LEA
ve
ANT En
blierai jemais, dit John Ross, l’air de terreur avec lequel il me dit, en me regardant en face : Now ek poke! Klle est brisée ! »
[l'y avait alors dix-huit heures qu’ils n'avaient rien pris. Ross s'attendait à voir son Esquimau songer immédiatement à se préparer un diner avec sa proie; mais ce dernier avait encore plus de prudence que de gourmandise. Il savait que la violence du froid, en :vlant le corps du bœuf, allait en faire une masse qui défierait dents et couteaux, s’il n’était dépecé à linstant, et l’écorcher fut son premier soin; il se contenta pour le moment de mêler le sang chaud du bœuf avec de la neige, pour la faire fondre et en étancher sa soif. Par la même raison, il le divisa en quatre parties, et, ne pouvant les emporter, il les couvrit d’une pelite hutte de neige, pour être sûr de les retrouver au retour, en ayant soin, bien entendu, d'en disuaire ce qui était nécessaire pour le lupas dü soir!
Chemin faisant, ils découvrirent un autre bœuf musqué ; imais ils étaient trop fatigués pour le poursuivre. L'Esquimau assura que cela importait peu, que l'animal resterait dans cet endroit pendant quelque temps, et qu’il serait facile de le retrouver le lendemain matin.
Un bon souper ou plutôt un bon déjeuner, car ils n’arrivèrent à la hutte qu'à cinq heures du matin, fut le prix de leurs fatigues. Le bœuf était excellent; mais Ross avait à peine dormi quatre à cinq heures, qu’il fut réveillé par les cris de Poo-Yet-Tah et les aboiements des chiens. Le bœuf musqué vu la veille avait agité le sommeil du sauvage, Parti depuis plus d’'urc heure pour courir après cette nouvelle
proie, il üvait trouvé lanimal sur le haut d’une montagne
escarpée, l'avait gravie avec ses chiens. et le bœuf, en cherchant % s'échapper, était tombé du haut du rocher et s’était tué.
On se rendit sur la place. La chute du bœuf, d’une hauteur de dix mètres sur un bloc de granit, lui avait brisé tous les os. TL guide s’empressa de lui faire subir les mêmes opéreuns qu’au premier.
Le lendemain, les trois Esquimaux ne s’occupèrent, pendant toute la journée, qu’à tailler la chair du bœuf en aiguillettes longues et étroites et à les avaler. Le cou, le dos, les côtes disparurent successivement, ces mangeurs insatiables se reposant parfois pour prendre haleine, se plaignant de ne pouvoir plus manger, se couchant alors sur le dos, mais recommençant dès qu'ils se retrouvaient en état d’engloutir de nouveaux morceaux.
À la vue d’un tel appétit, le commander, à la fois stupéfait et humilié pour notre nature : « Brutes dégoûtantes! s'écriet-il : l’hyène méme une fois repue se serait reposée ; et l’impossibilité absolue de faire entrer une bouchée de plus dans leur estomac pouvait seule arrêter la gloutonnerie de ces créatures, qui avaient reçu du Ciel le don de raison! » Il passa la main sur l'estomac de Poc-Yet-Tah; sa dilatation écait prodigieuse. Le plus rude mangeur de l’Europe en serait mort dix fois.
Pendan: le second hiver que l'expédition fut condamnée à passer si près du lieu où elle avait subi le premier, le capitaine Ross se livra à une suite d'observations, et réussit à fixer la situation du pôle magnétique d’une manière qui lui parut plus exacte qu’on ne l'avait fait jusqu'alors. L’inclinai-
son de l'aiguille, dans le lieu où il fit ses observations, excé-