VOYAGE DU CAPITAINE BACK A LA RECHERCHE LE JOHN ROSS
Départ de Back pour aller à le recherche du capitaine Ross. — Arrivée à Cumber-
land-Hc1se, — Privation d’eau. — Souffrances occasionnées par les moustiques. — Le lac de l'Esclave et le fort de la Résolution, — Remonte du Hoar - Frost, — Encore le supplice des moustiques. — Retour au lac de l'Esclave. — Le lac de l'artillerie. — Destruction du canot de Back. — Paysage arctique. — Hivernage. — Affluence des Indiens ou Peaux- Rouges. — Le missionnaire. — Chant de mort. — Les souverains anthropophages. — Légendes sanglantes. — L'Indien cannibale. — Rigueurs de l'hiver, — Deux corbeaux , Compagnons de la reclusion des voyageurs. — Nouvelle du retour de Ross. — eprise du voyage vers le nord, — Trajet sur la glace. — Arrivée à la mer Poia.: — Back prend possession de ces régions au nom de l'Angleterre. — Retour vers les établissements.
Le 17 février 1833, le capitaine Back, accompagné du doc-
teur Richard King et de trois hommes qui, comme lui, avaient fait partie de l'expédition de Franklin, quittaient Liverpool, se rendaient à Montréal, au Canada, et de là à Norwar-House, premier poste de li compagnie, sur la rivière Jacques, dans le but de compléter le personnel d’une expédition chargée d'aller à la recherche du capitaine Ross.
Le projet de Back éiait de gagner la mer Polaire, à l’occi-
d'un fleuve vaguement indiqué dans cette direction par les chasseurs indiens; son existence paraissait certaine, mais sa source et son cours étaient inconnus des Européens et des Canadiens. Ce fleuve était le Thlew-ee-Chock ou grande rivière du Poisson.
Après avoir dépassé successivement le Grand-Rapide, le lac Cédar, plus connu sous le nom de lac Bourbon, la rivière Saskatchawan. le lac de l'ile aux Pins, l'expédition arriva à Cumberland-House, Elle abordait le 17 juillet au fort Labrosse, où, toujours grâce aux soins de la compagnie, elle trouva un ravitaillement considérable. Bientôt après, les voyageurs ayant pris terre au portage de Loche, et cheminant à travers les bois, l’eau leur manqua pour apaiser leur soif, excitée par une chaleur de 20e centigrades, et par des fardeaux ce quatrevingt-onze kilogrammes pour chaque homme.
Une souffrance plus cruelle encore, et qui devait malheureusement se reproduire souvent, vient s'ajouter aux autres. Des myriades de moustiques, et de ces insatiables diptères que nous appelons faons, et auxquels les Anglais ont donné le nom expressif de bouledogues, ravis «le pouvoir s’abattre sur des créatures humaines, se livrent avec une telle ardeur à ce festin inaccoutumé, que tous les visages en sont ensanglantés.
Le 8 août, l'expédition atteignit le grand lac de l'Esclave et le fort de la Résolution.
En traversant le chenal qui conduit à la rivière de l'Esclave, Back rencontra des Indiens qu'il avait déjà vus à la rivière Salée, Ils lui crièrent de loin : € Eh quoi! le grand chef passe sèns nous offrir une pipe de tabac! » Mais d’autres soins le préoccupaient, et il ne répondit qu'en continuant sa route
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Redescendus sur la rive de l’'Hoar-Frost, torrent glacé, que les voyageurs avaient été forcés de remonter à travers d'effroyables précipices, à peine y ont-ils placé leur tente, qu'un supplice déjà éprouvé se renouvelle pour eux. Les moustiques arrivent.
