I)K LA PÉROUSE ET DE SES COMPAGNONS
l'astrolabe, 14 MARS 1828.
L'inauguration se fit avec pompe, en présence dune partie de l'équipage sous les armes, tandis qu'une salve de A'ingt et un coups de canon faisait retentir les échos de la baie. Aux premiers coups de canon, les insulaires, épouvantés, prirent d'abord la fuite. Voyant cependant que ces tonnerres n'avaient tué ni blessé personne, — l'attitude des blancs n'avait l'ien d'hostile, — ils se rassurèrent et se rapprochèrent tlu rivage. Deux d'entre eux même vinrent à bord de la corvette, s'avancèrent vers le commandant ot lui baisèrent humblement la main. Celui-ci les reçut avec bonté et les rassura, mais en leur recommandant de respecter la maison du Dieu des Français, et en leur annonçant que si elle était renversée, ceux-ci en tireraient vengeance. Puis il les congédia avec c|uelques présents , et les deux sauvages promirent de traiter en ennemi quiconque tenterait de dégrader la maison de l'Atoiia des blancs.
Lorsque l'Astrolabe s'éloigna de Vanikoro, l'etal sanitaire de l'équipage était déplorable. Une qua-
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rantaine de matelots étaient atteints de la fièvre pernicieuse endémique dans cette contrée. Plusieurs succombèrent pendant le voyage, qui dnia encore nue année. L'Astrolabe, après avoir relâché à Guam (îles Mariannes), à Amboine, à Batavia, à l'île de France, à lile Bourbon, au Cap et à Sainte-Hélène, et avoir exécuté sur sa route plusieurs reconnaissances importantes, rentra dans le port de Marseille, le 25 mars 1829. Son absence avait duré trois ans, et l'expédition qu'elle venait d'accomplir devait compter parmi les plus glorieuses des temps modernes. En outre des débris du naufrage de la Pérouse, qui sont déposés au musée de marine, elle rapportait d'immenses richesses en échantillons d'histoire naturelle, armes, costumes, ustensiles, etc., recueillis dans les noini)reuses contrées qu'elle avait parcourues. Enfin les cartes et relevés, les dessins, et surtout la volumineuse et intéressante relation de Dnniont d'Urville, et les observations recueillies par les naturalistes, composent iiii de ces vastes et précieux ouvrages dont la France peut s'enore;ueillir comme d'un nionuinont national.
SECOND VOYAGE DU CAPITAINE DUMONT DLRVlLIi:
DANS L' O C É A N AUSTRAL ( 1S37-I S tO)
Bill (lu VDvage de l'Astrolabe eî de ta Zélée. — Les glaces du |ioln aiisiral. — Déroiiverle des terres Louis- riiiUppe el Juinvilh'. — Les îles Gambier. — Ellorts et succès des niissionnancs eatlioliques. — Visite de rt'vèqiie el du rui de Mangavera .1 bord de l'Astrolabe. — Une messe en plein air sur la eôle. — Une ancienne connaissance. — Expédition contre INakalassé. roi de Piva. — Visite du roi Tanoa. — L'antliropophagie aux îles Viti. — Une mauvaise anncc. — Retour au pôle sud. — Découverte de \\4(lélie et de la Côte Clarie. — La colonie anglaise. — Déeou\erte de nouvelles terres. — Les missionnaires anglicans à Karora-Réka. — Retour en l'rance.
Les magnifiques résultats du premier voyage de Dumont d'Urville encouragèrent le gouvernement du roi Louis-Philippe à confier à cet éminent oflicier le commandement d'une nouvelle expédition, destinée à explorer de nouveau les vastes mers de l'hémisphère austral, et à pénélrer, autant cpi'il serait possible, les mystères du pôle antarctique, vers lequel si peu de marins avaient osé jusqu'alors s'aventurer.
