‹ Voyages et découvertes outre mer au XIXe siècle [microforme]Chapitre 30 sur 77 · ES · texte numérisé non relu

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dire de peaux de phoques tendues sur un châssis de bois; mais elle est d’une forme différente, et peut contenir dix

à douze personnes. Les femmes Sy tenaient debout en ra- | mant. Leurs vêtements ne différaient de celui des hommes que par l'extrémité inférieure. Tandis que le surtouc de ceux-ci était coupé droit tout autour du corps, celui des femmes, orné de verroteries et bordé en cuir rouge, était

arrondi par devant et par derrière en manière de chasuble.

REED CTR ESS

Les hommes étaient coiffés de bonnets en peau de chien; mais les longs cheveux noirs des fermes formaient toute leur coiffure: elles les portaient relevés en un seul nœud sur le haut de la tête, comme les Chinois.

« Deux d’entre elles, plus grandes que les autres, étaient filles d’un résident danois et d’une femme du pays, et auraient Û pu passer pour jolies, si elles eussent été vêtues à l’européenne.

Le sang esquimau apparaissait sans mélange dans la large

figure, les petits yeux enfoncés et je {

les autres.

€ Le capitaine les fit entrer dans la cabine, et leur fit servir le café, tandis qu'on dessipait le portrait des Principaux de la bande. Mais un musicien de l'équipage ayant fait entendre quelques airs écossais sur le tillac, ils Sy précipitèrent tous,

et commencèrent de joyeuses danses a vec les matelois.

« On ne saurait, dit le Capitaine Ross, Sackouse à ce Spectacle, Les Connaissances relativement supé-

dépeindre la joie de

rieures qu'il avait acquises lui donnaient une singulière importance aux yeux de sos Comoatriotes, et

c'était vraiment avec une certaine grâce

qu'il leur faisait les honneurs du bal.

Voir un maître de cérémonie esquimau présider à un bal sur le tillac a’un Vaisseau de 1]

à marine royale de la vieille Angleterre, l'était ce

rtes pas une chose Commune; mais combien de gens auraient été embarrassés pour join

lre, comme Sackouse, aux qualités si varié

es de matelot, d'interprète, de dessinateur et de Coryphée,

celles d’adroit pêcheur de phoques et d'intrépide ch:

isseur d'ours blancs!

« Cette scène, déjà digne d'intérêt, en Puisait un plus grand

atmosphère sereine, dans le cie les côtes dentelée

encore dans l’ 1, dans les eaux,

S qui l’encadraient. L'horizon était bordé de légers nuages étincelants de

lumière, et dont l'or et la pourr-e, diminuant graduellement.

venaient se fondre dans un : uith

d'azur. La mer, de son Côté, offrait, dans la variété infinie des glaces qui la couvrent, un splendide et magique spectacle. On aurait dit une plaine sans bornes, jonchée de blocs du plus

beau marbre de Paros, de toutes tailles et de

toutes formes.

L'œil mesurait avec

étonnement des montagnes de cristal.

élevant leurs masses flottantes à plus de cent pieds au-dessus

eint brun foncé de toutes

matt tÉÉRtnns

de la surface des ondes, et tout à côté se fatiguait à saisir les proportions de mille fragments épars, qui n'étaient perceptibles que parce que le soleil incliné à l'horizon les frappait de ses rayons , et leur accordait une part de la vie et du coloris qu'il déversait sur l’ensemble de ce tableau. »

Un jour l'équipage des deux navires, étant sur la glace, trainait à l’aide de cordes l'Isabelle dans les sinuosités d’un archipel de glaçons; le musicien du bord marchait en téte, comme à l'ordinaire, pour animer les matelots par les sons de son instrument, quand tout à coup la musique cesse, et l'artiste disparaît : une crevasse ouverte sous ses pieds l'avait englouti; mais comme il était, ainsi que tous ses compagnons, attaché au câble de toue, on put le retirer, sans autre accident qu’un bain d'eau froide bien complet, pour lui et pour son violon, qu'il n'avait pas lâché.

