‹ Voyages et découvertes outre mer au XIXe siècle [microforme]Chapitre 37 sur 77 · LEA · texte numérisé non relu

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« ustensiles, des débris de toutes sortes. jonchaient confusé

« ment la terre, avec des morceaux de bison préparés pour € un repas qu'une terreur subite avait visiblement interrompu. « Après avoir cherché et appelé à grands cris les lugitifs, « notre émissaire, voyant ses démarches vaines, prit un mor- « ceau d'écorce fraiche et v traca à l1 pointe du couteau une « sorte de carte de visite pour les maîtres de la hutte. I des

€ sina d'abord un homme avec un chapeau sur la tête et une

« pipe à la bouche: ce qui, parmi tous les Indiens, signifie

un Européen venu avec des intentions pacifiques ; et quel-

ques autres hiéroglyphes non moins mystérieux, qui pou-

valent se traduire par : Pourquoi fuir el vous cacher? nous € Sonmes vos cnis ! Cette épitre produisit l'effet attendu; le

€ propriétaire de la hutte, s'étant hasardé à venir chez lui au

mieu de la nuit, n'eut pas plutôt déchitfré le lambeau

d'écorce, qu'il accourut à notre camp et nous raconta que,

nous ayant pris pour un parti de guerriers ennemis, il s'était

enfui dans les bois, avec sa famille, dans un état presque € complet de nudité, Aïnsi, ces malheureux sallvages, con « damnés à ne Pas Vivre en commun, afin de pouvoir se € procurer des moyens suffisants d'existence. sont obligés « de fuir à l'aspect de l'homme, comme la brebis devant le « loup. b

A ces faits déjà si déploibles, viennent se méler parfois d'inexcusables atrocités,

Malgré le dégoût et l'effroi qu'elles inspirent, nous en citerons Un exemple rapporté par le capitaine Back, en le lnissant parler lui-même € Au mois de novembre 1832, un Indien nommé Pepper,

qui avait longtemps habité les environs de Chippawan en

CAPTFAINE BACK

qualité de chasseur, arriva à ce fort, après une absence de quelque temps; lorsqu'il eut allumé sa pipe, il se mit à ra- 1 conter les calamités dont il venait d'être accablé pendant Phiver, Après avoir décrit les horreurs de la famine au milieu des forêts désertes et ses efforts inutiles pour les éviter, il il

ajouta qu'à la fin, épuisée par la faim et le froid, sa femme, la mère de ses enfants, était tombée dans un engourdissement que la mort avait terminé; que sa fille n'avait pas tardé à la

suivre, et or: deux fils dans la fleur de lâge, qui lui pro-

{ mettaient un soutien pour sa vieillesse, avaient aussi péri... 1) Ses enfants en bas âge qui lui restaient, trop faibles pour ré- i sister à tant de souffrances, s'étaient endormis près de leurs 4 frères dans le sommeil de la mor:, maigré tous ses soins à 1e

les nourrir des rognures de leurs vêtemerts. « Que pouvais-je | « faire, s'écria-t-il alors avec un regard égaré qui faisait dres- « ser les cheveux sur la tète? Pouvais-je implorer le Grand- « Esprit? Je n'en avais plus la force. Un seul enfant me « restait; je le pris avec moi, et je courus chercher du « secours; mais, : ‘las! les bois élrient silencieux... et quel « silence! Enfin je suis venu ici. »

« L'enfant dont il parlait, âgé de onze ans environ, n'avait cessé de contempler d'un œil fixe le feu près duquel il était assis, et, son père ayant cessé de parler, il semblait écou- Fi ter encore, comme sil attendait de nouveaux détails. A la

voix de son père. qui lui demandait une braise pour ral- 1

lumer sa pipe, il tressaillit, puis retomba dans son état morne :f et hébété. fl :

« Mais pas un mot, pas un geste n'avait échappé aux oreilles À

attentives ni aux regards perçants de quelques autres Indiens,

arrivés au moment où il avait commencé à parler; jamais

{ (il

homme n'avait été plus patiemment écouté. et ses gémissements avaient seuls interrompu les longue: pauses dont il avait entrecoupé son récit, Mais, lorsqu'il eut lerminé, un murmure sourd s’éleva parmi le groupe des Indiens. Un d'eux prit la parole d'un ton luguwre: il parla bas en commençant: puis, élevant peu à peu la voix avec la véhémence d’un homme fortement convaincu, il finit par dénoncer l'Indien comme assassin et cannibale. L'accusé, surpris, hésita quelques instants; puis, tirant machinalement des bouffées de sa pipe, totalement consumée, il nia le fait avec un calme effrayant.

