DU FORT CHAMBLY, SÉJOUR A CHAMBLY
Mon dessein était d'employer une partie de la matinée à prendre une entière connaissance de ce fort, et d’en sortir à 9 heures du malin, mais une pluie qui survint et qui dura toute la journée m’obligea d'y séjourner ; néanmoins, parcouru les murs en dehors : ;le ur élévation et leur épaisseur plus que suffisante pour "résister contre toute autre attaque qu'avec du canon, jointe à sa situation sur les bords dé la rivière, peuvent le faire considérer imprenable, Tous les environs sont depouillès de tout couvert, au moins à la distance de 300 toises, et à son entrée, est nu pont lévis sur un fossé qui empêche laccès de la porte. Trois de ses côtés sont construit uniformément, Les bâtiments qui y sont
ms DT =
adossés comprennent des magasins, des logements pour officiers, soldats, commandants, aumoniers, garde magazin et pour autres gens qua le service exige, une boulangerie et une c hape Ile, et au quatrième, de face à la rivière, on y à appuyé, depuis quelques années seulement, des voutes s: uns liaison au mur d'enceinte, de manière qu'elle: s s'en séparent et menacent ruine, et que les prisons et latrines qu'on à pratiqué en dessous, deviennent inutiles par les risques qu’il y aura de les fréquenter.
Ce fort a dans son milieu une fort belle place d'armes ; ses logements sont commodes. On semble aujourd’huy incliné à l’abandonner ; on parlait même de le détruire pour éviter les frais de sa garnison ; à mon avis il faut bien s’en garder, Néanmoins, pour modérer les dépenses auxquelles il engage, on pourrait le donner comme une récompense à un ancien officier reformé, sans autres appointements que ceux dont il jouit, en vue seulement de lui faire trouver un logement gratis, et les émoluments d’ une cantine à y conserver pour l’aisance de la garde qu’on y détacherait, Il serait obligé d'y rendre compte des dégradations qui surviendraient, et des réparations les plus urgentes et les plus indispensables à faire.
On pourrait donc regarder ce poste comme mort. Cependant, comme chef lieu de la rivière Richelieu, sous la protection duquel, suivant Les circonstances, pourraient se retirer les habitants de la campagne, il peut à cet égard y avoir nécessité de le conserver. Il donnerait lieu d'y affecter les vicux soldats qu’ on renvoye de celle colonie sans autre traitement que la liberté et la permission de demander leur pain : l'état misérable en lequel j'en ai vu plusieurs, m'a fait saisir l’idée d’en créer une compagnie à titre d'invalides que l'on répandrait dans des postes semblables, où ils serviaient aussi utilement que ceux de l'Hôtel royal en France, Lorsqu'ils sont détachés dans les forts châteaux et citadelles, on leur continuerait le même traitement qu'aux soldats ordinaires, et la confiance d’avoir du pain assuré dans leurs vieux jours, pourrait sauver l'envie à d’autres, élant jeunes, de s’en procurer ailleurs, et an gouvernement l’indécence
qu’il y a de laisser,périr misérablement de malheureux sujets dans une entière indigence.
Passé toute la journée avec les dames, et fait visite à Mde. de Beaulac, veuve d’officier, à qui l’on a accordé un logement dans ce fort, et retiré à bonne heure.
Na.—Vis à vis est une grandc isle, et tout auprès quatre autres petites.
Le rapide de Chambly s'étend jusqu’au dessous de cette première isle.
Au delà de ce rapide, la rivière s’élargit tellement qu’elle forme une espèce de lac qu'on nomme le bassin de Chambly, et depuis ce fort jusqu’à son confluent dans le fleuve St Laurent, elle est connue sous le nom de Richelieu.
#* x LE 20
Suitte de la route sur la rivière Richelieu, sur le fleuve St. Laurent et du village sauvage de St. François.