Dans une autre circonstance, un immense champ de glace vint s'appuyer sur un des flancs de l'Isabeite, tandis que l’autre était heurté par des blocs énormes qui dérivaient en tournoyant. Il résulta une pression telle, que les poutres placées transversalement à fond de cale commencèrent à plier; la proue du navire fut soulevée et repoussée avec violence contre l’Alexandre, qui suivait à peu de distance. Nul effort ne put préveüir le choc des deux bâtiments; les ancres à glace et les câbles se rompirent presque instantanément, et les deux vaisseaux se heurtèrent si violemment, qu'ils broyèrent en éclats une chaloupe qui se trouvait entre eux. Dans ce moment de crise, la séparation des deux champs de glace

sauva seule l'{sobelle et sa conserve d’une entière destruction. Aucun des hommes de leurs équipages ayant déjà servi

dans ces mers n'y avait encore couru un tel danger, et tous

déclarèrent qu'un bâtiment Ordinaire y aurait infailliblement succomhé,

Dans les Premiers jours d'août, tout près de la soixanteseizième Parallèle, le Capitaine Ross et ses compagnons aperçurent sur la glace des êtres humains, qui semblaient héler les vaisseaux. Longtemps ces hommes contemplèrent les navires en silence; mais lorsqu'ils les virent manœuvrer et virer de bord, ils Poussèrent tous ensemble une clameur bizarre, accompagnée de gestes étranges ; puis ils disparurent, emportés du côté de la terre par leurs atte. lages de chiens, avec une incroyable rapidité.

Ayant le plus vif désir de Communiquer avec ces Hyperboréens, le Capitaine fit porter et ériger à terre un poteau chargé de présents, et les vaisseaux furent amarrés de maaière à ce qu’on pût observer de leurs tillacs tout ce qui se passera it.

Le lendemain matin, on aperçut huit traineaux qui s’ap- Prochaient des navires, en cachant autant que possible leur inarche dans les plis des Champs de glace, Arrivés à environ un mille, ils s’arrétèrent; ceux qui les montaient en descendirent, et bien qu'ils aperçussent le Poteau planté la veille, ils n’osèrent Pas aller jusqu’à lui, restant irrésolus, Paraissant délibérer entre eux sur la conduite à tenir en Si neuve occurrence. Voyant leur indécision . Sackouse offrit d'aller seul et sans armes à leur rencontre,

Il mena, avec autant d’habileté que de résolution, son entreprise à benne fin. Ayant €mporté du vaisseau un petit Pavillon bjanc et quelques présents, il commença par planter son drapeau sur le bord d'une crevasse qui le séparait des

naturels; puis, tant son chapeau, il leur lit signe de s'ap-

procher, ce qu’ils firent lentement, et, pour ainsi dire, pas à pas. Lorsqu'ils furent à portée de la voix, et après bien des mots, des cris échangés de part et d'autre, Sackouse reconnut qu'ils parlaient un dialecte de sa propre langue. Se servant aussitôt de ce dialecte, et leur tendant les présents : Approchez, et prenez, leur dit-il. Mais eux de répondre : Non, non, allez-vous-en; ajoutant qu'ils espéraient qu'il n’était pas venu pour les faire mourir.

Le plus hardi de la troupe, s’étant enfin approché jusque sur les bords de la crevasse, tira de sa botte un couteau, en répétant : « Allez-vous-en. Je puis vous tuer. » Mais Sackouse, sans se laisser intimider, lui jeta quelques rangs de verroterie et une chemise à carreaux, en ajoutant : « Je suis un homme comme vous et votre ami. » Ces paroles et ces présents ne calmant pas encore leurs craintes et leurs défiances, et leurs lèvres ne cessant de murmurer : « Allezvous-en, ne nous tuez pas, » Sackouse leur jeta un couteau anglais, en disant : « C’est ma seule arme, prenez- a. » Ils s'approckérent alors avec précaution, ramassèrent le couteau, puis jetèrent un grand cri, et se tirèrent solennellement le nez. Sackouse, à leur exemple, ayant crié haiyau, et s'étant tiré le nez avec la gravité convenable, ils commencèrent à lui accorder quelque confiance et à laccabler de questions.

