‹ Voyages et mémoires sur le Canada [microforme]Chapitre 27 sur 78 · SÉJOUR AU FORT ST, FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

SÉJOUR AU FORT ST, FRÉDÉRIC

Profité de ce séjour pour visiter encore les fortifications de ce fort, ses bâtiments, ses environs, et pour discourir de nouveau sur tout ce qui paraissait intéresser le service. Comme on en à traité amplement au mémoire de la Cour et même cy-devant, on ne fera mention icy que de ce qui peut être échappé.

Ce qu’on a dit de la redoute et de l'enceinte de ce fort, en fait assez connaitre les défauts et les avantages ; ainsi on ne s’y arrêtera plus. Il suffira de faire conuaître que tous les murs de revêtement sont mal conditionnés, que la plupart, quoique faits depuis 6 à 7 ans seulement, assis sur un fonds solide et avec de bons matériaux souffrent, sont lézardés et menacent ruine ; etenfin que la mauvaise façon qu’on y remarque est une suitte de limitation qu'on apporte à tout ce qui intéresse les dépenses du service, et du système qu’on s’est fait dans ce pays qu’on peut tromper impunément le roy en vue de s'enrichir.

A l'égard des bâtiments, il n’y a proprement que ceux appuyés à la courtine de l'entrée dans ce fort qui soient durables, leur construction étant en maçonnerie. Ils servent d’un côté, à usage de logement pour les soldats, pour un enseigne, pour corps de garde et pour l’hopital, et de l’autre pour l'interprète de la langue Abénakie, qu’on entretient aux appointements de 300 francs ; et pour le lieutenant de la compagnie y détaché, tous les autres bâtiments totallement en bois et à usage de bâtiments.

La chapelle est d’une construction légère, trop petite eu égard aux habitants qui n'ont point d’autre église ; et les ornements y sont indécents,

Au dehors de ce fort sont quelques bâtiments à usage de la régie par économie du domaine du roy ; les

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uns servent d’écurie pour les chevaux et les vaches, et les autres à loger un forgeron, un chartier et une veuve.

A portée de ces bâtiments situés sur la droite de l'entrée, dans ce fort, et sur les bords de la rivière, sont quelques jardins fermés et séparés par des pieux plantés vraisemblablement au compte du roi. La terre y est bonne, franche, et produit d’excellents légumes, entr'autres, des melons parfaits, mais on voudrait que la culture en fut encore à la charge de sa majesté. Leur entretien occasionne de la jalousie entre le commandant et le garde magasin, d'autant que ce dernier, chargé des dépenses, est soupçonné les étendre à son profit autant qu’il peut el que son jardin s’en ressent,

Mon avis serait pour rétablir le bon ordre dans les dépenses de ces forts éloignés, que le commandant proposa à M. l’Intendant les ouvrages à faire tous les ans en réparations, et d’autres auxquels oblige leur entretien Journalier ; qu’il les fit exécuter suivant l’ordre qu'il en recevrait, qu’il en arrêta les états de dépenses, et que le garde magasin chargé des fonds délivra de l'argent aux ouvriers, moyennant un reçu en forme, et en présence de témoins au bas des dits états.

Vis à vis de ce fort, de l’autre côté de la rivière, est la pointe à la chevelure ; et au nord de la pointe sur laquelle il est établi, est une baye d’une lieue de profondeur ; au sud le moulin, et à l’ouest un défriché propre à mettre en culture, mais si peu étendu du coté de la hauteur, qu’on ne pourrait se promener autour de son enceinte, à l’abri des insultes des sauvages.

Au dehors de ce fort sur la gauche de l’entrée est une espèce de tranchée pratiquée dans le roc, autant par l’art que par la nature ; elle aboutit d’un coté dans le fossé du pont-lévis et de l’autre à la rivière. L'objet de son établissement est de pouvoir aller prendre de l’eau à la rivière dans les circonstances que le fort serait bloqué, mais on observe qu’on ne saurait en faire usage sans laisser le pont lévis et sans exposer ceux qui descendraient par une échelle dans le dit fossé, et au débouché de la rivière, aux risques d’y êlre assassinés ; il fallait au moins pour mettre ce passage en vigueur, le continuer par une galerie souterraine jusque dans le

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fort, affin de n’être obligé à aucune manœuvre visible pour le fréquenter ; cela n'ayant point été fait lors de sa construction, il faut y renoncer et s’en tenir à la citerne projettée au mémoire de la Cour.

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