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Deux corvettes, l'islrolabe et la Zélée, furent mises sous les ordres de l'illustre naA'igateur. Elles appareillèrent, vers la fin de Tété de 1837, dans le port de Toulon, qu'elles quittèrent le 7 septembre. La première était montée par Dumont d'Urville luimême; la seconilc l'tait commandée par le capitaine Jacquinot. Elles firent voile vers Rio-de-Janeiro; puis, après avoir consacré un mois à des relevés hydrographiques dans le détroit de Magellan, elles repartirent, le M janvier 1838, de la Terre des États, pour se diriger vers le sud-est, dans la direction où le capitaine anglais Weddel s'était engagé à deux reprises, en 1821 et en 1823, et avait atteint la plus haute latitude australe à hujuelle aucun navigateur Tùl encore parvenu. A leur tour, les deux navires français s'avancèrent hardiment jusqu'au Go' degré de latitude sud; mais là ils se \irenl arrêtés par une immense muraille de glace qu'ils côtoyèrent en redescendant jusqu'aux Orcades Australes, où ils s'arrêtèrent pendant huit jours (jui furent consacrés à de nouvelles observations hydrographiques. Le 2 février, on remit le cap au sud. Le i, Dumont d'Urville retrouva la banquise (banc de glace), et, apercevant wwo cl ni ritre , il y engagea les deux corvelles; mais, au imul de quehpies encablures, il se trou\a enq^isonne dans tles blocs de
CAIMTAI.NK DIMO.NT H'IltVILLE. 13".
glace qui se resserraient de plus en ])lns cl (|ue Itfroid menaçait de souder. 11 reconnut alors la nécessité de rétrograder; mais il fallut, sur une largeur lie plus de deux mètres, briser la glace à coups de pioche, pour rouvrir aux téméraires explorateurs le clicniiii (|ui s'était fermé derrière eux. Après être sorti, à force de voiles et de cabestan , de cette impasse dangereuse, on continua de [)n)l()nf:er la banquise, de l'ouest à l'est, pendant un espace de trois cents milles, sans trouver d'issue.
Par 33" de longitude, on reconnut que cet impénétrable mur de glace inclinait au nord , et l'on se décida à revenir vers l'ouest. On revit bientôt les îlesOrcades, dont on compléta la géographie; puis on gouverna de nouveau dans la direction du sud à la recherche des terres mystérieuses vaguement indiquées par les pécheurs de phoques, et désignées par eux sous les noms de Terre de Palmer et Terre de la Trinité.
On arriva le i2T février, en naviguant toujours à travers les glaces, à la région intermédiaire iinaucun œil humain n'avait contemplée; et, malgré la brume, le froid et le mauvais temps, on put en relever les contours sur une étendue d'environ vingt milles, entre 63" et 6-4° de longitude ouest et 58" et 62° de latitude sud. Quelques rochers noirâtres ,
13(1 V(>VACii;s ET ULCULN EUTES.
mis à nu par la fonte des neiges et surmontés (rimmenses couches de glace, distinguent seuls des glaçons gigantesques amoncelés autour d'elles ces côtes inhospitalières, où Ton n'aperçoit pas la moindre trace de végétation. Dumont d'Urville donna à la plus considérable le nom de Terre Louis- Philippe, et à la portion située plus à l'ouest, celui de Terre de Juiiirillr; il appela Canal (VOrléans le détroit (pii sépare ces terres de la Trinité.
Cependant la saison s'avançait; lescorbul s'i'tait déclaré parmi les équipages, et cette terrible maladie avait même atbujué [)lusieurs ofiiciers. Il l'allnl aller chercher sous une autre latitude une almosjihère moins rigoureuse et un repos indispensable. On fit voile vers la côte du Chili , et l'on relâcha successivement à la Conception et à Valparaiso. Lorsque l'état sanitaire des équipages n'inspira plus enfin aucune inquiétude, l'expédition reprit la mer, et, après avoir signale lili" Juan-Fernandez, célèbre par le séjour de rinliMlunc Scikirk, doiil nous a\iins parle dans rinlrodiiclioii de ce volume, elle s'aiM'èta au\ îles Gambicr, (pii IihhumiI le groupe le pins oiiental de raicliiiiel de la Société.