€ Parmi les nombreuses misères inhérentes à la vie aventureuse de voyageur, dit Back, il n’en est point de plus insupportable et de plus humiliante que la torture que vous fait subir cette peste ailée, En vain essayez-vous de vous défendre contre ces petits buveurs de sang; en vain en abattez-vous des milliers, d'autres milliers arrivent aussitôt pour venger la mort de leurs compagnons, et vous ne tardez pas à vous convaincre que vous avez engagé un combat où votre défaite est certaine. La peine et la fatigue que vous éprouvez à chasser ces innombrables assaillants deviennent à la fin si grandes, qu'à moitié suffoqué, vous n'avez d'autre ressource que de vous envelopper d’une couverture et de vous jeter la face contre terre, pour tâcher d'obtenir quelques minutes de répit.
« Les vigoureuses et incessantes attaques de ces insectes montrent bien toute l'impuissance de l'homme, puisque, avec toutes ses forces si vantées, il ne peut venir à bout de repousser ces faibles atomes de la réation. »
Cependant, la mauvaise saison approchant, Back se détermina à revenir sur ses pas, pour aller passer l'hiver sur le lac de l'Esclave.
Les rapides les conduisirent à un lac qu'ils avaient traversé le 25 août de l'année précédente, Back le nomima le lac de l'Artillerie. Mais déjà presque brisé par un tourbillon, comme
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guons glissait d’un premier rapide sur un second, de ce <econd sur un troisième, un quatrième se présenta, et il y fut jeté sur une roche aiguë qui lui donna le coup de grâce,
On fut donc forcé d'achever le reste du voyage à pied, et chaque homme, chargé d’un poids de soixante kilogrammes, se mit à gravir les montagnes de granit, s’'échelonnant à travers des gorges et des ravins épouvantables.
€ Quand j'arrivai, dit Back, au sommet de la montagne, d'où lon peut voir le lac de l'Artillerie s’étendre au loin sur lhorizon, ce fut un spectacle nouveau pour moi. Ce n’était ni la beauté sévère d’une scène des Alpes, ni la variété d’un paysage européen. L’œil errait sans prise sur ces lignes infinies de rochers imposants, dont les flancs déchirés offraient des formes extraordinaires et impossibles à décrire. On eût dit une mer en courroux subitement pétrifiée. Le feu, dont on ne peut dans ces contrées connaitre précisément la cause. avait tout dévoré. Sauf les restes de verdure de quelques lichens brûlés, rien ne tempérait l'horreur des perspectives, Les pins, renversés dans uñe lugubre confusion, couvraient au loin les montagnes, comme de noirs cadavres de cette végélation disparue. C'était un tableau hideux de désastres et d'incendie,
« Mais comment décrire, ajoute-t-il quelques lignes plus bas, comment décrire les souffrances que nous causèrent dans ce trajet les moustiques et leurs alliés les marin gouins!.… Soit qu'il nous fallût descendre dans des abimes où la chaleur nous sufloquait, où passer à gué des terrains imarécageux, ces persécuteurs s'élevaient en nuages et obs curcissaient l'air, Parler et voir était également difficile: car
ls S'élançaient sur chaque point de notre corps qui n'était
en ms
CAPITAINE BAUK
nas défendu, et y enfonçaient en un instant leurs dards empoisonnés. Nos figures ruisselaient de sang, comme si on y eût appliqué les sangsues. La cuisante et irritante douleur que nous éprouvions, immédiatement suivie d’inflammation et de vertige, nous rendait presque fous. Toutes les fois que nous nous arrêtions, et nous y étions souvent forcés. nos hommes, même les Indiens, se jetaient la face contre terre, en poussant des gémissements semblables à ceux de lagonie.