Sorti à huit heures du matin de ce fort pour aller à la messe à l'Eglise de St. Louis, située au coté de l'est de cette rivière, vis-à-vis celle de St. Joseph, et à un quart de lieue du dit fort, J'étais accompagné de M, Du Müy et de Mlle, sa fille, que certain je ne sais quoi, me fit quitter à regret.
Na.—Que je sortis de ce fort avec lies mêmes honneurs que j'avais reçus en y entrant, et si je n'ai encore rien dit de ces sortes de réceptions qu’on me fit dans tous les autres postes, comme dans celui-cy, je n'en ai pas moins souffert ni moins senti le ridicule, d’antant que mon grade n’exigeait aucun des honneurs smbietiee et que je ne suis point de caractère à me flatter de ce qui ne m'est point dû, mais il ne m'était point venu dans l’idée que d'anciens officiers sussent si peu leur métier.
Après la messe, rembarqué pour faire route vers le fleuve, passé par Le chenal d’entre l’isle encore du nom de Ste. Thérèse, située par le travers de deux églises, et la grande terre de l’est,
Alu, VER
Na.--On estime cette rivière au dessous de la pointe du nord de la dite isle large de 110 à 120 toises.
Cotoyé la dite terre jusqu’à la montagne de Chambiy. Les deux bords jusque là sont bien habités ; néanmoins, les maisons y sont plus serrées du coté de l'ouest que de l'autre, et la rivière s'y soutient assez de même largeur vis-à vis la ditte montagne située à 400 toises de la rive de l’est, Elle fait un coude, Il s'y trouve même une batture de roches qui forme un rapide aisé à sauter en tout temps, et un peu en deça, toujours du même côté, est un habitant qui fait de a brique; on la dit bonne ; au moins la terre nous y a paru propre.
Na.--Depuis le dit fort Chambly jusqu'à cette montagne, la rivière forme plusieurs coudes, et sa largeur est inégale ; néanmoins, elle n’est pas moindre que de 80 toises,
On estime deux lieues depuis le dit fort jusqu’à cette montagne.
Le rapide sauté, suivi assez le milieu de la rivière jusqu'aux isles au cerf, situées à deux lieues au dessous de Ja ditte montagne ; les habitations dans cette partie ne sont pas si fréquentes que dans la précédente, et principalement du côté de l’est, où elles sont encore en quelques façons de souffrance. On Au bae e à les y former, mais ii sen faut beaucoup que le pays y Lu découvert comme de l'autre.
Parvenus aux dittes isles, sont deux chenaux, l’un à l’est et l’autre à l’ouest, Incertains lequel prendre, deux canots sauvages qu'on apperçut venir à nous par le premier nous déterminèrent à le suivre; mais à peine eut-on fait 60 toises, que le batteau s’échoua sur une batture de roches. Ce fut party forcé que de nous rendre dans l’autre ; le passage y est bon et net. Cotoyés la grande terre de l'ouest jusqu’au dessous des dites isles, et de là, passés devant l'Eglise St Charles.
Na.—0n compte ? lieues depuis la ditte montagne jusqu’ aux isles au cerf, et une des dittes isles à l Eglise St. Charles. Au dessous de cette église, le pays des 2 côtés cst découvert et mis en valeur : : les habitations y sont assez près l’une de l’autre et même assez belles, et le paysage, pour le coup d'œil, diffère peu de la beauté de celui des bords du fleuve.
AP ER né ce mm he
msn O0 me
Plus loing, passé devant un petit ruisseau qui dé bouche à la rive de l’ouest.