« Les îles (landtiei', dil M. Louis Reybaud dans nii e\celienl arlicle sur le voyage de l'Astrolabe et (le /(( Zrive , insiTe dans hi Rorue (1rs Drii.r Mondes,
(.AIMTAl.NK DLMONT 1) lUV 1 l.l,K. 1?,:
en mars 1841 , et qui nous a surtout guidé dans la rédaction de cette notice, les îles Gambier sont le foyer d'une mission catholique. Cinq ans avant le passage de l'expédition, les insulaires de Gambier étaient plongés dans toutes les misères de l'étal sauvage : la polygamie, le fétichisme, l'anthropophagie, y régnaient sans partage; quelques prêtres des missions de Paris ont fait disparaître tout cela. Pendant six mois, ils se virent chaque jour à l;i veille d'être tués et dévorés; soutenus |)ar la fui , ils attendirent. Ces missionnaires eux-mêmes racontèrent aux officiers de l'expédition par ([uels prodiges de patience ils étaient venus à bout d'établir leur empire sur les naturels. « Chez ces tribus , « dirent-ils, ce n'est pas le fanatisme qui domine, " c'est l'indifférence. Elles ne tiennent point à leur « culte; mais elles ne se passionnent pour aucun. (< Avec une pareille disposition des esprits, la « ferveur arrive lenicment, et sans la ferveur c< pdiiil (le néophytes. Ce n'est pas IoliI ; il j'allai I « rendre intelligibles à ces races abruties des mys- '( tères religieux que la plus haute raison ne saurait (( pénéti'er. Nous y épuisâmes toutes les ressources « d'une pieuse persévérance. Nous fabriquions de I' petites croix en osier, et nous allions les planter » devant la case des chefs, afin de les familiariser
« avec la vue de cet emblème. Pour expliquer le << dogme de la Trinité, nous avions adopté la feuille (' de trèfle, qui semblait résumer le symbole des « trois personnes en une seule. Chaque jour c'étaient " de nouveaux efforts, et rien cependant ne réus- " sissait. Enlin nous appelâmes à notre aide des « moyens plus profanes. Nous avions apporté (' quelques outils et une petite pharmacie; nous (( mîmes tout cela au service des naturels, ne nous I' réservant rien pour nous-mêmes. Nous creusâmes (' des puits, nous bâtîmes des cases, et nous entre- « prîmes de construire une chapelle en bambous. (' Pendant ce temps, notre chétif bagage s'épuisait i< sans se renouveler; nos vêtements s'usaient, et (( nous étions obligés d'en surveiller attentivement (< la conservation. Qu'on juge de notre embarras! (f nous qui blâmions la nudité chez les indigènes, (( nous étions à la ^■eille de n'avoir plus rien pour « nous couvrir, et d'énormes solutions de continuité « dans nos costumes nous mettaient en inlVaction (< journalière avec les préceptes (pie nous ensci- (' gnions. Enfin des secours arri\èi'ont dEuropo, « et rai)iuratioii d'un grand clicl' (li'cida du suri (li> (( rai'cliip(^l. »
« Depuis cette époque, ajoute !M. !.. Reybaud, l'aspect des îles Gandiier n'osl plus le même. Des
cai'ITaim; i)r\i(i.\T d'iiivilli;. r.vj
mœurs pins douces et plus réservées ont pris la place de la barbarie et de la licence daulrefois. Avec la guerre, ranthropophap;ie a disparu... Des écoles ont été créées par les missionnaires; les eni'aiils vit'nncnt s'instniiro, et déjà un ^a'and nonil)re d'insulaires lisenl cnuiainMU'iit le catéchisme. A la snile du culte nnuvcau , est arrivé un bien-être matériel cpii eu fait encore mieux apprécier les bienfaits. Les cases, plus solidement construites, <iiil un airde propreté et d'élégance qu'elles n'avaient poini auparavant; la culture s'est perfectionnée; la canne à sucre a été naturalisée, et déjà l'on sait tnetire le coton en œuvre. Le blé croit à souhait sur ce soi volcanique; les cochons, les poules se multiplient rapidement. Enfin il n'est pas jusqu'à l'organisation physique des hal)itants qui ne se soit modifiée avantageusement par la nouvelle civilisation : les traits plats et épatés disparaissent peu a peu chez les enfants, et font place à des lignes plus gracieuses et plus pures. "
Le groupe de Gambier, centre mainlenani de la propagande catholique dans l'Océanie, se compose de cinc] ou six îles, dont la plus importante est Mangavera, que domine un pic de plus de quatre mille mètres de hauteur. Lorsque l'expédition française les visita, le chef le plus puissant était MapouTaoua,
^4() VOYACES FIT I>KC.(tr VERTES.
dont le pouvoir paraissail cependant subordonné à l'intluence de son oncle Matoua, autrefois grand prêtre des idoles, maintenant zélé catholique et soumis, comme son neveu, aux missionnaires.
