DENT MOT ANNE
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deux champions une telle réciprocité de courtoisie, qu’on ne put dire quel était le vainqueur.
Une danse au violon, à laquelle les visiteurs prirent la part la plus vive, termina cette heureuse journée.
On les reconduisit à une certaine distance, et l’on promit d’aller les visiter le lendemiin, ce qui eut lieu.
Pour le mode de construction et de distribution, les matériaux et le mobilier, leurs huttes étaient toutes pareilles à celles qu'ont décrites les capitaines Parry et Lyons.
Leurs provisions de chair de rennes et de veaux marins étaient enterrées dans la neige, suivant la coutume de ces peusles, qui amassent ces provisions pendant l'été, et les conservent ainsi pour la saison des grands froids,
Les femmes n’élaient pas des beautés; mais, par leur conduite et leur tenue, elles n'étaient pas inférieures à leurs maris. Toutes celles qui avaient dépassé treize ans semblaient être mariées. Leur taille était petite, et leurs traits pleins de douceur. Toutes étaient plus ou moins tatouées, surtout sur le front et de chaque côté de la bouche et du menton. Leurs vêtements ne différaient guère de ceux des hommes. A la différence de ceux-ci, leurs cheveux, pour l’ordre et la propreté, laissaient beaucoup à désirer. Du reste, elles parurent fort sensibles aux cadeaux de verroterie et d’aiguilles qui leur furent prodigués.
Huit de ces naturels suivirent les gens de l'expédition au vaisseau.
Pendant le trajet, un coup de vent très-froid étant parti d’une vallée, lun d'eux s'écria que le capitaine avait une joue gelée; il fit sur-le-champ une boule de neige, l'en frotta et
resta constamment auprès de Huit, lui recommandant souvent
220 VOYAGES ET DÉCOt VERTES
de couvrir sa joue d’une main, pour prévenir le reçour du même accident. à
Lursqu'on fut au vaisseau, on abandonna six des Esqui- Maux aux soins de l’équipage, et les autres, qui étaient des chefs, furent invités à la table du capitaine. La vue des couteaux, des fourchettes et des autres objets les émerveilla : mais, après avoir observé pendant quelques instants les mouvements de leurs convives européens, ils se servirent de ces ustensiles, si nouveaux pour eux, avec autant de dextérité que s'ils y eussent été habitués toute leur vie. Leur goût semblait même subitement amélioré. Ils Parurent manger avec plaisir de la viande conservée; mais la viande salée, le riz, le fromage, ne leur causèrent que du dégoût ; et ce qui fut particulièrement humiliant pour la cuisine bn itannique, ils n’accueillirent pas mieux un Plum-pudding, dont on attendait pourtant le plus grand effet sur des palais qui savouraient comme des friandises de la graisse de veau raarin et de l'huile rance : l'eau-de-vie ne leur parut pas moins détestable.
Les jours suivants, les Communications continuèrent avec ces Esquimaux. On s’efforça d’en tirer des renseignements sur les contrées voisines, et ils ne se montrèrent pas étrangers aux éléments de la géographie, Quelques-uns firent de petites cartes où des lieux connus des voyageurs, notamment la bai et la rivière de Wager, les lacs voisins et la baie Repulse, ainsi que plusieurs criques et rivières sur la côte, étaient correctement placés.
Dès la seconde visite, on eut même la preuve que dans ces notions de géographie cerlaines femmes pouvaient le disputer à leurs maris, L'une d'elles, appelée Tiriksia, comprit
fort bien ce que signifiait une carte qu'on lui montra: et
nt ut étés; Lab ét
quand on lui eut donné un crayon, elle en traça une autre à sa manière, qui ressemblait assez à la première, mais qui contenait beaucoup plus d’iles, Par une précaution trop justifiée par la pauvreté des régions qu’elle dessinait, elle eut même soin de marquer les points où les voyageurs devaient s'arrêter chaque soir, et ceux où l’on pouvait se procurer des vivres.
À son talent de géographe Tiriksia joignait celni d’excellente couturière ex peaux de renne et de veau marin. Elle lit cadeau au capitaine d’un costume complet de femme d'Esquimau. travaillé avec soin, orné avec art, et reçut en retour un mouchoir de soie qu'elle avait distingué particulièrement parmi les objets offerts à sa vue.
