AUJOURP'HUL S, S, LE PAPE PIE IX
homme mûr, alors enfant, se rappelle le prêtre ignoré qui suivait l'archevêque, et dont le regard peignait l’affectueuse bonté. « Beaucoup d'enfants noirs précédaient, dit labbé Sallusti; beaucoup de jeunes gens marchaient deux à deux, tenant des verres de lampion à la main. Je me rappelai alors l'entrée du divin Sauveur à Jérusalem. Il y eut même dans cette foule plus d’un religieux vieillard qui, se rappelant les paroles de l'Évangile, répétait en latin : Benedictus qui venit in nomine Domuni : hosanna in altissimis. »
Le 16 janvier, on quitta la ville, où une réception splendide avait été faite à la mission. On avait recu les visites du clergé; mais l’affluence des femmes qui réclamaient la bénédiction du vicaire apostolique était si considérable, qu'on eut quelque peine à s’en dégager. Les membres de la mission remplissaient deux carrosses, de forme passablement antique, tirés par quatre chevaux. Outre les pieux missionnaires, quatre jeunes Chiliens qui accompagnaient le docteur Cienfuegos, et deux serviteurs, la caravane ne comptait pas moins de douze coches, et plus tard, lorsqu'on eut à redouter les sauvages dans les pampas, six gauchos durent être adjoints avec autant de chevaux, aux hommes conduisant les relais.
À Lugan ou Santos Luyares, un misérable rancho, où M°" Muzi avait passé la nuit, fut tout à coup paré de tentures de Damas par le curé du lieu. On y transporta un riche autel et six candélabres d'argent massif, et la première messe du vicaire apostolique fut ainsi célébrée au sein de la pampa Immédiatement après, D. Giovanni Mastai, l'abbé Sallusti ct
le P. Raymondo Arce se rendirent à l'humble église du village,
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où trois autres messes furent dites. On allait entrer dans les canpagnes solitaires ; plus d’un péril allait être bravé.
À San-Pedro, par extraordinaire, on eut un diner confortable; mais voici comment fut logé le pieux voyageur qui devait avoir un jour pour demeure le palais du Vatican : il ne trouva pour se réfugier durant la nuit qu’un appentis sans porte, couvert à peine d’un chaume délabré. « Vraie cabane d’astronome, dit l'abbé Sallusti, et d’où l’on pouvait, sans quitter son lit, observer à l'aise les planètes. » Mais par le fait cette riante habitation n'était que le garde-manger du maitre de poste, sentinelle solitaire placée aux dernières frontières de la civilisation. Des planches grossières, suspendues par des cordes liées aux poutres de support, y descendaient de la toiture, et c'était sur ces étagères élégantes qu'on avait amoncelé des quartiers de viande tuée depuis plusieurs jours, du maïs, des fromages, des cuirs, des peaux destinées à sécher, Qu'on se figure la nature des parfums s’exhalant de ces dressoirs. D. Giovanni Mastaï et son compagnon l'abbé Sallusti demeurèrent cependant dans ce réduit affreux: mais le lendemain, heureusement, iis purent respirer les senteurs embaumées des rivages du Parane ; on avait atteint cette rivière magnifique qui, avec l'Uruguay, forme l’une des limites de ce qu'on appelle aujourd'hui la Mésopotamie Argentine, pays admirable, qui n’a pas moins de quarante-quatre mille kilomètres carrés.
La première cité importante qu'on rencontra fut Rosario : on y parvint le 21 janvier, Le curé s'empressa de venir audevant du vicaire apostolique, et la confirmation fut donnée solennellement à des milliers de fidèles.
On quitta cette ville le surlendemain, et ce fut alors que