‹ Voyages et découvertes outre mer au XIXe siècle [microforme]Chapitre 8 sur 77 · KA, 3941Q · texte numérisé non relu

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fermait les tombeaux des chefs et les temples dédiés aux divinités du pays. Ce village était protégé par des fortifications assez bien construites, et les insulaires y soutinrent un siége de plusieurs jours avant de se décider à rendre leurs capti’s. Deux de ces derniers, nommés Reboul et Simonnet, restèrent seuls dans l'ile mais de leur propre volonté.

Enfin, le 22 mai, l’Astrolabe put quitter l'archipel des Amis, dont le nom n'avait été pour elle qu’une triste ironie, et le 25 elle signala les plus méridionales des îles Viti ou Fidji. La reconnaissance de cet archipel fut très-pénible, et dura di,-nuit jours. Échappée à cette périlleuse navigation, la corvette fit voile, sur une mer ouverte et sûre, vers les Nouvelles-Hébrides. On fit ensuite la reconnaissance des îles Loyalty, des îles Langhau, et l'on se rendit au havre Carteret (Nouvelle-Irlande), où l'expédition s'arrêta du 5 au 19 juillet. Le 19 juillet, on commença la reconnaissance di la côte méridionale de la Nouvelle-Bretagne, reconnaissance qui fut terminée le 2 août. Dumont d'Urville franchit ensuite le détroit de Dampier, et entreprit l'exploration de toute la côle de la Nouvelle-Guinée comprise entre ce détroit et la baie de Geelvink. Ce travail important s’accomplit de la manière la plus satisfaisante, grâce à un temps des plus favorables. Lorsqu'il fut terminé, l’Astrolabe vint prendre au havre Doreï le mouiilage qu’elle avait occupé trois ans auparavant sous le commandement de M. Duperrey.

Nous extrairons encore quelques passages des intéressantes notions recueillies par Dumont d’Urville sur cette partie de la Nouvelle - Guinée.

Le havre Doreï est situé au midi du cap de Mamori, qui

lorine la pointe occidentale la plus extérieure de l'entrée de

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la grande baie de Geelvink. Tous ses environs sont envahis par des forêts qui ont poussé sur un sol madréporique en pente très- douce... Les terres cultivées ne commencent qu'aux villages, et s'étendent tout le long de la rive septentrionale du canal. La ierre est d’une nature si riche. qu’il suffirait de la remuer et d'arracher les mauvaises herbes pour obtenir les plus abondantes récoltes. Mais les Papous sont aussi paresseux que peu intelligents en fait de culture, et les plantes alimentaires sont le plus souvent étouffées par les plantes parasites.

Les habitants de Doreï semblent provenir d'origines trèsmélangées, et le caractère de leur physionomie varie à l'infini. Toutefois M. d'Urville a cru reconnaître que toutes ces variétés devaient se rapporter à trois nuances principales : l’une qu'il «omme Papoue, du nom qu’elle porte habituellement dans le pays; l’autre formée de métis tenant plus ou moins de la race malaise ou polynésienne ; une troisième enfin, qu'il désigne sous le nom d’Harfour qu’elle a reçu depuis longtemps dans les îles Moluques.

Les Papous proprement dits sont des hommes à la taille moyenne, svelle et dégagée, et au corps et aux membres grêles. Ils ont le visage ovale, la physionomie agréable, les pommettes légèrer at saillantes, la bouche petite, les lèvres assez minces, le äez bie: dessiné. Leur peau, douce, lisse, est d'un brun foncé. Leur barbe est rare; leurs cheveux sont crépus; mais c’est l'habitude de les friser continuellement qui leur donne cet air ébowifté, et charge la tête des Papous de ces énormes crinières dont l'aspect frappa d’abord si vivement les premiers navigateurs européens. Cette race paraît

être d’un caractère timide et peu entreprenant: elle a fixé sa

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résidence sur les bords de la mer, où elle habite de longues cabanes en bois, élevées sur des pieux enfoncés dans le sable et plongeant dans les eaux mêmes de l'Océan. Elle forme à la Nouvelle-Guinée la masse du peuple. Dumont d’Urville n’a point vu, parmi les Papous, d'individus possédant sur les autres une autorité réelle. Ils ne savent que quelques mots de la langue malaise, et parlent le papoua, qui en diffère essentiellement.

