‹ Voyages et découvertes outre mer au XIXe siècle [microforme]Chapitre 62 sur 77 · COMMANDANT MAC-CLURE · texte numérisé non relu

COMMANDANT MAC-CLURE

à mord fit lsemtitéie

se rompit encore une fois. et l'Investigateur fut emporté vers

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le nord au milieu d’un vaste champ flottant, dont lim aense

étendue et l'énorme épaisseur rendaient toute manœuvre con

traire à son impulsion absolument impossible. Il fallait pour-

tant à tout prix nous en tirer, sous peine de disparaître avec lui dans cette terrible banquise polaire, dont nul n’est encore revenu. Après trois jours de tentatives incessantes et vaines , 4) après avoir fait éclater sans résultat des pétards de vingt-cinq et même soixante livres de poudre, je dus recourir à un moyen | plus énergique: Je fis enfoncer à vingt-cinq pieds de profon- | | deur, dans la glace, un baril de poudre pesant deux cent cin- || (4

quante-cinq livres. Son explosion fut à peine sentie à bord du

vaisseau, qui pourtant n'était pas à trente pas de la mine; ki | |

mais la glace, malgré son épaisseur, qui par endroits dépassait | {1 soixante-cinq pieds, éclata dans tous les sens, et l'Invesliga- k teur, redevenu maître de ses mouvements, reprit la direction 4

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de l'est, | ; re | « Après avoir enfin doublé le cap Austin, il trouva des places

moins formidables, une mer moins tourmentée; nous étions

sans doute alors sous le vent des hautes terres aperçues au

nord du cap Dundas, sur l'ile Melville; nous étions au débou-

t ché occidental de cette suite de bras de mer qui commence ali | |

Lancaster-Sound; mais il ne nous fut pas donné d'accomplir

encore le passage; une nappe solide, uniforme, continue, S'é tendait du nord à lorient, aussi loin que la vue pouvait al

teindre du haut des mâts, et peut-être ne s était elle pas rom

| pue depuis 119, époque où elle avait arrêté les vaisseaux de | |

| Parrv. { ne me restait plus qu'à irouver un bon mouillage

pour y passer l'hiver.

« Le 24 septembre (1851), ayant remarque Sur la côte nord

304 VOYAGES ET DECGUVERTES

de l'île Baring une petite baie qui paraissait remplir toutes les conditions désirables, j'y conduisis le navire, et le soir même nous nous trouvâmes solidement fixés par la gelée dans ce havre, auquel nous donnâmes le nom de la Merci-de Dieu, en souvenir reconnaissant de tous les dangers auxquels nous avions échappé pendant notre traversée de cette terrible mer Polaire, À une trentaine de lieues dans le nord-est se trouve, sur la terre de Melville, le promontoire auquel sir Edward Parry. obéissant aux mêmes sentiments que nous, a donné le nom de cap de la Providence.

«€ Malgré la violence du vent et la fréquence des ouragans, la température de l'hiver fut moins rigoureuse que durant l'année précédente, Des chasses régulièrement organisées, et qui ne furent interrompues que par les ténèbres du mois de janvier, nous procurèrent, grâce à l'abondance des bœufs musqués, des lièvres et des ptarmigans, le précieux secours de trois distributions de viande fraiche par quinzaine, Le 1° avril, nous avions même en avance plus d’un millier pesant de cette excellente venaison.

« Le 11 avril 1852, le temps me paraissait favorable; je résolus de mettre à exécution mon projet depuis longtemps arrêté de traverser sur la glace le détroit de Banks et de me rendre à Winter-Harbour, où j'espérais trouver soit un des bâtiments, soit un des détachements du capitaine Austin, II devenait urgent d'arrêter avec ce chef d’escadre, ou avec un de ses officiers, les mesures que pourrait exiger le salut de l'équipage de l'fnvestigateur. NW nous restait à peine à bord un approvisionnement suffisant pour dix-huit mois, et si, durant l'été de 1852, les glaces ne s'ouvraient pas, j'allais me trouver

dans l'obligation, pour ne pas courir le danger de périr par la

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famine, de réduire le nombre de mes hommes, en faisant partir à tout hasard un détachement pour l'Angleterre, dès le printemps de 1855.