A quelques jours de là, l'expédition rendit au fils de cette femme le plus précieux des services. Il s'appelait Tulluahiu. Ayant perdu depuis quelque temps ne jambe, il était venu au navire sur un traîneau tiré par un de ses compagnons. Le chirurgien l'examina, «, nensant qu'il était possible de lui adapter une jambe de bois, il fit venir sur-le- champ le charpentier pour prendre la mesure. Tulluahiu, voyant ce dont il s'agissait, fut saisi d’un transport de joie inexprimable, On lui expliqua que sa nouvelle jambe serait prête dans trois jours. On lui donna, ainsi qu'à son compagnon, une des caisses d’étain qui avaient contenu les viandes conservées, et ils partirent l’un et l’autre au comble de la félicité.
€ Qre personne ne s’imagine connaître la valeur d’un présent, dit à ce sujet la relation, avant d’avoir appris quel bonheur peuvent produire un grain de verre bleu, un bou- {on jaune, une aiguille où un fragment de vieux cercle
de
fer, »
222 VOYAGES ET DÉCot VENTES
Tulluahiu, comme on le pense bien, ne manqua pas de venir essayer sa jambe, En dépit d’un froid épouvantable, il arriva accompagné de son ami Ottookin, d’une vieille femme, de quatre hommes. et de deux jeunes gens qu'il avait voulu rendre témoins de sa transformation. On fit l'essai de la jambe; mais, comme Je charpentier avait à y mettre la dernière main, Tulluahiu fut renvoyé au lendemain, Ce jour-là, aussi pouctuel que la Veille, il eut la satisfaction de voir la jambe attachée au eenou, et, apprenant aussitôt à en faire usage, il se mit à se promener dans la cabine avec ui. air d'extase où perçait une admiration des plus profondes pour le génie chirurgical du Charpentier,
va recoipaissance et celle de ses compatriotes se mani festèrent d’une facon aussi plaisante que vive. L'armurier du vaisseau était mourant. L’ami de Tuliuañiu, Ottookin, était angekok, c’est-à-dire, comme on l’a dit, sorcier et médecin en même temps; Tulluahiu et ses Compagnons proposèrent aussitôt d'employer sa Puissance magique à guérir le malade.
Le nom du navire fut gravé sur la jambe, et son possesseur, n'étant Pas encore assez habitué à s’en servir pour eatreprendre avec elle une course de deux milles sur la neige et la glace, dut se contenter, à son grand regret, de l’emporter sur son traineau : mais, peu de jours après, on apprit qu'il avait pu aller à la chasse des veaux marins: et à cette nouvelle on répondit par une autre, de nature à l’enchanter encore plus, s’il était possible. Le charpentier avait imaginé un pied plus convenable Pour marcher sur la neige, Informé de ce surcroît de bonne fortune, lheureux Tulluahiu accourut tncore, avec un grand nombre de ses Compagnons et une
troupe d'enfants, pour chercher son nouveau pied, et il en
fut charmé à ce point, qu’on eut toutes les peines du monde à l'empêcher de repartir sur-le-champ pour en faire immédiatement l'essai, Lui et ses amis semblaient accablés du poids de la grandeur d’un tel bienfait, L'expédition ne tarda pas à le revoir; il avait fait à pied tout le trajet, environ neuf milles et demi.
« Cette jambe de bois, dit le capitaine, nous éleva plus haut dans lesprit de cette tribu que n’aurâient pu le faire tontes les merveilles de l'Europe, »
Elle amena un incident assez plaisant. Un des naturels, ayant mal à une jambe, vint demander q‘\on lui en fit une par précaution; c'était un moven de se prorurer un morceau de bois; on répondit à l’astucieux Esquimau que la première chose à faire ir obtenir ce qu’il désirait, c'était de se faire couper sa mauvaise jambe. Il n’insista plus.
Cependant les voyageurs eurent le regret de se convaincre que leurs nouveaux amis n'étaient pas, comme ils l'avaient cru d’abord, des modèles d’'honnèteté, Plusieurs choses avaient notoirement disparu, telles qu'un marteau, des mouchettes, un verre de lunettes, et, en dernier lieu, une loupe. Le capitaine, d’après certaines circonstances , soupçonnait l’angekok Ottookin de s'être approprié ce dernier objet. Ses soupçons se confirmèrent ; étant allé visiter ce médecin sorcier, qu. souffrait d'une enflure à la joue, il le trouva très-peu disposé à le laisser entrer dans sa hutte. Ross, après avoir examiné le patient, lui dit aussitôt que son mal tenait à un verre magique. Ottookin avoua surle-champ le vol, et promit de rapporter la loupe le lende-
main. Ross le quitta en lui recommandant de ne pas ou-
blier de le faire, l'assurant que, s’il y manquait, son autre
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joue enflerait indubitablement, 11 fut exact, et sa terreur était si grande, qu'il remit outre la loupe, non-seulement le marteau, mais même un hameçon et un fer de harpon que le capitaine lui avait donnés en échange d’un are, et qu'il possédait par conséquent à titre légitime. Ross accepta, pour lui faire plus d'impression, la punition qu'il s'infligeait lui-même, et renouvela le troc comme si le premier eût été sans valeur.
