‹ Voyages et découvertes outre mer au XIXe siècle [microforme]Chapitre 60 sur 77 · COMMANDANT MAG-CLURE · texte numérisé non relu

COMMANDANT MAG-CLURE

pagne de 1851 furent commencés, Je fis d’abord transporter sur une des îles de la Princesse-Royale une grande chaloupe avec trois mois de vivres, afin que, si l'Investigateur venait à ôtre écrasé au moment de la rupture des glaces, son équipage conservât les moyens d'atteindre le Plover, dans le détroit de Behring. Une autre chaloupe fut aussi disposée sur le rivage de la terre du Prince-Albert, afin de servir aux détachements, dans le cas où ils se trouveraient, à leur retour, éloignés de leurs compagnons par la dérive ou la destruction du navire,

« Le 18 avril, par un beau temps, trois détachements organisés à l'avance, et pourvus chacun d’un traîneau chargé de provisions pour six semaines, s'éloignèrent dans trois directions. Le premier, sous la conduite du lieutenant ( reswell, avait pour mission l'exploration de l'ile Baring. Le lieutenant Haswelt. avec le second, devait longer les rivages méridionaux de la terre du Prince-Albert, dans la direction de la terre de Wollaston. Enfin je chargeai M. Winniat, l’un de nos contre-maîtres, de reconnaitre la partie septentrionale des mêmes rivages, ef de s’avancer autant que possible vers le cap Walker.

« Entre cette date et le 10 juin, le lieutenant Creswell parcourut l'île Baring dans toute sa longueur, de près de quatrevingts lieues, et pénétra dans sa largeur jusqu'au 125° méridien. Le voyage de M. Winniat, qui à duré cinquante jours, s'est dirigé droit vers l’ouest le long d'une même ligne de côtes, sur plus de dix degrés de longitude. J'ai su depuis que, le 24 mai, lorsqu'il se décidait à rétrograder, il ne s'était trouvé qu'à deux journées de marche du lieutenant Osborne (de lexpédition Austin), qui, la veille, ayant épuisé plus de la moitié de ses vivres, avait pris également le parti de rétrograder vers les

vaisseaux stationnés dans le détroit de Barrow.

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58 VOYAGES ET DÉCOUVERTES € Une circonstan e identique se rattache à l’excursion d'où le Lou! ixswelt était revenu dès le 29 mai.

Avant suivi les rivages occidentaux de la terre d'Albert, et tra versé deux de ces golfes étroits et profonds qui abondent dans les parages arctiques, et que les marins ont souvent pris pour des détroits, il termina sa course à un point où le docteur Rae. venant des établissements de la baie d'Hudson, a dû parvenir quelques jours après lui.

Aux approches de l'été, les marins de l’{nvestigateur ne voyaient pas venir sans une anxiété profonde le moment où devaient se disjoindre les masses formidables qui les protéseaient tout en les retenant captifs. Le 7 juillet, le premier signe du dégel se manifesta par un intervalle liquide qui s’ouvrit le long du rivage de la terre du Prince-Albert; puis, sous la double influence de la pluie et de la température, remontée à 70 au-dessus de zéro, la glace fondit si rapidement, que le LA elle ouvrit subitement et silencieusement autour du navire, toujours enfermé dans son havre de quarante pas de largeur, au centre du champ de glace qui nous servait d'asile depuis neuf mois, Sa dissolution graduelle nous rendit libres le 17; mais presque aussitôt le voisinage de plusieurs autres champs flottants nous obligea à chercher Pabri de lun d'eux et à nous y amarrer.

« À partir de cet instant jusqu’au milieu du mois d'août, ce ne fut à bord de l'{nvestigateur qu'une lutte continue contre les glaces, les vents et les courants, ceux-ci nous ramenant toujours vers le sud, et le vaisseau s’efforçant toujours de se frayer un chemin vers l'issue nord-est du détroit.

« Le 16 août, nous n’en étions plus qu’à huit à neuf lieues à

peine; mais là une banquise impénétrable barrait le canal dans

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toute sa largeur ; et la saison était trop avancée pour nous permettre d'espérer la rupture de cette barrière.

« En face de cet obstacle insurmontable, considérant que derrière nous la mer était parfaitement libre, je pris la résolution de revenir sur mes pas vers le sud, de doubler le cap Nelson. et de chercher, le long de la côte occidentale de l'île Baring, un passage au nord, entre la terre et la banquise.

« Sans plus délibérer, je fis aussitôt revirer de bord, et les éléments, si longtemps contraires, nous servirent alors si bien, qu'ils nous firent franchir en un Jour l'intervalle que nous leur disputions depuis un an. Le 48, l'Investigateur, ayant contourné toute la partie méridionale de la terre de Baring, en relevait l'extrémité ouest, le cap Kellet; le 19, nous atteignions, à deux degrés plus au nord, le promontoire nord-ouest, que j'ai désiwné sous le nom de Prince-Alfred; mais là nous attendaient de nouvelles tribulations.

« Dans la matinée da 20, une barrière de glace, appuyée à la côte, nous barra le chemin. Pour éviter d'être entrainés par les champs flottants, nous nous amarrâmes, aussi près que possible de la terre, à ur oc de peu détendue, mais fort pesant, qu‘ nous semblait sc iement fixé sur un bas-fond, à environ quatre-vingts pas du rivage. C'était là notre unique rempart contre les formidables glaçons de la mer Polaire, qu'un vent d'ouest poussait sur nous ävec une vitesse d’un mille à l'heure. Le soir, notre position emnira. Un champ flottant vint heurter le bloc qui nous protégeait, et le secouxu si profondément, qu’une langue de glace qui plongeait sous notre quille souleva L'Investigateur d'au mois Six pieds. Cependant, en tirant le meilleur parti possible de nos ancres et de nos

amarres, nous réussimes à Nous maintenir pendant ce conflit,

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à la suite duquel le champ flottant se brisa en morceaux, tandis que nous étions poussés un peu plus près de la côte.

« Nous étions arrêtés là depuis plusieurs jours, lorsque, dans la matinée du 29 août, les glaces commencèrent à s’ébranler, Une d'elles, d’une grande étendue, soulevant sans doute par une de ses pointes sous-marines le bioc auquel nous étions amarrés, le redressa perpendiculairement à la hauteur de notre vergue de misaine. On peut juger de notre anxiété en un pareil moment. Heureusement la glace flottante se fendit, :t dériva à droite et à gauche de notre abri, qui, après plusieurs oscillations dont chacune était pour nous une menace de mort, reprit sa position primitive; mais déraciné, par le choc qu'il avait subi, du fond où il était échoué, il ne tarda pas à dériver à son tour. Il nous entraîna a. : lui; car là proximité de la côte nous défendait impérieusement de le quitter. Nous doublâmes donc nos amarres, et nous suivimes cet étrange remorqueur en broyant sous notre carène les paquets de glaçons qu'il brisait devant nous, pendant que notre poupe soutenait les assauts violents des masses qui s précipitaient dans notre sillage.

« Au bout de quelques heures, glaces et navire devinrent de nouveau stationnaires. Nous profitâmes de ce moment de calme pour démonter et réparer, sur la glace même, notre gouvernail, qui avait été fortement endommagé. Il venait à peine d’être replacé, et la nuit était venue, lorsque le mouvement de la mer recommença et nous emporta rapidement vers le delta noyé d’une large rivière, où les débris des glaces du large s'étaient accumulés en véritables montagnes. Pris entre cet obstacle et le bloc qui flottait avec nous, il ne nous restait

que cette alternative également funeste des deux parts : ou un

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