« Le 28 avril, avec un traineau de sept hommes, j'acteigs sur l’île Melville le lieu où l'expédition de Parry avait hiverné trente-trois ans auparavant. Mais, à côté de Pinscription commémorative de cet événement, je ne trouvai que le cairn dans lequel le lieutenant Mac-Clintock avait déposé, durant le printemps de 1851, une mention de son passage. Ma déception fut cruelle; les vaisseaux du capitaine Austin étant selon toute apparence retournés en Angleterre, je ne pouvais plus compter, pour le soin de notre avenir, que sur nos seules ressources et sur la protection de Celui dont il est écrit: € Confie-toi à lui « dans ton cœur; dans toutes tes actions rends-lui témoignage, « et il dirigera tes pas.

« Avant de laisser l'île Melville à sa solitude, je crus devoir toutefois confier au cairn du lieutenant Mac-Clintock un récit succinct de nos deux campagnes et de notre situation : « Mon

intention, y disais-je, est, si cela se peut, de retourner en

Angleterre cet été en touchant à File Melville et au port Léo-

pold. Mais si lon n'entendail plus parlet de nous, c’est que

probablement nous aurions été entraînés dans les glaces du pôle, au nord ou à l’ouest de l'île Melville; or, dans ces deux hypothèses, toute tentative pour nous envoyer du secours ne ferait qu'accroitre le mal, car tout vaisseau entré dans le: ]

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polaires doit être inévitablement brové. Un

€ pi « provisions où un vaisseau placé à Wint r-flarboui est le « meilleur, ou plutôt le seul moyen au quel on doive recourn « pour le salut de ce qui aura survécu de l'équipage d in

« vestupaleur.»

« Je terminais par ces mots: « Cet avis a été déposé en « avril 1852, par une expédition composée du capitaine Mac- « Clure, etc. (suivent les six autres noms). Quiconque le trou- « vera est prié de le faire parvenir au secrétaire de l’'amirauté. « Daté du navire de S. M. britannique l'Investigateur, gelé dans « la baie de Miséricorde, 12 avril 1852... »

« À mon retour au havre de Merci, je pouvais espérer que l'été ne tarderait pas à amener le dégel et à permettre au vaisseau de remettre à la voile; mais cet espoir ne fut pas de longue durée: mai et juin se passèrent sans qu'aucun signe annonçât la fonte prochaine de lépaisse couche de neige qui recouvrait la terre comme au cœur de l'hiver. Nous reconnümes même avec effroi que durant la dernière moitié de juin la glace avait augmenté d'épaisseur. Les oiseaux voyageurs, à peine venus du midi, reprenaient leur vol d::ns cette direction, parce qu'ils ne trouvaient sur la terre de Banks aucune trace de végétation, et, ce qui était plus grave, la santé de l'équipage commençait à s’altérer : seize cas de scorbut furent constatés par le rapport mensuel du chirurgien. Je fus obligé de faire suspendre tous les travaux pénibles, et nos chasseurs durent redoubler d'efforts pour nous procurer de la v'nde fraiche. Le 8 juillet, lun d'eux, en poursuivant un renne, rencontra inopinément deux bœufs musqués, et parvint à les abattre l’un et l’autre. Il fit preuve en cette circonstance d’un remarquable sang- froid ; il ne lui restait plus qu'une seule balle lorsqu'il fut assailli par un de ces animaux blessé et furieux; sans se troubler, il l'attendit à bout portant, et lui déchargea dans le cœur la baguette de son fusil, Nous recueillimes aussi jusqu'à la fin d'août une quantité d'osalle suffisante pour en fournir une

ration quotidienne aux scorbutiques, qui finirent par se rétabli

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« Le 20 août, la température tomba tout à coup à 15° au-

dessous de glace : toute cette saison peut être appelée un long

jour sans soleil; car, depuis la fin de mai, est à peine si cet

astre a été visible, et si son influence s’est fait sentir sur les masses de glaces qui bloquent le détroit complétement d’un bord à l’autre; et je ne crois pas que la mer Polaire se soit brisée cette année, car rous n'avons pas vu une goutte d’eau dans cette direction.

« Le 8 septembre (1852), les circonstances critiques où

nous nous trouvions exigeant une prompte détermination,

j'assemblai les hommes de l'équipage, et je leur annonçai la

nécessité où j'étais de renvoyer, dès le printemps suivant, la moitié d’entre eux en Angleterre, les uns par le port Léopold et la baie de Baffin, les autres par la voie du Mackenzie et des tres établissements de la baie d'Hudson. Je devais garder le reste avec moi, pour tenter au printemps de dégager le vaisseau et de le ramener en Angleterre. Si je ne pouvais y parvenir, j'essaierais de gagner avec des traîneaux le port Léopold, l'état de nos provisions n’admettant pas un meilleur arrangement.