Deux jours après, Ross le revit; il était désespéré, il n'avait pu tuer un seul veau marin, et il attribuait sa mauvaise fortune au verre magique ; le capitaine le consola, en l’assurant qu’il aurait meilleure chance sous deux jours,
Quant aux monchettes et au verre de lunettes, le bruit public apprit aux voyageurs qu'une vieille femme les possédait, et bientôt un incident leur donna la preuve wils avaient été plus volés qu'ils ne le pensaient.
On avait tiré des coups de fusil pour faire des expériences sur la rapidité du son. Un Esquimau, qui avait accompagné le commandant x0ss à l’observatoire, lui demanda ce que disaient les fusils. « Ils disent, répondit le commandant, les noms de tous ceux qui nous ont pris quelque chose, »
Cette réponse ayant été rapportée à la tribu, une assemblée générale eut lieu immédiatement. et il y fut décidé qu’on rendrait tout ce qu’on avait pris.
Grâce à cette circonstance. l'expédition, en sus des objets dont la disparition avait été remarquée, rentra en possession d’un morceau de fer, d’un fragment de cercle de 1 ère métal, et d’un rouet de poulie.
Pendant le troisième voyage du capitaine Ross, une ter-
rible rupture faillit éclater entre les voyageurs et les naturels.
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tata tite dit
Buu
Se proposant d’all.: visiter dans le Nord un endroit dont la connaissance pouvait être importante, Ross avait profité d’une visite qu'avait faite un navire, la veille du jour fixé pour son départ, à une troupe nombreuse d'Esquimaux, pour engager l’un d’entre eux à lui servir de guide. Mais quelles ne furent pas sa surprise 2t celle de sa suite, en arrivant le lendemain au village de leurs bons amis de la veille ?
Un profond silence a remplacé les cris de joie par lesquels on les accueillait habituellement.
Bientôt ils apercçoivent les Esquimaux sombres, courroucés, armés de leurs couteaux. Les femmes, les enfants ont été mis à l'écart, ce qui est le signe de la guerre. Tout à coup un vieillard se précipite hors d’une hutte, agitant en l'air un de ces couteaux dont ils se servent pour attaquer les ours. Des larmes coulent sur son visage ridé, et ses yeux égarés .:rblent chercher les objets de sa fnreur ; le comnanuant et le chirurgien qui l'accompagne s’approchent pour connaître la cause de tout ce mouvement; le vieillard lève son arme pour la lancer contre eux. mais le soleil qui léblouit lui fait suspendre un moment son coup, 24 son fils lui saisit le bras.
Le commandant et son compagnon, se perdant en conjectures pour deviner la cause d’une animosité si soudaine, se mettent cependant en défense.
Le vieillard furieux est alors saisi par ses deux fils, qui le retiennent et lui lient les bras derrière le dos, en dépit des efforts qu'il ne cesse de faire pour se dégager de ses liens ; mais les autres paraissent prêts à le seconder dans ses attaques.
Néanmoins, d’après la conduite de ses deux enfants, on
peut conjecturer qu'il y a divergence entre eux. Tous ne sont LR]
donc pas également hostiles, et les Pourparlers sont possibles,
Sur ces entrefaites, les Esquimaux se consultent, délibèrent et se mettent en marche des deux côté Pour entourer les vovr -en Ross, ne voulant Pas se laisser couper le chemin (u stau, les avertit de ne Pas approcher davantage : ils S'aicient u instant, mais presque aussitôt continuent d'avancer, brandissant toujours leurs couteaux avec un air de menace, Se voyant à la veille d’être enveloppé, le commandant les met en joue..., il va faire feu. Heureusement ce seul geste les arrête. Ceux qui étaient les plus prêts s’enfuient ; les autres les suivent.
Il est longtemps impossible d’en faire approcher un seul. Pourtant une femme se dévoue ; elle crie au commandant de ne pas tirer, et s’avance avec confiance,
Enfin les YOYageurs apprennent d'elle Ja Cause de tout ce tumulte, Le soir précédent, un des fils adoptifs du vieillard, bel enfant de sept à huit ans, avait été tué Par une pierre qui lui était tombée sur la tête, et les hommes blancs étaient ac cusés d’avoir causé ce malheur, au moyen des pouvoirs surnaturels qu'on leur supposait.
