LE PAPE PIE IX
A Catilas, les choses se passèrent d’une façon bien différente : les fruits délicieux d'Europe abondaient, et ce fut là, d’ailleurs, que les Andes, couvertes de leurs neiges éternelles, se montrèrent aux voyageurs dans leur indicible beauté, Ce jour-là, tout entier réservé à une pieuse admiration, fut comme une entrée magr que à la suite des jours de repos et d’allégresse qui allaient se succéder, Après qu’on eut dépassé Retamo avec sa petite église, et que la messe y eut été célébrée ; après qu’on eut entrevu Rodeo de un medio, où l'on traversa à gué le Tunuyan, une autre rivière et deux torrents, la ville de Mendoza apparut, et toutes les miseres du voyage furent pour un moment oubliées.
Cette ville charmante, qui laisse de si aimables souvenirs à ceux qui l’ont parcourue, avait revêtu sa livrée de fête pour recevoir la mission. Des dames en grande parure attendaient le vicaire apostolique ; des arcs de triomphe de feuillage et de fleurs avaient été dressés, et ce fut aux acclamations de la population entière que M“ Muzi et D. Giovanni Mastaï se rendirent à l'habitation de dona Emmanuela Corbalan, où les attendait le docteur Cienfuegos, et chez qui tout avait été préparé pour les recevoir magnifiquement.
De splendides solennités religieuses qui se succédèrent, des fêtes nombreuses données en l'honneur du vicaire apostolique, retinrent la mission durant neuf jours à Mendoza. Ce moment de repos était une halte dans le voyage : ce n’était pas sa fin. Il fallait franchir la barrière formidable qui sépare deux régions également favorisées du Ciel : le passag? des Andes ne peut jamais être sans danger. Le 24 février, on partit de Mendoza. En quelques heures on eut parcouru à
cheval les soixante kilomètres qui séparent la riante cité de
la montagne du Paramillo, On se trouva alors en pleine Cordillère,
Le pampa a ses tristesses monotones etses misères; le chemin des Andes a ses périls redoutés des plus intrépides, Au sommet de ces monts désolés, dans la région de deuil où finit toute végétation, où l'homme le plus brave marche dans un funèbre silence, de nombreux périls menacèrent plusieurs fois les pieux voyageurs : la Providence les sauva, Le jour le plus terrible pour la caravane fut le 29 février; le 4er mars, en descéndant la montagne, une sorte de Paradis terrestre apparaissait déjà. Sur le territoire de Roncegua, ceux qui venaient de tant souffrir se sentirent tout à Coup renaître.
Après avoir traversé Villa-de-Santa-Rosa, et s'être arrêté dans les plaines glorieuses de Chacabuco: après avoir fait diverses stations à Pellègue, à Colina, et dans le couvent des dominicains , qui se trouvait situé à la porte de la capitale, on était enfin arrivé. L'hymne ambroisienne était chantée pontificalement le 6 mars, au terme du voyage,
Santiago reçut les pieux voyageurs, en les entourant de toutes les pompes de l'Église, auxquelles vinrent se mêler les acclamations populaires : le reste appartient à l’histoire.