« Quoique réduits depuis un an à deux tiers de ration, nous devons, ajoutais-je, nous disposer à subir pendont dix-huit mois encore cette même privation, qui, si pénible et si contraire qu’elle soit à la santé de chacun, est commandée par le devoir: car le vaisseau étant aussi solide que le premier jour de notre navigation , il serait peu honorable de abandonner, tant que nous aurons l'espoir de franchir avec lui, l'été prochain. les détroits de Banks et de Melville. À notre retour en Angleterre, l’heureuse découverte du passage nord-ouest, si

longtemps et si vainement cherché, nous vaudra un accueil

qui nous dédommagera ampleinent des fatigues et des périls de notre pénible entreprise. »

« Cette communication fut bien reçue de tous mes hommes, ot j'eus lieu d'espérer que je mènerais à borne fin lexécution de mon projet.

L'hiver 1852-1853 dépassa de beaucoup en rigueur les deux précédents. Par un bonheur inespéré, le gibier, cherchan! des abris dans les vallons les plus bas et les plus voisins de la mer, ne cessa de se montrer; et, quoiqu'il fût devenu très-craintif, on reussit toujours à ter un certain nombre de rennes, qui contribuèrent pour une bonne part à donner au festin de Noël une apparence d'abondance confortable,

« Comme c'était le dernier jour de Noël que nous devions passer ensemble, l'équipage résolut de le célébrer d’une manière mémorable, Chaque table fut gaiement illuminée et décorée par des peintures de nos artistes de l'entre-pont, qui représentaient toutes les périlleuses positions du navire dans la mer Polaire; mais lornement principal consistait en énormes plum-puddinys pesant six livres, flanqués de quartiers de duims, de lièvres rôtis et d’onctueux salmis de ptarmigans. Jamais, je pense, un tel luxe avec une telle profusion ne brilla dars un entre-pont; un étranger qui aurait été témoin de cette scène, n'aurait jamais imaginé qu'il voyait là un équipage qui avait passé plus de deux ans dans ces régions abandonnées, entièrement livré à ses propres ressources, et cependant jouissant d’une excellente santé, Une réunion aussi joyeuse, en toutes circonstances, aurait épanoui le cœur de tout officier; mais dans cette situation abandonnée, je ne pus qu'être profondé ment touché en contemplant ce gai et consolant spectacle, et

en pensant aux grandes miséricordes que nous accordait la Fr ]

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Providence, à qui seule est due notre sincère reconnaissance pour tous les bienfaits qu’elle nous a prodigués, au milieu des situations les plus critiques que l’on puisse concevoir.

« Dans les jours qui suivirent, le froid devint excessif; il y eut en janvier 45° au-dessous de zéro, 17° de plus que l’année

précédente à pareille époque; un jour, le thermomètre tomba

jusqu’à 54e, et il resta à 52° pendant vingt-quatre heures,

J'aurais douté de lexactitude du thermomètre si je ne l'avais éprouvé...; mais, en outre, l'état de mon équipage attestait la rigueur de la température. Le froid avait amené beaucoup d'humidité dans l’entre-pont, et nous ne pouvions faire assez de feu pour la combattre. La liste des malades monta un moment jusqu’à dix-neuf : parmi eux il y avait des cas de scorbut et d'hydropisie.

« Le 15 mars 1853, je désignai les hommes « vaient composer les détachements destinés pour la baie de Baffin el pour la côte d'Amérique. Cétaient ceux que leurs ofliciers, chirurgien et moi, nous croyions les moins capables de su] porter un quatrième hiver arctique Je me flattais qu'ils parviendraient à trouver les moyens de revoir heureusement An gleterre; mais, avant d'atteindre le premier dépôt de vivres ou le premier fort de la compagnie d'Hudson, ils avaient à tirer pendant deux mois leurs traïneaux sur la mer glacée ou sur la terre couverte de neige. Que de chances contre eux dans un si iong trajet! Le sort qui les attendait était plus qu'incertain, et une sombre tristesse, qui ne faisait que s’accroitre à mesure qu'approchait le jour de la séparation, pesait sur l'esprit de ceux qui devaient partir el de ceux qui devaient rester.

