‹ Voyages et mémoires sur le Canada [microforme]Chapitre 12 sur 78 · RUE LIN EN LUI MAIN LE · texte numérisé non relu

RUE LIN EN LUI MAIN LE

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cueille des fruits en quantité, et ‘le la même qualité qu'en France.

L'Eglise de Montréal appartient aux prêtres sulpiciens du séminaire établi en la ville de ce nom.

On estime la longueur de 15 lieues dont cinq depuis la pointe de l'Est jusqu’à la dite ville, et 10 au delà, jusqu’à la pointe de l'Ouest, elle comprend 9 paroisses, est extrêmement bien cultivée ; les terres y sont grasses, élevées et répuiées les meilleures en Canada ; les habitants y sont généralement fort à leur aise, ils ne vont guère à pied, en été ils ont des calèches, et en hiver des traineaux, ils ont généralement tous des chevaux. Il est toutcommun comme on l’a dit dans une maison d’y en avoir autant comme il y a de garçons ; ceux-ci ne s’en servent que pour finioler et faire la cour à leur maîtresse.

Arrivés à dix heures du jour à Montréal, mis à terre vis à vis la porte de la Canoterie, d’où allés à pied à lintendance.

Na.—A mon départ de Québec Mr, l’Intendant était en partie de plaisir à l’Isle d'Orléans ; il m’envoya Mr. Péan, l’un des officiers de sa compagnie qu’il y avait attiré pour m'offrir sa maison.

Parvenu: à l’intendance, reçu au mieux de la concierge. Mon lit était prêt, ainsi qu’un autre pour Mr. de Couagne, Mes compagnons de voyage s’en furent chacun dans leurs familles ; il n’y eut que le père Boniface à qui l’heure indue ne permit pas de. chercher un gîte qui resta avec moy. La maîtresse du logis voulut bien le recevoir, mais le lendemain il fut se placer aux recollets.

**# LE 31 JUILLET ET ler AOUST DE MONTRÉAL, —- SÉJOUR À MONTRÉAL,

On a parlé si amplement de cette ville dans le mémoire envoyé à la Cour qu'on ne dira rien icy que ce qui peut avoir échappé sur les objets dont on à traité pour en avoir une parfaite connaissance.

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Levé le lendemain de mon arrivée à cinq heures du matin, commencé une visite chés l’état major et chés une partie du beau monde dont cette ville est remplie.

Vu d’abord M. le Baron de Longueuil, Gouverneur particulier de la place ; c’est un homme d'environ 67 à 68 ans, extrèmement gros, et pesant dans sa santé, ne promet pas une longue suitte d'années. Il est honorable, veuf, chargé de quatre filles en état d’être mariées et de deux garçons.

Mr. D’artagnac, Lieutenant du Roy, fort vieux et plein de bon sens.

Mr. de Noyan, homme de 54 à 55 ans et de beaucoup d'esprit.

Deux aides-major.

Un capitaine des postes.

Mr. Varrin commissaire de la Marine et ordonnateur par le pouvoir que lui a don'16 Mr. l’intendant.

M. Martel, garde magazin, homme fort riche, et plusieurs personnes d’un certain ordre ; c’est peut être la ville de l’Europe proportionnellement à sa grandeur où il y a le plus de femmes et de filles. Le militaire qui y est nombreux y donne lieu, c’est la résidence de la pluspart des familles d'officiers, dont les chefs sont détachés pour le service. D'ailleurs tout le monde s’ marie jusqu’au dernier enseigne, et même un cadet l'aiguillette y est considéré comme un parti avantageux.

On dira peut être qu’il est surprenant de voir des établissements de cette nature, souvent sans biens de la part d'aucune des parties, et fondés seulement sur des simples et petits appointements ; on répond à cela

ue l'espérance d’avoir un poste à commander y donne lieu. [ndépendamment de la gratification ordinaire qui y est attachée, on y débite aux sauvages de l’eau de vie, quoique défendue, et toutes sortes de marchandises, sur lesquelles on agne en échange des pelleteries au moins cent pour cent. Les meilleurs postes sont ceux connus sous le nom des pays d’en haut ; aussi communément un officier qui y à commandé trois ans, qui est le terme le plus ordinaire, s’en revient avec 30, 40 à 50,000 et même plus, ainsi qu’on va le dire cy-après.

Entre autres postes que le gouverneur général donne à exploiter est celui de la Baie des Puants. M. Marin,

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capitaine, qui en était pourvu, s’en revint l’année dernière avec 400 paquets de castors et 365 paquets de loutres de martres et de loups-cerviers, le tout estimé à 250,000. C'était la seconde année de son commandement ; la première n’avait pas moins produit, et pour le peu que la troisième soit de même valeur, il gagnera tout frais faits plus de cent mille écus.

Il est étonnant que le Roy laisse la disposition de ce poste,etautres semblables, au Gouverneurgénéral, outre que le defunt Mr. de la Jonquière y avait intérêt, ainsi que Mr. l’Intendant et autres de la colonie, l’on choisit ordinairement l'officier le plus entendu à la traite des pelleteries avec les sauvages, et souvent le plus ignorant aux intérêts du service. Il arrive de là que le proposé s’en revient avec un air avantageux que lui donne la confiance d’être bien reçu de ceux dont il fait la fortune, qu’il s’orgueillit d’être enrichi, et se prévaut de son bien être pour primer sur ses camarades, s’en attire à la vérité la jalousie, est prôné à la cour pour être pourvu de grâces et de distinctions à l’exclusion des autres, d'ou s’en suit une animosiié dans le corps des officiers qui né peut qu'être très-préjudiciable au service.