Mélangés avec ces Papous, vivent des hommes plus petits, trapus, d’une constitution plus vigoureuse et d’une physionomie tout autre. Ils ont la face aplatie, anguleuse, presque carrée, les pommettes sallantes, les traits heurtis, la bouche grande, les lèvres épaisses, le nez épaté. Leur peau est rude, et sa nuance varie du brun noir des Papous et des Harfours jusqu'au ton simplement basané des Malais. Au lieu de se coiffer comme les Papous, la plupart se contentent de relever leurs cheveux en chignon, ou de les couvrir d’un morceau d’étoffe en manière de turban. M. d’Urville voit en eux des hybrides provenant du croisement des Malais avec les Papous, c’est-à-dire de la race jaune avec la race noire. Cette partie de la population constitue la classe aristocratique. C’est d'elle seule que sortent non-seulement les koranos, les capitans, les rajas, mais aussi les véritables négociants. Leur ton de supériorité se manifeste dans tous leurs rapports avec les hommes des autres classes, et presque tous parleni le malais avec facilité.

La troisième variété, beaucoup moin: nombreuse que les précédentes, se compose d’hommes de petite taille, agiles et vigoureux, aux traits sauvages, au teint couleur de suie, aux

membres grêles, et se rapprochant beaucoup du type des

ter tes.

Australiens, des Néo-Calédoniens, et. en général, des nègres océaniens. Ils se tatouent par incision, vont nus ou à peine vêtus, et laissent flotter au vent leur chevelure inculte, ou se contentent de la tortiller en mèches, comme les autres insulaires de l’océan Pacifique. Dumont d'Urville ne doutait pas que ce ne fussent là les véritables indigènes, les plus anciens habitants du pays. Il ajoute :

« Les habitants de Dorei sont distribués dans quatre villages situés au bord de l’eau. Chaque village renferme de huit à quinze maisons établies sur des pieux, Quelques-unes de ces maisons contiennent une double rangée de cellules dislinctes, et reçoivent plusieurs familles. Les édifices, entièrement construits en bois grossièrement travaillé, sont percés à jour de toutes parts, et souvent trembleat sous les pas... Ces peuples fabriquent des nattes en feuilles de bananier, qu’ils teigne” des plus brillantes couleurs et qu'ils ornent de franges artistement découpées. Leurs femmes travaillent une poterie grossière qui suffit à leurs besoins bornis. Leurs armes habituelles sont l'arc et les flèches, dont ils se servent avec dextérité, la lance et un bouclier long et étroit; en outre, chacun d'eux possède un couperet, d’un acier lortement trempé, nommé parang en langue malaise, et qui leur sert à la fois d'arme et d’instrument tranchant pour les besoins de la vie. Aussi ces sauvages ne faisaient-ils que très-peu de cas de nos couteaux et de nos meilleures haches.

« Leur nourriture consiste principalement en chair de tortue, pain de sagou, poissons, coquillages, et dans les fruits et racines que leur sol produit avec profusion. Ils ont tous adopté l'usage de mâcher le bétel mélangé avec larek et la

chaux. Le kcva (boisson particulière aux peuplades polyné-

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siennes, obtenve par la fermentation des racines d’une sorte de poivre) leur est inconnu. et on ne leur connaît aucune liqueur enivrante, bien qu’ils aient du penchant pour toutes les hoissons spiritueuses. »

Naturellement défiants, les Papous n’admettent les Européens dans leurs cises qu'avec ne extrême défiance, en sorte que Dumont d’Urville n’a pu donner auctn détail sur leurs habitudes domestiques. 11 garde le même silence sur leurs cérémonies religieuses et sur la forme de leur gouvernement, n'ayant pu se livrer, sur ce double sujet, qu’à de simples con jectures.