« Tout était prêt pour le départ, et il était fixé au 15 avril.

Le 6 du mème mois, comme le lieutenant Creswell et moi nous

nous promenions ensemble sur la glace marine, assez loin du vaisseau, nous vimes subitement apparaitre du côté du nord un point noir qui semblait rouler plutôt que courir: sur la glace. Nous imaginant que c'était quelqu'un des nôtres poursuivi peut-être par un ours blanc, nous nous portämes à sa rencontre; mais nous ne tardämes pas à distinguer que la figure qui s'approchait avec tant de rapidité n'appartenait à personne du bord. Get ètre, quel qu'il fût, se mit, à notre vue, à agiter les bras en Pair et à pousser des cris, que léléignement ou toute autre cause nous rendit inintelligibles. J’avoue qu’alors nous fûmes tentés de chercher si cette apparition, au teint de suie et aux gestes étranges, ne cachait pas les griffes et la queue du vieux Nick. Nous finimes pourtant par nous joindre, et l’on peut juger de notre surprise, quand, à cette question naturelle de ma part : € Qui êtes-vous et d’où venezvous, au nom du Ciel? » L'étranger répondit, d’une voix étranglée par l'émotion et la rapidité de sa course : € Pim, le lieutenant Pim, du Herald. » A la place du diable, c'était un ange de lumière que j'avais devant moi. On peut juger quelle poignée de main je donnai à mon vieux camarade, que j'avais laissé en 1850 dans le détroit de Behring?

« Il nous expliqua que le capitaine Kellet, avec deux vaisseaux., avait atteint l'ile Meiville pendant le dernier automne, et qu'ayant trouvé dans le cairn de Winter-Harbour la dépêche que j'y avais laissée, il s'était empressé, dès les premiers beaux jours, de diriger sur le havre de Merci un détachement commandé par son lieutenant Pim. Impatient de nous apporter la nouvelle de notre délivrance, ce brave officier avait devancé de beaucoup la troupe qu’il conduisait.

La présence subite d’une troupe de compatriotes, :0rsqué

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aucun de nous n’imaginait qu’il pût en exister à mille lieues de distance, causa une émotion que je me sens incapable de décrire, et qu’il est impossible de se le r ‘présenter, à moins de s’être trouvé dans une position semblable, Tous nos hommes sentirent revivre leur courage; l'abattement fit place à la joie la plus vive. Les malades, oubliant leurs souffrances et leur faiblesse, s’élancèrent de leurs hamacs, et vinrent se jeter dans le flot de créatures humaines qui débordait sur le pont par l'unique écoutille que la rigueur du froid permit de lenir ouverte. Chacun voulait être certain que ces apparitions surprenantes étaient des êtres de chair et d'os, et non des habitants de l’autre monde; car leurs visages, imprégnés de la fumée de la tente, étaient aussi noirs que ceux de l'Érèbe. Lorsqu'il fut bien avéré que ce n'était point un songe, mais une réalité, la parole {it défaut à mes pauvres compagnons, Comme à moi-même, pour exprimer nos pensées. Nos cœurs élaient trop pleins. Jamais, j'en ai la confiance, les sentiments de gratitude qui ont élevé en ce moment ma pensée vers le souverain dispensateur des choses ne s’affaibliront dans mon souvenir.

« Le lendemain, 7 avril, je me mis en marche avec le détachement du lieutenant Pim, pour aller rejoindre nos sauveurs. Il nous fallut douze jours pour franchir les cent soixantedix milles qui nous séparaient d’eux; mais la réception qu'ils me firent compensa amplement toutes les privations et les fatigues que j'avais subies jusque-là.

« Pour cela et pour bien d’autres miséricordes qui nous ont été prodiguées pendant ce périlleux voyage, notre plus sincère reconnaissance est due à la généreuse Providence, dont le doigt protecteur a seul pu diriger nos pas dans une mer dont

toute la science et toute l’industrie de l'homme n'auraient pu

fendre la glace, Assurément, en contemplant ces puissants ouvrages de la nature, on ne peut s'empêcher de penser que le bras qui a soutenu la première arche faite du bois de la terre, alors qu’elle flottait sur les eaux d’un monde englouti, est le même qui a guidé aussi notre arche faite de chêne anglais, et que ses habitants retourneront jouir des bénédictions de leur

patrie, ce qui sera un autre miracle de la bonté divine. »

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VOYAGE DU GAPITAINE MACG-CLINTOCK

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