‹ Voyages et découvertes outre-mer au 19e siècleChapitre 47 sur 64 · UC, VOYAGES ET DÉCOUVERTES · texte numérisé non relu

UC, VOYAGES ET DÉCOUVERTES

« tout vaisseau entré dans les glaces polaires doit « être inévitablement broyé. Un dépôt de provisions (( ou un vaisseau placé à Winter-Harbour est le « meilleur, ou plutôt le seul moyen auquel on doive i< recourir pour le salut de ce qui aura survécu de « l'équipage de l'Investigateur. »

« Je terminais par ces mots : « Cet avis a été (( déposé en avril 1852, par une expédition coni- « posée du capitaine Mac-Clure, etc. (suivent les « six autres noms). Quiconque le trouvera est prié « de le faire parvenir au secrétaire de l'amirauté. (< Daté du navire de S. M. britannique l'Inves- (( tigateur, gelé dans la baie de IMiséricorde, 12 « avril 1832... »

« A mon retour au havre de Merci, je pouvais espérer que l'été ne tarderait pas à amener le dégel et à permettre au vaisseau de remettre à la \oile; mais cet espoir ne fut pas de longue durée : mai et juin se passèrent sans qu'aucun signe annonçât la fonte prochaine de l'épaisse couche de neige qui recouvrait la terre comme au cœur de l'hiver. Nous reconnûmes même avec effroi (]uo durant la dernière moitié de juin la glace avait augmenté d'épaisseur. Les oiseaux voyageurs, à peine venus du midi, reprenaient leur vol dans cette direction, parce qu'ils ne trouvaient sur la terre de Banks

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aucune trace de végétation, et, ce qui était plu;^ grave, la santé de l'équipage commençait à s'altérer : seize cas de scorbut furent constatés par le rap- |)urt mensuel du chirurgien. Je fus obligé de faire suspendre tous les travaux pénibles, et nos chasseurs durent redoubler d'eiforts pour nous procurer de la viande fraîche. Le 8 juillet, l'un deux, en poursuivant un renne, rencontra inopinément deux l)œufs musqués, et parvint à les abattre l'un et l'autre. Il fit preuve en cette circonstance d'un remar(|ual)le sang- froid : il ne lui restait plus une seule balle lorsqu'il fut assailli par un de ces animaux blessé et furieux; sans se troubler, il l'attendit il bout pourtant, et lui déchargea dans le cœur la baguette de son fusil. Nous recueillîmes aussi jus- (pi'à la tin d'août une quantité d'oseille suffisante pour en fournir une ration quotidienne aux scorbutiques, qui finirent par se rétablir.

« Le ^0 août, la température tomba tout à coup à lo" au-dessous de glace : toute cette saison peut être appelée un long jour sans soleil; car, depuis la fin de mai , c'est à peine si cet astre a été visible, et si son influence s'est fait sentir sur les masses de glaces qui bloquent le détroit complètement d'un bord à l'autre; et je ne crois pas que la mer Polaire se soit brisée cette année.

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car lions n'avons pas vu une goutte d'eau dans celle direction.

« Le 8 septembre (18o2), les circonstances critiques où nous nous trouvions exigeant une prompte détermination, j'assemblai les hommes de l'équipage, et je leur annonçai la nécessité où j'étais de renvoyer, dès le printemps suivant, la moitié d'entre eux en Angleterre, les uns par le port Léopold cl la baie de Baffin, les autres par la voie du Mackenzie et des autres établissements de la baie d'Hudson. Je devais garder le reste avec moi, pour tenter au printemps de dégager le vaisseau, et de le ramener en Angleterre. Si je ne pouvais y parvenir, j'essaierais de gagner avec des traîneaux le port Léopold, l'étaf de nos provisions n'admettant pas un meilleur ai'rangement.