Dumont dUrville s'empressa, peu de temps après son arrivée, de rendre visite à l'évêque de Mangavera, (jui vint le voir à son tour à bord de F Astrolabe, où il fut bientôt suivi du chef ou roi Mapou- Taoua cl de son oncle l'ancien grand prêtre. Ces personnages furent salués par les batteries de la corvette, et le pavillon de l'archipel fut hissé au haut des mâts. Le commandant ht préseni au roi d'un habillement complet, d'un fusil à deux coups cl de diverses étoffes.
(( Le 12 août, dit encore notre auteur, une messe soleiuielle fut célébrée en plein air au bord de la mer. A cette occasion, les corvettes furent pavoisées; l'état-major en grande tenue, l'équipage sous les armes, descendirent à terre. L'évêque oflicia; le roi, entouré de sa famille et des chefs du jjays, assistait à la ccrcnionie. Les habitants se tenaient à une Certaine dislance, les hommes d un côté, les femmes de l'aulrc. Le roi, assis sur une estrade, était ^ètu d uik^ redingote bleue; il a\ail des bas et des souliers qui le gênaient foil, et (pi'il s'empressa de (juiltcr après la cérémonie.
caimtaim: m \I()M d'lumli.i;. m
La reine son épouse ainsi que sa tante avaient des robes d'indienne; elles portaient des chapeaux de paille, mais elles étaient pieds nus. L'ancien grand |)rètre Matoua se faisait remarquer par sa haute taille. Tout le monde répondit avec beaucoup d'ensemble aux chants des prêtres, mais avec un accent gulliinil (les plus prononcés. Après Foflîce, l'évèque adressa un sermon en français aux voyageurs, et 1111 autre, en langue du pays, aux indigènes, qui le suivirent avec une attention soutenue : un tel spectacle n'était certainement pas dénué d'émotion el d'intérêt. «
Après une relâche de quinze jours aux îles Gambier, l'expédition remit à la voile. Elle visita les îles Manjuises ou Xouka-Hiva, celles des Navigateurs, (archipel Hamoa), et celles de Tonga-Tabou , que Dumont d'Urville avait déjà explorées dans son premier voyage. Les corvettes relâchèrent quelques jours à Va\ao, où Dumont d'Urville retrouva le matelot Siniounct, un des deux hommes de sou équipage (jiii, dix ans auparavant, avaient refusé de revenir à bord de l'Astrolabe, après le siège de Marfanga, entrepris pour les arracher aux mains des sauvages de Tonga. Proscrit par les cliefs, persécuté comme catholique par les missionnaires protestants, ce mallioiireux avait été déporté par ceux-ci
142 VOYAGKS ET DÉCOl VERTES.
dans une île déserte, pour avoir refusé de leur li\ rcr une lettre (\\\\ lui avait été remise par un missionnaire catholique, auquel il avait ser^i (i'iiik'ri)rète, et qui, persécuté, lui aussi , par les prêtres anglicans, avait été obligé de fuir. Cette lettre renfermait des plaintes et les protestations du missionnaire catholique, et ne devait être remise qu'au commandant du premier navire français qui viendrait aux îles Tonga. Simonnet la garda fidèlement, et ne put (juitter son exil que moyennant une rançon de vingt piastres d'Espagne. Enfin il fui envoyé à bord de V Aslrohthc , garrotté comme un malfaiteur. Il chercha à excuser sa désertion aux yeux du cummandant, (|iii néanmoins le fit mettre aux fers, et ne le relâcha qu'à la Nouvelle-Zélande.
En quittant Yavao, les corvettes se rendirent aux îles Hapaï, et, poussées ensuite par une brise favorable, elles franchirent la ligne géogra])hique (|ui sépare la Polynésie de la Mélanésie. ici Dunioiit d'Urville avait à remplir une mission rigoureuse et (pii n'clail pas sans danger. Les habitants des îles Viti s'élaient signalés depuis qucKpics années par des actes odieux de l)rigandage. lu chef de l'Ile V\\\\, enli-e imti'es, iiomnK' Nakalassé, aviiil snipris el |iille un na\ire de eoninierce français, Ui Jnsrjiliiiii', el mis à niorl le capilaine el les nialelols.
