LIEUTENANT BELLO
de leur abri, et parcourent le champ de glace : Bellot avait ä disparu, emporté sans doute par le vent et précipité dans les flots, qui s'étaient refermés à jamais sur lui. Les matelots ne rerouvèrent que son bâton ferré flnttant contre le bord opposé d’une larg crevasse, comme pour indiquer la place où le lieutenant avait été englouti ! , Plus heureux que lui, les deux survivants, après vingt-quatre heures encore passés sur l’ilot fatal, rencontrèrent un glaçon échoué sur un bas-fond. Ils y sautèrent, et passèrent de là sur un autre bloc flottant, assez fort pour les porter, assez petit pour E être manœuvré à l’aide du seul aviron qui leur restait. Ce fut avec ce radeau improvisé qu’ils purent enfin regagner le rivage. Les détails qu’on vient de lire sont la reproduction fidèle du récit de ces deux matelots, échappés com" nar miracle #4 à une mort qui semblait inévitable.
Ainsi périt, à l’âge de vingt-sept ans, un homme qui était déjà une des gloires de la marine française. Le colonel Sabine, l’illus‘re physicien, le compagnon des Ross et des Parry,
disait de lui : « En vérité, j'ai rarement rencontré son égal,
et jamais son supérieur. »
Lady Franklin, de son côté, écrivait uu sujet de Bellot ces paroles touchantes : «Il n’est plus, ce brave et généreux jeune « homme que j'aimais comme un fils, à qui je dois tant, qui « représentait si noblement l'honneur et la chevalerie de la « France, et que tous nos marins aimaient et respectaient « comme un frère! [l est mort comme il à vécu : en héros
« et en chrétien! »
Mais quoi! les pauvres Esquimaux eux-mêmes, les pêcheurs à demi sauvages de la baie de Pond, éclatèrent en gémisse-
ments, lorsque le capitaine Ingletield, à son retour, leur ap-
VOYAGES ET DECOU\ERTES
prit la mort du jeune marin français, dont ils avaient appris à aimer la bonté, à admirer le courage : « Pauvre Bellot! pauvre Bellot! » s’écrièrent-ils tout d’une voix en versant des larmes. H°"ns-nous d'ajouter, à l'honneur éternel de l'Angleterre, ette grande nation, toujours juste et généreuse envers les sinmes qui se dévouent à sa gloire et au bien de l'humanité, a dignement honoré le souvenir de notre illustre et regretté compatriote, Peu après la mort de Bellot, de nombreuses souscriptions furent ouvertes, non-seulement en Angleterre même, mais jusque dans l'Inde, pour élever un monument à sa mémoire. Ce monument est un obélisque en granit, qui se dresse sur le quai de l'hôtel royal des Invalides, à Greenwich. Une plaque de bronze fixée sur le piédestal porte cette ins-
cription :
A L'INTRÉPIDI BELLOT DE LA MARINE FRANÇAISE QUI DANS SON VOYAGE À LA RECHERCHE DE FRANKLIN A PARTAGÉ LE SORT ET LA GLOIRE DE CET ILLUSTRE NAVIGATEUR