« Quoi(jue réduits depuis un an à deux tiers de ration, nous devons, ajoutais -je, nous disposer à subir pendant dix-huit mois encore cette même piivalion, ipii, si pénible et si contraire qu'elle soit à la santé de chacun, est commandée par le devoir; car le vaisseau étant aussi solide (pie le premier jour de notre navigation, il serait peu lionoraiili' di' l'abandonner, lant que nous aurons l'espoir de franchir avec lui, l'été prochain, les déiroits de Banks et de Melville. A noire retour en Angleterre, l'heu-

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reuse découverte du passage uord- ouest, si longtemps et si vainement cherché , nous vaudra un acciK'il (|ui nous dédommagera amplement des fatigues et des périls de notre pénible entreprise. »

» Cette communication fut bien reçue de tous mes hommes, et j"eus lieu d'espérer que je mènerais à bonne tin l'exécution de mon projet.

« .. .. L'hiver 1 852-1 8o3 dépassa de beaucoup en rigueur les deux précédents. Par un bonheur inespéré, le gibier, cherchant des abris dans les vallons les plus bas et les plus voisins de la mer, ne cessa de se montrer; et, quoiqu'il fût deveiui très-craintif, on réussit toujours à tuer un certain nombre de rennes, qui contribuèrent pour une bonne part à donner au festin de Noél une apparence d'abondance confortable.

« Comme c'était le dernier jour de Noël que nous devions passer ensemble, l'équipage résolut de le célébrer d'une manière mémorable. Chaque table fut gaiement illuminée et décorée par des peintures de nos artistes de l'entre-pont, qui représentaient toutes les périlleuses positions du navire dans la mer Polaire ; mais l'ornement principal consistait en énormes plum- puddings pesant six livres, flanqués de quartiers de daims, de lièvres rôtis et d'onctueux salmis de ptarmigans. Jamais, je

pense, un tel luxe avec une telle profusion ne brilla clans un entre-pont; un étranger qui aurait été témoin de cette scène, n'aurait jamais imaginé qu'il voyait là un équipage qui avait passé plus de deux ans dans ces régions abandonnées, entièrement livré à ses propres ressources, et cependant jouissant d'une excellente santé. Une réunion aussi joyeuse , en tontes circonstances, aurait épanoui le cœur de tout officier; mais dans cette situation abandonnée, je ne pus qu'être profondément touché en contemplant ce gai et consolant spectacle, et en pensant aux grandes miséricordes que nous accordait la Providence, à qui seule est due notre sincère reconnaissance pour tous les bienfaits qu'elle nous a prodigués, au milieu des situations les plus critiques ([ue l'on puisse concevoir.

(c Dans les jours qui suivirent, le froid devint excessif; il y eut en janvier 45° au-dessous de zéro, 1 7° de plus ([lie l'année précédente à pareille époque ; un jour, le thermomètre tomba jusqu'à ol", et il resta à .52" pendant vingt-quatre heures. J'aurais douté de l'exactitude du lliormomètre si je ne l'avais éprouvé... mais, en ou Ire, l'état de mon équipage attestait la rigueur de la température. Le froid a\ait amené beaucoup d'humidité dans l'entre-pont , et nous ne pouvions faire assez de feu pour la com-

COMMANDANT MAC-CLLRE. Î3I

battre. La liste des malades monta iiii luoment jusqu'à dix -neuf : parmi eux il y avait des cas de scorbut et d'iiydropisie.

« Le lo mars 1853, je désignai les hommes qui devaient composer les détachements destinés pour la baie deBaHiu et pour la côte d'Amérique. C'étaient ceux que leurs olliciers, le chirurgien et moi, nous croyions les moins capables de supporter un quatrième hiver arctique. Je me flattais qu'ils parviendraient à trouver les moyens de revoir heureusement l'Angleterre; mais, avant d'atteindre le premier dépôt de vivres ou le premier fort de la compagnie d'Hudson, ils avaient à tirer pendant deux mois leurs traîneaux sur la mer glacée ou sur la terre couverte de neige. Que de chances contre eux dans un si long trajet ! Le sort qui les attendait était plus qu'incertain, et une sombre tristesse, qui ne faisait que s'accroître à mesure qu'approchait le jour de la séparation, pesait sur l'esprit de ceux qui devaient partir et de ceux qui devaient rester.

<( Tout était prêt pour le départ, et il était fixé au lu avril. Le 0 du même mois, comme le lieutenant Creswell et moi nous nous promenions ensemble sur la glace marine, assez loin- du vaisseau, nous vîmes subitement apparaître du côté du noid un poini nnii' qui semblait rouler piulùl que

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