CAPITAINE DLMOM' b'LUViLLi:. \A3
Il s'agissait de châtier ce crime et d'inspirer \miv un coup d'éclat, aux sauvages insulaires, un respect salutaire du pavillon français.
Nakalassé était le chef le plus redouté de larchipel Viti ; il répétait souvent qu'il attendait un navire de guerre européen pour lui montrer ce qu'il savait faire. Le pillage de la Joséphine lui avait procuré des fusils, des canons, des munitions, tout un matériel de guerre, avec lequel il était fortement retranché dans une sorte de citadelle construite à deux milles environ du village de Piva. Le rivage en cet endroit est défendu par des écueils et des baucs de coraux , sur lesquels les corvettes coururent risque plusieurs fois de se briser. Avant d'attaquer, Dumont dl'rville avait fait sommer Nakalassé de se rendre; mais celui-ci avait répondu ([u'il s'ensevelirait plutôt sous les ruines de sa forteresse. Le commandant avait aussi envoyé à Pao , vers le chef suprême ou roi de l'île, un de ses oliiciers accompagné d'un naturel qui servait d'interprète. Ce chef, vieillard de soixantesix ans, nommé Tanoa, reçut lonicier avec toutes sortes de prévenances, et protesta de sa sympathie pour les Français; mais telle était la terreur attachée au seul nom de Nakalassé, qu'on ne put décider Tanoa à se joindre aux noires contre lui. Dumont (Il rvilie se décida donc à agir seul, et lit délmr-
iU VOYAGES ET DKCOL" VEIÎTES.
(|iier, le 17 octobre, à cinq heures du matin, cinquante marins, commanilés par un lieutenant de vaisseau. Presque tous les oliiciers des deux corvettes voulurent en outre prendre part à cette expédition en qualité de volontaires. On sattendait à une vive résistance; mais, au moment décisif, le terrible Nakalassé eut peur et prit la fuite, en sorte que nos marins n'eurent d'autre besogne que de détruire de fond en comble sa forteresse et le village de Pi va.
Nakalassé avait échappé à la vengeance des Français; il était néanmoins perdu aux yeux des siens, et c'en était fait de sa puissance et probablement de sa vie, car les lois religieuses de sa nation lui interdisaient de reconstruire son village sur le même point, et partout ailleurs il ne rencontrerait que des rivaux et des ennemis d'autant plus implacables, qu'il s'en était naguère plus fait craindri'.
Le vieux Tanoa , que cet événement délivrait d'un voisin dangereux, s'associa de bon cœur au succès des marins français, et lit [)ricr Diiiniml d'Lr\illc de venir le visiter dans sa capitale. En consé(juence, 1(! commandani, suivi de prcs(|ue lout son clalmajor et d'un nondireux détachemeni de nuu'ins, se rendit à Pao, on il li()u\a le roi sauvage accroupi an milieu de la grande place du \ilhim', cl ciiliiuré
CAPITAINE f)l MOM D IIIVILLF;. M,j
(les anciens de la tribu. Le prince vitien portait en guise (le couronne, et pour tout custnine, un lidiniet de laine. Ses sujets, complètement nus comme lui, se tenaient à distance, assis sur leurs talons. Lorsqu'on enl (ictilc (levant cette étrange assemblée, le commandant prit la parole.
« Nous ne faisons point, dit-il, la guerre aux peuples de rOcéanie; mais jai di"i ciiàticr, en passant, un barbare (pii avait assassiné des Français. Le crime de Nakalassé est d'autant plus odieux, (pi'il n'avait été provoqué par aucune agression de la part de nos compatriotes. Voilà pourquoi j'ai ruiné Piva de fond en comble. Le même sort est réservé à tout chef vitien cjui insultera un navire de ma nation. La punition pourra être lente à venir à cause des distances; mais tôt ou tard elle atteindra les coupables. Au surplus, la France n'avait sur ces îles d'autre ennemi que Nakalassé; elledé'sire être l'amie et l'alliée du roi Tanoa et du peuple de Pao. » Ce discours, traduit en langue tonga par le matelot Siraonnet, puis en vitien par le uatuic! de Tonga dont nous avons (l(''j;i parlé, parut pioduire un grand effet sur les sauvages, que la rapidité du châtiment infligé à Nakalassé avait déjà remplis d'élonnement et de respect.
Le roi, dans sa réponse, prolesla de son amitié