‹ Voyages et découvertes outre mer au XIXe siècle [microforme]Chapitre 11 sur 77 · CREER · texte numérisé non relu

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| « Elles ne tiennent point à leur culte; mais elles ne se pas- «a sionnent pour aucun. Avec une pareille disposition des

sprits, la ferveur arrive lentement, et sans la ferveur point « de néophytes. Ce n’est pas tout : il fallait rendre intelligibles « à ces races abruties des mystères religieux que la plus haute | 4 « raison ne saurait pénétrer. Nous y épuisimes toutes les res- « sources d'une pieuse persévérance. Nous fabriquions de « petites croix en Ssier, et nous allions les planter devant la « case des chef:, afin de les familiariser avec la vue de cet « emblème. Pour expliquer le dogme de la Trinité, nous ayions « adopté la feuille de trèfle, qui semblait résumer le symbole

des trois personnes en une seule, Chaque jour c'étaient de

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nouveaux eflorts, et rien cependant ne réussissait. Enfin

nous appelâmes à notre aide des movens plus profanes. Nous

(ions apporté quelques outils et une petite pharmacie ;

nous mlaes tout cela au service des naturels, ne nous ré- “ servant rien pour nous-mêmes, Nous creusâmes des pnits, « nous bâtimes des cases, et nous entreprimes de construire « une chapelle en bambous. Pendant ce temps, notre chétif

bagage s’épuisait sans se renouveler: nos vêtements s’u

aient, et nous étions obligés d’en surveiller attentivement « la conservation, Qu'on juge de notre embarras! nous qui « blâmions la nudité chez les indigènes, nous étions à la « veille de wavoir plus rien pour nous couvrir. Enfin des “secours arrivèrent d'Europe, et l’abjuration d’un grand chef « décida du sort de l+-! ‘pel. »

« Depuis rette ‘poque, joute M.L, Reybaud, l'aspect des iles Gambier n’est plus le même. Des mœurs plus douces et plus réservées ont pris la place de la barbarie et de la licence d'autrefois. Avec la guerre, l'anthropophagie . disparu... Des écoles ont été créées par les missionnaires; les enfants viennent s’instruire, et déjà un grand nombre d’insulaires lisent couramment le catéchisme, A la suite dun culte nouveau, est arrivé un bien-être matériel qui en fait encore mieux apprécier les bienfaits. Les cases, plus solidement construiles, ont un air de propreté et d'élégance qu'elles n'avaient point auparavant; la culture s’est perfectionnée: la canne à sucre a été naturalisée, et déjà l'on sait mettre le coton en œuvre, Le blé croit à souhait sur ce sol volcanique; les cochons, les poules se Mulliplient rapidement, Enfin il n'est pas Jusqu'à lorganisation physique des habitants qui ne se soit modiiée avanta-

geusement par la nouvelle civilisation : les traits plats et épa-

tés disparaissent peu à peu chez les enfants, et font place à des lignes plus gracieuses et plus pures. »

Le groupe de Gambier, centre maintenant de la propagande catholique dans l'Océanie, se compose de cinq ou six îles, dont la plus importante est Mangavera, que domine un pic de plus de quatre mille mètres de hauteur. Lorsque l’expédition française les visita, le chef le plus puissant était Mapou- Taoua, dont le pouvoir paraissait cependant subordonné à l'influence de son oncle Matoua, autrefois grand prêtre des idoles, maintenant zélé catholique et soumis, comme son neveu, aux missionnaires.

Dumont d'Ui ville s’empressa, peu de temps après son arrivée, de rendre visite à l’évêque de Mangavera, qui vint le voir à son tour à bord de l’Astrolabe, où il fut bientôt suivi du chef ou roi Mapou-Taoua et de son oncle l’ancien prêtre. Ces personnages furent salués par les batteries de la corvette, et le pavillon de l'archipel fut hissé au haut des mâts. Le commandant fit présent au roi d’un habillement complet, d’un fusil à deux coups et de diverses étoftes.

« Le 12 août, dit encore notre auteur, une messe solennelle fut célébrée en plein air au bord de la mer. À cette occasion, les corvettes furent pavoisées: l'état-major en grande tenue, l'équipage sous les armes, descendirent à terre. L’évêque officla; le roi, entouré de sa famille et des chefs du pays, assistait à la cérémonie. Les habitants se tenaient à une certaine distance, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Le roi, assis sur une estrade, était vôtu d'une redingote bleue: il avait des bas et des souliers qui le gôênaient fort, et qu'il s'em pressa de quitter après la cérémonie. La reine son épouse ainsi

que sa tante avaient des robes d’indienne: elles portaient des

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chapeaux de paille, mais elles étaient pieds nus. L'ancien grand prêtre Matoua se faisait remarquer par sa haute taille. Tout le monde répondit ave beaucoup d'ensemble aux chants des prêtres, mais avec un accent guttural des plus prononcés. Après l'office, l’évêque adressa un sermon en français aux voyageurs, et un autre, en langue du pays, aux indigènes, qui le suivirent avec une attention soutenue : un tel spectacle n'était certainement pas dénué d'émotion et d'intérêt. »

