CAPITAINE EDOUARD PARRY
curieux à voir. Il n’y avait aucun de nous qui n’eût le nez et le visage couverts de taches blanches causées par la gelée ; de sorte que les chirurgiens et leurs aides n'étaient occupés qu'à courir de l’un à l'autre, frottant avec de la neige les partie attaquées pour y rétablir la circulation. Malgré cette précaution, qui prévint probablement de graves accidents, seize hommes grossirent la liste de nos malades par suite de cet événement, et l’un d’eux, John Smith, soldat d'artillerie, attaché au service du capitaine Sabine, ne s’en tira pas à bon marché. Il se trouvait dans la hutte au moment où le feu se déclara, et, voulant sauver un instrument dont il connaissait la valeur, il le saisit, pour le transporter sur le vaisseau, sans prendre le temps de mettre ses gants. En arrivant à bord de l’Hécla, ses mains étaient si complétement gelées, que les chirurgiens les lui ayant fait plonger dans l'eau froide, celleci se congela immédiatement à ce seul contact. Malgré tous les soins qu'on lui prodigua, il fut obligé, quelque temps après, de subir lamputation de la plus grande partie de ses doigts. »
Le mois de juin fut employé en excursions de chasse ou d'exploration sur l’île Melville. Bien que le soleil accomplit alors sa révolution diurne tout entière au-dessus de Fhorizon, la neige couvrait encore presque partout la terre; une couche de glace de plusieurs pieds d'épaisseur masquait les lacs et les cours d’eau, et toutes les baies demeuraient encombrées de masses immobiles de glace marine. Dans une de ces expéditions, dirigées par le capitaine Parry lui-même, on remarqua cependant, sur une ligne de plus de vingtquatre myriamètres, pa:courue dans l'intérieur de l'île, que!-
ques endroits isolés qui, grâce à une disposition privilégiée,
s'élaient revêtus de mousse. de gazon, de saxifrages et de pavots. C'étaient comme @e: table: dressées au désert par la Providence pour touts ! rcatures dont elle a peuplé ces régions. Le bœuf mu qué, aux épaules voûtées, au pelage laineux, couvert d'un long poil balayant la terre, y paissait à côté de grands troupeaux de rennes: des multitudes de lièvres venaient s’y fapir au milieu de bandes innombrables d'oies boréales, de pluviers dorés, de gelinottes blanches, et d'autres volatiles sans nom. Autour de tous ces êtres se refaisant, dans un pâturage d'été, des misères de leur exil hivernal, rôdaient cauteleusement ou se tenaient à l'affût le loup et le renard polaires. Parry appela cet endroit Bushnan- Cove.
Ce fut seulement le 1er août que les navires, regréés et rééquipés depuis bien des semaines. purent mettre à la voile et reprendre la route de l’ouest.
Au delà du cap Dundas, qui termine l'ile Melville du même côté, l'œil n’apercevant qu'une plaine de glace solide et compacte, l'intrépide Parry dut reconnaître, bien à regret, que toute tentative pour pénétrer par cette voie jusqu’au détroit de Behring serait rendue vaine par le seul fait de la courte durée de l'été, et qu’un second hivernage dans ces parages serait de la dernière imprudence, Il résolut done immédiatement de se rapprocher des rivages du continent américain par un chemin plus méridional.
Rentrés dans la mer de Baffin. /e Gripper et l'Hécla en longèrent les côtes occidentales, et. pendant que les officiers en relevaient les contours, ils communiquèrent, pour la première et seule fois de tout ce voyage, avec une tribu d'Es-
quimaux.