€ Mais dès cet instant son ambition disparut, et son agitation, lorsque son fils Séloignait, semblait trahir une conscience coupable, Il ne pouvait soutenir en face le regard de SES COMpagnons.

€ Geux-ci s’éloignèrent de lui comme d’un reptile veniimeux, el, ayant obienu les articles dont ils avaient bescin , ils poursuivirent leur chasse,

€ Pepper rôda autour du fort pendant quelque temps, pus, suivi de sen fils, il s'éloigna d’un air sombre: mais teiles sont les voies mystérieuses de la Providence. qu'au lieu de chercher un lieu solitaire il retourna à la cunane de ceux qui le fuvaient.

€ On lui accorda l'hospitalité: mms le dégoût, mêlé d’effroi, qu’il inspiruit, détermina ses compagnons à le prier de partir, Après une légère hésitation. non-seulement il refusa de s’en aller, mais, prenant un ton de défi, il proféra de telles menaces, que la patience des [ndiens fut poussée à bout; ils l'abattirent d'un coup de fusil. Plusieurs avaient fait feu. Le fils fut blessé au bras. et se réfigia derrière un

arbre, où, implorant miséricorde. il promit de raconte

tout ce qu'il avait vu. On entendit alors d’épouvantables détails. Le monstre avait, en effet, assassiné sa femme, ses enfants pour se repaitre ensuite de leurs cadavres palpitants. Le jeune enfant n'avait échappé à la cruauté de son père ni par pitié ni par aflection, mais war suite de leur heureuse arrivée au fort; vingt-qut:re heures plus tard son arrêt de mort aurait été prononcé. »

Mais revenons au capitaine Back et à ses compagnons. Is purent, le 5 nove ‘+, échanger leurs froides tentes contre leur nouvelle Ksitation, qu’ils appelèrent le fort Reliance. N

Le froid parvint bientot à une intensité inouïe. Le 17 janvier, le thermomètre descendit à 560 centigrades au-dessous de zéro. Il y avait dans l'atmosphère une telle abstraction de chaleur, qu'il fut impossible, même en jetant au feu du bois sec à profusion, de faire remonter le riercure plus haut que 12° au-dessus du même point. L'encre, la peinture, gelaient ; tous les bois, même travaillés, se fend: ient, La peau des mains se séchait, s'ouvrait en coupures aussi douloureuses qu’elles étaient désagréables à la vue, et il fallait les adoucir avec de la graisse. Un jour que Back se lavait la figure à un mètre tout au plus du feu, sa barbe se hérissa de glace avant qu'il eût le temps de l'essuver,

Au milieu de leur triste solitude, deux ‘hôtes inattendus arrivèrent aux voyageurs, [ls ne semblaient pas de nature à les égayer beaucoup : c'étaient deux corbeaux; mas ils for maient, comme dit Back, le seul chainon vivant entre les pauvres isolés et la nature déserte et silencieuse qui les enveloppait. Ils furent accueiilis avec joie. Le capitaine défendit

\pressément de leur faire aueun mal, et les nouveaux venus

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ne tardèrent pas à se montrer très-familiers. On prenait plaisir à les voir s’ébattre sur la neige, à observer le contraste que faisait avec son éclatante blancheur leur plumage noir et lustré, Malheureusement un maudit lroquois, arrivant de nuit, et ignorant la défense du capitaine , aperçut les deux corbeaux, et les tua. «€ C'était, dit Back avec une vivacité sérieuse, une sorte de trahison à l'égard de ces pauvres oiseaux, habitués à nous considérer comme leurs amis. On souffrait volontiers leurs petits larcins, et leurs croassements aigus, si fatigants ailleurs, interrompaient ici la monotonie du silence. Leur perte fut un véritable chagrin. »