Mon avis serait que tous les capitaines détachés dans les postes de commerce fussent tous traités également. À cet effet il faudrait affecter les postes fructueux pour le commerce des pelleteries au corps des officiers

ui les feraient exploiter par ceux d’entre eux que le

ouverneur général choisirait les plus propres au ménagement de leurs intérêts et au bien du service. Le produit de ces postes serait répandu sur tous les capitaines à raison d’une part à ceux qui seraient en garnison, de deux à ceux qui seraient détachés dans leurs postes de guerre où il ni a aucune sorte de commerce, | A ù et de trois parts à ceux qui régiraient les postes où se |

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ferait la traite. Cet arrangement donnerait de quoy Li vivre aux officiers qui ne peuvent se soutenir sans intri- | uer beaucoup, et souvent en sortant de la décence de | eur caractère, Ce système adopté, on pourrait refluer ce traitement sur les subalternes à raison d’une demie

art d’un tiers, et d’un quart, à proportion des grades.

n serait même encore assez d'avis d'étendre ce béné-

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fice sur les gens en place, d'autant que les appointe-. ments ne suflisent pas, pour leur procurer une vie qui puisse faire face aux bienséances de leur état.

Au retour des visites, entendus la messe, ensuite montés sur la grande batterie Royale cottée (I) au plan. L'objet de son établissement est moins pour battre la campagne qu'elle domine que pour faire le salut des entrées et y Lirer du canon aux réjouissances publiques ; de là parcourus une partie des ouvrages de l'enceinte, d’où dinés chez le Gouverneur et y passés toute l’aprèsmidi.

Le lendemain continués nos visites jusque dans les maisons religieuses.

Vus les Jésuites; leur maison est à titre de résidence ; ils n’y sont que trois pères t un frère ; le supérieur se nomme le père St. Pie.

De là j'entray aux Récolets. Le couvent est plus nombreux ; il est composé de cinq pères et de dix frères.

Entré ensuitte au seminaire de St-Sulpice, la ma‘son est considérable et la plus riche du Canada. Le résident se nomme Mr. le Morinaud ; homme fort entendu et de beaucoup d’esprit. On y compte trente prêtres dont 14 résidens, et de 16 détachés dans les cures des paroisses qui leur appartiennent. Ils sont curés nés de la ville, et tous de la maison de Paris.

L'hôtel Dieu est de 30 à 35 religieuses chargées de l'hopital militaire.

Les sœurs de la congrégation de Notre Dame sont au nombre de 80, dont 30 à la ville, et les autres répandues dans la campagne ; elles sont vêtues de noir, ne font que de vœux simples, de manière qu’elles ont la liberté de sortir quand bon leur semble ; cependant il en est peu d’examples ; leurs principales occupations sont d'enseigner les jeunes filles et de travailler quantité d'ouvrages au profit et à l'utilité de leur maison.

Ces sœurs sont répandues le long des côtes, dans des seigneuries où elles ont été attirées pour l'éducation des jeunes filles ; leur utilité semble être demontrée, mais le mal qui en résulte est comme un poison lent PAL tend à dépeupler les campagnes, d'autant qu’une

Ile instruite fait la demoiselle, qu’elle est maniérée qu'elle it prendre un établissement à la ville, qu'il

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lui faut un négociant et qu’elle regarde au dessous d’elle l’état dans lequel elle es: née. Mon avis serait de ne souffrir aucun établissement nouveau de ce genre, et même, s’il est possible, de faire tomber ceux qui subsistent, affin d’obliger les enfants à se contenter de l'instruction de leur curé pour la religion, et de ne prendre aucuns principes qui les détournent du travail de leur père ; par ce moyen les habitations augmenteront au lieu de diminuer, et la culture des terres se poussera avec plus de vigueur.

Les sœurs grises, nommées telles, établies hors de la ville, ne sont proprement que des filles libres assemblées pour la direction d’une œuvre, pour servir les pauvres en lieu et place des frères Gharons qui en étaient chargés cy-devant ; jusqu'à présentelles ne sont guères que 7 à 8, ne font point de vœux et ne sont agréées ni du pape ni du roy. Il serait, je crois, à propos, avant que leur monde augmenta, de déterminer leur état, leurs fonctions et leurs sujetions auxquelles elles seront tenues, affin d'éviter par la suitte les représentations et les changements que ces sorties de maisons pieuses ne proposent que trop communément à leur profit, lorsqu'elles deviennent riches.

Na.—Ces sœurs grises ne sont proprement qu'un composé de jeunes veuves ou filles que la piété ou l'envie de secourir les malades ont assemblées en lieu et place des frères Charrons qui les déservaient cy-devant; une d’entre elles, la plus recommandable par ses vertus et peut être par ses facultés, est reconnue la supéricure. Elles s’y soumettent toutes jusqu’à présent à ses ordres; il est vrai que l’établissement est nouveau, mais qui répondra qu’à l'avenir on trouvera la même docilité dans les sujets qu’on y recevra; mon avis serait, pour prévenir les inconvénients dont un établissement semblable peut être susceptible, qu’on y attire de France des sœurs de la charité ; on serait assuré du service des malades, d’une régie profitable aux intérêts de la maïison, d'autant qu’on aurait rien à craindre de leur zèle et de leur vocation.

Mes visites achevées, dinés encore chez le baron de Longueuil, et retirés chez moi de bonne heure pour arranger, de concert avec M. Varrin, le petit voyage que

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je prémeditais faire le lendemain au village du Sault St. Louis et à celui du lac des deux montagnes ; il voulut bien se charger d’ordonner tout Ce qui convenait pour l’expédier promptement,. ;

Au retour de ce petit voyage, mon dessein est de rabattre en cette ville pour achever de discourir sur tous les objets qui l’intéressent, et dont je n’ai pu prendre une parfaite connaissance pendant les deux jours que j'y ai resté.

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