« Qu'est-ce que ces grandes créatures? lui dirent-ils vivement en désignant les vaisseaux; viennent-elles du soleil ou de la lune? donnent-elles la lumière, le jour ou la nuit?

— Ce sont des maisons faites en bois, » répondit Sackouse. Cette assertion les trouva incrédules : « Non, non, s’écrièrent-

ils, elles sont vivantes, nous les avons vues agiter leurs ailes. »

Sackouse ayant répété qu'il était un homme, qu'il avait comme eux un père et une mère, et qu'il venait avec les gens des vaisseaux d’un pays éloigné, dans la direction du midi, ils répliquèrent encore que cela élait impossible; que de ce côté tout était glace: qu'il n'y avait des hommes que dans la direction du nord, où étaient leurs demeures, et d'où ils étaient descendus sur cette côte pour pêcher des narvals.

Tout en parlant ainsi, ils tenaient la main droite posée sur le genou, à portée du couteau qu'ils cachent dans leurs bottes ; leurs traineaux, gardés par l’un d’entre eux, semblaient toujours prêts pour la fuite; et chaque fois que, pour mieux saisir les paroles de leur interlocuteur, ils rejetaient le capuchon qui leur couvre nabituellement la tête, les Européens, qui les observaient du haut des vaisseaux à l’aide du télescope, pouvaient facilement distinguer sous leurs traits brunis le profond étonnement et la vive terreur qui les dominaient, et imprimaient à tout leur être un tremblement convulsif,

Le résultat final de cet entretien fut que Sackouse traversa la coupure qui le séparait des naturels, parvint à les convaincre qu'il était comme eux une créature de chair et de sang, et que les deux chefs de l'expédition purent venir le joindre, sans jeter trop d’effroi parmi les auditeurs. Puis lorsque, sur sa recommandation, les officiers anglais se furent tiré le nez à la manière des sauvages, et que ceux-ci eurent découvert leur tête selon le mode européen, accompagnant tous ensemble ces salutations réciproques d’un immense cri d'haiyau ! la meilleure intelligence s'établit entre les repré-

sentants des deux points extrêmes de la civilisation, et se

a, vnoianteiaiainet NGarau PRES ASIA TETE

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traduisit, d’une part par des largesses et des présents, de l'autre par de formidables éclats de rire, expression primitive du contentement et de la joie chez tous les peuples enfants.

Profitant de l'explosion de ces sentiments, les commandants montèrent dans les traîneaux des naturels, et s’acheminèrent avec eux vers les navires. Mais, en approchant, l'hésitation des Esquimaux recommença. Ils ne pouvaient comprendre que ces masses, avec leurs mâts élevés, leurs câbles multipliés et leurs voiles immenses, ne fussent pas des ,crértures vivantes. Ils tournaient autour d’elles à pas lents, en examinant toutes les parties avec les plus grands signes de surprise et de crainte, et les interrogeaient à haute voix, disant : « Qui êtes-vous? d’où venez-vous? Est-ce du soleil ou de la lune? » Entre chaque question ils faisaient une pause, comme s'ils eussent attendu une réponse, et se tiraient le nez avec une solennité croissante,

Il est impossible, dit le texte, de se figurer un spectacle plus amusant et en même temps plus intéressant que celui que ces pauvres sauvages donnaient en ce moment aux Anglais groupés autour d’eux. Qui n’en a pas été témoin ne peut se faire une idée de l’étonnement, de la joie et de la crainte que révélaient successivement leurs traits, leurs gestes et leurs exclamations. Chacun cherchait à imiter leurs cris et leu: ; éclats de rire, et voulait accomplir à son tour la cérémonie du nez tiré, ce qui ne pouvait manquer d'ajouter à l’allégresse générale. Au milieu de cette explosion de clameurs joyeuses, les Esquim .ux tombèrent tout à coup dans un profond silence, absorbés tout entiers dans la contempla-

