‹ Voyages et découvertes outre-mer au 19e siècleChapitre 49 sur 64 · A LA RECHERCHE DE SIR JOHN FRANKLIN ET DE SES COMPAONONS · texte numérisé non relu

A LA RECHERCHE DE SIR JOHN FRANKLIN ET DE SES COMPAONONS

Dépari d'Aberdeen. — Hivernago dans les glaces. — Tempête.

— Retour dans le Groenland. — Entrée dans la baie de Melville. — Communication avec les indigènes du cap Warrander.

— Arrivée à l'île Beechej. — Inscription à la mciuoire de sir Joiin Franklin el de ses compagnons. — Le détroit de BclloL

— Second hivernage. — Les premières recherches. — Communication avec les Esquimaux. — Village de neige. — Informations données par les Esquimaux. — Arrivée au cap Herschell. — Le lieutenant llobson. — Il trou\c des traces de rexp(''dilion de Franklin. — Derouverte d'un cairn contenant le rapport de l'expcdition perdue.— Décoiiverle d'un canot.

— Arrivée à la Pointe- Victor.v. — Hctour au vaisseau. — Séjour au Port -Kennedy. — Mort de l'ingénieur George Brands. — Les voyageurs parviennent h gagner la pointe de la Fury. — Arrivée à Godhaven. — Retour en Angleterre.

Le récit (jiii va suivie de la missidii ronficc |)ai' la nol)le voiive de sir Joliii Kraiikliii an capitaine Mac- Clintoci», et si dignement remplie |>ar lui, est la traduction fidèle de ses rapports à ramiiaiité et à la Sdciclé lovale de iïrd^iajiliie de Ldiidres.

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i( l'urlis tl'Aberileen le 1" juillel l<SoT, nous (''lions k' (j auùt suivant à r[)p('iiui\ ick, le plus septi'ulrional des établissements danois dans le (iroenland. Je m'y procuiai Irciilc-rinci cliiciis dr Irait cl deux rouducicurs i'S(piiinau\, au\iliaircs indispensables de nos futures reeherclies. Kn etl'et, l'espace de terre et de mer laisse^ inexploré à l'ouesl, et enfin celui (pi'avaient exploré au sud Rae et Anderson , espace (pie j'avais le projet de sillonner en tout sens, ne pouvaient guère, comme la suite me le prouva, être parcourus c|u"en traîneau.

I' Le IH août, nous nous trouvions à mi-cliemin de la baie de .Melville au détroit de Lancastre, quand tout à coup, cernés par une immense accumulation déglaces en dérive, nous nous vîmes condamnés à passer l'iii ver an milieu du plus vaste champ de glaces flottantes don! j'aie entendu parler dans ma carrière de marin. Incapable de tratiiier un l'ivago quelconcpic on delablir un observatoire fixe sur la surface mobile de l'immense radeau qui nous entraînait, nous fûmes réduits à l'étude des vents el des courants dont nous étions les jouets. Contrairement à une tliéorie récente (celle du lieutenant .Maurj), nous reconnûmes que rinlluence atmosphérique était plus forte que celle de la mer sur les mouvements des glaces, et nous ne pûmes saisir le

moindre indice dn contre-courant sous-marin qui devrait porter au nord. Au contraire, de hautes montagnes de glace qui, suivant cette théorie, auraient du marcher en sens inverse du Fox, dérivèrent en lui tenant une compagnie plus fidèle que rassurante, depuis 75° 30' jusqu'au cercle arctique.

« Pendant l'hiver, les forces élastiques des couches marines ouvrirent souvent de longues crevasses ou chenaux dans la voûte solidifiée qui les recouvrait, et ces solutions de continuité dans la glace se produisaient si violemment , que parfois de longues files de glaçons étaient projetées, comme par l'elfet d'une mine, à plusieurs pieds en l'air, et formaient de véritables chaussées de chaque côté des crevasses d'où elles étaient sorties. Heureusement pour le Fox (pi'il ne se trouva jamais dans Fa.xe même d'un de ces soulèvements, bien que quelques-uns d'entre eux eussent lieu à une cinquantaine de mètres de nous. Pendant notre hivernage, nous nous procurâmes, dans ces sortes de chenaux d'eau ouverte, environ soixante-dix phoques, qui nous fournirent de la nourriture pour nos chiens et de Ihuile pour nos lampes.