«€ Comme mes bras avaient moins souffert, je cherchai à me garantir moi-même en faisant tourner un bâton dans chaque main; mais, en dépit de cette précaution, et malgré les gros gants de peau et le voile que j'avais pris, je fus horriblement piqué. »
Les voyageurs purent enfin regagner le bord oriental du lac de lEsclave. Un poste n’y fui pas plutôt établi, que les Indiens y affluèrent. C’est ici le lieu de faire connaître à nos lecteurs les Indiens ou Peaux-Rouges des contrées arctiques. Nous ne pouvons mieux commencer ce récit qu'en empruntant au P. Laverlochère, — missionnaire de la baie de James, un de ces hommes de foi et de sacrifice qui portent aux extrémités du monde la bonne nouvelle, — des pages extraites des Annales de la propagation de la foi, et dont l'éloquente simplicité met admirablement en relief les horreurs de la vie sauvage,
« Vers la fin de l'hiver de 1850, un beau jeune Indien se présenta à la mission; il pouvait avoir dix-huit à vingt ans; sa physionomie portait l'empreinte d’une profonde tristesse, La vue d’une robe noire parut l'interdire un instant; mais
quand je lui eus fait signe de s'asseoir, il se rassura, et je le
priai de me raconter le sujet de son affliction. Il poussa un long soupir et commença ainsi :
« “Je ne veux pas trahir ma pensée; le mensonge ne souil- « lera pas mes lèvres. On m'a dit que tu étais envoyé du € Grand-Esprit, et je sais que tu me comprends; je vais tout « te dire. Nous campions, l'hiver dernier, deux families en- « semble, Mon père, mon frère aîné, un autre homme et moi € allions tous les jours à la chasse. Il faisait très-froid: nous « ne pouvions rien tuer, et nous revenions le soir dans notre € WigWam, où nous attendait ma mère avec plusieurs en- « fants et une autre femme. Celle-ci disait toujours : Je veux € manger de la viande fraiche; jen mangerai!… Nous n’a- € vions que de lours boucané à lui offrir : nous en man- € geñmes, et nous nous endormimes. On n'aurait pas eu le € temps de fumer trois fois le calumet depuis que nous étions € couchés, lorsqu'un bruit sourd et voisin me réveilla tout à « coup. Je vis une main qui assenait un coup de massue sur « la tête de mon père. Croyant que c'était le windigo, ou génie « du mal, je me levai à la hâte et m’enfuis saisi d’effroi. « J'errai pendant deux jours sans savoir où j'allais; à la £n, € je me retrouvai sur le lieu même où ma famille entière € avait péri : des membres épars, des monceaux de chair € dépecée étaient tout ce qui restait de dix personnes ! J’eus « peur, et je m'enfuis de nouveau. Faperçus sur un monti- « cule la femme terrible : elle disait toujours : Je veux man- € ger äe la viande fraiche ; oui, j'en manyerai!.…. J'ai encore € longtemps marché sans rencontrer personne. A la fin, je « suis arrivé auprès du campement d’Indiens, auxquels j'ai « raconté mes malheurs. Avec eux je suis retourné au lieu
€ du massacre, mais nous n'avons plus retrouvé la femme :
elle s'était cachée. Des loups rongeaient les cadavres de mon père, de ma mère, de tous les miens! Je suis bien malheureux! On m'a dit que la robe noire devait se rendre ici : voilà pourquoi je suis venu. Je veux faire la prière de la robe noire. »
« L’ardeur que ce malheureux orphelin mit à s’instruire
fut admirable, et s : progrès non moins étonnants. Tandis
que les autres, qu. que plus âgés que lui, se livraient à une
joie enfantine, jamais je ne le vis sourire. Lorsqu'il eut reçu
les deux grâces du baptême et de la communion, sa mélan-
colie, sans se dissiper entièrement, laissa entrevoir sur les
traits de son visage que le calme et la paix étaient rentrés
dans son âme. Prêt à retourner au désert, il vint avec moi
au pied de la croix de la mission, la baisa avec amour, me
pria de le bénir, et me dit: « Lorsque j’eus vu toute ma fa-
