livres d'excellente viande Iraiche, ressource inespérée et bien ]irécieuse pour l'hiver.

« Cette saison si redoutable, et dont l'approche avait excité bien des craintes parmi nous, s'écoula fort doucement. Bien qu'en janvier, février et mars, le froid descendit parfois jusqu'à 44^", et que la température moyenne fût au-dessous de 38", l'étal sanitaire de l'équipage ne lut aucunement altéré. l'oint de doute que ce résultat remarquable ne fîit dû à l'énergie de nos marins, à l'excellence des provisions de toute espèce que nous avions à bord , el au bon système de venlilalion de l'intérieur du vaisseau.

(' Dès les premiers jours de mars, les préparatifs de la campagne de 1851 furent commencés. Je ils d'abord transporter sur une des îles de la Princesse- Royale une grande chaloupe avec trois mois de vivres,

afin que, si l'Investigateur venait à être écrasé au moment de la rupture des glaces, son équipage conservât les moyens d'atteindre le Plover, dans le détroit de Behring. Une autre chaloupe fut aussi disposée sur le rivage de la terre du Prince-Albert, afin de servir aux détachements, dans le cas où ils se trouveraient, à leur retour, éloignés de leurs compagnons par la dérive ou la destruction du navire.

« Le 18 avril, par un beau temps, trois détachements organisés à l'avance , et pourvus chacun d'un traîneau chargé de provisions pour six semaines, s'éloignèrent dans trois directions. Le premier, sous la conduite du lieutenant Creswell, avait pour mission l'exploration de l'île Baring. Le lieutenant Haswelt , avec le second , devait longer les rivages méridionaux de la terre du Prince- Albert, dans la direction de la terre de Wollaston. Enfin je chargeai •M. Winniat, l'un de nos contre- maîtres, de reconnaître la partie septentrionale des mêmes rivages, et de s'avancer autant que possible vers le cap Walker.

« Entre cette date et le 10 juin, le lieutenant Creswell parcourut l'île Baring dans toute sa longueur, de près de quatre-vingts lieues, et pénétra dans sa largeur jusqu'au 125'' méridien. Le voyage de M. \\inniat, qui a duré cinquante jours,

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s'est dirigé droit vers l'ouest le long d'une mémo ligne de côtes, sur plus de dix degrés de longitude. J'ai su depuis que, le 24 mai, lorsqu'il se décidait à rétrograder, il ne s'élail trouvé qu'à deux journées de marche du lieutenant Osborne (de l'expédition Austin), qui, la veille, ayant épuisé plus de la moitié de ses vivres, avait pris également le parti de rétrograder vers les vaisseaux stationnés dans le détroit de Barrow.

Il Une circonstance presque identique se rattache à l'excursion d'oîi le lieutenant Haswelt était revenu dès le 29 mai. Ayant suivi les rivages occidentaux de la terre d'Albert, et traversé deux de ces golfes étroits et profonds qui abondent dans les parages arctiques, et que les marins ont souvent pris pour des détroits, il termina sa course à un point où le docteur Rae, venant des établissements de la baie d'Hudson, a dû parvenir quelques jours après lui.

u Aux approches de l'été, les marins de l'Investigateur ne voyaient pas venir sans une anxiété profonde le moment où devaient se disjoindre les masses formidables qui les protégeaient tout en les retenant captifs. Le 7 juillet , le premier signe du dégel se manifesta par un intervalle liquide qui s'ouvrit le long du rivage de la terre du Prince- Albert; puis, sous la double influence de la pluie et de la tempéra-

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ture, remontée à 7" au-dessus de zéro, la glace fondit si rapidement, que le I i elle s'ouvrit subitement cl silencieusement autour du navire, toujours enferme dans son havre de quarante pas de largeur, au centre dn cliami) de glace qui nous servait d'asile depuis neuf mois. Sa dissolution graduelle nous i-endit libres le 17; mais presque aussitôt le voisinage de plusieurs autres champs flottants nous obligea à chercher l'abri de l'un d'eux et à nous y amarrei'.

« A partir de cet instant jusqu'au milieu du mois d'août, ce ne fut à bord de l'itivestigateur qu'une lutte continue contre les glaces, les vents et les courants, ceux ci nous ramenant toujours vers le sud, et le vaisseau s'efForçant toujours de se frayer un chemin vers l'issue nord-est du détroit.

« Le 10 août, nous n'en étions plus (|u"à luiil ii neuf lieues à peine; mais là une bancjuise impénétrable barrait le canal dans toute sa largeur; et la saison était trop avancée pour nous permettre d'espérer la rupture de cette barrière.