Après une relâche de quinze jours aux îles Gambier, l'expédition remit à la voile. Elle visita les îles Marquises ou Nouka- Hiva, celles des Navigateurs (archipel Hamoa), et celles de Tonga-Tabou, que Dumont d'Urville avait déjà explorées dans son premier voyage. Les corveltes relâchèrent quelques jours à Vavao, où Dumont d’Urville retrouva le matelot Simonnet, un des deux hommes de son équipage qui, dix ans auparavant, avaient refusé de revenir à bord de l'Astrolabe, après le siége de Marfanga, entrepris pour les arracher aux mains des sauvages de Tonga. Proscrit par les chefs, persécuté comme catholique par les missionnaires protestants, ce malheureux avait été déporté par ceux-ci dans une île déserte, pour avoir refusé de leur livrer une lettre qui lui avait été remise par un missionnaire catholique, auquel il avait servi d'interprète , et qui, persécuté, lui aussi, par les ministres anglicans , avait été obligé de fuir. Cette lettre renfermait des plaintes et les protestations du missionnaire catholique, et ne devait être remise qu'au commandant du premier navire français qui viendrait aux îles Tonga. Simonnet la garda fidèlement, et ne put quitter son exil que moyennant une rançon de vingt piastres d’'Espagne. Enfin il fut envoyé à bord de l'Astrolabe, garrotté

comme un malfaiteur. Il chercha à excuser sa désertion aux

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yeux du commandant, qui néanmoins le fit mettre aux fers, et ne le relâächa qu’à la Nouvelle-Zélande,

En quittant Vavao, les corvettes se rendirent aux îles Hapaï, et : oussés ensuite par une brise favorable, elles franchirent la ligne géographique qui sépare la Polynésie de la Mélanésie. Ici Dumont d'Urville avait à remplir une mission rigoureuse et qui n'était pas sans danger. Les habitants des îles Viti s’étaient signalés depuis quelques années par des actes odieux de brigandage. Un chef de l'ile Piva, entre autres, nommé Nakalassé, avait surpris et pillé un navire de commerce français, la Joséphine, et mis à mort le capitaine et les matelots. Il s'agissait de châtier ce crime et d'inspirer par un coup d'éclat, aux sauvages insulaires, un respect salutaire du pavillon français.

: Nakalassé était le chef le plus redouté de l'archipel Viti; il répétait souvent qu'il attendait un navire de guerre européen pour lui montrer ce qu'il savait faire, Le pillage de la Joséphine lui avait procuré des fusils, des canons, des manitions, tout un matériel de guerre, avec lequel il était fortement retranché dans une sorte de citadelle construite à deux milles environ du village de Piva. Le rivage en cet endroit est défendu par des écueils et des bancs de coraux, sur lesquels les corvettes coururent risque plusieurs fois de se briser, Avant d'attaquer, Dumont d'Urville avait fait sommer Nakalassé de se rendre; mais celui-ci avait répondu qu'il s'ensevelirait plutôt sous les ruines de sa forteresse, Le commandan: avait aussi envoyé à Pao, vers le chef suprême ou roi de l'île, un de ses officiers accompagné d'un naturel qui servait d'inter prète. Ce chef, vieillard de soixante-six ans, nommé Tanoa,

recut l'officier avec toutes sortes de prévenances, et protest:

de sa sympathie pour les Français; mais telle était la terreur attachée au seul nom de Nakalassé, qu’on ne put décider Tanoa à se joindre aux nôtres contre lui. Dumont d'Urville se décida donc à agir seul, et fit débarquer, le 17 octobre, à cinq heures du matin, cinquante marins, commandés par un lieutenant de vaisseau. Presque tous les officiers des deux corvettes voulurent en outre prendre part à cette expédition en qualité de volontaires. On s'attendait à une vive résistance; mais, au moment décisif, le terrible Nakalassé eut peur et prit la fuite, en sorte que nos marins n'eurent d'autre besogne que de détruire de fond en comble sa forteresse et le village de Piva.

Nakalassé avait échappé à la vengeance des Français: il était néanmoins perdu aux yeux des siens, et c’en était fait de sa puissance et probabl:ment de sa vie, car les lois religieuses de sa nation interdisaient de reconstruire son village sur le même point, et partout ailleurs il ne rencontrerait que des rivaux et des ennemis d'autant plus implacables, qu'il s’en était naguère plus fait craindre,