mille massacrée, et que j'errai çà et là dans les bois, je me disais : Tout est fini pour moi: seul, abandonné de tous, je n'ai plus qu'à mourir. Oh! je sais bien que je me trompais, puisque c'est depuis mes malheurs que je t'ai rencontré, mon père, et que j'ai appris la sainte prière du Grand-Esprit!.. C'est que nous sommes si malheureux dans nos déserts! Ensevelis dans un° profonde nuit morale, nous naissons, nous grandissons, et puis nous ces sons de vivre comme les animaux de nos forêts, MN tenant, Ô mon Père! je puis retourner dans les bois, je n'y serai plus seul! souvent, dans mes souffrances, je baiserai mon petit cadavre de bois', je contemplerai l'image de Marie, je compterai les saintes graines de la prière*, et je
1 Le crucifix
: Le chapelet,
€ planterai une croix sur ma terre de chasse. C’est là que € j'irai prier le Grand-Esprit. Je regarderai le ciel, les forêts «et les eaux, et je dirai : Le Grand-Esprit a fait tout cela pour « moi; qu'il est bon, le Grand-Esprit! du sein de sa lumière « infinie, il veille sur les Peaux-Rouges comme sur les visages « pâles; car tous les hommes sont ses enfants. »
« Restes attardés de toutes les migrations qui se sont écoulées sur le sol du nouveau monde avant sa découverte, ou débris dispersés de groupes sociaux brisés sans avoir atteint leur développement normal, les Peaux-Rouges des contrées arctiques, disent MM. Hervé et F. de Lanoye, dans leurs Voyages dans les glaces du pole arctique, forment une des pires variétés qui puissent résulter, dans la race humaine, d’une dégénérescence prolongée de siècle en siècle, et d’une léthargie absolue de la conscience. »
Les Indiens, assez nombreux, qui habitent entre le haut Missouri et le Saskatchawan, ont recours à chaque instant aux sacrifices sanglants, et se soumettent à d’affreuses pénitences. On en voit se taillader les bras et les cuisses d’incisions qui y laissent d’horribles cicatrices. D’autres, après avoir passé sous la peau de leurs épaules une forte corde de cuir, attachent à cet étrange séton une ou plusieurs têtes de bison. et trainent derrière eux ces lourds fardeaux, en adressant des invocations à leur maniiou, pour obtenir sa protection dans les combats.
« La férocité des Indiens, exercée sur eux- même;, disent plus loin les estimables auteurs que nous avons cités, ne doit donc pas étonner à l'égard des ennemis qui tombent vivants entre leurs mains: les tortures qui attendent le capuf au po-
leau de la guerre ne sont pour lui, comme pour ses bourreaux,
que les conséquences de sa défaite. À cette heure suprême, il n'a plus qu'une pensée : enflammer la rage de s°, ennemis, et les défier de lui infliger autant de douleurs qu'il peut en « .pporter, » Ainsi il va jusqu’à dire à son vainqueur, d’après M. de Castelnau (Vues et Souvenirs de l'Amérique du Nord) :
« Cest moi qui ai tué ton père; il était vieux et infirme, et en tout semblable à un vieux chien. Je lui ai coupé le nez et les oreilles, et je lui ai arraché les yeux, afin qu’il ne pût ni voir ni entendre le Grand- Esprit. Je lui ai ensuite ouvert le ventre, et me suis chauffé les pieds dans ses entrailles fumantes. Toi, tu n'es qu’une vieille femme, le fils d’un chien; et moi, je suis un grand, un grand guerrier. Ta femme était jeune et belle; je lai vue à mes genoux, me demandant sa vie et celle de son enfant; mais, prenant celui-ci par les pieds, j'ai fait jaillir sa cervelle contre un arbre, et, en le rencant à sa mère, j'ai ri de ses traits bouleversés par l’effroi et le désespoir. Alors, saisissant ses longues et belles tresses, je lai envoyée elle-même chercher l'âme de son enfant sur les terres de chasse des morts, et tu pourrais voir encore sa chevelure flotter au-dessus de mon wigwam. Tu n’es qu'un chien, et moi je suis un grand, un grand guerrier !
« Tu ne sais pas tourmenter tes prisonniers; tu n’es qu'un novice et un enfant. Quand tu seras attaché au poteau de mon village, tu y verras des hommes qui ne connaissent pas la pitié; car mon peuple est un grand, grand peuple!
