CAPITAINE EDOUARD PARR
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Dans la partie étroite du détroit de Davis, l'expédition retrouva de nouveau la glace compacte. Étant parvenue à s'en dégager, elle reprit la route de l'Angleterre, où elle rentra vers la fin d'octobre.
Au printemps suivant, Parry tenta de pénétrer dans les parages inexplorés qui séparent l'Atlantique de la mer d'Hudson, et de se frayer, droit à l’ouest, une route vers les rivages vus par Hearne et Mackenzie.
Il mit son pavillon sur la Fury, lun des deux navires que le gouvernement anglais lui confia (l’autre, l’Hécla, eut pour commandant le capitaine Lyon), et six semaines après son départ, le 14 juillet, il rencontra la première montagne de glace, par le travers du détroit de Davis.
À peine entrée dans la baie d'Hudson, l'expédition se vit bloquée par les glaces. Pendant ce repos forcé, l'équipage de l'Hécla, ayant aperçu sur un glaçon un ours blanc d’une monstrueuse grandeur, lui donna la chasse, et parvint à le tuer. Son poids dépassait sept cent cinquante kilogrammes, et telle était l'énergie organique de ce colossal carnassier, que son cœur, retiré du corps, fut ag irois heures encore de mouvements convulsifs.
Les glaces ayant fini par se disjoindre, les vaisseaux de Parry, sortant enfin des parties pratiquées de la mer d’'Hudson, entrèrent dans le détroit de Fox, et se dirigèrent, en longeant par l’est et le nord la grande île de Southampton, vers la baie Repulse, pour constater, dans cette échancrure du continent américain, la vérité ou le néant de J’hypothèse géographique qui depuis longtemps voulait y voir une issue de l'océan Polaire. L'examen qu'en fit l'expédition prouva l'exac-
titude des observations du capitaine Middleton, qui le pre-
mier avait découvert cette baie, et qui y avait bien vu une baie, et non un détroit.
Sept semaines d’une navigation continu. n'avaient pas porté l'expédition à plus de quarante myriamètres vers le nord, lorsqu'il lui fallut songer à hiverner sur une ile voisine du continent, et qui depuis cette époque est connue sous le nom d'îile Winter, Les vaisseaux. dégréés, furent recouverts de grandes et fortes tentes. Une petite maison et un observatoire confortable furent élevés sur le 1 ivage, et leurs doubles murs Ge planches recurent intérieurement une chaude couche de sable bien tassée,
Le Ler février, la vie de reclusion des équipages de la Fury el de l'Hécla fut rompue par ces cris, partis du pont de ce premier navire : « Des Esquimaux! des Esquimaux ! » Effecti- Yement on en voyait un certain nombre savançant lentement vers les vaisseaux, et, sur une hauteur, à environ deux milles du rivage, on distinguait quelque chose comme des huttes nouvellement construites,
Les deux commandant Parry et Lyon, s'étant immédiatement portés à la rencontre des étrangers, distinguèrent bientôt une troupe d'environ vingt-cinq Ésquimaux, qu'ils n'hésitérent pas à aborder,
Ceux-ci les accueillirent avec cordialité, et les conduisirent à leur habitation.
€ Petits et grands nous reçurent bien, dit le capitaine Lyon, comme on peut croire, Les jeunes femmes auraient pu passer pour jolies si elles avaient possédé le premier de tous les charmes, la propreté, Elles avaient en général de vives couleurs, et des veux brillants et expressifs. Le seul
ornement qu'elles portaient étiit un petit bracelet d'os ou d'i-
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voire; aussi les miroirs, les boutons, les grains de rassade, et autres brimborions semblables, étaient-ils reçus de ces pauvres filles du Nord avec des transports qui prouvaient que l'amour de la parure n’était pas moins inné chez elles que chez les plus fières beautés de nos heureux climats.
€ Au nombre de leurs ornements, je ne dois pourtant pas omettre le kakkine ou tatouage, qui couvre leur visage, leurs cuisses et leur poitrine. La curiosité me porta à vouloir connaître comment se confectionnait ce dessin, et en conséquence je me mis entre les mains de mistress Nakkakhiou, que j'avais adoptée pour amenna ou mère. Je lui fournis une aiguille, qu'elle enfila d’un fil de nerf de renne préparé à belles dents; puis passant sa main, sans crainte d'en altérer la cou-
leur, sous le pot suspendu sur !
à flamme de sa lampe, elle prit un peu de suie, la délaya avec une goutte d'huile et de salive, et, se servant d’un morceau ténu de fanon de baleine en guise de pinceau, elle esquissa sur mon bras diverses figures différentes, comme je le vis bien, de celles qu’elle por tait elle-même, mais ayant sans doute une signification aussi comique que saisissable; car toutes les femmes présentes partirent d’un éclat de rire en les apercevant.
« Mais une grande partie de sa composition devait être perdue, car j'étais bien résolu à ne lui laisser faire que quelques points. Elle commença par noireir son fil à la suie; puis elle fit dans ma peau des points très-courts, mais assez profonds, en ayant soin d'appuyer le pouce sur chacun d'eux, aussitôt que le fil avait passé, Elle en avait fait ainsi une quarantaine, couvrant environ deux pouces carrés, quand son aiguille vint à casser, et je lui signifiai que J'en avais assez.
Elle termina done son opération, en frottant d'huile la partie
opérée, pour étancher quelques gouttes de sang qui s’en échappaient. Je pus des lors apprécier ce qu'il en coûte à ces femmes pour s'embellir: car l'opération, qui n’est pas sans douleur, est toujours suivie d’une légère inflammation. Quand la peau est guérie, la couleur du kakkine devient d'un bleu pâle.
€ Nous terminâmes notre journée en partageant nos provisions de table avec la famille Nakkakhiou, et les nombreux visiteurs que notre présence avait attirés dans la hutte. Tous les Esquimaux firent honneur aux mets que nous avions apportés; le vin seul ne put leur plaire. On conçoit que, pour des palais habitués aux parfums de l'huile de poisson, le montant et le bouquet du jus de la treille soient bien fades. »
À ces curieux renseignements nous croyons devoir ajouter, comme complément, quelques détails sur le mode particulier aux Esquimaux de payer à la mort le tribut que lui doivent tous les hommes. Nous empruntons ces détails à la relation de W. Graah, qui, de 1828 à 1830, fit. par ordre du gouveriement danois, une expédition à la côte orientale du Groenland.
€ Un Esquimau de mon campement d'hiver s'était fait au bras une blessure, que le défaut de repos, de propreté, et peut-être le voisinage de l'artère recouvrirent en peu de temps d'une énorme tumt ur; le membre blessé devint le siége d'intolérables douleurs, que le peu de ressources pharmaceutiques dont je disposais ne put parvenir à calmer, et bientôt la médecine européenne discréditée dut faire place à celle des angekoks. Une vieille sorcière fnt appelée auprès du malade, dont elle commença à lier la tête avec un cordon mystérieux;
puis elle la souleva la trouvant lourde. et. d'après ce symp-
LU mens