Le vieux Tanoa, que cet événement délivrait d’un voisin dangereux, s’associa de bon cœur au succès des marins français, et fit prier Dumont d'Urville de venir le visiter dans sa capitale, En conséquence, le commandant, suivi de presque tout son état-major et d’un nombreux détachement de marins se rendit à Pao, où il trouva le roi sauvage accroupi au milieu de la grande place du village, et entouré des anciens de la tribu. Le prince vitien portait en guise de couronne, et pour tout costume, un bonnet de laine, Ses sujets, complétement nus comme lui, se tenaient à distance, assis sur leurs talons. Lorsqu'on eut défilé devant cette étrange assemblée, le com-

mandant prit la parole

« Nous ne faisons point, dit-il, Ja guerre aux peuples de Océanie; mais j'ai dû châtier, en passant, un barbare qui avait assassiné des Français. Le crime de Nakalassé est d’autant plus odieux, qu’il n’avait été provoqué par aucune agression de la part de nos compatriotes. Voilà pourquoi j'ai ruiné Piva de fond en comble, Le même sort est réservé à tout chef vitien qui insultera un navire de ma nation. La punition pourra être lente à venir à cause des distances ; mais tôt ou tard elle atteindra les coupables. Au surplus, la France n’avait sur ces îles d'autre ennemi que Nakalassé; elle désire être l’amie et l’alliée du roi Tanoa et du peuple de Pao. » Ce discours, traduit en langue tonga par le matelot Simonnet, puis en vitien par le naturel de Tonga dont nous avons déjà parlé, parut produire un grand effet sur les sauvages, que la rapidité du châtiment infligé à Nakalassé avait déià remplis d’étonnement et de respect.

Le roi, dans sa réporse, protesta de son amitié pour les Français. Après ‘:s discours, Dumont d'Urville donna aux indigènes le spectacle d'un exercice à feu qui excita leur admiration, et qui fut suivi d'une collation offerte par Tanoa. Celui-ci fit ensuite visiter aux étrangers son palais, belle et vaste case de douze mètres de haut, où l’on entre par deux portes, dont l’une est exclusivement réservée au roi et à la reine. Tout autre qui oserait en franchir le seuil serait puni de mort.

Les naturels des iles Viti sont, d’après la relation de Dumont d'Urville, les plus intelligents de la Mélanésie, ce qui ne les empêche point de manger ieurs prisonriers, dont la capture est le but unique des guerres qu'ils se font entre

eux. On célèbre à diverses époques de l’année des fêtes qui

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exigent un certain nombre de victimes; malheur alors à ceux qui n’ont point d'asile, comme les habitants de Piva et leur “hef Nakalassé; ils sont traqués comme des bêtes fauves, et viennent en supplément aux produits de la guerre. Si les prisonniers manquent, on tue quelques femmes, qui sont manyées par leurs parents. Dans une äe ces fêtes, le vieux Tanoa fit ainsi assommer trente de ces malheureuses pour un repas public; les familles, loin de s’en plaindre, prirent part au festin. Les hommes seuls assistent à ces repas. Les derniers mois de l’année 1838 furent employés par les navigateurs français à relever et à explorer les îles Lavouka, Aurore, Vanikoro, Santa- Cruz, Soloman et Hoago leu. L'année 1839 ne fat pas heureuse. La ayssenterie, qui faisait à bord des deux corvettes de nombreuses victimes, les obligea de faire plusieurs relâches très- prolongées, qui retardaient les travaux scientifiques de l'expédition, sans améliorer l'état sanitaire des équipages. Ce fut sculement après un séjour de plusieurs semaines à Hobart-Town, en Tasmanie, que le fléau disparut ; et, le 1er janvier 1840, les corvettes remirent à la voile pour aller tenter queiques aécouvertes dans le voisinage du pôle antarctique, Après une lente et pénible navigation d'environ un mois, elles se trouvaient au milieu de montagnes de glace, qui rendent ces régions presque inaccessibles; mais cette fois les efforts et la patience des intrépides explorateurs fut récompensée par la découverte de deux nouvelles terres, comprises entre 66° 30° de latitude sud et 1380 21° de longitude ouest, 640 30° sud et 1290 6% ouest. Ces terres furent nommées Adélie et Côte

Clarie.

En quittant cette dernière, les corvettes revinrent à Ho-

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lart-Town; puis elles allèrent compléter l’hydrographie de la Nouvelle-Zélande, et visitèrent la colonie anglaise, déjà florissante de Karora-Réka, dans la baie des Iles. « Là, dit M. Reybaud, Dumont d’'Urville vit quelques membres de la mission catholique, qui se plaignaient, non sans raison, de l'intolérance des missionnaires anglicans. Ceux-ci s’occupent, du reste, de leurs intérêts temporels plus que des intérêts spirituels de leur troupeau. Il n'y a point à Karora- Réka d’autres banquiers qu'eux ; l’agiotage sur les terres ne compte pas de spéculateurs plus cupides; aussi chaque jour voit-il croître leur scandaleuse fortune. »

Dumont d'Urville termina ses travaux géographiques par le relevé de la Louisiade, dont d’Entrecasteaux avait seul donné avant lui un tracé fort incertain. Il constata que celte île tient à la Nouvelle-Guinée, dont elle n’est séparée que par un bras de mer, Les deux corvettes faillirent encore se briser sur les bancs de coraux du détroit de Torrès. Echappées à ce péril, elles reprirent leur route vers le France, et, le G novembre 1840, elles rentrèrent à Toulon,

après une absence de trois ans et deux mois.

Monet: | LN

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