Les Mandaves, les Pieds-Noirs, les Assinibouins sont encore loin de la démence furieuse dont font preuve, à l’ouest des montagnes Rocheuses, certaines peuplades, au sein desquelles emblent s'être perpétuées les incohérentes atrocités des temps
imvthologiques de l'antique Orient.
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Chez les Bollabollas, suivant un témoin oculaire, sir George Simpson, gouverneur général des établissements de la baie d'Hudson, les chefs possèdent un tel pouvoir, que nul n'ose résister à leur volonté, si abominable qu'elle soit, et que tous leurs sujets sont prêts à souffrir les plus cruelles douleurs et même la mort pour satisfaire leurs barbares caprices. Un jour le chef actuel, se sentant dangereusement malade, fit fusiller un de ses sujets, et ce puissant remède lui rendit aussitôt sa santé et ses forces perdues. D’autres fois, sous prétexte de démence sacrée, ils commettent les plus hideuses atrocités. Ils rôdent alors dans les bois, broutant l'herbe ou rongeant quelques ossements humains, Obéissant à toutes les impulsions de leurs imaginations dépravées, ils se précipitent au milieu de leurs sujets, enlevant à belles dents, sur les jambes et les bras des premiers venus, de grosses bouchées de chair qu'ils avalent gloutonnement. Les malheureuses victimes de ces altentats n'y opposent jamais la moindre résistance; seulement on conçoit que la crainte d'être ainsi dépecé vivant porte tout Bollabolla à détaler au plus vite, dès qu'il aperçoit son souverain. Un de ces cannibales couronnés, venant un jour d'exercer sa prérogative rovale à la porte même du fort Vancouver, le malheureux auquel il venait d'enlever d’un coup de dent une portion des muscles de l'avant-bras eut l'irrévérence de ne pouvoir étouffer un grand cri de douleur. À ce cri, un new-found-lund, appartenant au fort, s'élança dehors, el, peu soucieux des droits de la royauté bollabollienne, prit le parti de lopprimé, saisit le mollet de sa majesté et lui fit
subir la peine du talion, De ce moment Néron (qu'on ne s’y
trompe pas, c’est le chien et non le roi que ce nom désigne) ie
devint un objet de vénération profonde parmi les Bollabollas :
car ils supposèrent que cet honnête animal avait éprouvé
le même besoin, cédé à la même impulsion divine que leur
chef.
Toutes ies tribus qui errent à l'ouc de Mackensie et au
grand lac de l’Esclave, disent MM. Hervé et de Lannoy, sont
continuellement occupées à se faire une guerre d’extermina- i |
tion et à exercer des représailles l’une contre l'autre. La soif 14
de la vengeance est la passion dominante de ces sauvages. Il
y a une trentaine d’années, des Gros-Ventres et des Pieds-
APRES lise N
Noirs s'étaient réunis pour chasser le bison pendant l'été au nord-ouest de la rivière Rouge. Mais, fatigués d’une occupation si paisible et trop peu honorable à leurs yeux, les plus
jeunes guerriers de ces deux tribus alliées résolurent de faire
une incursion sur le territoire des Assinibouins. Après avoir ‘ : . & 4 conjuré le grand manitou par tous les exorcismes les plus à
puissants, ils partirent, laissant dans leur camp les vieil- 11 lards, les femmes et les enfants. Leur expédition réussit au gré de leurs désirs. Ils revinrent bientôt en triomphe, chargés th
de chevelures et d’autres dépouilles opimes; puis, en arri-
vant au haut de la colline qui dominait leur campement, ils entonnèrent un chant de victoire pour annoncer leur heu- à ü :
reux retour à leurs pères, à leurs épouses et à leurs fils, Mais, du sein des huttes, nulle voix ne répondait à leurs chants, nul être ne sortait pour accourir à leur rencontre. Le calme
et le silence du tombeau planaient sur tout le camp. Ils n'osent
re
communiquer leurs impressions et leurs craintes; ils préci-
pitent leur marche, ils courent en chantant de plus fort en
plus fort... Ils n'avaient pas atteint les huttes que leurs chants
PAS 2ROCTENIOUNE
TRS) TN RER" CONMITU
avaient cessé, À travers les portes ouvertes gisaient les cadavres mutilés de tous les habitants du camp. Les Assinibouirs, guidés par la même infernale pensée qui avait inspiré leurs ennemis, s'étaient déjà vengés. À Ja vue de cet affreux spectacle, les Gros-Ventres et les Pieds. Noirs jetèrent sur le sol dépouilles, armes et vêtements : puis, revêtant leurs robes de cuir et couvrant leur tête de boue, iis se retirèrent dans les montagnes, où ils passèrent trois jours et trois nuits à gémir, à pleurer et à se lacérer les chairs.
