AUJOURD'HUI $, S, LE PAPE PIE IX
tion conquiert de jour en jour du terrain sur ces nomades : Urquiza ser” l’extermirateur de leur race, ou bien saura la pacifier. »
Le 25 janvier, on célébra la messe à la Canada de Lucas, puis on se rendit tout d’une traite à Punta de Agua, où la route tourne de l’est au couchant. Sous ce délicieux climat, le pays prenait un aspect de plus en plus varié. Les nandous, les cerfs d'Amérique, les daims, les lièvres apparaissaient ensemble dans ces champs parés de fleurs, s’arrêtaicant un moment, surpris d'entendre des sons inaccoutumés ; mais ils fuyaient au bruit du carrosse, comme si le vent les eût emportés. L’araucaria, à l'aspect si régulier, qu’on le prendrait parfois pour un arbre de nos grands jardins, se montrait de tous les côtés,
Nous ne dirons rien ici des lieux divers que parcourut la caravane; presque toujours elle rencontra des fortunes bien diverses, quoique l'accueil fût toujours favorable. A la poste du Tambo, par exemple, les voyageurs eurent un bon souper; mais il leur fallut se coucher sur la terre nue, à la belle étoile; au torrent de Barranquisa, l'abbé Sallusti examina des sables aurifères; à Cordoba, capitale d’une province entière, bâtie un peu tristement entre deux montagnes, on fut touché et édifié à la fois de la piété du clergé ; à San-Joze-del-Moro, on rencontra un hôtelier, honnête homme, qu'on supplia de refaire ses comptes, tant on le trouva désintéressé, A quarante huit kilomètres de là, à la porte del Rio-Quinto, on apprit la triste nouvelle du désastreux accident arrivé au docteur Cienfuegos ; dès lors on se dirigea vers une très-petite capitale de province, qui, chose étrange dans ces contrées lointaines,
rappelle une des gloires de la France; San-Luiz de la Punta
porte ce nom en souvenir de notre saint Louis, Cette jolie ville, fondée en 1597, accueillit merveilleusement la mission : et après avoir admiré ses églises, la splendeur de son culte, nos voyageurs apprécièrent son amour pour certaines branches de l’agriculture, aussi bien que son industrie dans l’exploitation des raines. Ce qui les réjouit surtout au sortir de la cité, ce furent ses nopals maguiliques tout chargés de cochenilles,. Les voyageurs marchaient toujours.
On se dirigeait directement sur la ville de Mendoza ; mais on ne tarda pas à arriver au milieu des terrains fangeux qui précèdent la porte de Chorillo, et l’une des voitures se brisa. Après une course fatigante, sous un soleil brûlant, il fallut s'arrêter à Chorillo même, où il n'y à pas d’eau courante, Dans ces marécages épouvantables, désolés naguère par les Indiens, qui en avaient ruiné les habitations, le vicaire apostolique trouva à peine un asile, et D. Giovanni Mastaï, suivi de l’abbé Sallusti, se vit contraint de se réfugier dans une cabane sans toit, dont les quatre murs seulement restaient debout, menaçant à tous moments de s'écrouler, Il lui fallut, en définitive, y établir sa demeure pour plusieurs jours.
Ce fut à Chorillo qu’on apprit que les Indiens pampas s’6taient réunis au nombre de huit mille, pour aller désoler les plaines de Buenos-Avyres, et que, devant un presidio, bâti pour s'opposer à leurs invasions, ils avaient marché jusque sur les bouches du canon.
On se remit en route enfin, et, à vingt kilomètres de là, on put admirer le Bebedero, dont les bords étalent des salines inépuisables. Dormida ne put offrir à ses hôtes qu'un triste
brouet, dans lequel des grains de maïs, nageant dans une eau
grasse, se mêlaient à des lambeaux corinces de charque.