« Eu face de cet obstacle insurmontable, considérant cpie derrière nous la mer ('lait parfailemenl libre, je pris la résolution de re^eni^ sur mes jias \ers le sud, de doubler le cap Nelson, et de elierclier, le long de la côte occidentale de l'île Bariiig, mi passage .lu nord, enlrc la Icrre cl la bautpiisi'.

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« Sans plus délibérer, je fis aussilùl revirer de Ijord, et les éléments, si longtemps contraires, nons servirent alors si bien, qu'ils nous firent francliir en un jour l'intervalle que nous leur disputions depuis un an. Le 18, l'Investigateur, ayant contourné toute la partie méridionale de la terre de Baring, en relevait l'extrémité ouest, le cap Kellet; le 19, nous atteignions, à deux degrés plus au nord, le promontoire nord-ouest, que j'ai désigné sous le nom de Prince-Alfred; mai? là nous attendaient de nouvelles tribulations.

« ... Dans la matinée du 20, une barrière de glace, appuyée à la côte, nous barra le chemin. Pour éviter d'être entraînés par les champs flottants, nous nous amarrâmes, aussi presque possible de la terre, à un bloc de peu d'étendue, mais fort pesant, qui nous semblait solidement fixé sur un l)as-fond, à environ quatre-vingts pas du rivage. C'était là notre unique rempart contre les formidables glaçons de la mer Polaire, qu'un vent d'ouest poussait sur nous avec une vitesse d'un mille à l'heure. Le soir, notre position empira. Lu champ flottant vint heurter le bloc qui nous protégeait, et le secoua si profondément, qu'une langue de glace qui plongeait sous notre quille souleva l'Investigateur d'au moins six pieds. Cependant, en tirant le meilleur parti pos-

lis VOYAGES ET DÉCOIVEKTES.

sible de nos ancres et de nos amarres, nous réussîmes à nous maintenir pendant ce conflit, à la suite duquel le champ flottant se brisa en morceaux , tandis que nous étions poussés un peu plus près de la côte.

« Nous étions arrêtés là depuis plusieurs jours, lorsque, dans la matinée du 29 aoi*!!, les glaces commencèrent à s'ébranler. Une d'elles, d'une grande étendue, soulevant sans doute par une de ses pointes sous-marines le bloc auquel nous étions amarrés, le redressa perpendiculairement à la hauteur de notre vergue de misaine. On peut juger de notre anxiété en un pareil moment. Heureusement la glace flottante se fendit, et dériva à droite et à gauche de notre abri, qui, après plusieurs oscillations dont chacune était pour nous une menace de mort, reprit sa position primitive; mais déraciné, par le choc qu'il avait subi, du fond ou il était échoué, il ne tarda pas à dériver à son tour. Il nous entraîna avec lui ; car la proximité de la côte nous défendait impérieusement de le (|uillor. Nous doublâmes donc nos amarres, et nous suivîmes cet étrange remorqueur en broyant sous notre carène les paquets de glaçons (pi'il brisait devant nous, pendant que notre poupe soutenait les assauts violents des niasses qui se précipitaient dans notre sillage.

« Au bon! de quelques heures, glaces el navire

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devinrent de nouveau stationnaires. Nous profitâmes de ce moment de calme pour démonter et réparer, sur la glace même, notre gouvernail, cpii avait de fortement endommagé. Il venait à peine d'être replacé, et la nuit était venue, lorsque le mouvement de la mer recommença et nous emporta rapidement vers le delta noyé d'une large rivière, où les débris des glaces du large s'étaient accumulés en véritables montagnes. Pris entre cet obstacle et le bloc qui flottait avec nous, il ne nous restait que cette alternative également funeste des deux parts : ou un naufrage à la côte, si nous coupions nos amarres; ou un écrasement inévitable , si nous gardions notre position. J'eus alors recours à la ressource extrême que j'avais déjà employée dans le détroit du Prince-de- Galles. J'envoyai, à travers mille périls, notre maître canonnier enfoncer un énorme pétard dans le flanc de la glace qui nous faisait obstacle. L'explosion n'y produisit que de légères fissures, que la pression exercée par les masses voisines rendait à peine visibles. Cependant nous n'étions plus qu'à quelques pas de recueil, et l'équipage, monté sur le pont, attendait dans une solennelle anxiété l'issue de cette crise, qui semblait ne pou\ oir que nous être fatale. Quoi- (juc r Investigateur abordât la glace directement de son avant, et (|iu' la pression eût lieu dans le sens de

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