‹ Voyages et découvertes outre mer au XIXe siècle [microforme]Chapitre 41 sur 77 · CAPITAINE EDOUARD PARRY · texte numérisé non relu

CAPITAINE EDOUARD PARRY

un peu, vu qu'il se sentait beaucoup mieux. Il mappela, me témoigna ses remerciments pour les soins que je lui avais donnés, ses regrets pour la mauvaise nuit qu'il m'avait fait passer; me laissa bander sa plaie, et, dans un verre de porto coupe d’eau et de quelques gouttes de sitron, puisa tellement de forces que sa famille dut replier son bagage funéraire. Quelques jours après, il était hors de tout danger; mais il n'avait pas tenu aux usages et coutumes de sa race qu'il ne fût enterré tout vivant, »

Revenons à l'expédition de Parry. Ce fut dans le cours de l'hiver qu'il passa à l'ile Winter, qu'on vit plusieurs fois ce qu’on appelle la fumée du froid. Ce phénomène a lieu chaque fois qu’une fissure soudaine se formant dans la glace met à äécouvert une portion quelconque de la mer. Il s'en échappe alors ui > vapeur semblable à celle qui s'élève d’une chaudière en ébullition; mais, congelée presque instantanément. cette vapeur retombe en poudre impalpable sur les bords de la crevasse.

L'hiver de 1822 se prolongea longtemps sous le cercle po= lire; à peine au commencement de juin voyait-on bourgeonner les premiers boutons du saxifrage, et quelques mouvements de disjonctions s'opérer dans les glaces. IT faliut ouvrir à la scie un chenal pour faire sortir les navires du havre d'hivernage. Le 2 juillet, grâce à un coup de vent qui poussa les glaces au large de la baie, les vaisseaux purent mettre enfin à la voile et reprendre la direction du nord.

Le 1%, comme les vaisseaux venaient de doubler le Cap Penrhyn, la vue d’un grand nombre de morses engagea les chasseurs du bord à poursuivre ces animaux. Si apathiques, si lourds qu'ils soient en apparence, Ceux qu'on allaqua op- In

posèrent aux assaillants une résistance inattendue, Une femelle ayant été tuée, le mâle qui laccompagnait continua de lutter, comme pour protéger son cadavre. Bien qu'il eût été atteint de trois coups de feu, qu'il portât trois lances enfoncées dans son corps, et qu'il reçût un coup de baïonnette chaque fois qu'il venait à portée de la chaloupe, il ne s’en letait pas moins sur la proue de l'embarcation pour la démolir avec ses crocs puissants, et il parvint même à en percer plusieurs planches. Il ne succomba qu'après dix minutes au moins de combat, La chair de cet animal fut trouvée fort bonne par tous ceux qui purent surmonter le dégoût qu'insnirait sa couleur ñoire.

Peu après, avant doublé la presqu'île Amitioki, un des grands rendez-vous de pêche des Esquimaux, et le petit groupe d'ilots qu'ils désignent sous le nom d’Ouglits, Parry atteignit l'ile Igloulik, autre station de ces sauvages.

On y passa l'hiver de 1823, qui se prolongea au delà de toute prévision. A la fin de juillet, a Furie et l'Héela étaient aussi étroitement renfermés dans la glace que pendant la nuit de quarante-deux fois vingt-quatre heures qui forme le cœur de Fhiver par 700 de latitude nord.

Parry et Lyon, reconnaissant l'impossibilité absolue de pénétrer plus avant, se décidèrent à mettre à la voile pour l’Eu rope dans le courant du mois d'août, après avoir donné le nom de Melville à la grande péninsule dont ils avaient en deux campagnes relevé les côtes occidentales, et qui s'étend

entre le canal de Fox et les eaux entrevues dans l'ouest.

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