AUJOURD'HUT $, S, LE PAPE PIE IX
l'on commença à abandonner les rives majestueuses du Parana, que l’on avait longtemps côtoyées. Candelarias, Orqueta, apparurent tour à tour. Ce fut dans ce dernier endroit que l’on vit le premier Indien pampa que l’on eût encore rencontré. On devait bientôt n’entendre que trop parler des gens de sa race. À vingt-quatre kilomètres de là, on atteignit une maison de poste désignée sous le nom sinistre de Desmochados (les mutilés). Le nom conservé à cette habitation solitaire rappelle un épouvantable événement. Quelques années auparavant, des Indiens cavaliers avaient surpris le maître de poste, environné de ses nombreux serviteurs, et les sauvages avaient, contre toute attente, laissé la vie à ces pauvres gens, mais pour se donner l'horrible joie de leur couper à tous les pieds et les mains, et pour les abandonner dans cet état effroyable. Habitué à de sanglantes incursions, Desmochados avait de pins récents souvenirs; dix jours auparavant le passage de D. Giovanni Mastaï et de M° Muzi, une troupe de trois cents Indiens cavaliers s'était présentée devant la tour qui défend ce passage. Le brave maître de poste avait eu le temps de s'y renfermer, et, muni d’une carabine excellente, il avait tué à la troupe désordonnée un homme, puis mis hors de combat plusieurs guerriers que leurs chevaux avaient emportés, Ces hommes farouches, comprenant l'impuissance de leurs armes, s'étaient retirés ; mais le sang versé avait dû être racheté par le sang : un pauvre pasteur n'avait pu éviter leur rencontre. Vingt coups de lance lui avaient donné la mort; puis ces implacables sauvages l'avaient coupé par morceaux. Ce qu'on ignorait alors, on le sut plus tard : pareil sort était réservé à chaque membre de la mission, Imparfaitement informés par
leurs espions, les Indiens, comptant sur un butin considé
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rable, s'étaient rassemblés en hâte pour piller la caravane ; iis ne s'étaient trompés (on en eut alors la certitude) que sur le moment précis du passage des étrangers. Le séjour de la mission à Buenos-Ayres l'avait certainement sauvé; mais, qu'il se prolongeñt de deux semaines entières, la tragédie s’exéculait. Trois jours après le passage des voyageurs, les Indiens revinrent aux mêmes lieux, et vingt malheureux péons qu’ils rencontrèrent furent massacrés impitoyablement par eux ; les marchndises qu'ils escortaient furent emportées ; un seul de ces hommes, horriblement blessé, se dressa du milieu de ce monceau de morts. et raconta le combat.
« Ce sont les Puelches, les Pehuenches, les Ranquelis qui ensanglantent ainsi le désert, dit M. Ferdinand Denis, dans son récit du voyage de D, Giovanni Mustaï, d’après l’abbé Sallusti; et ces guerriers sont certainement plus redoutables que les Indiens du Sud, Abrités sous des tentes de cuir qu'ils transportent en un clin d'œil dans les parties les plus reculées des pampas, ils vivent presque exclusivement de viande de cavale, et ne s’enrichissent que de rapines.
€ Qu'on les appelle carrerias, comme cela a lieu au sein des États Argentins; qu’on les désigne sous le nom de malons, ainsi que cela a lieu au Chili, ces incursions de sauvages pillurds sont toujours suivies d’horribles méêlées. Maniant sans peine leur forte lance, avec laquelle ils soulèvent un homme pour mieux jouir de son agonie, faisant tourner autour de leur tête l'arme antique de leurs aïeux, qui ne manqua jamais son but, ils clouent à la terre avec les bolas ceux que là pique n'a pas frappés. Mais les jours de ces triomphes farouches sont sur le point de finir; des postes de vétérans, toujours prêts à
combattre ces barbares. se fondent chaque année; la civilisa-
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