Mais une grande émotion effaça bientôt toutes les autres. Un jour, comme ils S'eutretenaient de leurs amis absents, un violent coup se fait entendre à la porte; un homme tout essoufflé se présente au capitaine, et, lui remettant un paquet, lui dit : « Il est de retour! — Augustus ? Dieu soit loué! s’écrie Back. Non, Monsieur, répond le messager; le capitaine Ross. — Le capitaine Ross! Est-ce possible! comment le sait-on? » À l'ouverture du paquet que lui faisait tenir la compagnie de li baie d'Hudson, Back ne put douter, Deux articles du Times et du Herald, et des lettres ofticiclles et privées, lui confirmaient l'heureuse nouvelle.

Le premier mouvement des voyageurs fut de rendre grâces à celte Providence divine qui a dit elle-même : « Les miens, « fussent-ils au fond des abimes, ma main peut aller les y € chercher, »

La nouvelle du retour de Ross et de ses compagnons Ôtait heureusement à Back son but priicipal; mais l'amour des découvertes lui restait, et c'en était assez pour que son ar-

deur ne fût pas éteinte.

Le 7 juillet, Back, accompagné de M. King, reprit le chemin des déserts arctiques.

« J’avais échappé, dit-il, à la misère d’un hiver rigoureux, au spectacle et aux récits des souffrances et de la mort, aux longs ennuis d’une vie monotone et inactive, aux désappointements les plus cruels et aux plus terribles soucis; mais une carrière nouvelle s’ouvrait enfin devant moi; j'étais soutenu par l’espérance, la curiosité et l'amour des aventures. La perspective même des dangers et des obstacles que je devais rencontrer, jointe à la responsabilité inséparable du commandement, loin de diminuer mon zèle, ne faisait que l’accroître. En tournant le dos au fort Reliance, je sentis ma poitrine allégée et mon cœur battre avec plus de chaleur : on eût dit un prisonnier quittant son cachot. M. King, mon compagnon, partageait mes émotions. »

Back, vers les premiers jours du mois d'août, après un long trajet sur la glace, marqué par des péripéties sans nombre, atteignit enfin avec sa suite l'embouchure ce la grande rivière du Poisson, et put constater que ce fleuve, après avoir précipité sa course torrentueuse et sinueuse sur une longueur de cinq cent trente milles géographiques à travers un sol de fer que pas un arbre n'égaie; après s'être parfois épanché en vastes lacs, dont l'horizon de ciel et d'eaux laisse le navigateur incertain de sa route; après avoir franchi des chutes, des cascades et des rapides dont le nombre ne s'élève pas à moins de quatre-vingt-trois, se déverse enfin dans la mer polaire.

Back s’efforça de pénétrer dans ces glaces, Il s'y avança ‘ssez pour courir risque d'être broyé ou invinciblement em prisonné entre leurs masses. Il parvint néanmoins à

léCoti-

naître et à décrire cette partie des régions arctiques dont il était le premier explorateur, et les noms de Cockburn, de Beaufort, de Barrow, de Richardson. qui entourent le nom royal de Victoria, donné au promontoire je plus remarquable de ces parages, y sont devenus les monuments géographiques de son passage,

Son dessein était de se diriger vers l’ouest pour relever les côtes du continent jusqu’à la pointe Turnagain, et de compléter ainsi les découvertes de Franklin: mais l’état des glaces, l'épuisement absolu de ses ressources, celui de ses hommes, qui commençaient à s’avouer à bout de forces ; enfin la perspective des difficultés d’un retour qu'un plus grand éloignement eût probablement rendu impossible, le déterminèrent, où plutôt le contraignirent à s'arrêter.

Il annonça à l'équipage. Le pavillon fut déployé, salué de trois acclamations en l’honneur du roi d'Angleterre, dont le nom fut donné à cette partie extrême de l'Amérique, et ils se préparèrent à un retour qui devait naturellement reproduire des épreuves plus ou moins semblables à celles qu'ils avaient déjà traversées.