« Nous ne rolrouvâmes notre liberté (lue le 2o avril seulcmenl, par 63° 30' do laliludc, au milieu de circonstances dont tous les hommes du bord garde-

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ront longtemps la mémoire, l'ne violente tempête s'éleva au sud-est : l'Océan, soule\é dans ses profondeurs, brisa sa croûte flottante, et, lançant dans un désordre semblable au chaos les masses désagrégées du champ de glace, menaça vingt fois de broyer le Fojo dans quelque choc iné\ itabie. Nous ne fûmes redevables de notre salut qu'à la Providence d'abord, puis à l'excellence de notre macliine motrice et de la forme de notre étrave, taillée en coin.

« Redevenus maîtres de nos mouvements, nous n'eûmes rien de plus pressé que de revenir vers les établissements du Groenland, dans l'espoir de nous y procurer des provisions fraîches. Mais la pénurie cpii règne à cette époque de l'année dans ces petites colonies, ol)ligées de compter sur la mère patrie pour leur propre approvisionnement, ne nous permit pas d'en tirer de grandes ressources, malgré toute la bonne \olonté et les prévenances des résidents danois.

<( Après avoir visité successivement Hosteinbourg, Godhaven et L'ppernavick, nous entrâmes dans la baie de Melvilleau commencement de juin, cl nous doublâmes le cap York le 26 ; là nous nous mimes en communication avec les indigènes. Ils reconnurent immédiatement iM. Petersen , notre interprète, dont ils avaient fait la connaissance lors du

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passage de VAdvance, expédiée par M. Grinnel, sous les ordres du docteur Kane.

« En réponse à nos questions sur Hans (lEsquimau conducteur de chiens dont parle la relation du docteur Kane, et qui déserta VAdvance en 1834), ils nous dirent qu'il résidait au Whale-Sound. S'il eût été là, je l'aurais embarqué avec grand plaisir, atlendu (]ue depuis fort longtemps, dit -on, soii désir est do revenir dans le Groenland méridional.

« Le 1 2 juillet, je communiquai avec les indigènes du cap Warrander, près du cap Harsbugh; ils n'avaient vu aucun vaisseau depuis la visite du Phœnix, en 185i; aucun naufrage n'avait eu lieu sur leurs côtes.

« Nous ne pûmes ai'rixcr à l'entrée de Pond a\ant le ti7 juillet, pai' suite de la quantité extraordinaire de glaces accumulées dans la partie nord de la baie de Baiïin, et qui, depuis notre départ d'HolsIeinbourg, gênait considérablement noire marche. Sans l'aide de la vapeui', nous n'aurions pu nous en dégager. No\is ne trouvâmes là qu'une vieille femme cl un jeune garçon, (pii nous servirent de pilotes jusqu'à leur village, situé à vingt-cinq milles dans l'intérieur du passage. I.à, sur la mousse iiumide dune profonde ravine enlource de lous côtés par des escarpements de rochers ou de glaciers à pic,

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sélevait un groupe de ces lentes de peaux de phoques, (]ui forment les habitations d'été des Esquimaux.

(( Pendant une semaine, nous fûmes continuellement en rapports amicaux avec la population hospitalière de ce point reculé du globe, qui porte le nom, peu euphonique pour une oreille européenne, de Kapawnoklulik , et qui n est accessible que par la mer. Ce petit clan nomade n'avait aucune notion de l'expédition deF'ranklin, et gardait pourtant un souvenir distinct de trois vaisseaux naufragés à une époque bien antérieure : deux de ces bâtiments me paraissent devoir être la Dexterity et V Aurora , qui se perdirent en août 1821, à environ soixante-dix à quatre-vingts milles de la passe de Pond. Le troisième vaisseau, maintenant conq)létement enseveli dans le sable, se trouve à quelques milles à l'est du cap Hay.

» Ces populations communiquent par terre chaque hiver avec les tribus de la péninsule Melville. Elles savaient toutes que les vaisseaux de Parry y avaient passé l'hiver de 1822-1823, et elles avaient entendu parler de la visite du docteur Rae à Repulse- Bay: elles faisaient la description de son bateau, semblable à notre baleinière, et de son équipage, qui, vivant sous des tentes ou dans des maisons de

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