Dans une autre occasion, un pari d'Assinibouins, ayant attaqué une tribu de Crees, tua un certain nombre de guerriers et emmena captive une de ses femmes, qui se résigna facilement à son sort. Deux à trois ans après, une nouvelle rencontre eut lieu entre des Assimbouins et des Crees. Parmi ces derniers était le Wolverenne, premier époux de la femme enlevée, qui elle-même se trouvait dans là troupe des Assinibouins. Le combat fut acharné et le succès longtemps disputé. Au nombre des combattants les plus furieux, on remarqua l’'Hélène sauvage; au plus fort de la mélée, le tomahawk à la main, elle cherchait, appelait, poursuivait son premier époux. Mais le Wolverenne parvint à éviter ses coups; et lors que, après avoir vaillamment combattu, il vit les siens en déroute, et les Assinibouins triomphants occupés à scalper les Crees morts ou blessés étendus sur le chemp de bataille, il s’en fuit seul dans une direction opposée à celle que prenait le gros des vaincus. Pendant tout un jour le couvert des bois ou des hautes herbes protégea sa course rapide; enfin, le soir venu, brisé de fatigue et de besoin, il se laissa tomber dans une caverne des montagnes, où il s’endormit d’un profond som-
meil qui devait jamais finir. Quelques instants après sa
femme était debout à ses côtés, et le contemplait avec une joie féroce. Depuis le matin elle s'était attachée à ses pas, et avait suivi sa piste avec la patience implacable de la haine, Elle tendit lentement son arc, visa longtemps comme pour mieux savourer le meurtre, et enfi" décocha une flèche dans la tête du malheureux dormeur. Avant qu'un bref et Ge “ier cri se fût éteint sur ses lèvres, avant que la suprême con‘vuision de l’agonie eût rendu ses traits à l'immobilité, sa femme s'était précipitée sur lui, l'avait scalpé, et, labandonnant sans sépulture aux oiseaux et aux bêtes féroces, elle retournait en toute hâte, au camp des Assinibouins, étaler aux yeux de son nouvel époux le hideux trophée arraché au cadavre de celui qui avait été le compagnon de sa jeunesse. Depuis cette époque, disent les Indiens qui racontent cette sanglante légende, la colline où s’est passée cette scène de meurtre s'appelle Ia colline du Wolverenne; et bien souvent, lorsque la lune épanche ses lueurs diffuses à travers les brouillards d'automne, on voit de loin les spectres de la femme coupable et de sa victirse lutter ensemble au sommet de la montagne.
« Si des scènes de ce genre pèsent perpétuellement sur l'esprit des Indiens comme souvenirs du passé ou menaces de l'avenir, comment s'étonner que ceux d’entre eux qui vivent isolés ne puisent dans la rencontre de leurs semblables que des appréhensions? « Un soir, dit un voyageur moderne, « dans notre trajet de la rivière Rouge aux sources du Saskat- « chawan, étant venu camper en vue d’une hutte d’indigènes, « j'envoyai un de nos hommes en reconnaissance. Dans tous « les environs il n'aperçut qu'une hutte, et encore était-elle « déserte; l'intérieur, dans le plus complet désordre, témoi-
« gnait de la fuite rapide de ses habitants. Des vêtements, des