Le commander parvint à persuader les Esquimaux de l’in- Justice de leurs soupçons, et ils ne parurent plus occupés qu’à effacer l'impression que leur conduite pouvait avoir produite,
Ils insistèrent , toutefois, pour que Ross différât son voyage, disant qu'ils ne Pouvaient se servir de leurs chiens avant que trois jours se fussent écoulés depuis la mort d'un membre de la famille ; mais le Commander parvint à décider l’un d’entre ‘ux, nommé Poo-Yet-Tah, à l'accompagner, à la condition
de prendre avec lui deux de ses compatriotes.
Ne PARA ICÉMENENET
En chemin, Poo-Yet-Tah ne manqua pas de faire à l’Européen des questions sur ce qui l’intéressait le plus : « A l’aide des fusils, pourrait-on trouver des bœufs musqués, ou en apercevoir sur les montagnes, au moyen de ces tubes à travers lesquels regardaient toujours les hommes blancs ? »
Ross, qui, depuis l'aventure à laquelle il venait d'échapper, ne se souciait nullement de passer pour un sorcier, lui déclara qu’il était incapable de lui rien dire relativement aux bœufs musqués, ce qui parut le désappointer beaucoup. Le pauvre Esquimau ne comprenait pas que l’expédition, en se rendant dans les régions arctiques, eût d'autre but que d'y venir faire de bons repas avec la chair de ces animaux.
Après deux heures d’une marche pénible, voyant que les traces des chiens ne suivaient plus celles des bœufs, l'Esquimau en conclut que le gibier était trouvé et tenu en arrêt. Sa conjecture se vérifia. Comme ils tournaient le coin d’une montagne, un superbe bœuf musqué, arrêté devant les trois chiens, se présenta à leur vue, À ce moment, Poo-Yet-Tah prend l'avance ; il a déjà décoché deux flèches à l'animal; la seconde, le frappant sur une côte, est retombée à terre, et ne l’a pas seulement distrait de l'attention qu'il prête aux attaques des chiens. Ceux-ci le harcèlent en tournant autour de lui, battant en retraite quand il leur fait face, et lui mordant les jambes quand il se retourne pour leur échapper. Le bœuf, tremblant de rage, s'efforce de les atteindre ;, mais leur agilité et leur expérience déjouent ses efforts. L'Esquimau continue à tirer sans produire aucun effet, ayant beaucoup de peine à trouver une occasion favorable pour décocher ses flèches, et perdant beaucoup de temps à les ramasser,
Il était aisé de voir que ses armes étaient insuffisantes pour
un tel combat, ou du moins qu'il lui faudrait plusieurs heures pour remporter la victoire,
Indépendamment du prix qu'il attachait à la proie, Ross tenait à prouver à son Compagnon la supériorité des armes européennes. A la distance d'environ quatre mètres, 1l fait feu sur le bœuf avec deux balles. Le coup porte, et l'animal tombe; mais, se relevant à l'instant même, il court sur les deux chasseurs, qui se réfugièrent derrière une pierre énorme, En les poursuivant, le bœuf s'y frappe la tête, et tombe de nouveau avec un bruit qui fait retentir la terre. L'Esquimau prend alors son couteau pour l'en percer; mais le bœuf se relève encore, et force son trop prompt adversaire à se réfugier derrière les chiens, qui recommencent leurs a iques. L'animal perd tant de sang, que ses longs poils en sont couverts, mais il semble conserver toute sa force et sa rage, et s’avance avec la même férocité.
Cependant, derrière la pierre, Ross a rechargé son fusil, et il se prépare à tirer son second coup, quand le bœuf se précipite sur lui. Poo-Yet-Tah, vivement alarmé, lui crie de se replacer derrière la pierre; mais il a eu le temps d’ajuster : deux coups partent, et le terrible quadrupède tombe pour ne plus se relever, Une baile lui avait traversé le cœur, et l’autre lui avait fracassé l'épaule.
À la vue de son ennemi terrassé, le premier mouvement de l'Esquimau fut de crier et de danser de joie. Saisi d’éton nement en Voyant cet effet des armes à feu. il se mit à examiner soigneusement les trous que les balles avaient faits à la peau de l'animal, et fit remarquer au commandant que le Corps avait été traversé de part en part; mais, ce qui lui
causa le plus de surprise, ce fut l'épaule fracassée, « Je n’on-
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