Partie de Dreï le 6 septembre, l’Astrolabe arriva le 25 à Amboine, où elle demeura jusqu’au 10 octobre pour se ravitailler et laisser reposer l'équipage. Le 17 décemtre, elie doublait l’Ile-aux-Perdrix et pénétrait dans le canal d’Entrecas-teaux. Dumont d'Urville se proposait, après une relâche de quelques jours à Hobart-Town, de se rendre à la Nouvelle Zélande, pour occuper la côte occidentale d'Ika-na-Mawi. Mais comme il arrivait à la capitale de la Tasmanie (Terre de Diémen), un pilote anglais, qui était monté à bord pour conduire le navire au mouillage, lui uemanda dans la conversation s’il &vait eu des nouvelles de la Pérouse. Sur la réponse négative du commandant, le pilote lui apprit d’une manière confuse que le capitaine d’un navire anglais avait trouvé récemment les restes du vaisseau de la Pérouse dans une île de l'océan Pacifique, qu’il en avait rapporté des débris, et même qu'il avait ramené l’un des matelots de cette expédition, Prussien d'origine, Il ajoutait que ce Capitaine marchand. renvoye par le gouverneur du Bengale pour aller chercher les autres

naufragés, avait touché à Hobart Town six mois avant l'-

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rivéc de l’Astrolabe, et que le Prussien en question se trouvait encore à son bord.

Ce récit, qui n'avait d'abord semblé à M. d'Urville qu'un conte fait à plaisir, lui fut confirmé d’une manière plus explicite par un officier anglais, M. Kelly, qui accompagnait le pilote. Il apprit de cet ofticier que le capitaine marchand, nommé Dillon, avait effectivement trouvé à Tikopia (archipel du Saint-Esprit) des renseignements assurés sur le naufrage de la Pérouse à Vanikoro (: rchipel de Santa-Cruz), et qu'il avait rapporté une poignée d'épée qu'il supposait avoir appartenu à linfortuné navigateur. À son arrivée à Calcutta, M. Dillon avait fait son rapport au gouvernement de la colonie, et celui-ci l'avait renvoyé avec un navire armé aux frais de la compagnie des Indes, afin de visiter le lieu même du naufrage, et de recueillir les Français qui pourraient avoir survécu à la catastrophe,

Sur de tels avis, Dumont d'Urville n’hésita pas à abandonner ses projets sur la Nouvelle-Zélande, et résolut de se rendre à Vanikoro. Parti de Hobart-Town le 4 janvier 1828, il aperçut à l'horizon, le 20 février, l'ile de Tikopia. Le lendemain dans après-midi, trois pirogues approchent et accosent le navire; chacune d'elles est montée par cinq ou six

insulaires. Dans 11 première se trouve un Européer : c’est le

Prussien Martin Busha: * «lernier survivant des équipages de la Pérouse! Il avait a 3 Dillon à Vanikoro, comme

lattestait ur certificat signé du capitaine anglais, et daté du 18 décembre précédent. Ayant recueilli tous les renseignements qu'il désirait, Dumont d'Urville quitta Tikopia, emmenant avec lui, pour l'aider dans ses recherches, deux déser-

teurs anglais établis depuis neuf mois dans cette île, et qui

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15 dit

parlaient assez bien la langue du pays. Cinq Tikopiens, qui n'avaient pu retourner à terre quand la corvette avait appareillé, restèrent également à bor&. Le 20, la corvette put approcher assez de la côte de Vanikoro pour entrer en relations avec les naturels. Ce ne fut pas sans peine que M. Jacquinot, envoyé par le commandant pour explorer les côtes et interroger les habitants, obtint d’eux les indications qu’il désirait. Ces pauvres gens craignaient que les Français ne fussent venus là pour venger la mort de leurs compatriotes. Enfin M. Jacquinot s’avisa de déployer à leurs yeux un morceau de drap rouge. A cette vue, l’un d'eux sauta sur-le-champ dans le canot, offrant, en échange de la précieuse éioffe, de conduire les explorateurs sur le lieu même du sinistre.

