‹ Voyages et mémoires sur le Canada [microforme]Chapitre 22 sur 78 · SECOND VOYAGE A MONTRÉAL · texte numérisé non relu

SECOND VOYAGE A MONTRÉAL

On rapporte ici ce qui peut avoÿ échappé à notre premier séjour à Montréal et au mémoire à la Cour.

Séjour à Montréal

J'y repris la connaissance de ce qui intéressait les

4 ouvrages de l'enceinte de cette ville, des magasins du

+ Roy, et des différents bâtiments qui sont à la charge de sa Majesté ; et enfin, de toutce qui me parut avoir | rapport au service. Il ne me fallait guères plus d’un [Ait jour pour éplucher tous ces objets. Aïnsi, je comptais | partir de cette ville le 6, mais M. le Baron de Longueuil, ui était à la veille de marier sa fille ainée avec M. e Maizières, lieutenant d’une des compagnies de la marine en garnison à Louisbourg, me pria, eu égard à la liaison que j'avais contractée avec son gendre futur dans le voyage que nous avions fait ensemble, de vouloir bien assister à son mariage, de signer au contrat et de lui tenir lieu de plus proche parent. Il s'y prit d'une façon si engageante qu’il ne me fût pas possible de m'en dispenser. La cérémonie était fixée au8 ; ilme fallut donc malgré moy rester en cette ville plus longtemps que je ne m'étais proposé. Le jour venu, on se rendit entre 9 à 10 heures du matin à l'église, Je conduisais le cavalier et M. le Baron de Longueuil sa fille ; après la bénédiction, je donnay la main à la mariée pour entrer dans la sacrislie, y signer l’acte de célébra-

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tion et pour la ramener en calèche chez M. son père. Y arrivés, et les plus proches parents et amis assemblés, on y passa la journée ; on y fit bonne chère, néanmoins, sans qu’on put en qualifier le repas de titre de noces.

Na.—M. le Baron de Longueuil est descendant d’une famille de Roüen nommée Lemoine, annoblie pour services rendus en cette colonie, et Mr. de Meigières est un gentilhomme champerois des environs de Reims.

Pendant mon séjour en cette ville, j'en parcourus l’intérieur, Sa situation, partie sur le penchant d’une hauteur et partie sur le sommet, la fait distinguer en haute et basse. Elle est assez bien placée. Les rues de traverse cependant sont roides et rampantes, mais celles en longueur sont de niveau et assez droites. L'église de la paroisse a été mal placée ; eile coupe l’allignement de la rue principale, établie sur le sommet de la dite hauteur, inconvénient auquel on ne saurait rémédier pour le présent. Mais l’on serait d'avis que toutes les maisons y construites en bois qui tombent en ruines ne fussent rétablies qu'en maçonnerie, que tous les terrains concédés et restés en souffrance jusqu’à aujourd’huy, fussent bâtis de face, en vue en dedans, sous peine d’être réunis au domaine. Après ce terme expiré qu’on ne souffrit les clôtures de maisons à autres que de bons murs et nullement de pieux, etenfin, que l'ingénieur fût chargé des allignements et de tenir la main à tout ce qui peut concourir à décorer une ville.

Tous les habitants y sont adonnés au commerce des pays d'en haut. Les officiers même s’en mèlent. Il n’y en a que peu qui n’ayent un magasin chez eux de manière qu'ils sont tous à leur aise, et plus occupés de leur profit, lorsqu'ils sont détachés dans leurs postes, que des intérests du service. L’aisance qu’ils contractent les rend négligents à leur métier, [ls sont avantageux pour le genre de guerre avec les sauvages et pour les fatigues des voyages, sont généreux, obligeants, mais la plupart d’un caractère subordonné ; ils aiment la parure et le faste, sont forts et vigoureux, assez pourvus d'esprit, mais l'éducation leur manque, de sorte que s’ils étaient instruits, je les croirais capables de pénétrer les sciences et de posséder les charges qu'exigent l'administration d'un état,

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Les femmes y sont de figures plus jolies que belles,

y sont d’une constitution forte, ont la jambe bien faite,

peu de gorge, marchait bien et ont dans leur port

bonne grâce ; elles l’emportent sur les hommes pour

l'esprit ; généralement elles en ont toutes beaucoup, ‘ parlant un français épuré, n’oni pas le moindre accent, aimeni aussi la parure, sont jolie généreuses et même

maniérées. Je leur soupçonnurais un peu de coquette-

rie; au moins leur façon de se mettre semble l’annoncer ;

elles sont ordinairement bien chaussées, portent le

jupon fort court, sont serrées à la ceinture, et vêtues

au lieu d’une robe, d’un mantelet des plus propres qui

ne leur pend que jusqu’à la taille. Il est aisé de se

représenter que sous un tel habillement tous leurs

mouvements sont marqués, et que pour le peu qu’elles

soient soutenues de regards flatteurs, elles captivent

aisément les cœurs ; elles sont néanmoins attachées à

leurs maris et à leurs enfants, aiment le plaisir et s’en

font un sensible de prévenir de politesses les étrangers.

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