Quand ils parvinrent au lac Clinton-Colden, le froid était si intense, que l’eau gelait sur les avirons, et qu'un des chronomètres s'arrêta.

A la fin de l'hiver, Back se rendit au fort Resolution, d'où. reprenant la route du Canada, il regagna New-York, et le 8 septembre, après une absence de près de trois ans, il revoyait l’Angicterre,

€ Le trajet qu'il avait parcouru sur le continent américain, disent MM. Hervé et de Lanoye, depuis New-York jusqu'à

l'embouchure de la rivière qui porte aujourd'hui son nom,

| | | | pi

équivaudrait en Europe à celui que décrirait un voyageur

qui, s’embarquant, par exemple, à Naples dans un canot,

remontant ou descendant des rivières, faisant des portages, franchissant des montagnes, se rendrait à Arkhangel, sur la mer Blanche. »

VOYAGES D'ÉDOUARD PARRY ne

Départ de l’Hécla et du Griper pour la baie de Baffin. — L'archipel de Parry. —

Hivernage à l’île Melville, — Précautions contre la famine et les maladies, — Un

incendie. — Effets du froid. — Le printemps polaire, — Vaines tentatives pour nu pénétrer à l'Ouest. — Retour dans la baie de Baffin. — Retour en Angleterre. — | Second voyage. — Entrée dans la baïe d'Hudson. — Blocus dans les glaces, — [4 Ours monstrueux. — La baie de Repulse. -- Hivernage à l'ile Winter. — Relations } 4 avec les Esquimaux.— Leurs usages funéraires. — Lu fumée du froid. — Reprise 4 | de la navigation. — Chasse aux morses. — Second hivernage à l’île d'Igloulik, — h La presqu’ile Melville. — Retour en Angleterre.

Au nombre des quatre navires que l’amirauté anglaise se décida, en 1818, à envoyer dans les mers polaires, deux d’entre eux, l’Hécla et le Griper, sous le commandement d’Édouard

Parry, furent destinés à la baie de Baffin.

1e D md à at vi

Après une traversée de 120 à 150 de longitude, l'expédition | Le]

arriva, par le détroit de Barrow, dans un vaste bassin bordé h de nombreuses et vertes îles, que les géographes modernes al | ont à bon droit appelées l'archipel de Parry, et dont les prin- 1 cipales recurent de ce navigateur les noms de Cornwallis, Je

de Bathurst, de Melville.

On hiverna dans cette dernière île; mais à peine les vaisseaux étaient-ils amarrés à l'abri de tout danger dans Je havre, que le thermomètre tomba à 18e centigrades au-dessous de ro.

« En prévision de l’avenir, dit Parry, je fus obligé de réduire d’un tiers la ration ordinaire du pain. Mais, chaque semaine, je remplaçai une livre de bœuf salé par une égale quantité de conserve de viande, et j'y joignis une pinte de bouillon concentré; la bière et le vin remplacèrent les liqueurs alcoolisées, et je fis faire, à des intervalles réguliers, une distribution de légumes confits au vinaigre et d’autres condiments. Enfin tous les jours chaque homme de l'équipage buvait, devant un officier, une certaine quantité de jus de citron mêlé d’eau et de sucre. Ceux qui regarderaient la présence d’un oficier en cette circonstance comme superflue ïe connaîtraient pas le caractère des matelots, vrais enfants dans tout ce qui concerne le soin de leur santé. Le gibier, quand on pouvait s’en procurer, remplaçait la ration ordinaire de viande; mais, excepté dans de bien rares occasions, nulle préférence n'était accordée aux officiers, ni pour la qualité, ni pour la quantité des aliments. »

Le 2% février au matin, tandis que tout l'équipage prenait son exercice habituel en courant autour du tillac. les cris : € Au feu! au feu! » se firent ententre: la hutte qui servait d'observatoire était en flammes. Chacun y courut, et, ayant réussi, non sans effort, à abattre le toit de la hutte et une partie de ses murs de planches rembourrés de mousse, on parvint à étouffer les flammes sous la neige avant qu'elles eussent atteint les instrumen’s les plus précieux.

€ L'instant d'après, dit Parrv, nous offrions un spectacle

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