De là, continué la route par le milieu de la rivière. Rien de remarquable jusqu’à l'Eglise de St, Denis. Mis à terre à celle de St. Antoine que l'on établit vis-à-vis cette première, pour parler au curé, pour raisonner avec lui sur le pays. Il m'assura que la terre était propre à toutes sortes de productions, et qu'elle ne demandait que d’être défrichée, et tantsoit peu travaillée ; après quoi je voulus me rembarquer, mais il me conseilla, eu égard à ce qu’il se trouvait une batture aux deux chenaux que forme l’isle St. Charles, située à 200 toises au dessous de la ditte église, de cotoyer le bord de la rivière à pied, que le chemin royal qui régnait tout le long était beau, et que je pourrais rejoindre mon batteau au dessous de la ditte isle ; marché pendant une demie heure, ensuitte rembarqué avec assez de peine, attendu que quoique les bords de la rivière soient généralement escarpés, 1ls le sont plus en cet endroit que partout ailleurs.
On estime 3 lieues de St. Charles à St. Antoine, Environ à 400 toises plus bas que cette isle, en est une autre plus près de la terre de l’est que celle de l’ouest. Suivi Le chenal d’entre cette dernière et la ditte isle,
Au dessons de cette isle, le pays devient vivant et peuplé. Il n'offre rien de remarquable que la beauté du climat, Suivi toujours le milieu de la rivière jusqu'aux deux islets verts situés par la traverse de la nouvelle église de St, Ours ; là pris le chenal d’entre ces islets et la terre de l’est, et descendu chez le curé. On estime de St, Antoine à cet endroit, 2 lieues ; partant du fort Chambly à St, Ours, 12 lieues et demie, Soupé chez le curé de St, Ours; il est logé à neuf et grandement, Sa maison comprend une grande chambre, où suivant l'usage du pays, s’assemblent les principaux habitants avant ou après Îa messe, pour discourir sur le bien et ‘avantage de la. paroisse, On faisait pour lors le service divin dans le grenier, en attendant que l’église fut achevée,
Na.—Que les bords de cette rivière sontextrêmement vazeux, inconvénient qui oblige à des précautions pour
LE les bestiaux puissent y boire sans courir le risque ’y enfoncer et même de s’y perdre.
xk* x LE 21
Sortis de chez le curé de St, Ours à 5 h. du matin, vus un peu au dessous la grande isle à Deschaillons, passés entre elle et la terre de l’est; elle est bien habitée et parait longue de mille à onze cent toises. Te chenal qui la contourne du côté de l’ouest m'a paru étroit et n’y avoir point assez d’eau pour porter batteau.
Au dessous de cette isle, la rivière forme plusieurs sinuosités ; les terres y sont plus élevées que dans les parties parcourues dans la journée précédente, les bords moins vazeux, et les habitations moins établies.
Na.— A deux lieues et demie au dessous de ce village est un bois à la rive droite, d’où l’on a tiré et exploité des bois pour la mâture des vaisseaux du roy.
Parvenus à Sorel, gros village avec moulin, situé ainsi que l'Eglise, sur les terres de l’est de cette rivière et près de la pointe que forme son confluent dans Île fleuve St. Laurent.
On estime de l'Eglise de St. Ours à celle de Sorel 4 lieues ; partant, le cours de cette rivière depuis le fort Chambiy jusqu’à son débouché est de 14 à 15 lieues.
Mis à terre chez le curé pour visiter une enceinte de pieux que je jugeais entourer le fort du lieu. Je ne me trompais point. Je le parcourus en dehors ; les pieux de douze pieds d’hauteur sur 10 à 12 de diamètre sont serrés l’un contre l’autre, et la figure qu’ils forment ressemble à un quarré long bastionné aux angles, de manière que toutes les parties sont vues et déffendues,
L'église, la maison du curé et celle du seigneur y sont renfermées, et l’espace qu’il comprend suffit aux habitants pour y réfugier au besoin les femmes, les enfants et ve effets les plus précieux ; mais on néglige aujourd’hui celte enceinte, et 1l arrivera que quoique les pieux soient de cèdre, on sera obligé à une prochaine rupture avec les nations sauvages, où avec les anglais, de la renouveler entièrement, Mon avis serait que
3 Cu