tion d’un matelot grimpant dans les haubans. Ils le suivirent

des yeux jusqu’à ce Qu'il fût arrivé au haut du mât, et voulurent alors connaître avec quelles peaux on avait fabriqué les voiles et les cordages, Les peaux et les os des animaux tués par eux étant les seules substances qui leur fussent familières, ils ne pouvaient avoir aucune idée des matières textiles, pas plus que la notion obscure de quelques masses de fer météorique, dont les fragments leur servent à orner leurs couteaux, ou que l'existence sur leur sol glacé de quelques bruyères et de saules nains, dont la tige n'excède pas en grosseur la plume de corbeau, ne pouvaient leur expliquer l'assemblage compliqué de bois et de métaux dont se compose un bâtiment de quatre à cinq cents tonneaux.

Cette peuplade, qui habite une partie de la côte occidentale du Groenland, entre le 76° et le 77: parallèle, n’a. conservé aucune tradition relative à ses origines; jusqu'au moment ce l'arrivée de l'Isabelle et de l'Alexandre, elle s'était crue la seule population du monde, pensant que tout le reste était une masse de glace.

Après quelques jours passés en intéressantes communicauons avec cette tribu, le chef de l'expédition crut devoir poursuivre, sans perdre de temps, le but principal de son voyage; et quittant cette contrée, à laquelle il donna le nom de Highlands Arctiques, il suivit la côte dans la direction du nord-ouest.

Le 30 août, l'Isabelle et l'Alexandre pénétrèrent dans détroit de sir J\mes Lancaster. que Baffin n'avait fait qu’entrevoir. Déjà les équipages des deux navires, croyant avoir conquis la prime de vingt mille livres sterling que le parlement avait volée au navire qui découvrirait le passage au

nord-ouest, faisaieni, par des hourras, éclater leur Joie; mais

vais nn ocre tt NI

CAI AINE JOHN HO 4u

elle ne fut pas, hélas! de longue durée, Dans l'après-midi de ce même jour, le capitaine Ross, ne remarquant dans le détroit ni lames venant du nord-ouest, ni bois entraîné par les flots, ni apparence de courant, fut pris d’un décourage

ment subit, et prétendant voir, seul de tous ses compagnons, une banquise et la terre par le travers de ses navires, il leur lit virer de bord, à Ja commune surprise des états- majors et des imatelots. A dater de ce jour, les travaux de l'expé-

dition se bornèrent à relever à la voile et de loin les côtes

de l'archipel qui, depuis le détroit de Lancastre jusqu’à celui

de Cumberland, forme la rive occidentale de la mer de Baffin. Deux mois après, l’Isabelle et l'Alexandre rentraient

en Angleterre.

NEGOND VOYAGE DU GAPITAINE JOHN ROSS

AU POLE ARCTIOUI

Départ, — Le navire la Victoria. Direction vers le détroit du Prince-Régent. — Premier hivernage à Felix-Harbour. — Effet solaire, — Rencontre et rapports avec les Esquimaux. — La jambe de bois. Vols commis par les indigènes, — Soulèvement des naturels contre les voyageurs. —— John Ross parvient à les apaiser, — Chasse aux bœufs musqués. — Gloutonnerie des Es quimaux, — Second hivernage, — Découverte du pôle m ignétique. Troisième hiver, — John Ross et son équipage abandonnent leur navire, Hs atteignent la pointe de la F@ry. Nou-

velles déceptions, — Encore l'Isabelle. — Délivrance, — Retour en Angleterre.

Le capitaine John Ross, préoccupé du désir de dissiper les nuages que le brusque achèvement de son voyage en 1818 avait fait naître sur la hardiesse de ses résolutions, partit de nouveau de la Tamise, le 25 mai 1829, dans le but de chercher le passage au nord-ouest, par le détroit du Prince-Régent, Il montait cette fois le navire 4 vapeur la Victoire, con- | vaincu que l« navigation de la mer arctique serait plus facile ! à un bâtiment à vapeur qu'à tout navire n'ayant que des

vailes.

Il arriva, dans le mois d'août, au point le plus élevé qu'il

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