« La chaîne des récifs qui, d’après le rapport de M. Jacquinot, forme, à la distance üe deux à trois milles au large, comme une immense ceinture autour de Vanikoro, cette chaîne, près de Païou et devant un lieu nommé Ambi, se rapproche beaucoup de la côte, dont elle n’est guère alors éloignée que d’un mille, Ce fut là, dans une espèce de coupée, au travers des brisants, que le sauvage arrêta le canot et fit signe aux Français de regarder au fond de l’eau. En effet, à la profondeur de quatre à cinq mètres, ils distinguèrent bientôt, disséminés cà et là et empâtés de coraux, des encres, des canons, des boulets et divers autres objets, surtout de nombreuses plaques de plomb. À ce spectacle, tous leurs doutes furent dissipés; ils restèrent convaincus que les tristes débris qui frappaient leurs veux étaient les derniers témoins du désastre des navires de la Pérouse. La disposition des ancres faisait présumer que quatre d’entre elles avaient coulé

avec le navire, tandis que les autres avaient pu être mouillées,

« L'aspect des lieux donnait enfin à croire que le ravire, ayant tenté de s’introduire au dedans des récifs par une espèce de passe, avait échoué et n'avait pu se dégager de cette position qui lui était devenue fatale. Suivant le récit de quelques sauvages, ce navire aurait été celui dont l'équipage avait pu se sauver à Païou, et y construire un petit bâtiment, tandis que l’autre aurait échoué en dehors du récif, où il se serait tout à fait perdu.

€ MM. Jacquinot et Lottin avaient acheté des naturels plusieurs objets parmi lesquels les plus remarquables étaient un croc de capon (grosse poulie), un bout de chaîne de paratonnerre, une mesure à poudre en cuivre, un pied d’instrument ou de fort chandelier, aussi en cuivre, un vrse cubique du même métal, doublé en plomb, et enfin un saumon de fer pesant 150 kilogrammes. » On retira ensuite du fond de la mer plusieurs autres objets, savoir : une ancre de 900 kilogrammes, fortement oxydée et recouverte d’une couche de coraux; un Canon en fonte, dans le même état; un pierrier en bronze et une espingole en cuivre, beaucoup mieux conservés, et portant, sur les tourilions, leurs numéros d'ordre et de poids; un saumon de plomb, une graade plaque de mème métal, des fragments de porcelaine, etc. On avait en outre acheté à Nama les débris d’une bouilloire.

Le naufrage des deux frégates de la Pérouse (l’Astrolabe et la Boussole) sur les récifs de Vanikoro était donc un fait désormais incontestable, et ce n’était pas une gloire médiocre pour Dumont d'Urville d’être par ‘enu, au prix de tant de fatigues, de dangers et de patience, à déchirer enfin le voile funèbre qui enveloppait depuis un demi-siècle la destinée de

son illustre devancier, Il soumit à ses compagnons de voyage

VIdOMIZ, V ATHANN),A INONN(]

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son projet d'élever à la Pérouse un monument modeste, dit-il, mais qui suflirait du moins à attester le pssage de la nouvelle Astrolabe à Vanikoro, les efforts de ceux qui la montaient et l’amertume de leurs regrets, en attendant que la France pût un jour en élever un plus durable ei plus digne d'elle.

Cette proposition fut accueillie, on le pense bien, avec empressement. On construisit donc sur la côte, au fond du mouillage, un prisme quadrangulaire en pierres, haut de deux mètres et surmonté d’une pyramide de même hauteur. Sur la face qui regarde la mer, on fixa une plaque de plomb

avec cette inscription :

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